CIIAP. III. — LES REGIONS DE CANNE A SICHE
les ayant pordiips presque toutes. Cène sera jamais nn centre social très actif, mais, avec le temps et l'eau, un pays de production qui pourra soutenir la comparaison avec beaucoup d'autres.
Le retour se fait de Santiago à Rosario, de jour et de nuit, comme il s'est fait à l'aller, à travers le même paysage rade. Brûlons la forêt, les salines, les stations et les butlets, les déjeuners et les dîners^ terminés par l'éternelle pâte de coing et le faux fromage de Tafi ; jetons un coup d'œil d'ensemble sur Cordoba, brûlons la pampa, de nuit encore, en sleeping car, où l'on dort parfaitement et arrivons à l'aube au Rosario, que nous n'avons fait que traverser à l'aller.
Rosario est la seconde ville de la République Argentine. Serait-ce une raison pour s'y arrêter longtemps? On pourrait le croire à consulter les statistiques, si ici plus qu'ailleurs il ne fallait se méfier des statistiques; ce n'est pas qu'elles soient mensongères ; mais des tonnes et des mètres cubes, même accumulés par millions, ne sauraient suffire à faire le cbarme d'un séjour : il faut quelque chose do plus.
Rosario, que l'on y arrive par la ligne de Cordoba, qui nous amène, ou par celle de Buenos-Aires, ou par la voie fluviale du Parana, fait, de tous côtés, la même impression de ville très agitée par le tralic, et en plein développement : elle forme, en réalité, une sorte de triangle qui reçoit la vie par ses trois côtés.
A quatre-vingts lieues de l'embouchure du Parana, dans la Plata, à cent cinquante lieues de la mer, Rosario est un port, où les vapeurs transatlantiques abondent, où la navigation fluviale a sa station principale. Tète de ligne des voies ferrées, qui se dirigent vers les Andes et vers les limites
•us LIVRE VIII. — L'INDUSTRIE AGRICOLE
extrêmes de la République, Rosario sera avant peu le point d'aboulissement de tout le commerce du Chili, du Pérou et de la Bolivie. Ajoutons, à cela, que c'est le centre des pays de cultures, le grenier à blé de l'Amérique du Sud.
Ce sont là de grandes destinées. Le présent suffit à donner au transit des charrettes une activité aussi grande que celle de Buenos-Aires, à la rive et à toutes les rues une agitation toute commerciale, qui en fait bien la sœur cadette de celle-ci.
Rosario se distingue des autres villes de la République par un trait de caractère qui lui est particulier : elle est la seule ville importante de la République qui ne soit pas capitale d'un État.
Tout en étant aujourd'hui, la ville principale delà Province de Santa-Fé, elle n'en est pas la capitale, Santa-Fé, de création plus ancienne qu'elle, est une ville historique, Rosario une ville commerciale. A Santa-Fé, une société s'est constituée à l'époque coloniale, s'est développée peu à peu : les pouvoirs publics y ont toujours résidé. Rosario, comme ville commerciale, est quelque chose de particulier dans ce genre : c'est une ville succursale. Les grandes maisons, les grandes banques de Buenos-Aires ont, pour les nécessités de leur commerce, plus tard les grandes industries de l'intérieur ont, pour les nécessités de leur transit, créé à Rosario des succursales ; or, pour une succursale un employé suffit. L'heure du succès vient, l'employé gagne en importance, tous les employés, qui sont aussi venus, détachés en avantgarde, font comme lui. Cela constitue une agglomération, non une société ni une ville.
Il n'y a pas de société indigène : mais seulement des étrangers parlant toutes les langues. Qu'en résulte-t-il? C'est que les réunions sociales et les lieux de réunion sont inconnus, quelques familles, qui sont venues, peu à peu, s'installer, ne suffisent pas à former un groupe, et, conséquence fatale, les employés de la première heure restent célibataires.