GU.\[\ III. — LA COLONIE I-UANÇAISE A [.A PLATA
démocratiques, elle les avait dès long-temps 'pratiqués à la mode américaine.
Mieux que personne, les Français de l'étranger se rendent un compte exact de ce que vaut leur pays dans l'esprit des autres peuples: ils ont senti que, depuis 1871, les sympathies, qui avaient chaudement embrassé le parti de la France malheureuse et vaincue se sont insensiblement rapprochées de l'Allemagne agrandie. Cependant, que signifie l'Allemagne pour ce pays latin dont les mœurs, les usages, la langue, n'ont, avec elle, aucune affinité? Il ne lit ni ses livres, ni ses journaux, il ne consomme ses produits que sans le savoir, seulement quand ils prennent, sous une contrefaçon déloyale, l'aspect des produits anglais ou français; s'il reçoit d'elle quelques immigrants, ce sont rarement des maîtres prêts à l'instruire, des collaborateurs disposés à partager ses destinées, ce sont, surtout, quelques employés de commerce, comptables à lunettes, pratiquant, en maîtres supérieurs, cette habile tactique d'insinuation, qui finit par une savante installation dans quelque bon poste.
Les institutions politiques de la France, la marche de ses idées, l'autorité que prend la doctrine républicaine, c'est lace qui préoccupe, au plus haut point, les esprits cultivés, que la République Argentine possède, en si grand nombre, parmi ses nationaux, justement fiers de leurs institutions politiques et sociales, qui garantissent, si parfaitement, la liberté de chacun et dégagent si bien l'individualité.
Une chose surprend ces esprits libéraux, c'est de voir la France républicaine tenir, en dehors de la direction de ses affaires, à l'heure oii elle poursuit la mise en pratique de principes de liberté, dès longtemps proclamés, ceux-là mêmes qui sont considérés à l'étranger comme les chefs et les fondateurs de l'école libérale. Ils vivent encore sur les souvenirs du grand mouvement libéral de la France, qui eut son aurore en 1830, qui, longtemps arrêté, reprit quelque éclat jvers 1863 ;
ils ne comprennent pas comment ceux qui avaient été les promoteurs et les apôtres de ce mouvement se montrent rebelles à la nouvelle marche des esprits et se tiennent dans un silence boudeur, dont ils ne sortent guère, que pour faire à la démocratie des critiques pleines d'aigreur, en lui refusant même leurs conseils patriotiques.
Cet intérêt qu'excite la France, s'attache aussi à toutes les manifestations de la colonie, à ce qu'elle fait et pense; on sympathise avec les preuves d'union, de solidarité, qu'elle donne fréquemment dans ses fêtes publiques et dans ses œuvres philanthropiques.
Nous avons décrit, déjà, en les comparant aux autres fondations des colonies étrangères, son hospice, la société philanthropique, son orphelinat et les fêtes que ces sociétés donnent annuellement '-.
Disons tout de suite que toute société de secours, qui ne reposerait pas sur la mutualité, n'aurait aucune chance de succès, au milieu de ces groupes, dont le caractère dominant est la fierté et la passion de l'individualisme. Aussi, à côté de cette société qui domine toutes les autres, dix-huit autres se sont créées et reposent sur le même principe; elles s'aident souvent entre elles, et les présidents de chacune d'elles, réunis quand il s'agit de débattre une affaire quelconque qui puisse intéresser la communauté, constituent un véritable conseil municipal de la colonie, veillant à ses intérêts, organisant les fêtes qu'elle se donne. Ce conseil municipal se groupe autour du ministre et du consul de France, s'appuyant sur l'intluence de ces fonctionnaires, qui trouvent, en lui, l'aide puissante de l'opinion publique et le concours efficace de toutes les intelligences et de tous les dévouements. Chaque