‹ La vie et les moeurs des animauxChapitre 22 sur 87 · ORDRE DES ANTIPÀTHA1RES · texte numérisé non relu

ORDRE DES ANTIPÀTHA1RES

Nous nous arrêterons fort peu sur l’ordre des Antipalhaires, qui ne présente que peu d’intérêt.

Les Antipalhaires correspondent à la famille des Gorgonides dans l’ordre des Alcyonaires. Ils leur ressemblent, en effet, par l’existence d’un axe central, se ramiüant, en général, comme un arbuscule; mais les polypes ont la bouche entourée d’une couronne de six tentacules simples. Cet axe est d’un tissu plus dense, plus dur que celui des Gorgones, et offre généralement & sa surface, de petits prolongements spiniformes. L’écorce polypifère qui le recouvre est en général très-friable, et se détache si facilement, que presque toujours on ne voit dans les collections que le squelette dénudé de la colonie.

Le groupe des Antipalhaires comprend plusieurs genres, qui sont fondés sur l’état simple ou rameux du polypier, sur son aspect lisse ou chagriné, etc.

Ainsi les Citrhipalhes ont un axe simple, sans branche, ni ramuscules. On trouve les Cirrhipathes spiralis dans la Méditerranée et l’océan Indien.

Les Antipathes ont, au contraire, l'axe rameux. Le tissu de cet axe est d’un noir opaque, ressemblant à l’ébène. C’est pour cela que les polypiers appartenant aux diverses espèces de ce genre sont souvent désignés sous le nom de Corail noir.

ORDRE DES MADRÈPORAIRES.

Les Madrèporaires sont plus connus sous le nom de Madrépores. On les désigne quelquefois, mais par erreur, sous celui de Coraux, puisque le Corail ne fait pas partie de ce groupe.

Les Madrèporaires sont remarquables par l’encroûtement calcaire qui enveloppe toujours leur tissu , et qui détermine la

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formation des polypiers. Ils sont du reste faciles à reconnaître à la structure étoilée de leur polypier, dans lequel on distingue toujours une chambre viscérale, dont le pourtour est garni de cloisons perpendiculaires. Celles-ci sont toujours dirigées vers l'axe du corps, et lorsqu'elles sont suffisamment développées, elles constituent par leur assemblage une étoile, formée d’un grand nombre de rayons. Le polypier est toujours calcaire. La consolidation de l’enveloppe générale du corps de chaque polype produit d’abord une espèce de gaine, à laquelle M. Milne- Edwards donne le nom de muraille. Les cloisons qui se dirigent de la face interne de celle-ci vers l’axe de la chambre viscérale, occupent les loges sous-tentaculaires ; la portion terminale et ouverte, nommée calice, est en continuité organique avec le polype, qui s’y retire plus ou moins complètement, comme dans une cellule.

M. Milne -Edwards a remarqué que le polypier des Madréporaires offre dans sa structure cinq modifications principales, dues en partie au nombre fondamental dont l’appareil cloisonnaire présente les multiples, en partie au mode de division de la chambre viscérale, et enfin au mode de constitution de son tissu. M. Milne-Kdwards se fonde sur celte particularité de structure pour diviser les Madréporaires en cinq sections : les sections des Madrépores apores, — des Madrépores perforés, — des Madrépores tabulés, — des Madrépores tubuleux, — des Madrépores rugueux.

Madréporaires apores. — C’est dans ce groupe que le polypier est le plus accompli. On y trouve toujours réunis une muraille bien complète et un appareil cloisonnaire très-développé. Le calice est nettement étoilé. Le nombre des rayons, qui dans le jeune âge est de 6, arrive bientôt à 12, à 24, etc. Les loges intercloisonnai res sont tantôt ouvertes dans toute leur profondeur , tantôt plus ou moins complètement fermées par des traverses. Celles-ci sont indépendantes les unes des autres et ne se réunissent jamais dans toute la largeur de la cavité viscérale , de façon à constituer des planchers discoïdes comme on le voit dans les Madréporaires tabulés et rugueux.

Les animaux appartenant à ce groupe, qu’on peut caractériser par l’épithète de slelliformes , sont très-abondants dans

ai

ZOUl'HYTES.

nos mère actuelles et dans les diverses couches du globe. Ils constituent plusieurs familles. Nous citerons la Caryophyllie yobelel dans la famille des Turbiuolides (lig. 4U), qui habite la

Fig- 40. Caryophyllie gobelet. (G. N.) {Caryojjhyllia c^athu*, Lamarck.)

Méditerranée et dont les polypes sont de couleur grisâtre, avec les tentacules annelés de blanc, be polypier est élevé, droit, quelquefois cylindrique. Nous représentons encore la Flabtl-

Fig. 4t. Flabclline pavouine. (G. N.) (FlaUllum /Hiiouinum, Lessuu.)

1. Position verticale. — 2. Bord supérieur avec ses lamelle» et le sillon médian. 3. Forme de l'anima1

line pavonine (lig. 41) qui habite l’archipel des lies Sandwich, et dont le pol) pier est comprimé

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sa

Les Oculines, de la famille des Oculinidès. ont un polypier arborescent, ou en tourte. Les individus se disposent sur des lignes spirales ascendantes, et paraissent irrégulièrement cpars à la surface des rameaux. L’espèce type est VOculine vierge , qui était nommée autrefois Corail blanc, quoiqu'elle diffère en-

Fig. Oculint» vierge. (O. N.) ( Oculina Virginia, L.tmk.)

lièrement du véritable corail par sa structure et par ses cellules polypifères étoilées. Cette Ocu/ine (fig. 42.) se trouve dans la Méditerranée et dans les mers équatoriales. Sur cette môme figure, on voit (2) une portion de branche grossie, pour faire mieux apparaître l’emplacemen t et la forme du polype et Us cellules.

L’espèce nommée autrefois Oculine /labclliforme et qui porte maintenant le nom de Stylasler fîabelliformis , représentée sur la figure 43, donnera une idée de ces magnifiques zoophytes arborisés. C’est un polypier en forme d’éventail très-rameux et à rameaux inégaux. Les grosses branches sont lisses, les moyennes couvertes de petites pointes. Ce beau zoophyte ha-

hite les mers de l’ile Bourbon. On en voit un très-bel exemplaire

Fig. 43. Gculine flabelliforme. (G. N.) (Ocii/mii Habelliformit, Lamk.) (Siylaster (latieUifurmis , Milne-Edwards et J. Haime.)

dans la collection du Muséum d’histoire naturelle de Paris.

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La figure 44 représente V As trie punctiftre, de la famille des Astréides, qui habite la mer de l'Inde. Les Astries, dont les formes sont très-variées , ont été subdivisées en plusieurs genres par MM. Milne-Edwards et J. Haime.

Leur polypier est encroûtant. On peut le qualifier de parasite, car il se fixe sur tous les corps. Ainsi il n’est pas rare d’en rencontrer sur le test même des coquilles.

La Miandrine ciribriforme, qu appartient à la même famille et que nous représentons dans lu figure 45, habite les mers d’Amérique.

Nous ne saurions passer sous silence parmi les Itadrèporaires sports, la tribu désignée sous le nom de Fongides.

(Fig. 44. Astrée punclifcre. (O. N.) (Atlrea pu nciifera, Larnk.)

La majeure partie des espèces de Fongides appartient à l’époque actuelle. Elles étaient assez nombreuses a l’époque de la formation des terrains crétacés. On en trouve déjà quelques représentants pendant la période silurienne. C’est dans ce groupe que se trouvent les Madréporaires de la plus grande taille.

La tribu des Fongides tire son qom de la ressemblance plus ou moins exacte de ces espèces animales avec les Champignons de l’ordre des Agarics (en latin fungi).

t II y a cette différence entre les champignons terrestres et les marins, écrivait Peyssonnel, que les terrestres ont les feuillets dessous, et ceux

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de la mer les oui dessus, parce que ces feuillots ne sont que l’épanouissement de la madrépore. Ainsi, quoique je n'aie pas examiné ces champignons pétrifiés dans la mer , je ne balance point do croire que ce sont de véritables genres ou espèces do madrépores qui contiennent, comme les autres , une pourpre ou ortie qui les forme. Dans mes voyages en Égypte en 1714 et 1715, je n'ai jamais ouï dire que le Nil produisit de ces champignons. »

Parcette dernière remarque, Peyssonnel fait allusion à l’opinion de plusieurs anciens auteurs qui regardaient les Fongies comme une production du Nil.

Fig. 45. Méanilrine cércbri forme. (1/4 G. N.) (Meandrina cerebriformi», Lamk.)

On voit dans la Ggure 46 l’image de la Fongie hérissée qui habite les mers de l’Inde et de la Chine. Ce polypier, de forme oblongue, est convexe en dessus et concave en dessous; la fossette d’où partent les lames ou cloisons est extrêmement longue. Les dents cloisonnaires sont très-irrégulières, minces et échinusécs; elles s'arrêtent sur le bord inférieur pour lais-

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ser à la partie concave le cliamp libre à une foule d’aspérités que l’on pourrait comparer au plafond voûté d’une grotte de petits stalactites.

La conformation générale des parties molles des Fongies a été observée par plusieurs voyageurs. Toute la portion supérieure du corps de l’animal, correspondante à la partie lamellifère du polypier , est garnie de tentacules épars, assez longs dans certaines espèces, remarquablement courts dans d’au-

Fig. 16. Fongie hérissée. (/13 G. N.) (Fungia echinata . Milne-Edwards et J. Haime.)

très. Ces tentacules paraissent terminés par une petite ventouse. Cependant l'animal ne peut reprendre sa position naturelle quand il a été renversé.

Pour compléter notre description sur ces curieux madrépores, nous avons fait représenter, figure 47, la Fongie agaridforme de Lamarck , recouverte de ses polypes. Cette espèce habite la mer Rouge et l’océan Indien.

Madrcporaires perforés. — Dans ce groupe l’appareil mural constitue la partie essentielle des polypiers et ne présente pas

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Fig. 47. Fongie agariciforrae. (i/2 G. N.)

(Fuugia ayaricifonuû , Laruk.)

raire de la Méditerranée. Son polypier présente un tronc assez gros, chargé de rameaux courts, ascendants; il peut atteindre jusqu’à un derai-mètre en hauteur. Les polypes sont pourvus d’un grand nombre de tentacules, au milieu desquels est creusée la bouche. Ils sont contenus dans des loges assez profondes, rayonnées par des lames nombreuses inégalement saillantes. Peyssonnel avait déjà vu les polypes de cette colonie.

« J’observai , dit-il , que les extrémités ou sommets de la madrépore

de lames costales. La muraille est toujours perforée, la chambre viscérale est presque entièrement ouverte depuis la base jusqu’au sommet.

Pour donner au lecteur une idée des zoophytes qui composent ce groupe, nous signalerons trois genres, dont les deux premiers appartiennent à la famille des Madréporides et le dernier à la famille des Poritides.

La Dendrophyllic en arbre (fig. 48 et 49) est un élégant Madrépo-

AHM

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que l’on appelle en provençal fenouil île mer ( c'est notre espèce ) étaient mollasses et tendres, remplis d'une mucosité gluante et transparente qui filait comme la bave que les escargots ou colimaçons terrestres rejettent. Ces extrémités étaient d’un beau jaune et avaient 5 ou 6 lignes de diamètre et molles plus d'un travers de doigt de long. Je vis un animal nicbé dedans. Cet animal était une espèce de sèche, de poulpe et d'ortie , ou poisson de même nature. Le corps de cette ortie remplissait le centre-, la tète était au milieu, entourée de plusieurs pieds ou pattes

Fig. 40. Dendropbylhe en arbre. (1/2 <ir. N.) (Üendro))hyUia mmea, Main ville.)

comme celles des sèches. La chair de ces animaux est très-délicate et se met en pâte et fond très-facilement dès qu’on la touche. •

Les Madrépores ( Màdrepora ) abondent dans les mers tropicales et prennent une part considérable dans la constitution des récifs et des lies mudréporiques qui se forment dans les mers actuelles.

Comme exemple de ces intéressants zoophytes, nous citerons

ZOOPHÏTES.

le Madrepora plantaginea (Lamarck) (Gg. 50), dont le polypier est en touffes à branches grêles et prolifères.

Citons encore le Madrepora palmata , vulgairement nommé Char de Neptune, grande et belle espèce, fort large, dont les expansions sont aplaties, enroulées à la base, et forment des lobes, dont la longueur est souvent de près d’un mètre sur environ 5 décimètres de large et 3 à 6 centimètres d’épaisseur. On le trouve dans la mer des Antilles.

Les Parités ont un polypier polymorphe, formé par un tissu réticulé et poreux. Les individus qui constituent ce polypier

Fig. 49. Dendrophyllie en arbre.

( Dendropkyllia rattita, RUinvillc. )

1. Grandeur naturelle avec ees polypiers. — 2. Partie grossie.

sont toujours intimement soudés entre eux. Sa forme extérieure est une sorte de treillage irrégulier et plus ou moins lâche.

Comme type de cette organisation, nous citerons le Pontes furcala (fig. 51). La figure 1 représente le polypier de grandeur naturelle. On voit dans la figure 1 a une portion du même grossie et vue en dessus, pour montrer la disposition des calices.

Madréporaires tabulés. — Chez ces Madréporaires, le polypier est essentiellement composé par un système mural très-développé. Les chambres viscérales sont divisées en une série

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d'étages, par des diaphragmes complets, ou planchers transversaux. Ces planchers ne dépendent pas des cloisons, et forment les divisions horizontales complètes en s'étendant d’une paroi à l'autre de la cavité générale.

Pour donner au lecteur une idée des Jladréporaires tabulés, nous lui présenterons les polypiers connus sous le nom de Millêpores. C’est Linné qui, le premier, sépara des Madrépores un

Kir. 5o. Madrépore plantain (fi. N.).

( Sîtidrejiora ['lanlayinta, Lamk.)

grand nombre d’espèces qui se distinguent, au premier abord, par la petitesse des porcs ou des cellules polypifèrcs. C’est ce qu’on voit aisément dans la ligure î>2, qui représente le ilillèpore corne d'élan. Le ilillepora monüiformU se fixe sur les branches des Gorgones et y forme une série de petites masses arrondies ou lobulées latéralement.

Hadréporaires tubuleux et rugueux. — Nous ne dirons rien de

ZOOPHYTES

ces dernières sections des Madrèporaires, qui ne contiennent presque exclusivement que des espèces fossiles. Tel est par exemple le Cyathophyllum lunicatum , espèce fossile propre aux terrains siluriens.

Si nous avons longuement insisté sur la description des Madrépores, c’est que cet ordre d'animaux joue un rôle trèsimportant dans la nature. C’est à ces zoophytes qu’est due la

Fig. 51. Ponte fourchu. (G.N.)

( Parités furent a, Lamk.)

formation de ces îles et récifs de polypiers qui, de nos jours, apparaissent au sein de l’Océan, dans les régions équatoriales. Les fies à coraux et les fies madréporiques, tel est donc le sujet que nous avons maintenant à aborder.

Nous allons assister à l’un des spectacles les plus extraordinaires que la nature présente à notre admiration. Ces zoophytes, dont nous venons d’esquisser l’histoire, ces êtres ché-

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tifs, doués d’une vie demi-latente, ces animalcules petits et fragiles, travaillent silencieusement, activement, au sein des mers. Comme ils sont réunis en masses innombrables, leurs cellules et leurs axes solides Unissent par produire des masses pierreuses énormes. Ces dépôts calcaires s’accroissent et se multiplient avecune si prodigieuse Tapidité, que non-seulement ils tapissent complètement les rocliers sous-marins, mais Unissent par former des récifs, et même des lies entières.

Fig. &2. Millépore corne d'élan. (1/4 O. N.) ( Millepora alcicorni», Linné.)

En visitant les mers de l’Inde et de l’océan Pacifique, les navigateurs avaient été depuis longtemps frappés de l’aspect particulier de certaines terres basses, qui présentent un mode de conformation fort singulier. En 1601, Pyrard de Laval disait, en parlant des lies Malouines:

• Kilos sont divisées en 13 provinces noinméos ululions, qui est unedivi-

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sion naturelle selon les lieux , d’autant que chaque atollon est séparé des autres et contient en soy une grande multitude de petites lies. C’est une merveille de voir chacun de ces atollons environné d’un grand banc de pierre tout autour, n'y ayant point d’artifice humain qui pust si bien fermer de murailles un espace de terre comme cela est. Ces atollons sont quasi tout ronds ou ovales, ayant chacun trente lieues de tour, les uns quelque peu plus, les autres quelque peu moins, et sont tous de suite et bout à bout depuis le nord jusqu’au sud, sans aucunement s’entretoucher. 11 y a entre deux des canaux de mer, les uns larges , les autres fort étroits. Étant au milieu d’un atollon, vous voyez tout autour de vous ce grand banc de pierre qui eutoure et qui défend les lies contre l’impétuosité de la mer. Mais c’est chose effroyable, même aux. plus hardis, d'approcher ce banc et do voir venir de bien loin les vagues se rompre avec fureur tout autour. »

Après la publication de ces intéressantes remarques, des îles circulaires ou des groupes d’iles analogues à ces atollons (plus connus aujourd’hui sous le nom d’atolls ) et des bancs des récifs constitués par des polypiers furent décou verts, en grand nombre, dans l’océan Pacifique et d’autres mers. On les désigne sous le nom d’iles de corail, de récifs madriporiques.

Le naturaliste Forster, qui accompagnait le célèbre Cook dans son voyage autour du monde, fit connaître les caractères les plus remarquables de ces gigantesques formations. Il comprit parfaitement leur origine, qu’il attribua au développement de zoophytes à polypier calcaire.

Après Forster, plusieurs autres naturalistes, Chamisso, Quoy et Gaimard, Ehrenberg, Darwin, Couthouy et Dana, ont fourni à la science de précieux renseignements sur l’histoire des îles à coraux et des récifs madréporiques.

Ces amas de polypiers offrent trois dispositions particulières et constantes. Tantôt ils constituent un grand anneau circulaire, dont le centre est occupé par un bassin profond, en communication avec la mer extérieure par une ou plusieurs brèches très-profondes : ce sont les atolls ou atollons, décrits, il y a plus de deux siècles, par Pyrard de Laval. Tantôt ils entourent, mais à dislance, une petite lie, de manière à constituer une sorte de cadre: ce sont les ceintures de récifs. Enfin ils peuvent border immédiatement la. côte d’une île ou de la terre ferme, et sont appelés, dans ces derniers cas, récifs en bordure, récifs littoraux ou récifs frangés.

Fig. 53. Ile de Clermont-Tonnerre, dans l’archipel Pomotou (formation coralliaire;.

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A la distance de quelques centaines de mètres seulement des bords de ces récifs, la mer est d’une telle profondeur que la sonde ne peut jamais en toucher le fond.

Pour donner une idée de la forme générale des atolls, bien qu’ils soient rarement aussi réguliers, nous mettons sous les yeux du lecteur (lig. 53) la vue d'une île de ce genre, qui existe dans l’archipel Pomotou, dans l’Océan équinoxial (mer des Indes). C’est l’île de Clermont-Tonnerre, qui a été ligurée par le capitaine Wilkes dans son ouvrage : Exploring expédition, vol. X; Geology, by James Dana. La ceinture extérieure de rochers entoure un bassin circulaire.

Telle est la forme générale, la forme type, pour ainsi dire, des îles à coraux, dont le lecteur a sous les yeux un spécimen fidèle.

Les zoophytes qui composent ces accumulations minérales appartiennent à des groupes assez divers. Voici le résultat des observations faites par.M. Darwin, sur l'atoll qui forme la grande île des Cocos, située au sud de Sumatra, dans la mer des Indes.

Les Porites, d’après M. Darwin, composent les dépôts les plus élevés, ceux qui avoisinent le plus le niveau de l’eau. Le Millepora complanata entre aussi dans la composition des bancs supérieurs. Divers autres polypiers branchus se montrent en grand nombre dans les cavités laissées par l’entrecroisement des Porites et des Millepores. 11 est difficile de reconnaître exactement les espèces occupant les parties les plus profondes. D’après M. Darwin, les parties basses de ces récifs sont occupées par des polypiers semblables à ceux des parties supérieures. Au-dessous de 36 mètres, le fond est alternativement composé de sable et de polypiers.

La largeur totale du récif circulaire ou de l’anneau qui constitue l'atoll de l’ile des Cocos, varie de 250 à 500 mètres. De petites Iles parasites se forment sur les récifs, à 200 ou 300 mètres de leur bord extérieur, par l’accumulation des fragments rejetés pendant les grandes tempêtes. Elles s’élèvent de 2 à 3 mètres au-dessus de la haute mer, et sont composées de fragments de coquilles, de polypiers, d’oursins, le tout formant une’ roche solide et très-dure.

Ce qui vient d’être dit quant à la composition de l’atoll de

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l'fle des Cocos, peut être appliqué, selon M. Darwin, à presque toutes les (les circulaires madréporiques qui se trouvent dans l’océan Pacifique.

Après ces considérations zoologiques surlesêtres vivants qui servent à former les étranges agrégations minérales qui nous occupent, il ne sera pas inutile de donner une idée pittoresque de l’un de ces atolls. Nous en emprunterons la description à M. Üarvvin, qui parcourut et observa, de 1832 à 1834, un grand nombre de ces groupes d'Iles éparses dans l’Océan, entre la côte occidentale de l’Amérique du Sud et la côte de Madagascar.

M. Darwin raconte ainsi son excursion dans file des Cocos l’une des plus renommées des formations minérales de ce genre

« Le cercle des récifs qui forme la lagune de Plie des Cocos ou de Keeling, dit M. Darwin, est couronné, dans presque toute son étendue , d’une guirlande d llots très-étroits qui, au nord, sous le vent, laissent un passage aux vaisseaux pour pénétrer à l'intérieur du mouillage.. Dès Pentréo , le spectacle est ravissant. L'eau calme, limpide , transparente, peu profonde, repose sur un lit blanc, uni, fin. Le soleil, dardant ses rayons verticaux sur cette immense flaque de cristal de plusieurs milles de largeur, la fait resplendir du vert le plus éclatant ; des lignes de brisants frangées d’une éblouissante écume la séparent des noires et longues vagues de l’Océan et les festons réguliers et arrondis des cocotiers épars sur les Ilots se détachant sur la voûte isolée du ciel, achèvent d’encadrer ce miroir d’émeraudes, tacheté çà et là par des lignes de vivants coraux.

Dès le lendemain matin, j’étais sur la rive do l’ile de la Direction, bande de terre ferme large à peine de quelques centaines de mètres. Une blanche marge calcaire, d’une réverbération fatigante sous cet ardent climat, la sépare de la lagune; à l'extérieur elle est défendue par un rebord large et plat , en roche de corail solide qui apaise et arrête la violence de la haute mer. Sous quelques sables, près de la laguue , le sol n’est qu’une accumulation de fragments de coraux arrondis et il faut le climat des régions intcrtropicales pour produire une végétation vigoureuse sur ce terrain désagrégé , sec et rocailleux. Rien de plus élégant néanmoins que les cocotiers vieux et jeunes , dont les palmes vertes s’unissent au-dessus de féeriques petits Ilots qui lesencadrent d’un anneau de sable argenté. L’histoire naturelle de ces lies est curieuse , grâce à son indigence même. C’est à peine si trois ou quatre espèces d’arbres semés par les vagues se mêlent aux bouquets de cocotiers, et l’un d’eux seul offre un bon bois de construction. Ma collection d’une vingtaine d’espèces de plantes, dont dix-neuf appartiennent à différents genres et à non moins de seize familles, doit renfermer à peu près toute cette modeste flore, qui semble un refuge de déshérités. Du côté du vent le ressac jette des semences. M. Keating, qui a résidé un an sur ces écueils, cite

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le Kimiri, natif de Sumatra et de la péninsule de Malacca, la noix de coco de Balci que distinguent sa forme et sa grosseur, le dadass que les Malais plantent avec la vigne vierge. Le savonnier, le ricin, des troncs de palmier sagou , diverses graines inconnues aux habitants de ces écueils, des masses de teck de Java, d’immenses cèdres rouges, blancs, le gommier bleu d'Australie et jusqu'à des canots de Java, viennent s’échouer contre cos récifs. L’on suppose que ces épaves sont pour la plupart poussées par la mousson du nord-ouest, jusqu’aux côtes de la Nouvelle-Hollande, d’où les vents alizés du sud-est les ramènent. Les graines feraient ainsi de six à huit cents lieues sans perdre leur pouvoir de végétation.... La liste des animaux terrestres est plus bornée encoro que celle des végétaux. Quelques rats ont été apportés de File Maurice sur un vaisseau naufragé, et les seuls oiseaux de terre sont une bécasse et un r&le ; les échassiers après les palmipèdes sont les premiers colons de ces régions lointaines. Tout ce que j’ai rencontré en fait de reptiles, c’est un petit lézard et, à part les araignées qui sont nombreuses, je n’ai pu recueillir quo treize espèces d’insectes, dont un coléoptère. Enfin sous des blocs isolés de corail pullule seule une petite fourmi.

Mais si de cette terre stérile nous portons nos regards vers la mer, nous y verrons affluer la vie. il y a de quoi s'enthousiasmer à contempler le nombre infini d’êtres organiques dont regorgent les mers tropicales; de beaux poissons verts et de mille teintes diverses chatoient dans les creux, dans les grottes, et les couleurs de plusieurs des zoophytes sont admirables.

Les longues et étroites bandes de terre qui forment les Ilots , s'élèvent seulement à la haulour où le ressac peut lancer des fragments de coraux , où le vent peut entasser des sables calcaires. Au dehors un rebord de corail plat et solide brise la première violence des flots , qui autrement balayeraient ces écueils et tout ce qu’ils produisent. Ici l'Océan et la terre semblent se disputer l'empire; si celle-ci commence à prendre pied, les citoyens de l’onde maintiennent leurs droits antérieurs. De tous côtés l’on voit diverses espèces de crabe ermite promener sur leur dos la coquille dérobée à la plage voisine; ^'innombrables hirondelles de mer , des frégates , des fous , fixent sur vous leurs yeux stupides et colères , planent dans l'air, surchargent les branches des arbres , infestent les bois de leurs nids. Parmi cette population ailéo , je n’ai distingué qu’une charmante créature, une mignonne hirondelle de mer d’un blanc de neige. Vous épiant de son brillant œil noir, elle voltige doucement, toujours tout près, et sous cette gracieuse et délicate enveloppe on serait tenté d’imaginer quelque sylphe léger qui vous observe et vous suit....

Le 6 avril, j’accompagnai le capitaine au fond de la lagune; le chenal y tournoie entre des coraux délicatement ramifiés. Nous vîmes plusieurs tortues, auxquelles deux barques donnaient la chasse.... Arrivés au bout de la lagune , nous traversâmes l’étroit Ilot pour voir, du côté du vent, la large mer se briser sur la côte. Je ne puis dire pourquoi ni à quel point ce spectacle me parait imposant : ces élégants cocotiers, ces lignes de verdoyants buissons, cette marge plate, infran-

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cbissable barrière, semée de blocs épars, enfin cette frange de vagues écumantes qui se ruent à l’entour des récifs. L’Océan, comme un invincible et tout-puissant ennemi , lance ses Uots, et il est repoussé, vaincu, par les moyens les plus simples. Ce n’est pas qu’il épargne les roches do corail dont les gigantesques fragments jetés sur la plage proclament sa puissance ; il n'accorde ni paix , ni trêve; la longue houle enflée par le doux mais incessant travail des vents alizés, soufflant toujours d’une même direction sur cet espace immense, soulève des vagues presque aussi hautes que celles qu’accumulent les tempêtes de nos zones tempérées. On reste convaincu , b voir leur incessante rage , que Plie du roc le plus dur, de porphyre, de granité, de quartz, serait démolie par cette irrésistible force , tandis que ces humbles rives demeurent victorieuses. Un autre pouvoir b pris part k la lutte. La force organiquo s’empare un à un des atomes de carbonate de chaux et les sépare de la bouillonnanteécume pour les unir dans une symétrique structure. Qu’importe que la tempête arrache par milliers d’énormes blocs de rochers! Que peut-elle contre le travail incessant de myriades d’architectes à l’œuvre nuit et jour? Nous voyons ici le corps mou et gélatineux d’un polype vaincre, par l'action des lois vitales , l'immense pouvoir mécanique des vagues de l’Océan , auquel ne résisterait ni Part de l’homme , ni les ouvrages inanimés de la nature1. •

Quelle est la dimension des atolls? Il en est dans les lies Maldives, situées dans la mer des Indes à l'ouest de Plie de Cejlan, qui atteignent jusqu’à 88 milles géographiques, avec une largeur variant de 10 à 20 milles. Dans les Marshall, certains atolls sont réunis par une ligne de récifs : telle est l’tle Mentchicoff qui, grâce à ces récifs, a 60 milles de long.

Nous avons dit que les formations madréporiques, ou coralliennes, peuvent affecter trois formes, auxquelles on a donné le nom à’atolls , de barrières de récifs, ou de récifs frangés. Nous avons parlé des atolls; disons quelques mots des barrières de récifs et des récifs frangés.

Les barrières de récifs sont les formations qui entourent les lies ordinaires , ou qui s’étendent le long des rivages. Elles ont la forme et la structure générale des atolls. De même que les atolls, les barrières de récifs paraissent placées au bord d’un précipice marin. Elles s’élèvent sur les bords d’un plateau qui domine une mer sans fond.

Sur la côte occidentale de la Nouvelle-Calédonie, le capi-

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