CHAP. III. — LES ÉTABLISSEMENTS FINANCIERS
le gouvernement, dans un pays américain où l'initiative individuelle est la qualité dominante et générale, n'est pas le promoteur des entreprises ; mais de la tenue des finances publiques, de Tordre qui préside ou manque à leur administration dépend la valeur dea monnaies émises par les Banques d'Etat, autant que de la valeur de ces monnaies dépendent la fortune privée et la fortune publique-
On en a eu une preuve récente en 1885. Le cours forcé a été, de nouveau, décrété par le gouvernement, après avoir été supprimé en 1882. Il y avait, alors, en circulation, 2o0 millions de francs de papier-monnaie, émis par les deux Banques d'État; une baisse immédiate de 30 0/0 a atteint ce papier, soit une perte de 75 millions de francs infligée aux porteurs, à laquelle il faut ajouter celle, incalculable, subie par tous ceux qui étaient créanciers du commerce ou des particuliers, dont les comptes, naturellement dressés en piastres nationales, allaient se solder en papier déprécié.
L'État, frappé, lui aussi, par cette dépréciation dans ses revenus, qui doivent payer en or des dettes extérieures, a élevé de 15 0/0 les droits de douane; nouvelle charge pour le commerce et la consommation.
A ces points de vue, la marche de l'État intéresse le commerce et les aflaires privées, plus peut-être que partout ailleurs,
Ce que nous avons dit des ressources de l'État et des sources de la fortune privée suffit à démontrer que la République Argentine, comme tous les pays dont la croissance est rapide, doit éprouver, de temps à autre, des malaises passagers, compagnons ordinaires du développement des sociétés comme de celui des individus; mais l'expérience et l'examen de ses forces productives suffisent à démontrer, que, pendant de longues séries d'années, elle peut grandir encore sans arriver à capter toutes les sources de la fortune publique et de la fortune privée que contient son immense territoire, et dont la majeure partie est encore ignorée.
3lL> LIVRE IV. - LES AFFAIRES ET LES FINANCES
Elle a, pour l'aider à marcher dans cette voie de conquêtes fécondes, en même temps que Tesprit remuant et l'activité mercantile de ses habitants, le flot continu des immigrants qui lui apportent le capital de leurs forces, de leur intelligence, de leur ambition et y créent, par leur travail, pour en faire un nouvel agent de progrès, le capital d'épargne dont nous avons trouvé la trace dans la caisse de toutes les Banques, sous la forme de dépôts. Enfin , elle a encore, pour l'aider à réparer toutes ses erreurs, si elle en commet, ce qui est k croire , ou ses revers, si elle en éprouve, ce qui est à prévoir, ce silencieux et laborieux producteur qui donne la forlune, fertilise le sol, le prépare à l'agriculteur, sous son pied colonisateur, n'exige, sous ce ciel clément, que peu de soins et d'attention, seulement l'espace devant lui, qui s'est donné, depuis trois siècles, et a rempli, toujours, la grande mission d'enrichir tous les habitants de ce pays : le troupeau.
Rien ne saurait atteindre une prospérité qui repose sur cette base sûre. C'est là, en somme, toute la République Argentine, c'est là ce qui la résume ; ce sont là ses pépites et ses champs d'or, pépites qui se reproduisent et se multiplient, champs d'or qui donnent d'autant plus qu'on y puise davantage.