‹ La vie et les écrits de PlatonChapitre 41 sur 76 · Dira-t-on que la syllabe est une forme une en · texte numérisé non relu

Dira-t-on que la syllabe est une forme une en

soi, £v Tl tûéav, différente de la totalité

de ses éléments, et qu’un tout, SXov, est différent d’un total, uâvTa? Cela ne peut en tout cas avoir lieu dans un tout qui a des parties, et quel tout n’a pas de parties? Il faudrait donc reconnaître que la syllabe n’est pas une totalité, qu’elle n’a pas de parties, qu’elle est simple, et que comme telle elle échappe à une explication scientifique.

3. D’ailleurs l’expérience ne nous apprend-elle pas au contraire que c’est par leurs éléments simples que nous avons appris à connaître les .choses, par les lettres isolées à former et à assembler les syllabes? En toute chose les éléments sont plus faciles à connaîtré que leurs combinaisons. Ainsi, il est déjà difficile d’admettre que la science est un jugement vrai accompagné d^explication, et nous nous en assurerons davantage encore si nous examinons tous les sens de ces mots fxetà àôyou.

1 . On peut entendre par Xo'yo; l’image de la pensée exprimée par la parole : mais il est clair que toute pensée vraie exprimée dans le langage serait alors une science.

2. On peut entendre l’énumération des éléments isolés : mais l’exemple de la syllabe montre que si on ne connaît l’essence des éléments, on ne peut avoir mie science des composés.

■3. Enfin, on peut entendre la détermination du caractère propre, de la différence de la chose, et c’est cette détermination de la différence propre qui constitue la science. Mais alors la science est le jugement vrai accompagné de science, ce qui forme un cercle, puisque la science est définie par elle-même.

La définition de la science n’est donc pas trouvée, etil faut appliquer à ce grave sujet de plus sérieuses méditations, que Socrate ajourne à un autre temps.

L’entretien se termine là sans conclusion dogmatique et positive.

Aucune difficulté ne s’élève entre les interprètes de Platon sur la pensée fondamentale et le but du dialogue : il s^agit de rechercher quelle est la vraie essence de la science. La méthode employée à la discussion de ce grave problème est une méthode négative et critique, qui écarte toutes les solutions proposées de la question ou comme fausses et contradictoires, ou comme obscures, ou comme insuffisantes, mais qui, tout en ne substituant pas expressément à ces solutions une doctrine propre, sème à pleine main les principes qui doivent y conduire et la préparent. La science a pour objet ces éléments indécomposables, antérieurs et supérieurs à toute impression des sens, et à toutes les sensations qui

en sont le résultat, notions que notre âme voit par elle seule, par son activité propre, qu’elle possède en puissance ou en acte, dont elle est pour ainsi dire grosse : telles sont les notions de l’être, de l!identité, du nombre, du beau, du bien, du juste. Or ces notions que sont-elles? Précisément les Idées de Platon.

Ce dialogue, l’un des plus intéressants et des plus parfaits de l’auteur, n’a pas été l’objet d’études ni d’éditions spéciales récentes : je ne connais que celle d’Heindorf, enrichie des remarques du savant Buttmann, Berlin, 1805 et 1829.

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