GHAP. ÎI. ^ LE CRÉDIT PUBLIC ET LA FORTUNE PRIVÉE
30,000 lieues de terre, la veille sans valeur, aujourd'hui^ après sept ans de possession paisible, représentant une valeur de plus de 2 milliards de francs.
Ce fût^une poussée générale, inattendue. Avant que cette conquête fut réalisée, le pays était en pleine crise, c'était en 1880; depuis six ans, la valeur de tous les biens rétrogradait. Le lendemain des capitaux étaient créés, et en telle abondance, que les dépôts dans les banques augmentaient avec rapidité et cherchaient emploi, pendant que les capitaux étrangers recherchaient les terres nouvelles. C'était pour tous les habitants du pays un accroissement de richesse imprévu, qui s'imposait, dont tout le monde profitait, même ceux qui, dédaignant ces terres sans valeur, avaient employé ailleurs leurs ressources. Six années se sont écoulées depuis que tous ces résultats ont été conquis. En même temps, la ville do Buenos-Aires est devenue capitale de la nation ; les capitaux et les habitants y ont afflué chaque jour davantage ; le prix de la terre s'y est élevé de telle manière, le nombre des édifices s'y est tellement augmenté que l'on peut calculer que la fortune privée y a décuplé ; là où une ville était en formation, il y a dix ans, une grande ville a surgi. Les habitants de Buenos-Aires, qui se croyaient diminués, dépossédés, qui assistaient à l'envahissement des fonctions pubHques, des rues, des bureaux, par les provinciaux, ont renoncé à bouder, en présence des résultats matériels, dont ils avaient tous les profits. La paix sociale s'est faite, le rapprochement s'est opéré, les deux tronçons de la nation, provinciaux et porteûos se sont réunis.
Tous ces résultats ont été obtenus le jour même où l'on pouvait célébrer le troisième centenaire de la fondation de Buenos-Aires. Il avait fallu trois siècles pour que les conquérants, débarqués en 1580, prissent possession de la totalité du territoire, formassent, dans ce pays, une nation unie, jouissant de la paix publique, sous la direction d'un pouvoir accepté,
dans une capitale qui résumait tous les progrès, accomplis pendant cette longue période.
Tel était le but où Von avait tendu toujours, tels les résultats réalisés. Il est intéressant de rechercher ce que p^eut avoir coûté la mise en train de cette œuvre considérable, qui, sans être terminée, est assez avancée pour que son achèvement puisse se faire avec calme, et que tous les peuples, en y contribuant^ puissent venir en prendre leur part de profit.
La nation jeune qui entreprenait ce grand labeur, au sortir des luttes politiques qui avaient troublé sa première heure historique, ne pouvait recourir qu'à la voie de l'emprunt. C'est donc le tableau de sa dette extérieure et celui de sa dette intérieure qui nous éclaireront :