‹ La vie et les moeurs à la Plata (volume 2)Chapitre 3 sur 19 · Portugais · texte numérisé non relu

Portugais

719 Russes 4

58 Suédois 2

J Suisses 207

77 Turcs 2

On peut dire que le inonde entier contribue à la création de la notivelle ville, comme à celle des villages les plus humbles de la République, dans des proportions différentes à mesure qu'ils sont plus éloignés du littoral.

Cette collaboration de toutes les races du globe à la foimation de la nation argentine est un élément dominant dans l'avenir ethnique et social, mais aussi dans les préoccupations politiques des gouvernants de ce pays.

L'étranger, ici, n'est pas un oiseau de passage, touriste ou chercheur d'affaires, arrivé de la veille, prêt à quitter, le lendemain, la chambre d'hôtel qu'il occupe à peine. Il vient, au contraire, pour prendre possession du sol ; sorte de légion conquérante, active, laborieuse, économe, qui a vite fait de contracter des mariages, de créer des capitaux et d'accumuler des épargnes, elle multiplie, sous ses pas, les problèmes sociaux des plus graves et tout à fait spéciaux.

Donnons-en une idée.

Aux iilats-Unis, l'immigration atteint, année moyenne, le chiffre de six cent cinquante mille individus. La population étant de soixante millions, ces deux mille habitants nouveaux, qui arrivent chaque jour, ont à se mêler à la population dans la proportion de un immigrant par cent habitants, ou à occuper des surfaces nouvelles qui s'offrent à eux, en abondance, oii ils peuvent acheter, à bas prix, leur place au soleil, en abdiquant leur nationalité.

Dans la République Argentine, la population étant de quatre millions d'habitants et les arrivages annuels de cent vingt mille, en 1887, les trois cents immigrants qui arrivent chaque jour ont à se mélanger à la population dans la proportion de un par trente habitants environ ; encore, pour que le mélange restât dans leslimilos que nous indiquons, il fau-

drait que rimmigration se mêlât à la population dans toutes les régions en quantités égales. Il n'en est rien. L'immigrant s'arrête, pour un temps plus ou moins long, dans les centres de population du littoral, ou se rend directement dans les centres agricoles exclusivement formés d'étrangers.

Ajoutons à cela que l'immigration se compose d'adultes.

Ces chiffres et cette dernière qualité de l'immigration européenne ont, depuis 1878, inquiété les hommes d'État. Il faut vingt ans, disent-ils, pour augmenter d'un adulte la population nationale; il ne faut qu'un arrivage de steamer pour en jeter un millier, sur la plage, prêts à produire, à procréer, à contre- balancer l'influence des nationaux. On suppute. On observe déjà que la propriété se distribue dans la ville pour deux tiers entre les étrangers, le dernier tiers appartenant aux nationaux, et encore parmi ceux-ci figurent, en grand nombre, des créoles dont les pères étaient étrangers.

Pu sent monter le flot, le cri d'alarme est poussé de tous côtés. Dans la presse, les publicistes s'en occupent ; en 1882, au Congrès, des sénateurs, non des moins illustres, proposaient des projets de loi, demandaient que l'on obligeât les étrangers qui voudraient occuper des fonctions publiques à se faire naturaliser, que Ton multipliât même les prétextes à naturalisation forcée.

Ces étrangers, laborieux, nombreux, attachés au sol, massés, souvent, en groupes homogènes, autour d'un clocher élevé par eux, sont dangereux, disent les créoles, par cela même qu'ils n'ont pas de droits politiques. Cette population, qui entre dans la nation pour plus de trois pour cent par an, fournit, au bout de moins de dix ans, une masse égale à celle des électeurs, supérieure en nombre à ceux-ci dans les villes, qui ne vote pas, pour qui le triomphe des partis n'a aucune importance directe. Cette masse, s'il est vrai qu'elle répande autour d'elle, comme un mal contagieux, l'indifférence politique qui lui est imposée, domine cependant la marche des

affaires publiques par sa propre richesse et se trouve en situation d'exiger le respect de la propriété qu'elle détient, qui n'est pas venue dans ses mains par des concessions gratuites, faites sous des conditions ou des restrictions, mais par une acquisition onéreuse et libre, autorisée par la Constitution, réglée par le Code civil. C'est un danger poir un État de voir la direction des affaires publiques passer aux mains d'une oligarchie, maîtresse du pouvoir, mais noyée au milieu d'étrangers actifs, remuants, riches, industrieux et sans droits de contrôle ni de discussion.

Rien ne s'oppose, ajoutent les esprits chagrins, à ce que, du jour au lendemain, rebutés par les difficultés que leur offre déjà la lutte pour la vie dans le territoire des Etats- Unis, les émigrants, annuellement disponibles en Europe, n'exigent que les steamers, qui les attendent, changent de direction et les dirigent sur l'embouchure de la Plata.

Que se produirait-il si cinq cent mille émigrants, au lieu .de cent vingt mille comme en 1885, au lieu de cent mille comme en 1886, se présentaient à Buenos- Aires pour la solution du problème de la vie ?

La terre ne leur manquerait pas sous les pieds, mais la population indigène, noyée sous cette formidable poussée, sous cette invasion de barbares armés de bêches, verrait son influence politique et dirigeante vigoureusement mise en péril.

Les étrangers, en effet, ne voient dans la politique, dont ils sont exclus, et dont la direction est, comme les profits, aux mains de l'oligarchie que nous signalons et expliquons, que les intrigues stériles, dont elle est l'occasion, et les fraudes,qui sont ses moyens ordinaires. Ils la jugent plus sévèrement même qu'ils ne le feraient, s'ils étaient admis à y prendre une part. Au lieu d'être des pondérateurs comme le sont, dans tous les pays, les intérêts matériels, ils sont des critiques, souvent hostiles à tous les partis, à toutes les ambitions, et les esprits les plus libéraux d'entre eux, si la politique s'agite trop,

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semblent prêts à acclamer un despote, qu'ils combattraient s'ils étaient électeurs.

L'indifférence de cette masse a un autre inconvénient, elle favorise l'élévation des nullités ambitieuses, dans ce milieu, où rélecteur a d'aulant moins de frein et impose plus sûrement sa volonté, qu'il a une importance politique plus en disproportion avec son importance numérique.

Le danger apparaît donc, de cette juxtaposition qui ne forme pas un peuple, pas plus qu'une poignée de sable n'est une pierre ; disons-le, il est à beaucoup de points de vue illusoire et sera nécessairement passager.

La loi, en effet, contient un palliatif, sans influence immédiate, dont les effets se produiront, forcément, un jour, qui sera plus ou moins rapproché, suivant que le nombre des naissances surpassera plus vite celui des nouveaux arrivants. Ce principe légal, qui découle d'une nécessité sociale de premier ordre, est celui qui impose à l'enfant, né de l'étranger, la nationalité argentine, sans lui permettre aucune option; fait de lui un citoyen, jouissant de tous ses droits, obligé à tous les devoirs que comporte ce titre, quelles que soient l'origine et la patrie de son père.

La loi, qui ne saurait imposer à l'immigrant, même à celui qui accepte une fonction publique, la nationalité argentine, lui déclare que son tils, s'il naît sur ce territoire, ne sera pas de sa patrie, qu'il y soit arrivé marié à une étrangère, ou se soit marié dans le pays. Sans l'application rigoureuse de cette loi prévoyante, la constitution et Thomogénéité de la nation argentine serait indéfiniment ajournée, peut-être même détruite dans Tœuf; cela suffit à arrêter toute discussion.

Nous aurions, pour notre part, d'autant moins de tendance à combattre celle théorie, qu'élevé sous le régime de la loi

française, nous la trouvons rétrograde, sans toutefois refuser de lui reconnaître une certaine grandeur.

11 y en a, de la part d'une nation, à suivre les fils de ses fils, à leur garder une place au foyer, où tous les droits des citoyens les attendent, quel que soit Féloignement dans lequel ils aient vécu. La race française a des qualités de race qu'elle a l'ambition et la mission de conserver; le vrai moyen de les défendre, c'est de rattachera la patrie les citoyens qui s'en éloignent, en conservant entre eux et elle, à défaut d'autres, le lien légal.

Ces deux législations, si contraires dans leurs principes et dans leurs effets, sont donc, par certains côtés, utiles aux pays pour lesquels elles sont faites; mais elles ont, toutes les deux, le plus grand défaut que puissent avoir des lois dont la portée est internationale : ce défaut est de créer des conflits, quand l'objet de toute loi écrite est de les résoudre.

Toutes deux s'arrogent un droit, que ni lune ni l'autre n'aura jamais, quelque puissante qu'elle soit ou qu'elle devienne, la possibilité de faire respecter en dehors de ses frontières. Elles aboutissent toutes deux à gêner les citoyens dans leur action, à les priver en partie de leur liberté.

L'enfant, né d'un Français dans la République Argentine, est à la fois Français et Argentin. Il naît et vit, sous l'empire de deux lois contraires, qui lui sont également applicables et qu'il ne peut satisfaire toutes deux. Il est à la fois citoyen de deux patries, soldat de deux armées. La loi civile de la patrie de son père prétend ne pas l'abandonner, lui conserve un domicile légal, là où jamais, peut-être, il n'a eu ni pensé avoir une résidence, prétend maintenir, sous la loi de ses pères, l'acquisition et la transmission de ses biens et de ses droits ; cependant que la loi argentine, de son côté, lui impose d'avoir à obéir à la loi de son domicile.

L'impôt le plus lourd que lune et l'autre de ces patries exigent de leurs enfants, c'est celui qu'une vieille expression appelle Timpôt du sang. C'est le plus pénible à payer pour tous, mais surtout pour celui, qui, étant né à 1 étranger, y a oublié ou n a pas appris la langue de son père, a créé, au loin, des intérêts qu'il lui faut sacrifier à jamais de ses propres mains s'il veut remplir ses devoirs vis-à-vis de la patrie inconnue.

Aussi cherche-t-il toutes les échappatoires, sans en trouver, au reste, qui n'aient de graves inconvénients.

Combien de fois, dans notre carrière d'avocat à 1 étranger, avons-nous été consulté par des jeunes gens ou des pères de famille, qui, désireux de ne pas échapper à la loi et de conserver leur nationalité, cherchaient aussi les moyens de sauvegarder leurs intérêts, effrayés d'entreprendre un voyage à trois mille lieues, de souffrir cette perte de trois ans de leur vie, de rompre avec leur famille, leurs intérêts, leurs habitudes ! De solution, il n'y en a pas; il n'y en a qu'une : allez servir.

Vous êtes né hors de France, vous ne parlez même pas la langue française; mais votre père était Finançais; il s'était établi à l'étranger avec l'esprit de retour ; il y a trouvé l'aisance presque toujours, la fortune presque jamais; les enfants sont venus, il compte sur eux pour continuer son œuvre, qu'une génération ne suffit pas à mener à bien. Il pense, lui, à revoir le pays natal, où il a même conservé une petite maison qui lui est chère. Vous, fils de Français, vous ne connaissez pas tout cela, mais le nom de France a été prononcé, avec émotion, à vos oreilles d'enfant, vous voudriez savoir ce que vous avez à faire pour rester Français, vous vous renseignez sur ces obligations lointaines et inconnues. Vous apprenez avec surprise que si vous passez la mer et voulez revoir le pays lointain , la France, dont votre cœur s'est souvenu par filiation, vous trouverez sur le quai du premier port français un gendarme, qui vous mettra la main au collet et sur le dos un sac avec

cette note au livret: insoumis. Après trois ou cinq ans vous pourrez repartir mauvais soldat, plus, détestable Américain.

Il n'y a pas de loi plus funeste au commerce international de la France que cette loi paternelle et de protection, cause de ces maux privés qui ont un caractère public.

Premier résultat : le Français établi à l'étranger qui sait ces choses, très patriote, je le veux bien, mais prévoyant, prends contre ces conséquences d'une loi qui Tinquiète, des précautions, dès le jour de la naissance de son fils. Il sait bien qu'il y a, au consulat de France, un registre des naissances; convaincu que ce registre n'a d autre objet que de dénoncer, dans l'avenir, les soldats exotiques à Tofficier de recrutement, il ne fait au consul aucune déclaration.

Cette omission, qu'il croit prudente, n'est qu'inutile et n'a pas pour résultat de modifier l'état de son iils, mais il croit généralement qu'elle a ce résultat, et il se frotte les mains de cette supercherie, qui a des conséquences plus graves que l'on ne croit.

Si elle ne détache pas légalement ce citoyen de sa patrie d'origine, elle le détache de fait. Entraîné par la force des choses vers la patrie oii il est né, il ne songe même plus à l'autre, avec laquelle il a supprimé ce dernier lien de l'acte de naissance dressé en français par un fonctionnaire français. Plus tard, s'il étudie le droit et reconnaît que cette omission n'a rien corrigé, ses affections sont ailleurs.

Second résultat : il prend une certaine irritation contre cette patrie qui a pour lui des exigences et ne les compense par aucun service. De ce jour, et c'est là ce qui nuit gravement à notre industrie, si les besoins de ses affaires, de son commerce lui imposent la recherche d'un correspondant en Europe, il le cherchera le plus souvent ailleurs qu'en France, il craint que des relations ne TobUgent un jour à s'y rendre de sa personne et à s'exposer à toutes les taquineries d'une loi mauvaise.

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GHAP. 1. — CONDITION SOCIALE DES ETRAN(iERS 19

La solution de ce conflit de législation est facile à inscrire dans un traité, dont la nécessité s'impose, dont Tabsence est aussi nuisible aux Etats qu'aux particuliers. Ce traité, pour contenir en même temps qu'une solution sociale et politique une solution véritablement juridique, doit repousser également le principe de la loi argentine et celui de la loi française. Ces principes, en effet, pour être trop absolus, ne sont pas philosophiques.

Nous n'admettons pas que le hasard de la naissance, dans un lieu, soit pour un enfant un motif suffisant pour l'attacher de cœur à ce lieu et lui imposer, a priori^ pour le pays où il est né, tous les sentiments que résume l'idée de patrie. Nous n'admettons pas qu'une ou plusieurs lois puissent avoir pour conséquence démettre dans une famille voyageuse des enfants de plusieurs nationalités.

Faites-les naître où vous voudrez, ils choisiront et aimeront comme patrie, non pas le lieu où ils auront vu le jour pour la première fois, mais bien celui où, pour la première fois, ils auront pensé et appris à penser, s'y créant les premières amitiés, les premières attaches, les premiers appuis pour plus tard.

Nous prévoyons Tobjection : tous les enfants nés à l'étranger renonceraient donc à la patrie de leur père ; pourquoi leur en faciliter les moyens? Ce danger ne saurait arrêter le législateur, puisque ce fait prouverait, au contraire, à quel point un changement de législation est nécessaire; on sortira ainsi d un état anormal, nuisible à tous les pays qu'il prive de citoyens, désireux de leur appartenir, et leur impose ceux qui se sont choisi une autre patrie.

Ce que nous avons dit du nombre des étrangers, des lois qui les régissent, de la manière dont les traitent le droit public et le droit privé, de leur condition légale, à ce point assimilée à celle des nationaux que les traités y sont superflus, laisse prévoir que la vie des étrangers diffère peu de celle des nationaux et qu'ils doivent se mêler à la population générale, sans distinction d'origine.

Comment en serait-il autrement dans ce pays où ce sont les étrangers qui, pendant un demi-siècle, ont exclusivement exercé le professorat, et préparé la génération actuelle en pétrissant son esprit? où les capitaux étrangers et la présence des étrangers ont seuls pu déterminer le développement de la richesse latente du pays? où les étrangers vendent tout ce que le pays consomme et lui achètent tout ce qu'il produit? où ils exercent librement, à l'égal des nationaux, toutes les professions libérales, même celle d'avocat ; sont admis dans toutes les fonctions publiques, dans l'armée, dans la marine, ne sont exclus, comme en France, ni de la tutelle, ni de la curatelle, ni d'aucune administration de biens légale ou judiciaire, peuvent être syndics ou juges-commissaires, occuper, à Télranger, des fonctions consulaires, interviennent par conséquent dans toutes les fonctions vitales du pays?

Peut-être cependant aura-t-on quelque intérêt à trouver ici les traits de chacune des colonies étrangères, qui s'agitent dans ce milieu et y conservent leur individualité propre.

Au premier abord, les différences sont assez difficiles à percevoir; les traits propres de la physionomie de chaque race

se distinguent assez mal, rassimilalion et la fusion se font de tous les côtés à la fois. Etrangers et nationaux font, entre eux, un échange continu de coutumes; les mots de leurs langues même opèrent des mariages assez fréquents pour que les mœurs et le langage général du pays qui se forme, ainsi, ait un caractère cosmopolite accentué.

Tous les peuples ont, h un degré plus ou moins élevé, cette propension, plus accentuée chez les Français que chez tout autre, de mêler à leurs phrases des mots de langues étrangères. Ils confectionnent ainsi dans les pays où ils sont nomr breux, comme Tont fait les soldats des expéditions en Algérie, une sorte de sabir, où tous les mots de la langue locale, qui désignent des objets vulgaires, des occupations journalières ou des métiers, prennent place avec une désinence française. Ils ont surtout une tendance marquée à dénaturer le sens des mots français, en prenant, dans la langue espagnole, des mots de consonance similaire, mais de sens différent. Nous pourrions en donner mille exemples, mais il sera plus simple, pour faire comprendre leur manière de procéder, de rappeler par analogie le souvenir d'un mot, que nous avons entendu, à la porte de Paris, à une époque douloureusement historique.

C'était le 29 janvier 1871 . L'armistice, qui ouvrait les portes de Paris, était signé de la veille ; nous nous rendîmes, avec quelques officiers de la légion de Seine-et-Oise, aux confins de la presqu'île de Gonnevilliers, limite extrême des avant-postes des deux armées. Un bac nous mit sur l'autre rive, nous y rencontrâmes un paysan d'Argenteuil, le premier qui pût nous donner des nouvelles^ du dehors.

Il conduisait une charrette. On causa. A notre question sur le but de son voyage, il répondit :

« — Je vais chercher de la flèche à Saint-Denis. »

Nous savions assez d'allemand pour comprendre que le malheureux paysan parlait un sabir allemand qu'il avait appris à

Bezons! Il allait chercher de la viande pour les soldais allemands; la similitude du mot fle$ch et du vocable français avait fait, dans son esprit, un rapprochement qui n'était clair que pour lui.

C'est ce travail qui s opère dans le cerveau de tous les Français au dehors: en franco-espagnol, une puissance devient une potence, du mot espagnol potencia, la rue de Lima devient la rue de la Lime, et tous les mots de la langue, qui s'y prêtent un peu, se dénaturent de même.

Quant aux Ilispano-Américains, Thabitude qu'ils ont de vivre avec les étrangers leur donne une connaissance générale des mots usuels des langues étrangères; certains journalistes les emploient constamment, beaucoup restent dans la langue générale, qui devient ainsi un néo-espagnol, si différent de celui d'Espagne qu'il est souvent étrange pour un Castillan ; d'autant, qu'«à côté des mots d origine étrangère, elle en accueille beaucoup d'origine indienne, qu'en outre, elle change, elle aussi, le sens de certains mots très espagnols, comme elle modifie l'orthographe des mots étrangers qu'elle prend: ainsi, les mots aide de camp. Mon Dieu! hatitbois^ deviennent, en espagnol, édecan^ Mon Diti! oboe.

D'autres mots, en passant l'Atlantique et restant les mêmes, ont changé de sens, ainsi le mot rancho; nous citons celui-là parce qu'il a formé jusqu'à des dérivés anglais. En espagnol, rancho veut dire provision de bouche ; en néo-américain, i! signifie chaumière. Il a ce sens dans toute l'Amérique espagnole; il est entré, par le Texas et la Californie, dans la langue anglo-américaine, où il a formé rafic/i et tous ses dérivés ranch-man^ rayich-life ;\9, vie du pasteur, de l'éleveur est la vie du ranch.

L'origine de cette dérivation est curieuse. Quand les Espagnols débarquèrent en Amérique, ils demandèrent, naturellement, aux Indiens des vivTes et des contributions de

toute sorte : ils allaient, aux groupes de huiles de ceux-ci, les requérir, de là l'expression aller au rancho, qui signifiait proprement aller à la provision et désignait en même temps le fait d'aller aux huttes; le mot rancho prit ainsi et garda le sens d'habitation de peu de mine.

Les Français ont, par les mêmes procédés, introduit, dans leur langue, des mots de tous les pays. NV trouvons-nous pas, par exemple, le plus affreux des jurons espagnols désignant un élégant corsage de femme? L'origine de son introduction est bien facile à retrouver. Les soldats français l'ont rapporté d'Espagne sous l'Empire. Ds avaient certainement, au delà des Pyrénées, les allures galantes, qui leur sont propres, et recevaient, naturellement, chaque fois qu'ils prenaient la taille des belles patriotes transpyrénéennes, le juron dont les lèvres des femmes espagnoles n'ont pas peur: « Déjeme liombre, c. >^. « Laissez-moi, c... », ils en ont déduit que corsage devait se traduire par caraco. Le dictionnaire de l'Académie espagnole aurait pu leur apprendre qu'il n'en est rien.

Le même procédé ou d'autres ont introduit dans la langue néo-américaine un nombre de mots que l'on estime à trois mille pour le groupe des républiques du Sud ; c'est ce qui contribue le plus adonner à cette langue le caractère qu'elle conserve et accentue, chaque jour, au contact des étrangers.

Le mot indien le plus répandu et le plus particulier à la République argentine est une exclamation : c'est le ché ! — prononcez tc/té — que* l'on rencontre à toute occasion.

Le ché n'est ni mexicain, ni colombien, il est pampéen et spécialement légué par les premiers habitants du pays, les Telmen-ches, Che, dans la langue de ceux-ci, signifie homme. La surprise des Indiens fut grande quand ils virent pour la première fois des Européens descendre de leurs caravelles, vêtus, chaussés, monter à cheval. Ils ne pouvaient croire

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que ce fussent des hommes comme eux : ce fut seulement que lorsqu'ils les touchèrent du doigt que ces pauvres déshérités de l'espèce humaine reconnurent qu'ils avaient devant eux des hommes; ils s'exclamèrent: ches ! ches ! des hommes! des hommes! Le mot est resté dans la langue argentine comme exclamation et appel.

Il a une grande douceur et un charme spécial, familier, aimable, caressant : s'il indique la surprise, c'est une surprise qui ouvre les hras. Il contribue, plus que tout autre mot de la langue^ à imprégner l'atmosphère de familiarité : il est si général que les Argentins appellent leur pays la terre du tc/ie.

Elle est aussi la terre ouverte îi tous les usages étrangers. Ils pénètrent partout, sont adoptés partout, tous les peuples contribuent, ensemble et si bien, à cotte constitution des usages, de la langue, du costume, de la littérature, de la vie publique et de la vie de famille qu'aucun pays, pas plus l'Espagne que d'autres, ne peut se vanter d'avoir imposé les siens d'une façon spéciale. Cette variété d'influences produit un ensemble très particulier, qui suffit à donner à tous les aspects de la société, au mode de vivre, de s'y vêtir, de s'exprimer, des habitants, une individualité propre qu'exprime plutôt le mot de mœurs locales que celui de mœurs nationales.

Laissons de côté, comme nous avons dît, déjà, qu'il fallait le faire, non pas les villes du littoral, ni la ville princesse du littoral, Buenos-Aires, mais les quartiers de celle-ci, plus rapprochés de la rive, qui sont ceux où s'agite la population, où l'élément étranger domine le plus.

Là, le mot de ce capitaine au long cours qui avait voyagé durant vingt ans et avait visité tous les ports du monde est toujours vrai. Il n'avait vu, disait-il, pendant cette longue vie.

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SOUS toutes les lalitudes, que des chapeaux à haute forme, des vêtenienls^ tous de la même coupe; était descendu, partout, cl Thôtel de Paris, avait joué au billard au café de Paris, mangé partout de la mauvaise cuisine française, faite par des Marseillais se disant cuisiniers; avait réglé ses plaisirs en français,, ses affaires en anglais, ses querelles en allemand, et ses galanteries en italien.

Tout cela reste vrai dans les villes^ sud-américaines : l'ignorance, où sont généralement les étrangers des mœurs du pays, découle de leur habitude de vivre, beaucoup, entre eux, dans les quartiers où ils sont à peu près seuls. On parle français dans toutes les boutiques, italien sur le port, anglais dans les banques, allemand derrière les grillages des bureaux, espagnol seulement dans les administrations publiques, et encore !

Mais sortons de ce coin de ville, alors apparaissent les particularités de mœurs que le pays doit à la combinaison un peu incohérente des éléments sociaux, apportés de tous les points du globe par les étrangers.

La physionomie des habitants, leurs traits, les diverses couleurs du visage, démontrent, dès le premier jour, que toutes les races, la blanche, la noire, la jaune, d'où sont sortis les indigènes, qui peuplaient le pays avant l'arrivée des Espagnols, ont contribué à la formation du peuple. Les cheveux sont noirs et crépus chez les descendants des nègres, plats et rudes chez ceux où le sang indien domine, souples et fins chez les descendants d'Européens, qui ont, eux aussi, quelquefois, îe teint bistré, legs de la race maure à la race espagnole; les cheveux blonds et roux se rencontrent, en très petit nombre, dans les familles créoles anciennement établies, seulement dans quelques-unes originaires des Asturies, province restée historiquement et elhnographiquement en dehors de l'invasion mauresque. Cette couleur de cheveux

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dénote le plus généralement une émigration récente et une origine anglaise, allemande ou flamande.

Les usages et le costume des gens du peuple sont une adaptation de tous les costumes nationaux d'au delà de TAtlantique, élaborée au fur et à mesure des importations ; quelques-uns sont assez anciens pour passer pour nalionaux.

Le pasteur, ayant, été le premier à créer des établissements dans la campagne, y a introduit les usages des pasteurs africains, que ces conquérants de la péninsule ibérique y avaient eux-mêmes généralisés, pendant les sept siècles de la domination mauresque : on les voit puiser Teau dans le jagiiël^ dont le nom et le modèle sont africains, adopter le grand étrier et l'éperon arabe, tous les ornements de métal et de cuir, ouvrages dont Grenade et Cordoue ont reçu lo modèle des artistes maures. L'Indien fournit au pasteur, qui vit lui aussi en chasseur, dont le troupeau semble un gibier demi-sauvage, ses armes : les holaa et le lasf^o; le pasteur, armé comme un Indien, vêtu comme un Maure, devient le gaucho^ nom qui résume ces deux origines : en arabe, chaotich^ qui se prononce tcha-ont-chy signifie conducteur do troupeaux ; le gaucho, qui se prononce ga-out-c/to, n'est pas autre chose; c'est bien lui qui garde et conduit le bétail nomade, à la fois chasseur et pasteur.

Son costume se compose de quatre pièces principales : le pantalon bien large, quelquefois de coton, orné de broderies, quelquefois en laine, que l'on retrouve, du reste, à Valence, semblable aux braies de nos pères, mais affectant plus encore les formes du vêtement que les zouaves ont imité de l'Arabe, c'est le chiripa. Il offre cet avantage d'être fait sans coutures, se compose d'un carré d'étoffe se repliant sur les jambes, les enroulant pour se rattacher à la ceinture qui le retient. Le manteau sans manches, fort connu sous son nom, le poncho, offre les mêmes avanta^fes : il suffit pour le confectionner de

couper un morceau de drap de grandes dimensions en carré et d ouvrir une fente au milieu pour y passer la tête; les pans retombant couvrent les mains et les cuisses de Thomme à cheval. Ces deux vêtements favorisent si bien la paresse de ceux qui les portent, ils sont de confection si simple, qu'ils sont restés le type du costume pampéen et sont adoptés par tous les étrangers; c'est un costume exclusivement campagnard.

La coiffure et la chaussure se sont modifiées suivant les époques. L'une et l'autre faisaient souvent défaut au temps colonial; un fil remplaçait la première, à la mode indienne; la seconde, plus originale, était faite de la peau fraîche des jambes de derrière d'un cheval, k laquelle on laissait sa forme d'étui et que l'on coupait de longueur, de façon à ce que la partie du jarret vînt prendre naturellement le pied, les doigts restant à découvert. Cet usage ancien disparaît; seuls les pasteurs, qui gardent, dans les solitudes éloignées, les grands troupeaux, l'emploient encore.

La coiffure qui tend le plus à se généraliser, est le béret basque, et la chaussure, l'espadrille, basque aussi. Ce n'est pas que lune et l'autre offrent de grands avantages à l'habitant des plaines ensoleillées, mais elles y sont venues de la montagne avec les premiers Basques ; ceux-ci ont été les premiers des étrangers à pénétrer dans la pampa, en y conservant leurs mœurs, ils en ont imposé l'imitation ; le commerce s'est empressé de s'approvisionner de cet article demandé par eux, dont l'usage est devenu ainsi général, à ce point qu'il est impossible de dire, à première vue, l'origine de l'homme qui vous apparaît sous ce cachet rouge ou bleu.

Tous ces hommes, aux champs, s'alimentent de la même manière. Tous prennent de l'infusion deyerba-maté du Paraguay, dont l'usage a sur tous la même influence : il donne à tous l'habitude du farniente, les ramènent, à toute heure du

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jour, autour du foyer de ta cuisine, où l'eau chante sans cesse pour cet emploi. Là, au milieu de la fumée acre de ce foyer, alimenté par la fiente do mouton, ils s'accroupissent, allument leurs cigarettes et altendent leur tour d'approcher leurs lèvres du tube de métal, par lequel Tinfusion chaude s'aspire: une courge la contient, dont Teau chaude se renouvelle, sur la même infusion, après chaque sucée et passe de mains en mains. Ce breuvage, grossièrement présenté, esf sain, mais son abus ôle aux estomacs la force et le besoin de preï^dre une nourriture substantielle.

De tous les usages sud-américains, c'est celui que les étrangers prennent le plus vite à la campagne et dédaignent le plus en ville. C'est qu'aux champs tout fait défaut; la viande de mouton y est le seul aliment, aucun condiment autre que le sel, aucun légume ne l'accompagne; dans ce milieu rébarbatif, où le pasteur rêve de culture, qu'il entreprend quelquefois et abandonne toujours, le vent très vif lasse les mieux habitués; c'est lui surtout qui contribue à les pousser dans cet abri imparfait de la cuisine, où du moins le vent ne pénètre pas; le maté et la paresse les y retiennent; le troupeau continue cependant à prospérer; cet esclave, dont le labeur productif consiste à remplir ses fonctions vitales, suffit a défendre son maître contre le besoin.

Toutes les nationalités se mêlent autour de ce foyer. La meilleure des politiques sera, toujours, pour l'étranger, de no pas se distinguer.

Il faut bien dire que tous ne la pratiquent pas et ont, à l'arrivée, dans les pays, où ils viennent, disent-ils, coloniser, sans avoir, le plus souvent, ouvert même un dictionnaire, pour se rendre compte de ce que coloniser veut dire, quelque prétention à marquer leur supériorité originelle de citoyen

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d'un pays civilisé, sur les barbares. Tout est, pour eux, sujet à gouaillerie. C'est leur manière de planter sur la rive leur drapeau de conquérants. Qu'ils jouissent de ce premier mouvement d'orgueil mal placé, ils auront, hélas ! trop d'occasions de le regretter. Ils ignorent, mais ils sauront vile, que, pour ceux qui les ont précédés, indigènes ou immigrants, il n'y a pas d'expression de dédain plus précise que celle de recien llegadOy nouvel arrivé. Conscrits, que de brimades il leur faudra endurer! Ils se croient des conquérants, s'imaginent qu'ils ont tout à enseigner, et vite s'aperçoivent qu'ils ont tout à apprendre. C'est une vie nouvelle, dans cette plaine . pampéenne, de proportions différentes de celles auxquelles était habitué cet Européen, sur le plateau de sa montagne, où il vivait du produit d'un petit coin de terre végétale. Il lui faut, bon gré, malgré, s'approprier tous les usages du lieu; monter le premier cheval venu, et comme il se présente; apprendre à être ingénieux et à se passer du concours des autres, et dame! il n'atteint pas du premier coup la perfection dans ce métier difficile. Le gaucho sourit pendant ses essais; il rit aussi de son langage, qui voudrait se rapprocher de l'espagnol; son rire est plein d« dédain pour cet animal inférieur, ce pauvre étranger, qui lui montre à la fois ces deux infériorités : ignorance du langage et ignorance du milieu.

Aussi ce gaucho a-t-il quelquefois des mots naïfs qui laissent juger de ses sentiments. Il nous souvient d avoir entendu de la bouche de l'un d'eux cette singulière appréciation, sur un étranger, homme d'éducation et de fortune, qni avait créé à la campagne un grand établissement d'élevage, avait appris la langue, s'était exercé aux travaux des champs, montant à cheval à la mode du pays, prenant du maté sans sucre, courant volontiers une course à cheval avec le premier venu, chassant au besoin Tautruche, et maniant les bolas comme un Indien.

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— G est un homme de progrès, disait le gaucho, étranger, c'est vrai, mais il s'est bien civilisé.

Us sont rares ceux sur lesquels le gaucho consent à porter ce jugement.

Dans les rangs inférieurs de la population, ce dédain pour l'étranger se manifeste par des sobriquets nombreux. Les Anglais, qui sont venus les premiers, ont reçu celui de yringo^ qu'ils doivent à la rudesse de leur langue, qui, pour les oreilles américaines, était du grec, griego; les Français et tous les Européens du Nord partagent avec eux ce nom. Les Italiens ont le leur spécial, dont ils ne sont ni autrement fiers ni plus humiliés, on les appelle carcamanes. Les Espagnols sont des Sarracenos (Sarrasins) , des maturrangos (vieilles roses) ou des gallegos, mot qui désigne ceux d'origine gallicienne, et qui, par corruption, s applique aussi aux autres. Les gallegos disent volontiers : « C'est une chose d'être gallego, c'en est une autre de se l'entendre dire. » Les Napolitains partagent, avec eux, le dédain général; cela tient à ce que les Napolitains, qui, émigrenten quantités assez considérables, acceptent généralement les travaux les plus^dédaignés ; de plus, leur air gracieux, par intérêt, par ruse, autant que par nature, leur manière humble de répondre, par des gentillesses, aux apostrophes désagréables, la modestie des commerces qu'ils entreprennent, qui les mettent, constamment, en contact avec les gens du peuple, devant qui ils étalent ces manières doucereuses, les exposent aux sarcasmes, rudes quelquefois, de ceux-ci, sans qu'ils prennent la peine de se faire respecter et renoncent à leur sourire national.

Toutes ces épithètes ont pris possession de la langue, peu de personnes en font cas. N'est-ce pas, au reste, un sentiment général à tous les pays, qui les dicte ? Ne le voyonsnous pas, en France même, se manifester entre gens de provinces différentes ou voisines, de Picard à Normand, de

GHAP. L - CONDITION SOCIALE DES ÉTUANGEllS 31

Gascon à Provençal? Un Français à l'étranger, aussi bien que chez lui, quand il prononce ces mots : « Les Français », pour les faire suivre d'une appréciation favorable, ajouterait volontiers : « Quand je dis des Français, je ne parle ni des... ni des... » et ici Ténumération de toutes les provinces dont il n'est pas, pour arriver, de restrictions en restrictions, à n'embrasser, dans son éloge, que les gens de sa province, de sa ville, et, arrivé là, d'exclure encore, s'il est de Paris, ceux de tel ou tel quartier. Quel rapport, en effet, y a-t-il entre le faubourg Saint-Germain et le faubourg Saint-Antoine? Quelle similitude de mœurs, de vie et de pensée entre rhonune, qui vit de luxe, et cet autre, qu'il frôle, dans la même maison, peut-èti*e, et qui attend d'un événement, imprévu le matin, le pain du soir?

Ce qui est vrai pour les Français Test, à plus forte raison, pour les Italiens et les Allemands, dont l'unité est d'époque plus récente.

Le grand principe des nationalités, qui a bouleversé le monde, qui a triomphé d'armées puissantes, ne triomphera jamais de ce vieux germe dç localisme qui fermente au fond du cœur de tous les hommes.

II est plus puissant qu'ailleurs, en Amérique, où personne n'est étranger, où tout le monde est lils d'étrangers, où chaque peuple a apporté ses produits, ses usages, ses plats même, assemblage bizarre, où, depuis trois siècles, germent peu à peu les usages nationaux. Science, art, professions, rien n'est national, rien n'a de caractère national. La science et l'enseignement, en pays espagnols, vivent de traductions ; la loi codifiée a butiné dans toutes les législations, a pris, ici, un principe éprouvé, là, un autre, repoussé par l'expérience ; elle a voulu se faire cosmopolite et a posé des règles de droit international privé, iixes et applicables à tous les étrangers de quelque provenance qu'ils soient.

;J2 LIVRE VI. - LES ÉïRANCiERS

En Europe, où toutes les sciences se sont nationalisées, le professeur, le juriste, le médecin s'occupent surtout de ce qui se fait et s'écrit en dedans de leurs frontières ; c'est ici, pour tous, une nécessité professionnelle d'étudier tout ce qui se fait au dehors. Cette absence de science nationale produit cet excellent résultat de forcer tous ceux qui vivent de quelque science, h élargir Thorizon de leurs études, à suivre ce qui se fait partout, à acquérir, enfin, une grande variété el une grande étendue de connaissances.

Ce n'est pas moins une nécessité de vie pour les étrangers de s'imprégner, dans ce milieu nouveau, quand ils y pénètrent, de l'atmosphère démocratique qui y domine. Les courants en sont si constants, qu'il serait inutile d'essayer d'y résister. Il faut que l'étranger, issu d'un pays à U'aditions monarchiques ou théocratiques, émiette, peu à peu, le souvenir de ces traditions, prenne Tallure du pays, s'habitue à penser autrement qu'il ne pensait, relègue, à un rang secondaire, les préjugés qui le dominaient, pour se laisser imprégner par d'autres erreurs ou vérités relatives, en tous cas, modes nouveaux de penser, d'agir, de raisonner, de déduire. Au bout de quelque temps, les images même dont il ornera son langage ne seront plus les mêmes; sa pensée et son être seront enfin, après un long séjour, assez modifiés, pour qu'il soit dépaysé dans son propre pays, s'il y revient ; il ne comprendra plus les mots, les pensées et les usages qui ont formé son enfance.

Cet air ambiant est, à ce point, envahissant, qu'aucun étranger n'y échappe ; chacun en a plus ou moins conscience, suivant son degré d'instruction. C'est l'ensemble de cette abdication de la personnalité, antérieure k l'acclimatation, que traduit le verbe s'américaniser.

C1IAI>. I.- CONDITION SOCIALE DES ÉTUANiiERS 33

On mange, on vit à Taméricaine, quand on esl arrivé à manger, à vivre sans souci de tous les accessoires qui, ailleurs, encombrent et compliquent la vie. Travailler à Taméricaine, c'est simplifier le travail et les outils que Ion y emploie, rapprocher les résultats, sans chercher la perfection, s'en tenir à ce qui est strictement utile. Penser à Ttunéricaine, c'est, de même, dégager son cerveau des traditions, des légendes, des inutilités qui Toncombrent, avoir foi en soi, ne reconnaître de supériorité que des supériorités relatives.

L'Américain s'inclinera devant Topinion d'un juriste, d'un médecin, d'un ingénieur, d'un artisan; mais il n'admet pas, pour cela, qu'il soit inférieur k celui-ci ou à celui-là; il n'est pas d'une autre classe sociale, il a seulement d'autres occupations qui ne lui permettent pas de porter, pour le moment, son attention sur celles-là, et il achète, de celui qui possède des connaissances spéciales, le conseil, l'aide ou le travail dont il a besoin, comme il achèterait du blé pour son moulin, une charrue pour son champ.

Ces idées que Ton attribue exclusivement aux Américains du Nord, d'origine anglo-saxonne, auxquels une opinion générale concède un esprit plus méthodique, une science de la vie plus complète, ne sont pas moins dominantes chez les Ilispano- Américains. Ceux-ci ne reconnaissent, pas plus que ceux-là, de supérieur hiérarchique, dans l'ordre social, ils ont le même dédain pour les décorations, la noblesse, les fonctionnaires.

Les colonies hispano-américaines se sont recrutées, pendant longtemps, parmi les familles nobles de la Péninsule ; à l'origine les magistrats, les hauts fonctionnaires, les négociants même, qui venaient d'Espagne, ne faisaient pas li de leur rang et des distinctions qui en étaient l'apanage ; ils conservaient même l'usage de porter l'épée et la cape, et scellaient leur écu dans le fronton de leurs demeures. Leurs

a LIVRE VI. — LES ÉTKANGERS

lils onl procédé de tout autre manière : ils n'ont jamais attaché la moindre importance à ces hochets de la vanité européenne, ils ont fait plus que renoncer à porter l'épée, ils ont descellé l'écu et l'ont relégué parmi les meubles de rebut, ils ont même renoncé à l'usage des titres et des grands noms que leurs pères étalaient avec tant d'orgueil. Il n'est pas rare de voir des familles, de grande origine, porter un nom, qui n'est même pas leur nom patronymique, pris au hasard, parmi ceux très nombreux qui leur appartenaient ; à toutes, il suffit d'être une famille connue sur le sol américain, d'avoir des liens de parenté avec quelque Américain, grand par quelque haut fait de la guerre de l'indépendance ou quelque service public rendu à son pays.

Quant au fonctionnaire, il n'a jamais pensé que sa fonction pût suffire à lui assurer la considération du citoyen audessus duquel elle l'élève. La valeur morale et le mérite personnel de chacun sont discutés publiquement, ils appartiennent à l'opinion publique, ils ont le rang que celle-ci leur assigne, sans tenir compte de la fonction.

Tous ces traits de caractère, les étrangers se les assimilent, comme ils adoptent les usages d'un pays qui prend si facilement les leurs; cette assimilation ne saurait empêcher qu'ils ne forment les uns et les autres des groupes, ayant leurs sociétés, leurs clubs, leurs réunions, leurs fêtes, leurs journaux, leurs écoles spéciales, leurs hôpitaux, leurs médecins, leurs'avocals, leurs temples, leurs loges maçonniques. Chaque groupe d'étrangers a, même, ses préférences marquées pour tel ou tel genre de commerce ou d'occupation et se désintéresse de tout autre; certaines colonies agricoles sont exclusivement suisses, d'autres italiennes, une est composée d'Anglais du pays de Galles, aucune n'est exclusivement

française, mais, dans beaucoup, les Français dominent en nombre et en importance.

Les journaux étrangers, publiés à Buenos-Aires dans toutes les langues, mériteraient une monographie détaillée ; ils sont par leur nombre et leur importance une des curiositéB de la vie sociale de cette grande ville. Les premiers en date, écrits en langue étrangère, étaient français, et le premier d'entre eux le fut en 1818. Depuis, il y a toujours eu des journaux français à Buenos-Aires, ils ont eu une vie plus ou moins longue, plus ou moins prospère, mais jamais la colonie n'a été sans organe spécial; à diverses époques, elle a même possédé deux journaux. Depuis vingt ans, un d'eux a survécu à tous ses congénères et a conquis une situation aussi inattaquable que celle du Cour^ rier des Etats-Unis, c'est le Courrier de la Plata : c est un journal quotidien du format du Temps, fondé, en 1865, par M. Bernheim, et appartenant depuis 1882 à une société anonyme : il entretient à Paris un correspondant : son tirage est actuellement de 3.500, le prix de son abonnement de 72 francs. A côté de lui a pris rang, de 1880 à 1883, un jour* nal de la même importance, V Union française y dont j'ai cédé la rédaction et la propriété, lors de mon départ de Buenos-» Aires. Depuis, VIndépendant lui a succédé. La colonie italienne poss.ède plusieurs journaux : VOperaio Italiano, fondé en 1872, la Patria Italiana, fondée en 1876, et plusieurs journaux hebdomadaires. La colonie allemande : le Demtche Plata zeitunffj fondé en 1877 ; la colonie anglaise ; t/ie Stan^ rffl/'rf, journal très lu, fort bien renseigné, rédigé, depuis 1860, par son fondateur, M. M ulhall, d'origine irlandaise. La colonie anglo-américaine possédait le Buejios-Ayres Herald j fondé en 1874. La colonie espagnole elle-même, bien que tous les journaux locaux soient rédigés dans sa langue, possède ses publications spéciales : la Ndcion espanola^ fondée en 1880, et el Correo espahol, fondé en 1872.

36 LIVUE VI. — LES KTUANliEUS

Nous négligeons un grand nombre de publications hebdomadaires, publiées dans toutes les langues, qui, sans avoir rimportance de celles que nous avons énumérées, dénotent dans chaque colonie une activité qui vaut qu'on la signale. Ajoutons que le grand journal satirique illustré, el Mosquito, fondé en 1863, appartient à un Français dont la plume et le crayon y répandent l'esprit français, M. Henri Stein.

lihaquc colonie se divise en nombreuses sociétés do secours, de bienfaisance, d'aide et de protection aux nouveaux venus, et aussi de musique et de plaisirs. La colonie française en possède, pour sa part, vingt qui constituent, toutes, des groupes importants, ayant leur caractère et leur but spécial ; mais toutes sont réunies en faisceau, et leurs vingt présidents, convoqués quand il y a lieu, forment, sous la présidence du ministre de France, une sorte de grand conseil do la colonie. Dans bien des circonstances, ce grand conseil a rendu d'importants services. En 1880, par exemple, alors que les partis politiques, à la veille de l'élection présidentielle, s'étaient armés les uns contre les autres et que Tarmée nationale mettait le siège devant Buenos-Âires, ce grand conseil constitué en comité de secours put venir en aide à ceux de nos compatriotes que les événements privaient passagèrement de ressources ou de travail.

Tous les ans, ce grand conseil se réunit dans des circonstances moins tristes, pour organiser et présider les fêtes que la colonie se donne k l'occasion du 14 Juillet. Cette fêle n'est pas une des moindres curiosités de la vie des étrangers dans la République Argentine. Depuis 1880, chaque année, elle est • célébrée à grand orchestre; telle est la sympathie dont jouit dans ce pays ce qui est français et surtout ce qui, dans l'histoire de notre nation, se rattache aux progrès de Thumanité, que le peuple entier y prend i)art, que les autorités concèdent leur concours et jusqu'à la libre disposition de la rue aux

CHAP. ï. - CONDITION SOCIALE DES ETRANCEUS Ti

manifestations, dont la fête nationale est l'occasion, do la part de nos quarante mille compatriotes résidant dans cette ville.

Cette fêle nVst pas la seule qui réunisse la colonie française ; sans parler des concerts, des bals que donne chacune des sociétés, la colonie donne chaque année, sous la forme do fête foraine, une fête de bienfaisance au profit de son hôpital. Elle dure un mois; elle est fixée au printemps, s'intitule fête de Saint-Cloud et rappelle cette fête de banlieue, en ce sens que Tingéniosité de ses organisateurs y a réuni tous les éléments qui composent une réunion foraine des environs de Paris, avec cette différence que les jeux, les boutiques, les loteries, la brasserie et les baraques de saltimbanques, elles-mêmes, sont tenues par des jeunes filles et des jeunes gens de la colonie. Le produit des ventes et des entrées, qui s'élève tous les ans à 30,000 ou 40,000 francs, tous frais payés, est affecté aux frais de Thôpilal français.

C'est là la grande fondation de la colonie française, qui mérite la plus sérieuse attention. Elle remonte à 1832. Installé à cette époque dans quelques chambres où trouvaient asile les résidents français, atteints par la maladie et la misère, il appartient à la Société philanthropique française du Rio de La Plata, reconnue d'utilité publique, dont font partie, comme sociétaires, tous les Français, payant une cotisation de deux francs au minimum par mois.* Le nombre de ces sociétaires dépasse actuellement trois mille; chacun d'eux acquiert, par le payement de cette somme infime, le droit, dont il usera ou n'usera pas, le cas échéant, d'être soigné, en cas do maladie, dans l'hospice de la Société, sans aucune rétribution, quelle que soit la gravité de la maladie ou celle des opérations dont

elle sera Toccasion. C'est une sorte d'assurance contre la maladie. L'hospice, construit en 184S, s'est progressivement augmenté ; il est devenu insuffisant et a été remplacé par un autre, qui occupe deux hectares d'unterrain, appartenant à la Société, situé aux confins de la ville. Les plans, adoptés au concours, sont dûs à un de nos nationaux, résidant à Buenos- Âires. L'édifice comprendra hospice d'hommes, de femmes et d'enfants ; asile de nuit. Sur le mémo terrain, la Société réserve un lieu d'assemblée pour ses membres, destiné à servir au besoin de lieu de réunion, où pourront se débattre les questions intéressant la colonie.

Les hospices espagnol, italien,anglais, allemand ne lecèdent en rien à l'hospice français et démontrent tous quel esprit de solidarité et d'union relie, entre eux, les membres de chacune des colonies étrangères.

Il nous serait impossible d'énumérer les sociétés fondées par chacune de ces colonies; les plus nombreuses sont les sociétés italiennes, qui atteignent le chiffre de deux cents pour la République entière. Rien ne reste en dehors de leur action, avant tout, sociale et protectrice. Elles ne rencontrent, nulle part, l'entrave d'aucune loi intérieure, dans ce pays où la liberté de réunion et d'association est garantie par la Constitution.

Il ne faudrait pas croire cependant que l'esprit de localisme, dont ne sont pas exempts les nationaux, voie sans inquiétude cette union très intime et très générale de chacune des colonies étrangères. Certes, l'homogénéité future de la nation n'est pas, pour cela, en péril, nous avons dit que la nationalité imposée aux fils d'étrangers constitue, pour elle, une protection suffisante; mais la tendance manifeste de chacun des groupes à perpétuer les différences de race, à individualiser leurs efforts, à constituer des centres de résistance contre les coups impré-

VUS du sort et les difficultés de la vie, est envisagée, par certains hommes d'Etat, comme dissimulant des intentions de constituer des centres de résistance, prêts au besoin à opérer contre les autorités, ou à se protéger contre les conséquences de la direction, plus ou moins heureuse, donnée à la politique.

Nous n'avons remarqué nulle part que l'État ait pris ou songé à prendre des mesures contre ces périls lointains ; mais il se met en garde, en centralisant, dans ses mains, tout au moins l'enseignement. Les étrangers, en effet, ont une tendance marquée à donner à leurs enfants un enseignement spécial et dans leur langue. A ce besoin correspond la création de collèges particuliers anglais, italiens et français. Dans les premiers, assez aristocratiques, l'enseignement est cependant mercantile, on y apprend ce que doit savoir un homme, dont la vie sera remplie par les affaires commerciales. Les écoles françaises se contentent d'être universitaires, à la mode du pays, et de préparer les enfants aux examens que l'Etat exige à chaque degré de l'enseignement primaire, secondaire et supérieur. Ces écoles sont nombreuses et quelques-unes assez prospères.

Les écoles italiennes n'abordent guère que l'enseignement primaire^ fait en italien, mis à la portée des enfants de travailleurs qui composent la majorité de cette colonie extrêmement nombreuse; les fils d'Italiens, qui veulent s'élever aux professions libérales, doivent, faute d'établissement italien d'enseignement secondaire, passer par le collège national pour conquérir le diplôme qui leur ouvre les Facultés de Droit, de Médecine ou de Sciences.

Les étrangers peuvent, sans avoir passé par les écoles locales et y avoir conquis tous leurs grades, exercer les professions libérales. Il leur suffit, pour voir les carrières de médecin, d'avocat, d'ingénieur civil, s'ouvrir devant eux, de

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présenter les diplômes qu*ils ont acquis dans leur pays, et de passer Texamen général que la loi exige.

11 y a à Buenos-Aires dix médecins français et d'autres répandus dans la République. Par contredit n'y a plus actuellement d'avocat français, exerçant cette profession. La loi ne met, cependant, aucun obstacle à lexercic^ de cette profession près des tribunaux ; elle donne à lavocat étranger les mêmes droits et les mêmes prérogatives qu'à Tavocat national ; elle n'exige de lui que la présentation de son diplôme et un examen général sur les matières enseignées à la Faculté : droit civil, pénal, commercial, international, constitutionnel, romain, canon, procédure civile et criminelle, économie politique. C'est un examen un peu vaste ; naturellement, pour le passer, il faut manier fort bien la langue espagnole, étude préalable à l'étude du droit local ; il faut, de plus, pour pouvoir exercer, avec profit, la profession d'avocat, avoir étudié préalablement les usages, les coutumes, connaître les hommes, devant qui et avec le concours de qui, on l'exercera. Toutes ces études ne se font ni en un jour ni en un an; . c est ce qui éloigne, sans doute, de cette profession, très lucrative et très honorée, beaucoup d'étrangers qui pourraient y rendre de grands services à leurs compatriotes. Celui qui écrit ces lignes a été, jusqu'ici, le seul Français qui se soit consacré à cette entreprise; il n'a jamais eu de confrère, de concurrent ni de successeur que son exemple ait tenté. Pour les Espagnols, ces difficultés sont moins nombreuses; ils bénéficient de la connaissance de la langue et de la similitude des législations ; quelques Italiens figurent aussi au barreau, où Ion ne trouve aucun Anglais, ni Belge, ni Allemand. Le champ est donc libre aux fils, nés dans le pays, d'étrangers de ces nationalités; ils sont nombreux, presque tous ont une certaine pratique de la langue de leurs pères, et peuvent diriger leurs clients étrangers, dans leur langue mère; mais ils n'ont pas la pratique- de la procédure des pays dont ils

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parlent la langue, de là, quelque embarras souvent à vider les questions compliquées que soulèvent les relations internationales.

Pour les ingénieurs, le champ à exploiter est vaste et les étrangers figurent au premier rang. Ce sont eux qui accaparent généralement les grands travaux publics, la construction des ports et des lignes de chemins de fer ; ils suivent en cela les capitaux, étrangers comme eux, qui leur prêtent un précieux appui. C'est assez dire que les ingénieurs français sont peu nombreux, les capitaux français ne prenant que pou de part à ces entreprises.

L'étranger qui débarque à Buenos-Aires, à quelque nation qu'il appartienne, ne saurait donc craindre d'ôtre dépaysé ou isolé; il trouvera, toujours, un groupe où son origine suffira à lui créer un titre à être admis. Il pénétrera, peu à peu, dans les rangs de la société créole, où son mérite, ses efforts, lui assigneront son rang. Étranger, au milieu d'étrangers ou de fils d'étrangers, il ne fera qu'apporter un élément de plus h l'élaboration d'une race, à la constitution d'un peuple, dont les caractères définitifs sont un des secrets de l'avenir. Tous les peuples, jusqu'ici, ont collaboré activement à ce grand travail, plein d'écueils et riche en promesses ; tous y ont apporté beaucoup de leur science, beaucoup de leur sang, et continueront chaque jour à introduire de nouveaux contingents. En vain, quelque esprit étroit voudra-t-il mesurer aux étrangers leur place au soleil ; jamais il ne sera possible de leur fermer les avenues qui mènent aux grandes situations, nécessairement ouvertes, dans un pays américain, h toutes les intelligences ; personne ne sera assez puissant pour entraver les efforts individuels^ dont l'ensemble prépare et assure la grandeur du pays.

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