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Ce sont les mêmes animalcules qui colorent en vert ou en rouge des flaques d’eau et des étangs entiers.

Quand les eaux de la mer ont été convenablement concentrées par la chaleur solaire, afin d’en extraire le sel, dans ces vastes bassins qui sont creusés, au bord des rivages, dans le midi de la France, et que l’on nomme marais salants, les eaux, arrivées à un certain degré de concentration, prennent une couleur rose. Cette coloration est due à la présence, dans ce milieu salé, de masses innombrables de petits Infusoires, à carapace rouge.

bisons enfin que les débris solides de certains Infusoires fossiles, d’une petitesse effrayante, ont formé cette pierre siliceuse qui sert à user les métaux, et que l’on connaît sous le nom vulgaire de tripoli.

L’étude des animalcules infusoires offre un grand intérêt, aussi bien pour le naturaliste que pour le philosophe et le médecin. Ces petits êtres ont joué un si grand rôle dans la nature, ils ont contribué d'une manière si évidente à la formation de quelques terrains, que le géologue ne peut négliger leur action, lorsqu’il cherche à établir le mode de formation de notre globe. Le philosophe ne doit point ignorer que plusieurs savants ont cru trouver dans les Infusoires l’origine des animaux, et que des naturalistes modernes invoquent leur production comme une arme puissante en faveur de la génération dite spontanée. Enfin, le médecin doit savoir que la propagation de certaines maladies semble avoir pour cause ces mêmes animalcules microscopiques.

La découverte des Infusoires ne remonte qu’au seizième siècle. C’est au célèbre naturaliste observateur Leuwenhoek qu’on en doit la découverte. C’est le 24 avril 1676 que Leuwenhoek vit, pour la première fois, des animalcules infusoires. Cinquante ans plus tard, llaker et Trembley les étudièrent de nouveau. En 1752, Hill fit, le premier, l’essai d’une classification de ces animalcules. C’est Wiesberg, en 1764, qui leur donna le nom d’infusoires, parce qu’on les trouve en abondance dans les influions de nature animale ou végétale. Muller publia sur ces animalcules un ouvrage spécial.

Les Infusoires furent dès lors considérés comme formant un

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groupe spécial parmi les animaux Radiaires. Dans la suite, on ne vit dans ces êtres, en apparence imparfaits, que des prototypes indéterminés d'autres classes (Baer, de Iüainville). Mais les idées changèrent lorsque l'on put faire usage, pour leur étude, de microscopes plus purs et plus puissants, c’est-à-dire armés de bonnes lentilles achromatiques. C'est alors que, grâce aux travaux considérables d’Ehrenberg et de Dujardin, on arriva à mieux comprendre l’organisation de ces infiniment petits, et à établir d’une manière plus exacte les limites du groupe zoologique qu’ils constituent.

Après ces considérations préliminaires, nous examinerons de plus près les Infusoires, au point de vue de leur vie générale et de leur organisation. Nous signalerons ensuite plusieurs espèces remarquables à divers titres. Nous emprunterons la plupart des renseignements qui vont suivre, au savant ouvrage que Dujardin a consacré à la physiologie et à la classification de ces animaux*.

Certaines eaux stagnantes sont tellement remplies d’Infusoires, qu’il suffit de puiser au hasard dans ces milieux liquides, pour s’en procurer abondamment. Dans d’autres eaux, ils forment une couche occupant la surface ou le fond du liquide. En général, il faut les chercher là où l’eau, maintenue en repos, est peuplée d’herhes, de Conferves et de Umm, s’il s’agit des marais; de Ceramium s’il s’agit de la mer. Certains Infusoires vivent non-seulement dans les eaux, mais dans des lieux habituellement humectés, comme les touffes de Mousses, les couches minces d’Oscillaires, sur la terre ou contre les murs humides. D’autres enfin vivent en parasites, à l’extérieur ou à l’intérieur de certains animaux (Hydres, Lombrics, Nais). On en trouve des quantités dans les excréments liquides et dans plusieurs autres produits de l’organisme. On a signalé la présence de ces animalcules jusque dans le lait de la femme t

Mais, comme leur nom l’indique, c’est dans les infusions

!. Histoire naturelle des Zooplujles. Infusoires, par Félix Dujardin, professeur à la Faculté «les Sciences de Rennes. 1 vol. in-8", avec atlas. Paris, 184t. (Suite* à BuftnnA

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aqueuses, végétales ou animales, que ces animalcules abondent. Nos lecteurs pourront se procurer sans peine le plaisir de voir s’agiter et grouiller sous leurs yeux, armés d’un microscope, les animalcules qui nous occupent, en préparant une infusion de matière organique, qui est, pour ainsi dire, une manufacture d’infusoires. Il sufiil, pour les voir apparaître en abondance, de placer quelques débris de substances végétales ou animales, par exemple du blanc d’œuf ou du foin, dans de l’eau, renfermée dans un flacon à large ouverture, exposé à la lumière, en facilitant autant que possible le renouvellement de l’air. Certains réactifs, tels que le phosphate de soude, les phosphates, nitrates et oxalates d’ammoniaque, le carbonate de soude, ajoutés à ces infusions organiques, favorisent singulièrement le développement des Infusoires.

11 est aussi des infusions accidentelles qui fournissent une abondante source de ces êtres microscopiques. L’eau qui a séjourné sur la terre de jardin ou sur le terreau, l'eau des tonneaux d’arrosage, celle qui s’égoutte des vases à fleurs, etc., sont remplies de myriades de ces êtres.

Passons à l’organisation des Infusoires.

Nous avons déjà insisté sur leur petitesse. Leur grandeur moyenne est de un à cinq dixièmes de millimètre. Les plus grands peuvent s’apercevoir à l’œil nu. Ils sont ordinairement blancs ou incolores ; cependant il en est de verts, de bleus, de rouges, de brunâtres, de noirâtres.

Vus au microscope, les Infusoires paiaissent formés d’une substance glutineuse , transparente , nue, ou revêtue d’une enveloppe plus ou moins résistante, que l’on désigne, d’après Dujardin, sousle nom de sarcode. Cette substance est homogène, diaphane, élastique, contractile et pourtant dépourvue de toute espèce d’organisation.

Les Infusoires sont ordinairement de forme ovoïde ou arrondie. Ceux que l’on rencontre le plus fréquemment et qui attirent le plus l’attention des observateurs, sont munis de cils vibratiles, espèce de petites rames, disposées sur leur corps en quantités innombrables. Ces organes sont destinés à transporter rapidement l’animal d’un lieu à un autre. D’autres fois ils servent seulement à amener les aliments à sa bouche. Quelques Infusoires

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sont dépourv us de cils vibratilcs; ils ont seulement un ou plusieurs lilaments très-ténus, dont le mouvement onduleux suffit à déterminer leur progression dans le liquide qui les contient.

Les auteurs qui ont écrit sur les Infusoires, ont tantôt, comme Leuwenhoek, Ehrenberg et Pouchet, attribué à ces animaux une structure compliquée ; tantôt, comme M uller, Cuvier et Lamarck, ils ont considéré ces êtres comme doués d’une organisation excessivement simple. Nous verrons bientôt que la vérité est entre ces deux extrêmes.

Chez les Infusoires supérieurs, outre des granules, des globules intérieurs, des vésicules pleines de liquide, des cils vibratiles et un système tégumentaire plus ou moins complexe, on trouve la substance que nous venons de désigner sous le nom de sarcode.

L'appareil digestif des Infusoires a été l’objet de recherches très-nombreuses et qui ont provoqué de vives discussions entre les divers observateurs.

Dans les ordres inférieurs de cette classe, qui comprennent de très-petits animalcules, on n’a pu parvenir à observer d’une manière satisfaisante l’organisation de l’appareil digestif. Quelques naturalistes pensent que les Infusoires n’ont pas de bouche , mais seulement des fossettes creusées à la surface du corps. D’autres reconnaissent chez l’Infusoire l’existence d’un orifice buccal, quelquefois muni d’une armature solide. Quant à la disposition des cavités intérieures dans lesquelles la digestion s'opérerait, on ne sait rien de bien positif.

L’appareil digestif est connu d’une manière plus complète dans les Infusoires supérieurs, qui sont pourvus de cils vibratiles, c’est-à-dire dans les Infusoires dits ciliés. Ces cils vibratiles, en déterminant des courants de liquide, amènent vers l’entrée de l’appareil digestif les corpuscules nutritifs suspendus dans l’eau. Ce sont en quelque sorte les organes préhenseurs des aliments.

Nous devoirs ajouter ici, pour n’y plus revenir, que ces cils vibratiles sont en même temps des organes destinés à faciliter la respiration. En effet, tous ces petits fouets battent l'eau et la renouvellent sans cesse autour de l’Infusoire, dont le

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corps mou et gélatineux est très-propre à l'absorption de l’oxygène contenu dans cette eau.

Les cils vibratiles servent donc à la fois au mouvement de translation de l'animal, à sa nutrition, à sa respiration. Us servent à trois fonctions différentes: exemple remarquable de cumul physiologique 1

Les corpuscules de substance nutritive dirigés vers l'orifice buccal, par les cils vibratiles, sont bientôt portés dans l'intérieur du corps animal.

Afin de surprendre et de saisir plus facilement le phénomène de la digestion chez les Infusoires , un physiologiste allemand du dernier siècle, Gleichen, eut l’heureuse idée de répandre dans l'eau contenant ces animalcules une tine poussière de carmin. Il vit la matière colorante pénétrer dans le corps de quelques-uns de ces êtres. .Mais il ne songea point à étudier, à l’aide de cet artifice, l’absorption de la matière nutritive. Ce n’est qu’en 1830 qu'Khrenberg eut recours au môme moyen pour étudier la structure interne de ces infiniment petits.

Ce naturaliste constata la réalité d’une déglutition chez beaucoup d’infusoires, qu’il nourrissait avec du carmin, de l'indigo et d’autres matières colorantes. Il vit, en outre, des globules colorés, d'un volume à peu près constant, apparaître chez les différents individus d’une même espèce. Il tira de là cette conclusion, que la matière colorante s’était déposée dans autant de petites poches arrondies.

Ehrenberg pensa que chacune de ces poches était un estomac, et que l’introduction des aliments dans l’intérieur de ces réservoirs, ainsi que l'évacuation des fèces, devait s’opérer au moyen d’un intestin, autour duquel ces estomacs seraient accrochés. Dans quelques cas, il crut même pouvoir distinguer le trajet de cet intestin et ses rapports avec de nombreuses ampoules. Enfin, généralisant les conclusions tirées de ses observations, il admit, pour toute la classe des Infusoires, l’existence d’estomacs multiples, et norfima dès lors ces animalcules Infusoires polygaslriques.

Chez les uns, Ehrenberg compta quatre estomacs : organisation qui rapprochait ces êtres microscopiques du Bœuf et de

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la Chèvre, ce qui était bien étrange. Chez d’autres, il put compter jusqu’à deux cents estomacs!

C’était beaucoup.

• On le lui fit bien voir. >

De vives objections ne tardèrent pas à s'élever de la part de plusieurs observateurs , et particulièrement de la part de Dujardin, contre cette fournée d'estomacs attribuée à de si petits êtres, par le physiologiste allemand. Dujardin chercha à établir que les globes colorés qui apparaissent dans le corps de l’Infusoire, soumis au régime du carmin et de l’indigo, ne sont point limités par une membrane, c’est-à-dire ne sont pas contenus dans des poches stomacales.

« Ce sont, dit M. Edwards, des espèces do bols constitués par la matière alimentaire, dont chaque gorgée, réunie dans une masse arrondie, serait poussée dans une substance pâteuse, où elle ne se disperserait pas, et continuerait à avancer en conservant sa forme. On a vu, en effet, ces sphérules changer de place, so dépasser l'une l’autre dans leur transport de la boucho à l’intestin. Ils ne le pourraient faire évidemment, s’ils étaient autant d’estomacs attachés à un canal intestinal. »

Cette opinion, due aux études patientes et précises de Dujardin, a été adoptée par presque tous les naturalistes. En outre, ce savant micrographe n’admet pas qu’il y ait dans la masse sarcodique des Infusoires de cavité préexistante, destinée à recevoir les aliments. En un mot, il ne leur reconnaît pas d’estomac. Mais cette simplicité extrême de structure a trouvé des contradicteurs.

Pour n’accorder ni quatre ni deux cents estomacs aux Infusoires, on n’a pas cru devoir les en priver tout à fait. Aussi Meyen représente ces petits êtres comme étant creusés d’un grand estomac simple, occupé par une matière pulpeuse, matière dans laquelle les masses alimentaires s’enfonceraient successivement.

« Toutes les observations les plus récentes, dit M. Milne-Edwards, tendent à établir quo l'appareil digestif des Infusoires ciliés se compose généralement: 1* d'une bouche distincte; 2° d'un canal pliaryn-

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gicn dans lequel les aliments prennent souvent la forme d’un bol; 3“ d’un grand estomac à parois distinctes et plus ou moins éloignées de la membrane tégumentaire commune ; 4» d'un orifice excréteur. •

La bouche présente des différences sensibles quant à sa position et à son mode de conformation. Souvent elle occupe le fond d’une fossette, dont les bords sont garnis de cils vibratiles trèsdéveloppés. L’action de ces appendices détermine l’ingurgitation des aliments. Ailleurs, la bouche est à découvert, ou se trouve au fond d'une simple échancrure. Mais alors cet orifice est contractile et préhensible. Quelquefois même , dit M. Edwards, la partie intérieure du canal alimentaire est susceptible de se renverser au dehors, en forme de trompe ; et dans un assez grand nombre d’espèces, elle est pourvue d'une armature particulière, composée d’un faisceau de soies rigides disposées en forme de nasse et susceptible de se dilater ou de se resserrer suivant les besoins de l’animal.

L’œsophage, qui fait suite à la bouche, se dirige en général obliquement en arrière. Il se termine le plus souvent dans un grand estomac indivisible.

La situation de la partie terminale du canal digestif, ou plutôt du simple orifice qui donne issue aux produits non assimilés de la digestion, varie beaucoup. Quelquefois il est très- rapproché de la bouche, d’autres fois il est placé sur le bord postérieur du corps, ou sur sa face ventrale.

Le mode de reproduction des Infusoires va nous montrer les plus surprenants phénomènes , et prouver l’admirable fécondité des moyens que la nature met en jeu pour assurer la perpétuité des espèces animales.

Les Infusoires peuvent se reproduire de trois manières différentes : 1° en émettant des bourgeons, à peu près comme les plantes ; 2° par reproduction sexuelle, car dans ces petits êtres on a découvert récemment des individus mâles et femelles ; 3° par la division spontanée de l’animal en deux individus nouveaux, c’est-à-dire, selon le mot consacré en zoologie, par fissiparité.

Des trois modes de propagation que nous venons de citer, celui qui paraît le mieux constaté, c'est le mode par division

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spontanée, et voici le singulier phénomène dont on est témoin quand on a la patience d'examiner longtemps au microscope un Infusoire, bien isolé de ses innombrables et remuants compagnons.

On voit tout d’un coup le corps oblong de cet animal présenter en son milieu un étranglement, qui devient de plus en plus prononcé. Le segment inférieur commence bientôt à montrer des cils vibratiles, lesquels apparaissent à l’endroit où sera la nouvelle bouche. Bientôt cette bouche devient de plus en plus distincte, et l’Infusoire se coupe littéralement en deux parties : on voit flotter au bord de la plaie les lambeaux de la substance glutineuse intérieure. Les deux moitiés se parachèvent assez vite, et elles ressemblent finalement à l’animal primitif. Voilà assurément un des phénomènes les plus curieux que puisse nous présenter l’étude des êtres vivants !

Ainsi chez les Infusoires, le fils est la moitié de sa mère, et le petit-fils le quart de son grand-père.

« Par ce mode do propagation, dit Dujardin, un Infusoire est la moitié d’un Infusoire précédent, lo quart du père de celui-ci, le huitième de son aïeul, et ainsi de suite, si l’on peut nommer père ou mère d’un animal celui qui revit dans ses deux moitiés, aïeul celui qui, par une nouvelle division , continue h vivre dans ses quatre quarts.... Ou pourrait, dit encore Dujardin , imaginer tel Infusoire comme une partie aliquote d'un Infusoire semblable qui aurait vécu des années et même des siècles auparavant, et dont les subdivisions par deux, et toujours par deux, se seraient, continuant toujours à vivre, développées successivement'. »

Ce mode de génération des Infusoires fait comprendre la miraculeuse fécondité de ces êtres, qui défierait le calcul si l’on voulait l’évaluer avec précision. On est parvenu cependant à calculer approximativement le nombre des Infusoires qui peuvent dériver d’un seul individu, par cette suite de dédoublements, qui crée à chaque fois une génération nouvelle. On a trouvé qu'au bout d’un mois deux Slylonichiées avaient une progéniture déplus d’un million quarante-huit mille individus ; et que, dans un laps de quarante-deux jours, une seule Para-

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