Mémoire cité
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POLYPES
a subie. Seulement, les aliments ne lui profitent pas; car, une fois parvenus à la portion coupée du tube intestinal, ils tombent au dehors. La nourriture, entrée par une ouverture, sort incessamment par l’autre. Notre Polype réalise alors la bonne plaisanterie du cheval de 31. de Crac, dans la pièce de ce nom, de Colin d’Harleville : il mange, mange sans cesse, sans pouvoir jamais se rassasier !
Tous ces faits de mutilation d'un animal, avec persistance et même accroissement de la vie, sont bien étranges. Les naturalistes qui en eurent connaissance les premiers, ne voulaient pas en croire leurs yeux. Réaumur, qui répétale premier cette dernière et mémorable expérience de Trembley, écrivait :
• J'avouo que lorsque jo vis pour la première fois deux polypes se former peu à peu do celui que j’avais coupé en deux, j’eus de la peine à en croire mes yeux ; et c’est un fait que je ne m’accoutume point à voir, après l’avoir vu et revu cent et cent fois '. >
En effet, on ne connaissait alors rien d’analogue dans le règne animal. Charles Bonnet écrivait vers la même époque :
« Nous ne jugeons des choses que par comparaison , nous avions pris nos idées d'animalité chez les grands animaux ; et un animal qu’on coupe, qu’on retourne, qu’on recoupe, et qui se porte bien, nous choque singulièrement. Combien de faits encore ignorés, et qui viendront un jour déranger nos idées sur des sujets que nous croyons connaître ! Nous en savons du moins assez pour que nous ne devions être surpris do rien’.D
Malgré les dispositions de sérénité philosophique que nous recommande Charles Bonnet, le fait de la section des Polypes d’eau douce, et de la naissance d’individus nouveaux à la suite de cette section, produit toujours le plus profond étonnement, et livre l’esprit à des méditations sans fin.
Évitons de nous faire d’avance des idées arrêtées sur la marche et les procédés de la nature. Observons les phénomènes, enregistrons-les, et ne posons à priori aucune loi générale, aucun système préconçu , que l’observation viendrait un jour démentir. Demandons à la nature le spectacle de