‹ La vie et les écrits de PlatonChapitre 44 sur 76 · Voir comment la notion générale, Vidée du genre s’accorde · texte numérisé non relu

Voir comment la notion générale, Vidée du genre s’accorde

C’est-à-dire apercevoir le rapport de différence qui sépare les uns des autres les individus, les espèces, et les genres.

En un mot, saisir l’identité comme la différence dans l’analyse et la synthèse, voilà la fonction du dialecticien.

Maintenant, si nous appliquons cet art de division et de sypthèse, cette perception des rapports de convenance et de différence aux cinq genres du mouvement et du repos, du môme et de l’autre, et enfin de l’être, nous verrons que la nature de Vautre^ se trouvant dans tous les genres, rend chacun d’eux autre que l’être, et en fait par conséquent du non-être, puisqu’il n’est pas ce que sont les autres.Le non-être dont nous parlons ici, le non-être logique, n’est pas le contraire de l’être : c’est quelque chose d’autre. Il n’est question que des différentes significations d’un même mot (1), de différences logiques et verbales. Le non-être est donc, puisqu’il est Vautre. Le non -être ne supprime pas l’être

avec et pénètre dans les espèces ou genres inférieurs différents.

2. Comment les espèces ou genres inférieurs sont contenus dans le gepre supérieur ou universel.

3. Comment chaque Idée en soi forme une unité, en liant dans l'unité toutes les parties qui la composent.

4. Comment sedistinguent entre elles et se différencient une pluralité d'idées.

(1) SopAisL, 251. Conf. Plut., adv. Colot., c. 15. « Platon a merveilleusement démontré que le tb efvai diffère de toü |X'^ 6v tlvai, eu ce que l'un supprime toute l'existence, et l'autre marque seulement la différence du participant et du participé, ixïpÔTTixa TOÜ |i.eOexToü xal toü ixexéxovTOï. »

des choses auxquelles il s’applique : au contraire, il le pose plutôt, puisqu’il établit simplement leur différence, c’est-à-dire leur donne une essence, une nature différente de l’essence des autres choses. Quant au non-être absolu, au néant, nous n’essaierons même pas de discuter s’il existe ou non, s’il peut ou non être défini. Il nous suffit d’avoir montré que l'autre existe, c’est-à-dire que les choses contiennent un élément de différence ; que la nature de l’autre, que l’Idée de la différence pénètre dans tous les êtres quand on les compare les uns aux autres, et chacun à chacun; enfin que c’est cet élément de différence, comparé à l’être des autres choses, que nous appelons le non-être. En ce sens, de même qu’on peut dire que le non-être est, on peut dire aussi de l’être qu’il n’est, pas, puisque toute chosé qui est est différente de toute 'autre chose, et par conséquent n’est pas ces autres choses. La négation qui précède un mot ne signifie pas le contraire, mais seulement quelque chose de différent et d’autre (1).

Maintenant, après avoir prouvé que le non-être existe, et comment il existe, nous dirons que l’erreur vient de ce que le non-être se mêle à nos pensées (2) et au langage qui en est l’expres-

(1) C'est évidemment de ce passage qu’Aristote a tiré sa double définition du non-étre, qui tantôt signifie négation pure, àic6^ f aai(, et supprime l’existence de la chose, tantôt est relative e privative, et nie seulement quelque attribut de l’objet. Metaph., III, 63.

(2) Puisqu’on peut affirmer que les choses sont autres qu’elles

sion (1), et le sophiste, dont nous cherchons la définition, est précisément celui qui mêle au hasard le non-être à ses pensées et à ses discours, ou qui possède l’art d’imiter et de produire, à Taide de la parole, des simulacres, c’est-à-dire des imitations des choses, faites sans la connaissance vraie des choses imitées. Telle est la race et tel le sang, comme dirait Homère, du vrai sophiste (2).

Je n’ai pas hésité à donner avec une certaine étendue l’analyse de ce dialogue, aussi considérable que difficile. Il renferme :

ne sont, c'est-à-dire qu’elles sont ce qu’elles ne sont pas, ou ne sont pas ce qu’elles sont.

(1) C’est dans le développement de ces idées que se trouve la belle délinition de la pensée : un dialogue de l’àme avec ellemême, 2A4. a.

(2) A l’occasion de cette définition, on trouveencore dans Platon une division importante que nous devons faire connaître. 11 y a une puissance qui est cause que ce qui n’était pas devient , qui produit par exemple les êtres vivants, les végétaux, les métaux. On peut attribuer cette puissance poétique, créatrice, soit à la nature, considérée comme une cause mécanique et aveugle, soit à une cause douée de raison et de science, c’est-à-dire à un dieu. Pour nous, le devenir est l’ouvrage d’un dieu, xatà 0e6v aOrà

p. 265. Mais la puissance de production de Dieu se divise eu productions d’œuvres réelles et en productions d’œuvres apparentes, telles que les songes, et la puissance de production de l’homme se divise de même en productions d’œuvres lêelles, telles qu’une maison, et d’œuvres apparentes, telles que les tableaux de la peinture, qui ne sont qu’une espèce de songe de notre composition, à l’usage des gens éveillés; et cet art d’imiter se divise encore suivant qu’on connaît scientifiquement ou non les choses qu’on imite ou qu’on copie, et qu’on croit ou non les savoir. Ces distinctions sont importantes, et nécessaires même, pour comprendre les théories esthétiques de Platon.

1* Une méthode de divisions et de définitions que, tout en les plaçant dans la bouche d’un . Éléate, et en se permettant ainsi de les exagérer un peu et d’y mêler une légère nuance d’ironie, Platon adopte pour son propre compte, comme il le montre ailleurs (1);

2' Une critique des principes logiques et méta- • physiques des écoles d’Élée et de Mégare ;

3® Une exposition de la nature et des sources de ' l’erreur, fondée sur une profonde

4“ Doctrine de l’être et du non-être qui n’existe qu’à la faveur de l’être, et n’est que la différence d’essence.

C’est dans cet important ouvrage que Platon, s’arrêtant sur la voie de l’idéalisme éléatique, montre que l’être, et l’être parfait, n’est pas substance pure, nue, vide, mais vie, pensée, force, cause, par conséquent mouvement, par conséquent rapport : c’est-à-dire que l’absolu enveloppe le relatif, l’immuabilité le mouvement, la permanence le changement, l’identité la différence, l’action la passion; en un mot, que l’être est l’unité où se concilient les contraires.

Cette profondeur d’analyse n’a pas empêché Socher de contester l’authenticité du Sophiste (2), qu’il croit contraire .au platonisme, et qu’il attribue à un mégaricien. M. Stallbaum, qui combat avec

(1) Phædr., 265, d ; Politic., 285, a; Phileb., 16, c.

(2) Aristote y fait clairement allusion. Met., V, 2. Atà nxâTwv

Tpôuov Tivà oô xaxû;7:epl t:^v ffo^taTix^lv rà pi'J) 6v ÉTaÇev.

raison cette opinion, a tort, suivant moi, de ne voir qu’une critique ironique dans la pratique de la méthode des divisions. Outre l’édition de ce docte interprète de Platon, je ne connais à recommander que celle de Heindorf, Berlin, 1810. Porphyre avait écrit sur le Sophiste des commentaires cités par Boèce, et qui sont ou perdus ou enfouis ignorés dans les manuscrits des bibliothèques. On trouve dans Thémiste , Orat. xxiii, une imitation peu profitable de certaines parties de cet ouvrage.

Page 1