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GROUPE DES CORALLIENS

Le groupe des Coralliens ne se compose que d’un seul genre, le Corail, dont l’espèce type fournit la matière dure, brillante et richement colorée, si recherchée chez tous les peuples comme objet de parure et d’ornement. Nous étudierons avec quelque détail cet intéressant zoophyte.

Dès les temps les plus anciens, le Corail a été adopté comme objet de parure. Dès l’antiquité la plus haute, on a cherché aussi à connaître sa véritable origine et la place qu’il faut assigner à ce beau produit dans les œuvres de la nature.

Théophraste, Dioscoride et Pline admettaient que le Corail est une plante. Tournefort en 1700 reproduisait la même idée. Réaumur, modifiant le premier cette opinion des anciens, déclara que les Coraux sont des pierres produites par certaines plantes marines.

La science en était là, lorsqu’un naturaliste d’un grand

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renom, le comte de Marsigli, fit une découverte qui parut établir avec éclat la véritable origine de cette production naturelle. Le comte de Marsigli annonça avoir découvert les fleurs du Corail. 11 représenta ces fleurs dans son beau livre, Physique de la mer, qui renferme d’intéressants détails sur ce curieux produit des Océans. Comment douter que le Corail fût une plante, puisqu'on avait vu s'épanouir ses fleurs?

Personne n’en douta, et Réaumur prôna de toutes les manières la découverte de l’heureux académicien.

Malheureusement, une note discordante vint se mêler à ce concert. Elle partait de l’élève même de Marsigli !

Jean André de Peyssonnel était né à Marseille, en 1694. Il étudiait à Paris la médecine et l’histoire naturelle, quand l’Académie des sciences le chargea d’aller étudier le Corail aux bords des mers qui le renferment. Peyssonnel commença ses observations dans le voisinage de Marseille, en 1723; il les poursuivit sur les côtes de l’Afrique septentrionale, où le gouvernement l’avait envoyé en mission.

A l’aide d’une longue série d’observations, aussi exactes que délicates, Peyssonnel constata que les prétendues fleurs que le comte de Marsigli avait cru découvrir dans le Corail, étaient de véritables animaux; de sorte que le Corail n’était pas du tout une plante, mais bien un être qu’il fallait placer aux derniers degrés de l'échelle zoologique.

« Je lis fleurir le corail, dit Peyssonnel, dans des vases pleins d’eau de mer, et j’observai que ce que nous croyions être la fleur de cette prétendue plante, n’était au vrai qu’un insecte, semblable à une petite ortie, ou poulpe.... J’avais le plaisir de voir remuer les pattes ou pieds de cette ortie , et ayant mis le vase plein d’eau où le corail était à une douce chaleur auprès du feu , tous les petits insectes s'épanouirent. L’ortie sortie étend les pieds et forme ce que M. de Marsigli et moi avions pris pour des pétales de la fleur. Le calice de cette prétendue fleur est le corps même de l’animal avancé et sorti hors de la cellule. »

Les observations de Peyssonnel venaient réduire à néant une découverte qui avait excité une admiration unanime. Aussi fut-elle très-mal accueillie des naturalistes du jour. Réaumurse distingua surtout, dans la guerre qui fut entreprise

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contre le jeune novateur. Il écrivait à Peyssonnel, sur un ton ironique :

• Je pense comme vous que personne jusqu’à présent ne s’est avisé de regarder le corail comme l’ouvrage d’insectes. On ne peut disputer à cette idée la nouveauté et la singularité.... Mais les coraux ne me paraissent jamais pouvoir être construits par des orties ou poulpes, de quelque façon que vous vous y preniez pour les faire travailler! •

Ce qui paraissait impossible à Réaumur était pourtant un fait que Peyssonnel avait montré à cent personnes, dans ses expériences faites à Marseille.

Bernard de Jussieu ne trouvait pas les raisons.de Peyssonnel assez fortes pour lui faire abandonner le préjugé régnant louchant ces plantes.

Peyssonnel, attristé et dégoûté par le mauvais accueil fait à ses travaux, abandonna ses recherches. Il abandonna même la science et les hommes, et alla vieillir obscurément aux Antilles comme chirurgien de marine.

Voilà pourquoi le travail manuscrit que Peyssonnel a laissé en France n’a jamais été imprimé. Ce manuscrit complet a été écrit en 1744. 11 est conservé dans la bibliothèque du Muséum d’histoire naturelle de Paris, où nous l’avons vu. Il a pour titre : Traité du corail, contenant les nouvelles découvertes qu'on a faites sur le corail, les pores, madrépores, scliarras, lilophitons, éponges et autres corps et productions que la mer fournil; pour servir à f histoire naturelle de la mer; par le sieur de Peyssonnel, escuyer, docteur en médecine.

11 faut ajouter, pour compléter ce récit, que Réaumur et Bernard de Jussieu finirent pourtant par reconnaître la validité des raisons invoquées par le naturaliste de Marseille. Lorsque ces deux illustres savants eurent pris connaissance des expériences de Tremblcy sur les Hydres d'eau douce; qu’ils les eurent répétées eux-mêmes; qu’ils eurent étendu des observations du même genre aux Anémones de mer et aux Alcyons ; quand ils eurent enfin découvert, sur d’autres prétendues plantes marines, des animalcules semblables aux Hydres si admirablement décrites par Trembley, ils n’hésitèrent plus à rendre pleine et entière justice aux vues de leur adversaire.

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Pendant que Peyssonnel vivait oublié aux Antilles, ses travaux scientifiques étaient couronnés à Paris d’un triomphe complet, mais stérile pour lui. Réaumur donna aux animalcules qui vivent sur le Corail le nom de Polypes, et celui de polypier aux parties dures qui leur servent d’enveloppe ou de support. Il considéra ces polypiers comme des produits de l’industrie architecturale des polypes. En d’autres termes, Réaumur introduisit dans la science les vues mêmes qu'il n’avait cessé de combattre et de contester à leur auteur.

Deçuis cette discussion célèbre, l’animalité du Corail n’a jamais été mise en doute.

Nous ne nous arrêterons pas plus longtemps à signaler les noms et les travaux de divers savants qui ont porté leur attention sur cette belle production naturelle. Entrons tout de suite dans l’exposé de l’organisation et de la vie du Corail.

M. Lacaze-Duthiers, professeur au Jardin des Plantes de Paris, a publié en 1864 une remarquable monographie ayant pour titre : Histoire naturelle du Corail', Ce savant naturaliste, chargé en 1860, par le gouvernement français, d’une mission ayant pour objet l’étude approfondie du Corail au point de vue de l’histoire naturelle, a fait un grand nombre d’observations nouvelles et précises sur ce zoophyte, et a dignement achevé l’œuvre de Peyssonnel. M. Lacaze-Duthiers a résumé dans l’ouvrage que nous venons de citer toutes les observations et découvertes qu’on lui doit. C’est cet ouvrage qui va nous servir de guide pour exposer l’histoire naturelle du Corail.

Une branche de Corail vivant est une agrégation d’animaux unis entre eux par un tissu commun, qui dérive d’un premier être par voie de bourgeonnement, et jouit d’une vie propre, quoique participant à la vie commune. Cette branche a pour point de départ un œuf, qui produit un jeune animal, lequel se fixe bientôt après sa naissance, et d’où dérivent les êtres nouveaux dont l’ensemble constitue la branche de Corail

Cette même branche se compose de deux parties distinctes :

I. Un vol. in-8* avec 20 planches dessinées d'après nature et coloriées Chez J. B. Baillière et fils.

l’une centrale, dure, cassante, de nature pierreuse : c’est celle qu’on utilise dans la bijouterie; l'autre extérieure, semblable à une écorce d’arbre, molle et charnue, facile à entamer avec l’ongle : c’est ia couche essentiellement vivante de la colonie. La première s’appelle polypier, la seconde est la réunion des polypes.

Cette couche vivante (fig. 23) est fortement contractée lorsqu’on retiré de l’eau la colonie animale. Elle est couverte de mamelons saillants, plissés et sillonnés.

Chaque mamelon répond à un polype, et présente, à son

Hg. 21. Couche vivante du Corail, après la Fig. *J3. Trois polypes du Corail, épanouis

rentrée des polypes. D'après l'ouvrage à dus degrés divers. D'après l'ouvrage de de M. Lacaze-Duthiers (pl . 1, fig. 4). M. Lacazc-Duthiers (p). II, fig. 6).

sommet, huit plis, qui rayonnent autour d’un pore central, lequel a l’apparence d’une étoile. Ce pore, en s’entr’ouvrant, laisse sortir le polype. Ses bords présentent un calice rouge, comme le reste de l’écorce, dont la gorge festonnée présente huit dentelures.

Le polype lui-mème (fig. 23) est formé d’un tube membraneux blanc à peu prés cylindrique, et d’un disque supérieur entouré de huit tentacules, qui portent des barhules latérales, nombreuses et délicates. L’ensemble de ces tentacules ressemble à une petite corolle végétale. Sa forme, très-variable, est toujours très-élégante.

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La figure 24 représente, d’après M. Lacaze-Duthiers, une des formes du polype du Lorail.

Les bras du polype sont parfois agités de mouvements trèsvifs ; les barbules sont sensibles à la moindre excitation. Si cette excitation continue, on voit les tentacules se replier et se rouler en volute , comme le montre la figure 25.

Si l’on regarde un polype épanoui, on voit que les huit tentacules se soudent au corps, en circonscrivant un espace régulièrement circulaire, au milieu duquel s’élève un petit marne-

Fig. 24. Polype du Corail. Fig. 2S. Aolre forme du Polype du Corail

D'après l’ouvrage de M. Ijcase-Duthiers corps cylindrique et bras étalés en roue.

(pl. Il, flg. 7). D’après l'ouvrage de M. Lacaze-Duthiers

(pl. 11, 6g. •).

Ion. Le sommet de ce mamelon est occupé par une fente à deux lèvres arrondies, et peu saillantes : c’est la bouche du polype, dont la forme est du reste très-variable. Sur la figure 25, on aperçoit très-bien la bouche dont il s'agit.

Un tube cylindrique partant de la bouche représente l’œsnphage; mais tout le reste du tube digestif est très-rudimentaire.

L’oesophage fait communiquer la cavité générale du corps avec l’extérieur, et se trouve comme suspendu au milieu du corps, par des replis qui partent, avec une symétrie parfaite,

de huit points de la circonférence. Les replis qui fixent ainsi l'œsophage, forment une série de loges, au-dessus de chacune desquelles s’attache et s'ouvre un bras, ou tentacule.

Arrêtons-nous un instant sur cette écorce molle et charnue, dans laquelle sont engagés les polypes. Voyons aussi quels sont les rapports mutuels qui peuvent s’établir entre les divers habitants d’une même colonie, comment ils sont rattachés l’un à l’autre, et quelles sont enfin leurs relations avec le polypier.

Le corps charnu, épais, mou, facile à entamer avec l’ongle, est la partie vivante par excellence, celle qui produit le Corail. Elle s’étend et s’applique exactement sur tout le polypier. Si elle meurt en quelque point , les parties de l'axe correspondantes à ce point ne s'accroissent plus.

11 existe une relation intime entre l’écorce et le polypier. Si l'on examine de plus près cette écorce, on y reconnaît trois éléments principaux : un tissu général commun, des spiculés, des vaisseaux. Ce tissu général est transparent, hyalin, cellulaire, contractile.

Les spiculés sont de très-petites concrétions calcaires, plus ,.±x .... ou moins allongées, couvertes de nodosités, s T* hérissées d’épines et de forme assez régu-

»iÉm freinent déterminée (fig. 26). Elles réfrac-

tent vlvement ia lumière et leur couleur est Fig.2ti.spicui«s;dtico- celle du Corail , quoique plus faible, à cause Dathiers de leur Peu d épaisseur. Elles se distribuent

Cpi. vi, fig. a4). uniformément dans l’écorce et lui donnent

cette belle couleur rouge qui caractérise le Corail.

Les vaisseaux constituent un réseau qui s’étend et se retrouve dans l’épaisseur de l’écorce. Ces vaisseaux sont de deux ordres (fig. 28). Les uns, relativement très-gros, sont couchés sur l’axe et disposés parallèlement. Les autres sont irréguliers et beaucoup plus petits: ils forment un lacis à mailles inégales et occupent toute l'épaisseur de l’écorce. Ce réseau a des rapports directs et importants d'une part avec les polypes, et de l’autre avec le réseau profond. Il communique directement avec la cavité générale du corps des animaux, par tous les canaux qui s’en approchent. Les deux réseaux s’abouchent par un grand nombre d’anastomoses.

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D’après cette disposition vasculaire on peut se rendre compte de la circulation générale des fluides nourriciers dans le Corail. Les vaisseaux voisins de l’axe ne s’abouchent pas directement avec les cavités des petits animaux qui vivent dans le polype; ils ne communiquent avec ces cavités que par l’intermédiaire de canaux très-déliés. Ils reçoivent les fluides nourriciers du réseau secondaire, qui les pousse directement dans la réu-

Fig. 97. Appareil de la circulation des fluides nutritifs dans le Corail. D’après l’ouvrage de M. Lacaze-Duthiers (pl. V, flg. 21).

nion des polypes. Les fluides nourriciers, élaborés par les polypes, passent dans les ramuscules des réseaux irréguliers et secondaires, pour arriver dans les gros tubes parallèles, parvenir d’une extrémité à l'autre de l’organisme et servira la communauté tout entière.

ZOOPHYTES

Si l'on casse ou si l’on déchire l'extrémilé d’un rameau de Corail vivant, on voit immédiatement s’écouler par les blessures un liquide blanc, miscible à l’eau, et qui présente toute l’apparence du lait. C’est le fluide nourricier qui s’est échappé des vaisseaux qui le contenaient, et qui s’écoule, chargé de débris de l’organisme.

Que se passe-t-il quand le bourgeonnement produit des polypes nouveaux? C’est autour des animaux bien développés, et particulièrement autour de ceux des extrémités des branches, que se produit le phénomène. Les nouveaux êtres ressemblent à de petits points blancs percés d’un trou à leur centre. On reconnaît, à l’aide du microscope, que ce point blanc est étoilé de huit lignes blanches rayonnantes, et que le bord de l’orifice porte huit échancrures distinctes. Nous ne saurions entrer ici dans l’histoire du développement de ces petits êtres, dont tous les organes grandissent peu à peu, jusqu’à ce que le jeune polype ait pris sa forme définitive.

■ Arrivons à cette partie si généralement connue, si appréciée par les gens du monde, que travaillent les joailliers, et qui constitue le polypier du Corail.

Le corps de ce polypier est cylindrique, et présente à sa surface des sillons ou cannelures, ordinairement parallèles à l’axe même du cylindre, et quelquefois des dépressions répondant au corps des animaux. Si l’on examine la coupe transversale d’un polypier, on voit que sa circonférence est régulièrement festonnée. On trouve vers le milieu, des replis, tantôt en croix, tantôt en trigone, tantôt en lignes irrégulières, et dans le reste de la masse, des traînées plus rougeâtres, alternant avec des espaces plus clairs, qui rayonnent du centre vers la circonférence. Dans les coupes d’un Corail très-rouge, on voit souvent que la couleur n’est pas également distribuée, mais se répartit par zones, alternativement plus ou moins foncées (tig. 28). Des préparations très-amincies ne se fêlent pas irrégulièrement, mais parallèlement aux bords de la lame, de manière à reproduire les festons de la circonférence. On peut déduire de là que la tige s'accroît par le dépôt de couches concentriques, qui se moulent régulièrement les unes sur

les autres. On rencontre partout dans la masse de petits corpuscules irréguliers chargés d’aspérités et plus rouges que le tissu dans lequel ils sont plongés. Ils sont beaucoup plus nombreux dans les bandes rouges que dans les bandes claires et ils doivent nécessairement donner plus de vigueur à la teinte générale.

Parlons enfin du mode do reproduction du Corail, si bien étudié par M. Lacaze-Puthiers, mais que nous ne pourrons signaler qu'en peu de mots.

Tantôt, selon cet habile observateur, les polypes d’une môme colonie sont tous mâles ou femelles : le rameau est alors unisexué. Tantôt les polypes d’une même colonie sont les uns mâles, les autres femelles : le rameau est bisexué. Enfin, mais rarement, on trouve des polypes réunissant les deux sexes.

Le Corail est vivipare, c’est-à-dire que ses œufs deviennent des embryons à l’intérieur du polype. Les larves demeurent un certain temps dans la cavité générale des polypes, où l’on peut les voir par transparence. C'est ce que montre la figure 29, où l’on aperçoit, au milieu du polypier, une larve du Corail, vue au microscope, grâce à la transparence de la membrane enveloppante.

C'est par la bouche de leur mère que ces larves s’échappent, comme le montre la même figure 29 sur la branche gauche du polypier. Elles ressemblent à un petit ver blanc, plus ou moins allongé. La larve n'est encore qu’ovoïde, et pourtant elle est creusée d’une cavité, et se montre couverte de cils vibratiles à l’aide desquels elle nage. Bientôt l’une de ses extrémités devient plus grosse, l’autre plus grêle et plus pointue. Sur celle-ci se forme une ouverture, communiquant avec la cavité interne : c’est la bouche. Les larves nagent à reculons, c’està-dire la bouche en arrière.

Ce n’est qu’un certain temps après sa naissance que le Corail

Fig. )8. Coup*; d’une branche de Corail. D'après l'ouvrage de M. Lacaie-Dulhier (pl. VIH, flg. 37).

ZOOPHYTES

se lixe el commence ses métamorphosés. Cette métamorphose consiste essentiellement dans un changement de formes et de proportions L'extrémité buccale diminue et s’effile, tandis que la hase se gonfle et s’élargit. Ce ver devient discoïde. La face postérieure de cette sorte de disque est plane : la face antérieure présente la bouche, au fond d'une dépression bordée

Fig. 29. .Naissance «les larves du Curait.

D'après l'ouvrage de M. Lacaze-Dulbiera (pl. XIII, Og. tfi).

d’un gros bourrelet. Puis on voit paraître huit mamelons, correspondant aux chambres qui partagent l'intérieur du disque. Le ver a pris une forme rayonnée. Enfin les mamelons s’allongent el se transforment en tentacules.

On voit dans la ligure 30 un jiune polype du corail lixe sur

un Bryozoaire. Il forme un petit disque d’un quart de millimètre de diamètre, déjà coloré en rouge par des spiculés.

Fig. 3o- Très-jeunti polype du Corail, fixé sur un BryoxaJru.

Uaj rès l'ouvrage de M. Laca*c»Dulhiei» (pl. XVII, fig. 93,.

La ligure 31 montre les formes successives que prennent les

Fig» 31 A. Jeune polype du Corail Fig. 3i B. Jeune polype de Corail,

fixé sur un rocher et contracté. fixé sur un rocher et épanoui.

D après l’ouvrage de M. Lacazc-Dutbiers D'après l’oüvnge de M. Lacaze- Dut hiers (pl. XVII, fig. 97). Çpl. XVIII, fig. 96).

eunes polypes dans les phases progressives de leur développement.

Fig. i'i. Rocher couvert de jeune» polypes et polypier» du Corail.

D'après l'ouvrage do m. Lacazc-Duthier» (pl. X\ llf , fig. tos;.

La ligure 3i représente, de grandeur naturelle, un petit

ZOOPHYTES

rocher couvert de polypes et polypiers du Corail, de différentes tailles, mais tous jeunes et pouvant indiquer le terme définitil de développement de ces êtres collectifs.

L’état de simplicité de l’animal dont nous venons d'indiquer les diverses phases de développement, ne dure pas longtemps. 11 jouit de la propriété de produire de nouveaux êtres par bourgeonnement.

Comment se forme aussi le polypier?

Si l'on prend de très-jeunes rameaux, on trouve au milieu de l’épaisseur de l’écorce, des noyaux de substance pierreuse, qui rappellent par leur forme une agglomération de spiculés. Quand leur nombre et leur taille sont suffisants, ces noyaux font partie d'une sorte de lamelle, qui s’élève dans l’épaisseur des tissus

Fig. 33. Corpuscules qui sont l'origine du polypier. D’après l’ouvrage de M. Lacaze-Duthier*

(pl. XIX, iig, Ito).

Fig. 34. Première forme du polypier du Corail. D’après l’ouvrage de M. Lacaze-Duttaier»

(pl. XIX, Üg. 111).

de l’animal. Ces lamelles, d’abord planes, forment, par suite du développement, une sorte de fer à cheval.

Les figures 33 et 3k donnent une idée des premières formes que présente le jeune polypier.

On manque de notions précises pour fixer d’une manière approximative le temps nécessaire au Corail pour prendre les proportions si variées qu’on lui connait.

Passons à la pèche du Corail.

Elle est toute spéciale et ne présente d’analogie avec aucune autre pêche dans nos mers d’Europe.

La pêche du Corail se fait sur les côtes de l’Italie, de la Barbarie (Afrique), et de la France, avec des matelots venus de Gênes,- de Livourne ou de Naples. Elle est excessivement fatigante. Aussi dit-on souvent en Italie que, pour aller pêcher le Corail, il faut avoir été voleur ou assassin, ce qui est une ofTense gratuite à d’honnêtes matelots, mais ce qui donna»bien l'idée des fatigues de ce travail de mer.

Les barques envoyées à la pêche du Corail jaugent de 6 à 15 tonneaux; Elles sont solides et bien taillées pour la marche. Leur voilure consiste en une grande voile latine et un foc. L’arrière est réservé au cabestan, ou à la pêche proprement dite et à l’équipage. L'avant est emménagé pour les besoins du patron.

L’ensemble des filets, des pièces de bois ou de fer employés pour la pêche du Corail, porte le nom d'engin. L’engin est composé d’une croix de bois, formée par deux barres solidement amarrées au milieu de leur longueur, au-dessus d’une grosse pierre, et qui porte des paquets de filets en forme de sac. Ces filets ont des mailles grandes et lâchement nouées : on les nomme des fauberls.

L’appareil porte une trentaine de fauberts, destinés à accrocher, pendant la marche de l’embarcation, tout ce qui se trouve au fond de la mer. Les fauberts sont éparpillés et agités dans tous les sens par le mouvement de la marche du bateau. On sait que le Corail se fixe et se développe au-dessous des rochers et y forme des bancs. C’est au-dessous de ces rochers que les fauberls vont arracher la précieuse récolte. L’expérience, jointe à une intuition admirable, guide les pêcheurs italiens dans la reconnaissance ou dans la découverte des bancs.

La grande pèche emploie un patron, un poupier et huit ou dix matelots. Elle dure nuit et jour (fig. 35).

Lorsque le patron juge qu’il est arrivé sur un banc de Corail, il fait lancer l’engin à la mer. Dès que l'appareil est engagé, on ralentit la vitesse du bateau. Six ou huit hommes accomplissent la manœuvre du cabestan, pendant que les autres rament et orientent la voile. Deux forces agissent donc sur les filets : la marche du bateau et la traction opérée par le ca-

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bestan. L’engin, en rencontrant les inégalités du tond de la mer, avance par saccades. Le poupier active ou diminue selon les secousses, le travail du cabestan et l’action de la voile. On laisse tomber l’enÿtn au fond de l’anfractuosité des rcchers, on le relève, pour le laisser retomber encore. De cettp façon, les fauberts flottent, s’écartent, pénètrent au-dessous des rochers où se trouve le Corail et l’accrochent.

Dégager, ramener ces filets, c'est un travail d’une difficulté et d’une rudesse inouïes. L’engin résiste longtemps aux efforts énergiques et répétés des matelots qui, presque nus, et exposés au soleil brûlant de l’Afrique ou de l’Italie, manœuvrent le cabestan auquel est attaché le câble de Yengin. Le patron excite les hommes employés à la traction du cabestan , pendant que le matelot assis au pied du mat, et qui tient l’amarre avec fermeté, chante, sur un air lent et monotone, une chanson, ou bien des paroles qu’il improvise, en psalmodiant les noms des saints les plus révérés de l’Italie.

Le filet se dégage enfin et déracine ou brise des blocs énormes de rochers ! La croix est bientôt retirée et amenée contre le bord du bateau, les filets réunis sur le pont. On s’occupe alors à recueillir le résultat de tant de fatigues. On recueille le Corail. Les branches du précieux zoophyte sont nettoyées, dégagées des coquilles et autres produits parasites qui les accompagnent. Enfin, le produit de la pêche est apporté et vendu dans les ports de Messine, de Naples, de Gènes ou de Livourne, où les ouvriers joailliers s’en emparent.

Voilà au prix de quelles fatigues, de quels durs labeurs et de quels périls, on arrive à arracher des profondeurs de la Méditerranée ces élégants bijoux qui, chères lectrices, composent vos plus jolies parures l

ORDRE DES PENNATULAIRES .

Cette curieuse famille avait reçu de Cuvier le nom de polypes nageurs, et de Lamarck le nom de polypes /louants. Les animaux qui en font partie constituent des colonies. La colonie n’est jamais attachée au rocher par une base fixe et élargie; elle paraît vivre d’ordinaire au fond delà mer, sa base enfoncée

Fig. 35. Pèche du Corail sur le» côtee «le U Sicile.

foi*.

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dans le sable ou la vase, sa portion polypifère faisant saillie dans l’eau. L’agitation des vagues, les filets traînants des pêcheurs déplacent souvent ces êtres agrégés, et alors ils flottent ou nagent à diverses profondeurs, au sein des eaux.

Les polypes qui offrent huit tentacules, en forme de plume, sont distribués d’une manière plus ou moins régulière, de sorte qu’une des extrémités de l’axe commun qui les porte, en est toujours dépourvue. Cette partie a été comparée à la partie tubuleuse des plumes des oiseaux. La tige commune de la colo-, nie offre un axe central solide, plus ou moins développé, qui est recouvert d’une substance charnue et fibreuse, susceptible de se contracter ou de se dilater.

L’ordre des Pennatulaires comprend divers genres connus sous les noms de Pennatule, Virgulaire, Pavonaire, Ombellulaire , Vérélille, etc

Dans le genre Penmlula, les polypes sont disposés par rangées transversales, sur le bord supérieur et antérieur d’une série de grands prolongements en forme de plumes, situés de chaque côté de la portion supérieure et moyenne d’une tige, dont la portion inférieure est dépourvue d’appendices. Ces espèces d’ailes polypières sont à peu près en forme de faux, très-développées, et garnies d’une grande quantité de spiculés aiguës, qui constituent des faisceaux à la base des calices. L'espace qui s’étend entre ces deux rangées d’appendices, est tantôt lisse, tantôt squameux, tantôt granulé.

. ^ Fig. 36. Pennatule épineuae.

On connaît cinq espèces de ce (Pennatula spi'noia, F.llis et Solander genreetellesparaissenttoutesdouèes '•"•"‘■'“i** trüeo, esper.)

de la propriété de la phosphorescence. Nous citerons parmi ces espèces la Pennatule grise (fig. 36), qui habite la Méditerranée et qui tire son nom de sa couleur, et la Pennatule phosphorescente,

ZOOPHYTF.S.

de couleur rouge, qu’on rencontre dans les mers d'Europe.

Les Virgulaires ne diffèrent guère des Pennatules que par le grand développement relatif de l’axe de la colonie, et par la brièveté des pinnules qui portent les polypes. La Virgulaire admirable habite les mers de Norwége et d’Ecosse.

Ses ailes courtes , onduleuse ment découpées, sont d’un

Virgulaire. ( Partie grossie.)

jaune brillant Lespolypes qui apparaissent sur leurs lobes, sont blanchâtres , transparents et forment comme une bordure de petites étoiles blanches diaphanes (fig. 37).

Qu'on se figure une baguette grêle et très-allongée ne portant de polypes non rétractiles que d’un seul côté, et l’on aura une idée des Puvonaires, dont on ne connaît qu’une espèce de la Méditerranée.

Les Ombellulaires ont une

Fig. 37. Virgulaire à ailes lâches.

(Kirpulariu La mark.)

Fig. 38. Oml^Malalre da Groenland.

iUmbelMaTta Oroenlandica, Lam.)

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très-longue tige (fig. 38) soutenue par un os de môme longueur et terminée au sommet seulement par un bouquet de polypes.

Les Vèrètilles, qui habitent la Méditerranée (lig. 39), ont un corps cylindrique simple et sans branches, avec un poly-

Fig. 39. Vérélille cynomolre.

( Verriithm cynomorium, Lara.)

pier rudimentaire, garni de polypes très-grands et de couleur blanche.

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