‹ La vie et les moeurs des animauxChapitre 32 sur 87 · Mémoires pour sertir d l'histoire des insectes · texte numérisé non relu

Mémoires pour sertir d l'histoire des insectes

2. Œuvres complètes de Ch . Bonnet. Neuchâtel , in-4°f torao I*r.

ZOOPHYTES

ses opérations, et n’ayons pas la prétention de modeler ses œuvres sur le plan de l’organisation de l'homme.

ORDRE DES SERTULAIHES.

Les Zoophytes qui constituent cet ordre de Discophorcs, habitent les mers. Ils recouvrent, comme de microscopiques arbustes, la plupart des corps solides que l’on relire de la mer, tels que les coquilles d’fluitre , les carapaces de Crabe, etc. Ils forment des colonies, que protègent contre les actions du dehors, des loges de nature cornée, flexibles et très-régulièrement arborescentes. La Seriulaire cupressuidc, c’est-à-dire en forme de cyprès, belle espèce, très-commune dans la mer du Nord, rappelle en petit l’arbuste dont elle porte le nom.

Chaque colonie se compose d’un axe droit, sur la longueur duquel s’implantent des branches courbées, qui sont plus longues vers le milieu. C’est le long de chaque branche que les loges à polypes se groupenten alternant. Chaque loge renferme un polype. La tête de l’animal est conique, et présente au sommet une bouche entourée de vingt à vingt-quatre tentacules.

Ces êtres curieux n’ont pas de cavité digestive à parois propres. L’estomac est commun à tous les individus.

Voilà, il faut en convenir, une singulière combinaison de la nature, l’n seul estomac pour tout un groupe d’animaux ! Jamais les partisans du principe de l'association n’ont poussé aussi loin l'application de leurs idées que ne l’a fait la nature en donnant un organe unique de digestion à toute une colonie d'étres vivants. C’est le communisme zoologique.

Certains Sertulaires appartenant à la même colonie et qui sont destinés à perpétuer l’espèce, n’ont pas de forme bien régulière. Privés de bouche et de tentacules, ils occupent une loge spéciale, plus grande que celle des autres. Les colonies entières sont composées d’individus mâles ou femelles exclusivement.

« Nous avons suivi tout le développement de la Seriulaire euf/reesoïde , disent MM. Paul Gervais et Van Beneden. Au bout de quelques jours, les embryons se couvrent do cils vibratiles très-courts; aussi leur mouvement est-il excessivement lent; puis, de sphériques qu’ils étaient d’abord.

POLYPES

ils s’allongent, prennent la forme d’un cylindre et replient légèrement tout le corps, tantôt & droite, tantôt à gauche ; les cils vibratilcs se flétrissent ensuite, l'embryon s’attache à un corps solide, un tubercule s’élève et la base s’étend comme un disque. En môme temps qu’on voit les premiers rudiments du polype apparaître, le tubercule disciforme produit sur ses flancs une sorte de bourgeon, et un second polype se montre bientôt. Sa surface se durcit, le polypier chitineux apparaît à son tour, et le môme phénomène de gemmation se répétant, une colonie de Sertulaires s’élève du sommet de la saillie discoïde. Au bout d’une quinzaine de jours, la colonie qui s’est ainsi développée sous nos yeux se composait de deux polypes et d’un bourgeon indiquant déjà un troisième polype. •

ORDRE DES MÉDUSAIRES.

Cet ordre comprend non-seulement les animaux que l’on désignait, au temps de Cuvier, sous les noms de Méduses, mais encore les polypes connus sous le nom de Tubulaires et de Campanulaires. Occupons-nous d'abord des Méduses.

Quand on se promène le long d’une plage, après le reflux de la mer, on aperçoit souvent, gisant immobiles sur le sable, des espèces de disques gélatineux , de couleur verdâtre, d’un aspect assez repoussant, et dont l’œil et les pas so détournent, par une sorte d’éloignement instinctif. Ces êtres, dont l’aspect inspire un véritable dégoût quand on les trouve glauques et morts sur le rivage, sont pourtant, quand ils flottent au sein des eaux, un des plus gracieux ornements des mers. Ce sont les Méduses. Quand on les voit suspendues, comme des cloches de gaze ou d’azur, au milieu des flots, terminées par de délicates guirlandes aux reflets d’argent, on admire leurs couleurs irisées, et l’on ne peut se défendre de ranger parmi les productions les plus élégantes de la nature ces mêmes êtres qui , transportés dans un autre milieu, ne sont plus qu’un objet de répulsion.

Nous ne pouvons mieux commencer l’étude de ces filles de la mer, qu’en citant une page de notre illustre historien et poète, Michelet.

• Entre les rochers assez âpres, les lagunes que laissait la mer gar-

ZOOPHYTES

daient do petits animaux trop lents qui n’avaient pu la suivre. Quelques coquilles étaient là toutes retirées en elles-mêmes et souffrant de rester à sec. Au milieu d’elles, sans coquille, sans abri, tout éployée, gisait l’ombrelle vivante qu’on nomme assez mal Méduse. Pourquoi ce terrible nom pour un être si charmant? Jamais je n’avais arrêté mon attention sur ces naufragés qu’on voit si souvent au bord de la mer. Celle-ci était petite, de la grandeur de ma main , mais singulièrement jolie , de nuances douces et légères. Elle était d’un bjanc d'opale où se perdait, comme dans un nuage, une couronne de tendres lilas. Le vent l’avait retournée; sa couronne de cheveux lilas flottait au-dessus et la délicate ombelle (c’est-à-dire son propre corps) so trouvant dessous, touchait le rocher. Très-froissée en ce pauvre corps, elle était blessée, déchirée en ses fins cheveux, qui sont ses organes pour respirer, absorber et même aimer.... : la délicieuse créature, avec son innocence visible et l'iris de ses douces couleurs, était comme une gelée tremblottante, glissait, échappait. Je passai outre cependant; je glissai la main dessous, soulevai avec précaution le corps immobile d’où tous les cheveux retombèrent, revenant à la position naturelle où ils sont quand elle nage; telle je la mis dans l’eau voisine. Elle enfonça, ne donnant aucun signe de vie. Je me promenai sur le bord. Mais, au bout de dix minutes, j’allai revoir ma Méduse. Elle ondulait sous le vent. Réellement elle se remuait et se mettait à flot. Avec une grâce singulière, ses cheveux fuyant sous elle nageaient, doucement l’éloignaient du rocher. Elle n’allait pas bien vite, mais enfin allait. Bientét je la vis assez loin '. »

De tous les zoophytes qui vivent dans l’Océan, il n’en est pas de 'plus nombreux dans leurs espèces, de plus singuliers dans leur matière, de plus bizarres dans leurs formes, de plus remarquables quant à leur reproduction, que ceux auxquels Linné imposa le nom de Méduses, nom bien terrible, comme le remarque Michelet , pour un être aussi charmant.

Les mers de toutes les latitudes du globe nourrissent diverses tribus de ces êtres singuliers. Ils vivent dans les froides eaux qui baignent le Spitzberg, le Groenland et l'Islande; ils pullulent sous les feux de l’équateur; et les mers glacées des régions australes en nourrissent de nombreuses espèces.

Ce sont de tous les animaux ceux qui offrent le moins de substance solide. Leur corps n’est guère que de l’eau, à peine retenue par un imperceptible réseau organique. Ce n’est qu’une gelée transparente et sans consistance.

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