‹ La vie et les écrits de PlatonChapitre 64 sur 76 · DIALOGUES · texte numérisé non relu

DIALOGUES

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L’abbé Garnier, dans ses solides mémoires sur Platon, Acad. Inscr., t. XXXII, p. 173, fait celte remarque judicieuse: « Quelques efforts que l’on ait faits Jusqu’à présent pour les ranger sous de certaines classes, ils ont échappé à toutes les divisions auxquelles ou a tenté de les assujettir. Le dialogue qui porte le titre de moral n’est souvent rempli que de dialectique, et le logique renferme ordinairement des questions de morale et de métaphysique. »

(2) Alb., Isag., c. 4. ’Eoixévai aÙTÔv veXetov Svva veXei'cp oX»i(i.aTt xvxXou.

pas. Rien n’est plus opposé au génie grec et à l’art antique que cet appareil scolastique, cet échafaudage lourd et inutile ; Platon nous dit lui-même comment nous devons considérer chacun de ses dialogues, envisagé comme œuvre d’art : nous devons y voir comme un être vivant, un, dont les parties sont liées et proportionnées entre elles et par rapport à l’ensemble, formant un tout complet, achevé, un véritable organisme (1). N’oublions pas que Platon est le dernier des philosophes artistes, comme l’a dit M. Cousin, et ajoutons qu’il en est aussi le plus grand.

Sans contester l’érudition des recherches que l’Allemagne a consacrées à ce sujet, si l’on veut à toute force établir une classification, suivant moi, parfaitement inutile, il est prudent d’en revenir à la simple division de Cicéron (2) .

(1) Phèdr., p. 264, c; Procl., in Parm., I, t. IV, p. 53. Gon,. Trendelenb., de Platon. Philebi consUio, 18.37, p. 4 : « Nam quidquid operis aiiliquitas liuxit, et antiqui ingenii quasi nota signavit, id per se unum, etquamvis ad alla relatum, ita tamen .iliquateuus certe absolutum est, ut quasi ex se ipso natum per se etiam intelligi queat. »

(2) M. V. Cousin en a proposé, mais en passant, une autre, dans son argument de VEut/iydème : « On peut, dit-il, distinguer dans les compositions de Platon trois manières essentiellement différentes : la première, où domine le caractère iK)étique; la seconde, où domine au contraire le caractère dialectique; la troisième, qui les réunit tous les deux. Cette distinction, si elle est fondée, peut servir de principe à une nouvelle classification des dialogues de Platon, et les partage en trois séries... > Je ne sache pas que M. Cousin ait jamais cherché à démontrer que celte distinction était fondée, et à appliquer le

Il y a, suivant ce dernier, dans les ouvrages de Platon, des dialogues où le but manifeste de l'auteur est d’exprimer avec sincérité les enseignements de son maître, et de remettre sous les yeux des Athéniens, animée et vivante, sa noble figure II en est

principe à d’autres dialogues que VEuthydème, Il est bien difficile d’accorder que les trois manières soient essentiellement différentes; et il serait, je crois, impossible de trouver un dialogue qui ne réunisse les deux premières, dans une proportion différente, il est vrai, mais dont on ne peut calculer la mesure; enfin il est évident que ce principe de classification ne prend eu considération que la forme littéraire, extérieure, de la composition, et qu’elle est insuffisante pour des œuvres d’un contenu si profondément philosophique. Ast, qui lui en avait sans doute suggéré l’idée {Plalon’s Leben, p. 63), avait lié à la considération de la forme celle du contenu et de la date de la composition. Les dialogues d’une forme poétique et dramatique ne reproduisaient suivanllui que la doctrine de Socrate et ont dû être composés du vivant du maître, et dans la jeunesse de Platon, qui s’y trahit parla fougue, l’éclat, l’exagération juvénile delà composition etdustyle. D’autres, où la dialectique et la poésie se font pour ainsi dire équilibre, appartiennent à une époque où Platon commence à former ses propres idées, après la mort de Socrate. La troisième série, où la dialectique obscurcit et éteint la fougue et l’éclat poétiques de l’expression, atteste, par sa forme sévère, austère, aride même, que l’auteur est arrivé à la vieillesse, à l’âge de la méditation et de la contemplation. Quand il s’agit d’appliquer ces principes, Ast est obligé, pour ne pas les oublier ou les méconnaître, de supprimer des œuvres authentiques toutes celles qui les contrarieraient ou plutôt les contrediraient. Du reste, cette division d’AstetdeM. Cousin, qu’on trouve déjà dans Sydenham {Synopsis or general view of the ITorfa of Plalo, Lond., 1759, p. 9), avait été présentée par quelques anciens, Diog, L., III, 50, qui distinguaient vot;; gàv Spapatixoû;, toùi; 6à Siriyriii.aTixoù;, toù; Sà gixToû^. Mais Diogène fait l’objection sensée que c'est appliquer un principe purement littéraire à des œuvres philosophiques.

d’autres, et ce sont à la fois les plus nombreux et les plus considérables, où, se sentant en pleine possession de sa pensée et de son talent, nourri des hautes spéculations des Pythagoriciens, exercé par la forte dialectique des Éléates, il adopte une partie de ces théories qu’eût répudiées Socrate (1), etaspire à formuler une plus large doctrine qui les concilie avec les vérités morales que lui avait transmises son maître, et avec les vérités expérimentales que défendait l’École ionienne. Ainsi des dialogues Socratiques, qui répondent peut-être, et pris en général, à la jeunesse de l’auteur, et des dialogues vraiment Platoniques, voilà une classiGcation claire, justifiée par les textes, tout à fait suffisante (2), et dont il ne faut pas cependant, sous peine de graves erreurs, poursuivre trop rigoureusement les applications. Gomment arriver à faire le départ de ce qui est purement Platonicien et de ce qui est purement Socratique? il faut avoir recours à l’esprit de divination. Le plus sage sera encore de ne pas soumettre à un ordre, qu’il n’a pas connu ni voulu, le plus libre génie qui fut jamais, et de considérer, comme nous le conseille Proclus, chaque dialogue comme un tout achevé, un organisme vivant et indépendant.

(1) Cic., de Fin., V, 29 : « Quum Socratera expressisset, adjungeret l’ylliagorcorum disciplinam, eaque quæ Socrates repudiabal, addiscerel. » Üiog. L., Il, 4â : "A Itoxparr); àpvelTai, itept ToÛToov a'jTÔ; XÉYei.

(2) C’est à peu près où en revient M. Stallbaum, dont les trois catégories, pourraient avantageusement sc ramener à deux :

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