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improvisée en 1876 les révéla; on 4881, une exposition internationale, dont ridée et l'exécution furent absolument françaises, consacra leur importance et aida puissamment à leur développement.
Parmi ces industriels, combien sont parvenus à la fortune, dont les débuts ont été des tâtonnements, à qui les premières ressources ont été fournies par les économies prélevées sur leurs salaires, accumulées, pendant le stage plus ou moins long qu'il leur a fallu faire, dans une industrie qui, le plus souvent, n'était pas la leur? Le capital français n'a pas pris l'habitude d'émigrer, il est de sa nature trop prudent et sait trop qu'il y a, dans toute entreprise lointaine, une grande proportion d'aventures : c'est affaire aux individus de les courir, le capital ne s'y résigne pas. Ce qu'il ignore le plus, c'est que l'émigrant, celui qui, précisément, songe à courir ces aventures, n'est jamais le premier venu. C'est toujours un esprit entreprenant et ambitieux, ayant, en lui, ce ressort principal du succès, l'énergie et la résolution. Emigrer pour rester ouvrier à gages, s'enrégimenter à l'étranger comme on peut le faire dans son pays, à quoi bon? L'ouvrier, l'artisan, l'homme qui connaît son métier ne songe qu'à devenir patron ; il serait plus juste de dire so7i patron ; car, dans l'industrie qu'il crée au dehors, le plus souvent avec de minces ressources personnelles, beaucoup d'entrain et d'envie de parvenir, il est généralement, au début, son chef d'atelier, son manœuvre et son apprenti, surtout son apprenti. Il s'a-
bricant de biscuits secs pour la campagne; M. Marius Berthe, distilla leur; M. Noël, fabricant de confilures; MM. Sansinena et Terrasson créateurs d'importantes usines d'exportation du bétail par les procédés frigorifiques; MM. Hileret, h Tucuman, et Saint-Germes, à Santiago del Estero, créateurs de grandes usines à sucre de canne; M. Lavigne, fabricant de bougies; M. Lavergne, fabricant d'huiles; M. Daumas, créateur de la première fabrique de cigarettes; Les Amespil, Curutchet, Duarte, importants tanneurs, etc., etc.
perçoit vite, en effet, que pour être chef d'industrie, il lui faut ajouter, aux connaissances qu'il a, beaucoup qu'il n'a pas, se mettre à l'école sans maître, à cette école de l'expérience personnelle,des essais et des tâtonnements, oii l'amour-propre est toujours enjeu.
C'est là, vraiment, oii s'aiguisent ces qualités d'initiative qui restent à l'état latent chez les artisans formés par l'apprentissage régulier, enfermés dans une spécialité, se laissant aller, inconsciemment pendant les années déjeunasse, paresseusement ensuite, à la routine d'un métier, où ils n'onl^ bientôt, d'autre valeur personnelle que cette longue habitude de le pratiquer. L'école américaine est tout autre, elle forme les hommes d'entreprise qui ont fait à cet adjectif continental une juste célébrité. Le Français américanisé acquiert les qualités qui font le prix d'un homme, disposé à tout, appliquant, avec facilité, son esprit à tous les essais, son intelligence à toutes les recherches, s'élevant, tous les jours, un peu au-dessus de lui-même, en étendant le domaine de son ambition et de ses aptitudes.
Ce qui distingue le Français, c'est qu'il est surtout artisan. Le plus grand nombre sait un métier, et le sait bien ; aussi a-t-il créé à l'étranger presque toutes les petites industries, ateliers indépendants, souvent bien modestes, que les circonstances, des hasards imprévus, développent, dans des directions si différentes du point de départ, qu'elles ne sont souvent plus reconnaissables au bout de quelques années. Tel est devenu le chef d'une industrie, dont le plan avait été, au début, tout autre. Vous êtes surpris, en le voyant au milieu de son atelier, oij rien de son industrie ne lui est inconnu, d'apprendre de lui quel était son premier métier; sans qu'il ait gardé la mémoire des événements, ce sont eux qui l'ont fait ce qu'il est, le forçant à des études nouvelles, ouvrant son esprit et le conduisant, par des analogies, à apprendre sans maître.
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Beaucoup, dans cot entraînement, à la remorque de circonstances qui leur imposent des travaux nouveaux, s'égarent dans leurs tâtonnements, font une dépense d'essais, de recherches souvent peu utiles, ne trouvant pas toujours des livres capables de les renseigner, n'ayant pas sous les yeux de modèles qu'ils puissent consulter : leurs qualités personnelles s'y fortifient. C'est avec des hommes ainsi trempés dans une atmosphère nouvelle, éprouvés par les efforts individuels, que se constituent ces colonies qui, de près comme de loin, méritent l'attention. C'est pour ces hommes qu'a été formulé l'axiome vrai, quelque paradoxal qu'il semble à ceux qui n'en ont pas reconnu la justesse par une expérience propre : « l'Amérique civilise ». Oui, cela est vrai, elle civilise celui, quel qu'il soit, qui vient lui demander la solution du problème de la vie; elle le civilise, en ce sens qu'elle développe en lui ses énergies, en lui posant elle-même brutalement ce problème, en en dérobant la solution au faible, au timide, à celui qui aime les chemins battus et étroits, et à qui elle n'offre que la plaine sans route, où il faut se guider d'instinct et trouver ses ressources en soi-même.
Est-ce à du*e que les capitaux créés, les secours venus du dehors n'auraient pas là leur emploi ? Certes, ils faciliteraient ces tentatives, épargneraient beaucoup de tâtonnements, permettraient à l'activité humaine de trouver plus vite l'emploi de ses forces et d'une façon plus profitable. L'expérience en est faite ; il reste aux capitaux français à suivre l'exemple que leur ont donné les Anglais, cela va sans dire, mais aussi, depuis longtemps déjà, les Italiens.
Dans un pays, oii le commerce d'importation et d'exportation, avec la France seule se chiffre, comme nous l'avon
dit, par 267 millions pour lannce ^886, où l'industrie française a créé des usines, qui ont suffi, en quelques années, à rendre inutile l'importation des farines et de leurs dérivés, de la bière, de la carrosserie, des peaux, des vêtements confectionnés, de la sellerie, de la g-anterie, du sucre raffiné, et de bien d'autres articles, jamais une constitution de banque française n'a été tentée avant 1887. Les capitaux créés par les colons français ont toujours été déposés par eux dans les banques anglaises ou italiennes; la France est restée en dehors des opérations considérables d'escompte et de change, comme elle reste en dehors des opérations financières que l'État ou les grandes compag-nies réalisent. En quinze ans, la République Arg'entine a emprunté en Europe, hors de France, plus d'un milliard de francs, à des taux variant entre 72 et 90 pour 100 à 6 pour 100 d'intérêt; ces fonds, aujourd'hui cotés à 110, sont restés inconnus du marché français, qui, pendant cette période, en a absorbé d'autres plus vantés et moins bons.
Notre indifférence n'a pas seulement pour résultat de priver la colonie française de la satisfaction de voir se multiplier les entreprises sous son pavillon national ; le mal est plus grand : il se fait sentir dans l'ordre commercial. A mesure que nos colons développent l'industrie locale, l'importance de notre commerce diminue; l'on ne niera pas que ce point de vue soit de quelque intérêt pour les producteurs de la mère-patrie. Cette diminution profite à d'autres pays d'Europe, qui n'avaient autrefois qu'une importance secondaire. Le nombre des détaillants français, toujours nombreux à l'étranger, diminue lui-même, en même temps que les grandes maisons d'importation, si prospères de 1860 à 1870, disparaissent complètement. Le commerce est passé rapidement des maisons françaises aux mains des Allemands, qui ont continué à importer les produits français jusqu'à ce qu'ils les aient imités et remplacés, pendant que, d'autre part, l'indus-
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Irie italienne, que jusque-là on ne connaissait pas, à l'étranger, qui n'avait jamais paru sur aucun marché, se montrait, se développait, en quelques années, jusqu'à prendre un des premiers rangs.
Tout a marché de pair on Italie : émigration nombreuse création de lignes de steamers pour la transporter et l'alimenter, au dehors, des produits nationaux, d'une banque très habilement dirigée dès le début, développement progressif de la consommation des produits de son industrie. Il ne viendra à personne, en Italie, l'idée de combattre l'émigration comme nuisible; c'est elle, en effet, qui, si active, depuis 1865, pour tous les points d'Amérique et spécialement pour la Plata, a donné à l'industrie locale la première impulsion et créé en Italie le commerce d'exportation. Le colon expatrié, non seulement consomme les produits de sa patrie, les recherche, en détermine l'importation ; mais encore il en développe la consommation par son exemple, il les impose, moins par patriotisme, — une vertu qu'il ne faut guère chercher dans le commerce, — que par habitude; il les connaît, cela lui suffit pour les faire connaître ; c'est ainsi que les produits français, qui, il y a longtemps^, se sont substitués aux produits anglais, imposés qu'ils étaient par le détaillant français, sont aujourd'hui en péril devant la concurrence italienne, agissant de la même manière, et la contrefaçon allemande, produisant à bon marché.
Malgré cet outillage inférieur, il n'en faut pas moins constater que chaque jour a apporté quelque progrès à notre colonie de la Plata. Les lignes de vapeurs qui la relient à tous les grands ports de France se sont développées d'une façon considérable. Il y a bientôt trente ans que les Messageries établissaient la ligne du Brésil ; alors une ligne annexe de Rio-Janeiro à Buenos-Aires, desservait les grandes républiques riveraines des grands fleuves du Sud, par un seul vapeur mensuel de douze cent s tonnes, réservé aux passagers,
laissant encore aux voiliers le mouvement commercial. C'était là tout ce que produisait une subvention considérable, jusqu'cà ce qu'un grand exemple fût donné à cette compagnie, subventionnée, par d'autres qui ne l'étaient pas. En 1868, pour la première fois, la Société des Transports maritimes expédiait, directement, de Marseille pour Buenos- Aires, ses vapeurs du plus fort tonnage et réussissait si parfaitement dans celte entreprise que les Messageries, en même temps que la Compagnie anglaise du Royal-Mail, imitaient cet exemple.
Depuis, toutes ces lignes ont doublé le nombre de leurs voyages mensuels, doublé la dimension de leurs steamers ; les chargeurs du Havre ont supprimé leurs voiliers et constitué une puissante compagnie qui prend rang à côté des premières; ils ont même pris l'initiative de remonter les grands fleuves jusqu'à Rosario, à deux cents lieues de la mer, mais pour céder à une compagnie anglaise leur flotte une fois fondée ; là encore, ils avaient suivi l'exemple donné, depuis vingt ans, par un armateur français de Montevideo, M. Ribes, et créé, à côté de la sienne, une ligne spéciale, reliant ce port à ceux de l'Uruguay et du Parana, ouvrant au pavillon français de nouvelles régions \
Ces créations, qui emploient, utilisent et multiplient les capitaux français, ont pour origine et pour cause le développement même de la colonie. Sans les efl'orts accumulés de ces colons, qui, depuis 1823, se sont expatriés, successivement^, toujours avec le même espoir, souvent déçu, de conquérir un capital et d'en retourner jouir en France, notre pays n'aurait pas vu son esprit national, ses qualités de race se répandre dans ces régions, sa langue s'y généraliser, les sympathies pour son œuvre dans le monde s'y développer et y conquérir de nouveaux collaborateurs.
1. M. Ribes, a, lui aussi, cédé récemment ses vapeurs aux Anglais.
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Celui qui, pour la première fois, mot le pied dans la République Argentine, est surpris d'y trouver une grande nation, vivant ;i l'européenne, en contact continuel avec la France, où ce que fait, dit et pense Paris y est mieux connu qu'à Paris même; c'est à peine s'il a, de temps à autre, l'occasion de parler espagnol, le français lui suffit. Les librairies étalent à leurs vitrines les livres français ; les romans à sensation d'auteurs, populaires en France, y trouvent mille acheteurs, en quelques heures, dès qu'ils apparaissent; les journaux français y arrivent par ballots; quelques-uns des anciens ont gardé encore leur célébrité, qui date de 1840, et seraient surpris d'y voir leurs lecteurs augmenter dans ce pays éloigné, quand ils diminuent en France même; certaines revues y comptent un nombre si considérable de lecteurs qu'elles pourraient souhaiter d'en trouver un égal dans les grandes villes de France; les livres de droit, de médecine, les sciences appliquées, à peine imprimés, y arrivent en nombre, envoyés par les éditeurs de Paris, qui savent qu'ils ont là un public avide de toutes les nouveautés, qui veut connaître toutes les théories nouvelles et leurs plus récentes applications. Est-il besoin de parler des modes, des articles de fantaisie et des menus objets que Paris envoie partout, et qui, là plus qu'ailleurs, ont le monopole du marché? Ce qui est aussi important, c'est de voir se développer le goût du mobilier, dont les progrès en France, si remarquables depuis quinze ans, ont trouvé dans les villes de cette république toutes les portes ouvertes, les grands salons des nouvelles demeures, tous les jours plus somptueuses, préparés pour recevoir toutes les inventions de l'élégance moderne. L'art lui-même, les reproductions des sujets les plus heureux de la sculpture, attirent les riches éleveurs, qui, s'ils n'en comprennentpas tous l'utilité pratique, ne se laissent du moins pas arrêter par leurs prix élevés. Toute l'année, deux théâtres, au moins, donnent des représentations en français, et
si une troupe italicnno ou espag'nole occupe les autres, elle y joue des pièces françaises. Deux journaux quotidiens, en langue française, de grand format, s'y répandent à trois mille exemplaires environ chacun : l'un soutient une existence brillante depuis vingt ans, le Courrier de la Plata; l'autre, depuis cinq ans, a succédé à l'Union française, V Indé'pendant , un troisième se publie à Montevideo, la France.
Ces journaux suivent une ligne politique à peu près identique ; il n'y a du reste pas place pour deux opinions à l'étranger, dans les colonies françaises.
C'est une des particularités, faciles à s'expliquer, des colonies, que les individus qui les composent ont, tous, à peu près, la même tendance d'opinion : l'attachement à la patrie en fait le fond et les rallie au gouvernement établi ; leur esprit, quelque peu remuant, fait le reste et les entraîne légèrement à gauche; mais les oppositions violentes au gouvernement, reconnu en France, n'ont pas d'autorité parmi eux; les journaux de polémique passionnée, qui se publient à Paris, sont rejetés, par eux, comme traîtres à la patrie, parce qu'ils la veulent respectée, et qu'ils sentent bien que ces critiques souvent frivoles, souvent de mauvaise foi et de parti pris, ne peuvent que décrier la France à l'étranger et détruire son prestige.
Sous l'Empire, la colonie, pour ces raisons, était manifestement attachée aux institutions impériales, bien qu'elles ne fussent guère de nature à satisfaire les esprits, élevés à l'école américaine. Il est inutile de dire que la République, proclamée en 1870, n'a eu, nulle part, de plus chauds partisans : elle mettait d'accord les opinions et les sentiments. Depuis, la colonie a gardé le respect des institutions républicaines de la France, en a attendu le triomphe au milieu des alternatives des événements politiques ; quant aux principes