‹ La vie et les écrits de PlatonChapitre 50 sur 76 · III. Le délire poétique, reporté à l’inspiration des Muses · texte numérisé non relu

III. Le délire poétique, reporté à l’inspiration des Muses

IV. Le délire érotique, ou l’amour philosophique, attribué à Vénus et à Éros, le plus noble de tous.

Pour bien comprendre la vertu de cette dernière forme du délire, il faut connaître la nature de l’âme, ses facultés actives et passives , ^uffEMç itEpl, TtâOy) te xal ?PY«. C’est une recherche difficile , et nous ne pouvons guère nous faire une notion exacte de l’âme que sous la forme d’une image. Comparons-la à un

(1) Sur cette question , v. Krisch., 1. 1., p. 26 sqq.

char ailé, attelé de deux chevaux et conduit par un cocher. Toutes les âmes, celles des dieux comme celles des hommes , cherchent à gravir les sommets radieux où résident, dans un lieu supra-céleste, les Idées ; car les dieux ne sont dieux qu’autant qu’ils résident auprès d’elles. Toute âme qui doit être humaine les doit avoir contemplées, de plus près ou de plus loin. Car c’est par la contemplation des Idées que l’âme peut avoir des notions universelles. Sous cette forme symbolique Platon expose sa doctrine sur l’essence de Tâme, force motrice de tous les corps vivants, principe de son propre mouvement, partant éternelle et immuable. Trois facultés la constituent : la raison, la volonté, la sensibilité; et ces trois facultés se ramènent à deux activités, une activité rationnelle et une activité irrationnelle, unies en une seule nature, Çutxfpuxoç 8ûva,ui<:. Gomme l’âme de l’homme anime et vivifie son corps, l’âme du monde pénètre en toutes ses parties et dans le tout*, meut et vivifie le corps de l’univers.

La connaissance ne s’explique que par l’innéité des principes et l’inhérence de la science, Ivouaa lirtdTviiiï). La philosophie est l’amour de la vérité, et l’art de réveiller de leur sommeil en nous-mêmes et dans les autres , de dégager du fond obscurci de l’âme , ces Idées autrefois entrevues dans la pure clarté d’une vie incorporelle , et parmi lesquelles rayonne l’Idée du beau , dont l’amour constitue chez l’homme la puissance créatrice. Le mythe expose en outre, sous une forme souvent obscure , les rapports de l’âme humaine au divin; son passage à une

vie terrestre, ou son rapport avec la matière; la distinction des individualités , car les âmes humaines se distinguent les unes des autres, et toutes des âmes des bêtes ; enfin la Réminiscence, qui a son fondement réel dans la Préexistence, dont la Réminiscence est à son tour le fondemenl logique. Il faut remarquer que la nature de l’âme est posée comme primitivement parfaite, comme une essence naturellement en rapport avec le divin, ou les Idées, Le mouvement va du parfait à l’imparfait. Cet imparfait, qui résulte de ce que l’âme ne peut jamais voir que de plus ou moins loin les Idées, est une loi, loi naturelle, fatale, Oecfiuôç, vo'jxo; ’ASpacteiaç (1), un hasard, olv TÛ/aTivî, c’est-à-dire une nécessité, une condition de l’existence inférieure de la chose sensible, exprimée sous une forme mythique.

La conversation qui s’échange ensuite prépare la seconde partie du dialogue, qui roule sur la rhétorique, et porte sur sa définition, sa fonction, sa méthode, son but, qui est à la fois d’émouvoir les hommes et de plaire aux dieux, son usage et sa pratique. On trouve là un éloge magnifique de Périclès considéré comme orateur, qui semble contredire le jugement sévère porté dans le Gorgias (2) sur ce grand homme d’Étal. On en a voulu conclure que le Phèdre était d’une date postérieure au Gorgias , et attestait un esprit plus mûr, revenu à des sentiments plus

(1) 248, c. On la retrouve appelée v6p.ot el(j.appévoi dans le Ttmée, 41, e. Conf. de Legg., IV, 709, b. 0eà; (j.àv itaw*, xal |xetà Oeoÿ Tvjcn xat xaipôî xàvOpwTiiva 5iaxv6spv«ffi.

équitables, et à une justice plus généreuse et moins passionnée, comme si ces deux jugements, divers sans être contradictoires, ne pouvaient pas et ne devaient pas s’expliquer par les points de vue divers où se placent les deux dialogues.

La théorie oratoire que Platon oppose aux procédés mécaniques, et à l’habileté pratique des Tisias et des Thrasymaque, se ramène à la dialectique, c’està-dire à l’art de penser. La première règle est de savoir et de pouvoir exprimer clairement de quoi il est question, c’est-à-dire qu’il faut savoir définir. Pour cela, il faut connaître l’art de diviser une Idée géné-i^ raie en ses espèces, et de reconstituer l’imité dis-' séminée dans une pluralité d’individus ou d’espèces inférieures. Savoir faire un et savoir faire plusieurs, c’est la fonction propre du dialecticien. Gela n’exclut pas la nécessité d’études préparatoires, mais il ne faut pas les confondre avec l’art môme , irpô

irr); tÉÿfVY); ava^xaia |jia6ii[jt.aTa.

L’éloquence, bien supérieure au misérable métier de composer des livres écrits, est la puissance de toucher les âmes et de les émouvoir, Pour la

posséder ilfautd’abordconnaîtrela nature etl’essence de l’âme , connaissance qu’on ne peut espérer d'atteindre sans la connaissance de l’âme de l’univers , où la nôtre est inhérente et comme attachée par ses racines. En second lieu , il faut savoir quelles sont ses facultés actives et passives, les objets sur lesquels elle peut exercer son action , et ceux qui peuvent exercer une action sur elle; enfin analyse) les difféi’etces de nature des âmes individuelles, et

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