Le Tour du Monde. 1860, V semestre, page
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taineKent,à la seule distance de deux longueurs de vaisseau du récif, ne put trouver le fond avec une sonde de 300 mètres.
C’est ce qui a été vérilié également pour les lies Gambier, situées dans l’océan Pacifique, pour l’tle d’Oualem, et beaucoup d’autres.
D’après M. Darwin, la barrière de récifs située près de la côte occidentale de la Nouvelle-Calédonie aurait 400 milles de long. Celle de la côte orientale de l’Australie se prolongerait,presque sans interruption, sur une étendue de 1000 milles ( environ 400 lieues), se tenant à 20, 30, 50 ou 60 milles de la côte.
Quanti l’élévation des lies ainsi entourées de récifs, elle varie beaucoup. L’ile de Taïti s’élève à 2133 mètres au-dessus des eaux de la mer, l’île Maurna à 243 mètres, Aituaki à 109 mètres, Manonaï à 15 mètres seulement.
Autour des lies Gambier le récif a 360 mètres d’épaisseur, à Taïti 76, autour des Iles Fidji il a 600 à 900 mètres.
On pourrait confondre les récifs frangés qui bordent immédiatement une île, ou une portion d’ile, avec les barrières de récifs dont il vient d’être question , s’ils n’en différaient que par leur moindre largeur. Mais cette circonstance qu’ils bordent immédiatement la côte, au lieu d’en être séparés par un canal ou lagune plus ou moins profonde et continue, prouve qu’ils sont en rapport direct avec la pente du sol sous-marin et permet de les distinguer des barrières de récifs
Les dangereux brisants qui entourent l’ile Maurice donnent un exemple très-net de ce que l’on nomme récifs frangés. Cette lie est presque entièrement entourée de cette barrière de rochers. La largeur de ces récifs est de 50 à 100 mètres; leur surface rude et abrupte est presque unie, et rarement découverte à la basse mer.
Des récifs analogues se voient autour de l’ile Bourbon. Tout autour de cette lie, les polypiers construisent, sur le fond volcanique de la mer, des mamelons détachés, qui s’élèvent à 2 ou 3 mètres au-dessus des eaux.
Les récifs côtiers madréporiques se voient également sur la côte orientale de l’Afrique et du Brésil. Dans la mer
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Il o uge existent des récifs de polypiers, que l'on peut ranger parmi les récifs madréporiques des côtes , en raison du peu de largeur du golfe. MM. Ehrenberg et Hemprich ont visité 150 localités de la mer Rouge qui présentaient des récifs de ce genre.
Quel est le degré de rapidité avec lequel peuvent se former les bancs de Coraux et de Madrépores qui, par leur accumulation, finissent par composer les atolls actuels ou les récifs frangés? Pour éclairer cette question, assez difficile, il faut d’abord rechercher à quelle profondeur vivent les polypiers constructeurs de ces ouvrages.
Sur les côtes de l’île Maurice, dit M. d’Archiac dans son Cours de paléontologie stratigraphique 1 , le bord du récif est formé des Madrepora corymbosa et pocillifera, qui descendent jusqu'à 16 et 30 mètres, et de deux espèces d’Astrées. A la partie inférieure est un banc de Sériatopores, de 30 à 40 mètres de hauteur; le fond est de sable et couvert de Sériatopores: à 40 mètres on a rencontré des fragments de Madrépores. Entre 40 et 66 mètres le fond était de sable et la sonde rapportait de grandes Caryoplnj liées.
Suivant MM. Quoy et Gaimard, les Astrées, que ces naturalistes considèrent comme constituant le plus de récifs, ne vivent pas au delà de ,8 à 10 mètres de profondeur. Le Millepora alcicornis s’étend de la surface à la profondeur de 24 mètres au-dessous; les Madrépores et les Sériatopores jusqu’à 40. Des masses considérables de Méandrines ont été ramenées de
32 mètres. Une Caryophyllée a été retirée de 160 mètres , par
33 degrés latitude sud. Parmi les polypiers qui ne forment pas de récifs solides, M. Darwin cite les Cellaires, trouvées à 380 mètres de profondeur, les Gorgones à 320, le Corail à 200, les Millépores de 60 à 88, les Sertulaircs à 80, les Tubulipores à 188.
Suivant M. Dana, dit M. d’Archiac, toutes les espèces qui forment des récifs : les Madrépores, les Millépores, les Porites,
1. Première année, deuxième partie (1864, p. 331). — M.dArcliiac a présenté dans ce volume un long et savant exposé des recherches de M. Darwin et de Tétât actuel de la question des atolls au point de vue géologique. Pour la rédaction de ce chapitre, nous avons fait divers emprunts à l’ouvrage du savant professeur du Jardin des Plantes.
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les Asirées, les Méandnnçs, ne croissent pas au delà de 35 mètres de profondeur.
C’est dans la partie la plus rapprochée du niveau des eaux que prospèrent surtout les zoophytes dont les produits minéraux forment les bancs niadréporiques. La partie battue par les vagues est le point le plus favorable à leur accroissement. C’est là que se trouvent les Astrées, les Poriles, les MilUporcs.
La proportion de l’accroissement, selon M. Darwin , dépend à la fois des espèces qui construisent ces récifs et de diverses circonstances accessoires.
La proportion ordinaire de l’accroissement des Madrépores est, selon M. Dana, de 1 pouce et demi par an; et comme leurs rameaux sont écartés, cela ne ferait pas plus de 1 demipouce d'épaisseur de masse solide sur toute la surface couverte par les Madrépores. Par suite de leur porosité, cette même quantité se réduit à 3 huitièmes de pouce de matière compacte. Il faut remarquer, en outre, que de grands espaces en sont dépourvus. Les sables provenant de la partie détruite des polypiers sont entraînés par les courants, dans de grandes profondeurs où il n’y a pas de polypiers vivants, et la surface occupée par ceux-ci n’est pas de plus de 1 sixième de toute la région coralligène; ce qui réduit les 3 huitièmes précédents à 1 seizième. Les coquilles et autres débris organiques peuvent entrer pour un quart dans la production totale par rapport aux polypiers. De sorte que, tout considéré, l’accroissement moyen d’un récif ne doit pas dépasser annuellement 1 huitième de pouce. D’après cela, quelques récifs qui ont jusqu’à 2 000 pieds d’épaisseur, en admettant un accroissement de 1 huitième de pouce d’épaisseur par an, auraient exigé, pour se former, un intervalle de 192 000 ans.
Il faut dire pourtant que, dans des circonstances favorables, l’accroissement des masses de polypiers peut être beaucoup plus rapide. M. Darwin parle d’un navire qui, ayant fait naufrage dans le golfe Persique, fut trouvé, après une submersion de vingt mois seulement, revêtu d’une couche de polypiers de 2 pieds d’épaisseur. Le même auteur mentionne des expériences faites par M. Allen, sur la côte de
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Madagascar, tendant à prouver que, dans l’espace de six mois seulement, certains polypiers peuvent grandir de près d’un mètre.
Arrivons à l’explication théorique de ces curieuses formations minérales.
Les naturalistes et les navigateurs ont été fort partagés d’opinions sur la véritable origine des Iles madréporiques. La plupart ont admis que ces bancs énormes sont uniquement composés par les dépouilles minérales et les détritus terreux des Madrépores et des Coraux, lesquels se développant au milieu, ou sur le fond des mers, se multipliant, se superposant d’âge en âge, de génération en génération, finissent par former des dépôts d’une hauteur immense. La colonne madréporique serait enfin arrêtée dans sa croissance par le manque d’eau , lorsque son sommet approche du niveau de la mer. C'est ainsi que Forster, l'eron, Flinders, Chamisso, ont expliqué la formation des atolls et des récifs madréporiques
Cette même opinion a été soutenue de notre temps par l’amiral Du Petit Thouars. Mais on objecte, avec raison, que les polypiers ne vivent pas aux prodigieuses profondeurs de mer où sont situées les bases de ces îlots.
Il a donc fallu chercher une autre théorie, une autre interprétation plus compliquée, pour satisfaire aux diverses conditions de ce phénomène , et pour expliquer l’étrange disposition circulaire de ces îles, qui est à peu près constante, et dont il est essentiel de tenir compte.
Le géologue anglais Ch. Lyell a prétendu que la base d’un atoll est toujours le cratère d’un ancien volcan sous-marin , lequel, se couronnant de Coraux et de Madrépores, aurait produit cette muraille circulaire, formée d’un entassement de polypiers.
Cette théorie suppose l’existence de cratères volcaniques dans le voisinage de toutes les îles à coraux. 11 est certain que ces îles sont très-souvent placées non loin d’un volcan , et M. Lyell a publié une carte vraiment curieuse sous ce rapport. On la trouve reproduite dans l’ouvrage de M. d’Archiac
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que nous avons déjà cité. Cependant cette coïncidence est loin d’étre constante.
C’est pour tenir compte de toutes ces conditions compliquées du phénomène que M. Darwin a émis une thèse intermédiaire, pour ainsi dire, entre les deux opinions que nous venons de signaler. L’explication proposée par M. Darwin permet de relier en un seul faisceau tous les principaux faits relatifs au mode de constitution des lies madréporiques, et de rendre à peu près suffisamment compte des particularités de forme qu’elles présentent. Voici l'explication donnée par le naturaliste anglais.
Les atolls circulaires et les bancs madréporiques disposés en ceinture sont principalement formés de Porites, de Milltpores, d ’Astrèes, zoophytes qui ne vivent pas à de grandes profondeurs dans la merr et qui pullulent sur les flancs des rochers, à quelques brasses seulement au-dessous de la limite extérieure des eaux. Ces animaux, par leurs débris accumulés, ne tardent pas à former une sorte de revêtement autour des lies, et à constituer les récifs littoraux. Cette languette marginale, dit M. Darwin, est le premier âge d’une ile madréporique.
Ici l'auteur de la théorie nouvelle fait intervenir une cause géologique. Il admet que , par un mouvement d'abaissement du sol, la colonie madréporique vient à s’enfoncer sous les eaux. Il est évident qu’après cette submersion la colonie animale continuera de se développer seulement sur la surface supérieure. Comme les Madrépores prospèrent surtout dans les points qui sont le plus battus par les vagues , c'est près du bord extérieur de la banquette que leur développement sera le plus rapide. Si l’abaissement de l’Ile ainsi entourée continue, il arrivera un moment où le bord extérieur s’élevant par le travail continu des Porites, des Millépores et des Astrées, à mesure que la base commune descend, dépassera le niveau de la portion du banc situé plus près de la côte, et transformera cet espace en une sorte de lagune circulaire. Les dépôts madréporiques auront ainsi formé une ceinture isolée, et la lagune qui en occupe le centre deviendra de plus en plus profonde à mesure que le
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sol s’abaissera. C'est là le deuxième âge de l’Ile madréporique.
Ainsi l’existence des atolls serait subordonnée à deux conditions principales : l’abaissement progressif du sol baigné par la mer, et l’existence, dans ce même sol, de Coralliaires à polypier pierreux, dont la multiplication et la croissance sont rapides.
11 résulte de là que les îles madréporiques ne sauraient exister dans toutes les mers; qu’elles ne peuvent naître que dans la zone torride, ou à peu de distance des tropiques, car c’est dans ces régions chaudes que les Madréporaires nécessaires à leur développement se montrent avec abondance.
Le grand foyer des formations madréporiques se trouve, en effet, dans les parties chaudes de l’océan Pacifique. C’est de là que semble partir, comme d’un centre, la série d’iles ou d’ilots madréporiques, dont nous croyons utile, en terminant ce chapitre, de tracer la distribution géographique. Nous emprunterons à M. Milne Edwards ce dernier exposé, c’est-à-dire le tableau de leur distribution dans les principales mers du globe.
C’est, disions-nous, dans les parties chaudes de l’océan Pacifique que se trouve la plus grande niasse de ces îles. Elles donnent naissance, vers le sud, au groupe d’atolls connu sous le nom A’ Archipel des îles liasses. La limite extrême de cette région est l'île Ducie. Une multitude d’autres îles de même nature parsèment cette mer, jusqu’à la côte Est de la Nouvelle- Hollande. Au nord de l’équateur, l’archipel des îles Carolines constitue un groupe considérable de terres madréporiques. Par contre, tout le long de la côte du continent américain, autour des îles Galapagos, de l’île de Pâques, etc., on n’en trouve aucune trace. C’est que dans ces parages un grand courant d’eau froide, venant des régions polaires antarctiques, abaisse considérablement la température de la mer.
On rencontre encore quelques atolls dans la merde la Chine, et les barrières madréporiques sont abondantes autour des fies Mariannes et Philippines.
Ces récifs marginaux forment aussi une sorte d’immense traînée depuis l’île de Timor et tout le long de la côte sud-
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ouest de Sumatra, jusqu’au bord des Iles Nicobar, dans le golfe du Bengale.
A l'ouest de la péninsule andienne, les iles Maldives forment l’extrémité d’un autre groupe d’atolls et de récifs madréporiques considérables, qui se prolonge, vers le sud, parles Maldives et les lies Chagos. Le banc de Saya de Malha, vers le sud-ouest, constitue encore un petit groupe d’ilols madréporiques. Enfin les côtes de l’Ile Maurice, de Madagascar, des Séchelles et du continent africain, depuis l’extrémité nord du canal de Mozambique jusqu’au fond de la mer Rouge, sont bordées de nombreux récifs de même nature.
Us manquent presque complètement le long des côtes du continent asiatique, où viennent se déverser, entre autres, les eaux douces de l’Euphrate, de l’Indus et du Gange.
La côte occidentale de l’Afrique, la côte Est de l’Amérique continentale, sont presque complètement dépourvues de grands récifs madréporiqnes; mais ils abondent dans la mer des Antilles. Il n’en existe pas dans le golfe du Mexique, où débouche le vaste courant d’eau douce du Mississipi.
C'est principalement sur la côte nord, ainsi que sur le versant Est de la chaîne des Iles Lucayes, que les récifs madrépnriques se montrent dans ces derniers parages.