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CHAP. III. - LES ÉTABLISSEMENTS FINANCIERS

au milieu des fluctuations du papier. Il en résulte que le négociant a beaucoup de peine à élever les prix d'une marchandise, venue du dehors, que, cependant, il paye, lui, en une monnaie d'or qui représente à quantité égale un plus grand nombre de piastres papier; par contre, le producteur trouve un marché facile, puisque le blé, la laine, le cuir, le lin et aujourd'hui même la viande, ayant, devant eux, le marché d'exportation, sont payés par l'acheteur du dehors, qui ne considère que Tor, à un prix qui représente un plus grand nombre de piastres papier. Ce producteur, ayant à solder ses loyers, sa terre, ses emprunts, son personnel en piastres papier se trouve bénéficier précisément de tout ce qui pèse sur Timportateur et le consommateur d'objets venus de l'extérieur. Le cours forcé a donc, dans ce pays, de grands avantages, celui surtout de mettre l'importation dans une situation d'infériorité, de favoriser ainsi, mieux que tous les droits protecteurs, l'industrie et la production locales, ce qui est, en somme, le principal des desiderata économiques,

A la faveur du développement de ces deux éléments de progrès et d'une circulation très active de monnaie, qui a été la conséquence du cours forcé, les transactions intérieures ont pris un développement sans précédent, la demande de terrains de ville et de terres de culture est devenue très active, les grands domaines se sont divisés, le prix de toutes ces propriétés, entrées dans le commerce s'est rapidement élevé, en même temps que la zone de culture s'étendait par l'établissement de chemins de fer.

Il ne manque pas, dans le pays, d'empiriques qui attribuent au cours forcé le mérite de ce développement rapide d'un pays qui sortait d'une crise économique, où, depuis six ans, il avait eu le temps de se retremper. Les causes vraies sont ailleurs, et nous les avons déjà énumérées. Elles sont dans la stabilité politique, assurée par la solution de la ques^ tion do la capitale, par celle de l'unité nationale, dans le déve-

loppement rationnel des travaux publics, dans Taccroissement de Timmigration qui en découle ; il faut les chercher^ aussi, dans l'achèvement dB la conquête de la pampa sur rindien, qui a tiré du néant, mis dans ie commerce, dans le patrimoine de TEtat et des particuliers, le milliard que représentent les terres conquises.

Ce mouvement d'affaires est, au reste, servi par des établissements financiers de premier ordre, constitués depuis vingt ans par des Sociétés locales ou étrangères, à Tombre des progrès, réalisés par la Banque de la Province, toutes les nations ont le leur, la France aura été la dernière à posséder le sien. Elle, seule, n'aura jamais essayé de canaliser les capitaux créés dans ce pays par des Français, ni d'aider leurs entreprises commerciales ou industrielles, ni d'accaparer les négociations, auxquelles donnent lieu les 300 millions d'échanges constatés entre la République Argentine et la France.

Le plus ancien de ces établissements financiers est la Banque de Londres et du Rio de La Plata, créée, en 1864, par une société, formée à Londres entre des capitalistes anglais ; son capital primitif de 7.500.000 francs a été élevé, dès 1867, à IS millions, qui, en raison des crédits dont elle dispose et du nombre de ses déposants, lui suffit encore.

Ses opérations d'escompte se sont élevées de 33 millions de francs en 1864 à 85 millions en 1883, à 105 millions en 1885. Les dépôts équivalent à peu près, aux mêmes époques, aux mêmes sommes. Le dividende de 1883 a été de 11 0/0.

A côté de cet établissement, s'est élevée une concurrence directe, constituée de la même manière, sous la dénomination de Banque anglaise et du Rio de la Plata ; sa fondation ne remonte qu'à 1882, son capital a été porté, le T' avril 1885, à 12 millions et demi de francs. Elle dispose de 26 millions de dépôts et a fait en 1885 50 millions d'escomptes; elle a distribué 5 0/0 à ses actionnaires.

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Un des établissements financiers étrangers, qui ont progressé le plus rapidement, dans ces dernières années, est la Banque d'Italie et du Rio de la Plata. Fondée le 15 juillet 1872, en pleine prospérité générale, elle a eu, aussitôt, à traverser les épreuvesd unelonguecrisequîjetaientbas, dèsl874, laBanque argentine, la Banque belgo-allemande, et de nombreux établissements particuliers, d'existence plus ou moins ancienne. Elle est sortie grandie de ces épreuves. Son capital était, à Torigine, de 7 millions, ses actions se sont élevées à ISO 0/0, ses dépôts, en 1883, à 50 millions; elle a distribué, en moyenne, chaque année, depuis sa fondation, des dividendes annuels de 15 0/0.

Enfin, à côté de ces sociétés anonymes, s'élève une banque particulière; régie par une société en nom collectif, elle ne publie pas ses bilans comme le font les sociétés anonymes. Fondée, en 1853, par M. José de Carabassa, d'origine espagnole, elle a, chaque année, grossi d'importance, jusqu'à absorber progressivement la majeure partie des affaires du commerce, français local et international, en même temps que du commerce espagnol.

La seule donnée que Ton possède sur son administration est celle fournie par l'administration du timbre, chargée de la perception de l'impôt sur les dépôts en comptes courants. D'après ces données, ses dépôts se seraient élevés, en 1884, à 46 millions de francs.

Ajoutons que, d'après un renseignement très exacte le mouvement do caisse de celte banque est de 3 millions de piastres par jour, soit 15 millions de francs, 900,000 piastres par an, soit 4 milliards et demi; ses affaires internationales par traites s'élèvent à 250 millions par an. Elle possède en

\. Fourni par le remarquable travail que publie chaque année le Président du Crédit public national, M. Pedro Agote,

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caisse, en or, 35 millions de francs, c*esl-à-dire plus qu'aucune banque d'État.

La situation commerciale, tout à fait culminante, où s'est élevé M. de Carabassa, en trente ans, parles procédés les plus réguliers, sans s'écarter, un instant, de la voie qu'il s'était tracée dès le début, restant étranger, atonies les époques, aux égarements momentanés de la spéculation, suffisent à démontrer quelle aire d'action offre ce pays au travail et à l'intelligence, quel terrain d'exploitation s'ouvrait devant les capitalistes français s'ils avaient su l'exploiter.

Ajoutons que les opérations de banque sont ici une opération journalière du commerce; les maisons qui se consacrent à celui d'exportation, ayant à faire leurs achats au comptant, disposent, naturellement, de crédits de banque et émettent, journellement, sur l'Europe, des traites que recherche le commerce d'importation, pour couvrir ses échéances au dehors. Ce marché de papier de banque, à côté des banques, a une importance considérable, et n'émet pas moins de 500 milUons de francs de traites pour ses besoins particuliers.

Cette année 1887 a vu s'ouvrir deux établissements financiers nouveaux : la Banque espagnole et la Banque française. Deux sociétés se sont formées, le capital est souscrit; les affaires et les dépôts en compte courant ne leur manqueront pas, mais il leur faudra prendre leur place dans le mouvement général ; ce n'est pas là un résultat qui s'obtient en quelques mois.

Si nous avions à résumer notre analyse des établissements financiers et du mouvement commercial, nous noterions, d'abord, que la marche progressive du pays dépend, avant tout, de celle du crédit public et des finances publiques. Certes,

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