BRYOZOAIRES
Les Bryozoaires sont le dernier terme de la série des mollusques, l'anneau qui rattache la chaîne des zoophytes à celle des mollusques. En raison de cette organisation intermédiaire, on les a longtemps considérés comme des Polypes. MM. de Blainville, Edwards et Ehrenberg, proposèrent, presque en même temps, de les séparer de ces derniers animaux, et d’en faire un groupe séparé.
Les plantes marines sont quelquefois recouvertes d’une matière abondante, veloutée, parasite, qu’on prendrait, au premier aspect, pour une plante, c’est-à-dire pour une Mousse. Cette prétendue Mousse n’est autre chose qu’une agrégation d’animalcules, dont chacun a sa logette distincte, mais contiguë à celle du voisin.
Ces petits êtres vivent donc en communauté. Chaque logette est formée par leur peau, qui est incrustée de sels calcaires, ou bien qui se durcit à la manière de la corne. Cette sorte de coquille met l'animal à l’abri des attaques de ses ennemis.
Ce mode de retraite au fond d’un abri protecteur, est, d’ailleurs, fréquent dans toute la série des mollusques. L’Huître s’enferme dans ses valves; le Colimaçon se retire dans sa coquille.
L’ensemble de ces logettes agglomérées que présentent les Bryozoaires, a longtemps été désigné sous le nom de polypier. On a proposé, avec juste raison, de le nommer testier.
Ce testier, dont chaque loge a une ouverture, munie d’un bourrelet nu, ou dentelé, ou épineux, ou protégé par un opercule, présente des formes très-variables. C’est tantôt un ensemble de tubes ramifiés et rampants, tantôt une masse arron-
MOLLUSQUES
die, d’apparence spongieuse, tantôt des expansions aplaties, lamelliformes, réticulées. Quelques espèces marines recouvrent les coquilles des Moules comme une line dentelle.
Fait remarquable, ces cellules ne sont pas toujours inertes. Elles jouissent elles-mêmes de la faculté de se mouvoir. Tout le monde sait que les feuilles et les rameaux de la Sensitive se contractent et se replient, sous le doigt qui les louche. Le même phénomène se passe, d’après M. Rymer Jones, dans les cellules de certaines espèces de Bryozoaires. Dès qu’on les excite, ces cellules s’inclinent vivement; et le mouvement se communique de proche en proche, à toutes les cellules de la communauté. On dirait des capucins de cartes qui tombent l’un sur l’autre, quand le dernier de la bande a été ébranlé et 'jeté sur son voisin ! Ainsi, de simples organes jouissent d’un mouvement propre !
Revenons cependant à l’organisation du corps de l’animal contenu dans la logette. La portion supérieure et rétractile, qui est d’une délicatesse extrême, se termine, en avant, par un cercle de longs tentacules, au milieu desquels on aperçoit la bouche. Ces tentacules sont bordés latéralement par une série de cils vibratiles, qui peuvent, à la volonté de l’animal, s'épanouir au dehors et rentrer dans la loge.
• Bientôt, dit Frédol, le Bryozoairo étale ses jolis petits bras; les appendices et les cils de ces derniers commencent leurs rapides vibrations. L’œil , trompé par la vivacité et la régularité des mouvements qu’ils exécutent, croit voir des chapelets de gouttelettes do rosée balancés, tordus, noués et dénoués. Les corpuscules qui (lottent autour de l’animal sont violemment agités , comme s'ils étaient sous l’influence de quelque tourbillon. Malheur, dans ce moment, aux infortunés infusoires que le hasard amène dans ce cercle fatal! »
Cette proie pénètre dans la bouche, à laquelle font suite un pharynx, un oesophage, un estomac, un intestin, et, du côté du dos de l'animal, non loin de la bouche, une ouverture spèciale pour cet intestin.
La respiration se fait, chez les Bryozoaires, parles appendices ciliés qui entourent la bouche. Ils constituent à la fois des tentacules et des branchies. L’animal ne présente aucune autre trace d’organes des sens. Un petit ganglion et quelques filets qui
BRYOZOAIRKS.
en partent, constituent tout le système nerveux. On ne voit ni cœur ni vaisseau.
L’œuf, chez le Bryozoaire, donne naissance à un jeune animal, dont le corps est recouvert de cils à sa surface, et qui nage librement, jusqu’à ce qu’il ait choisi un lieu convenable pour rétablissement de la nouvelle colonie dont il sera l’origine. Mais ce choix ne se fait pas pour lui seul. Lejeune animal renferme, sous son enveloppe ciliée, deux nouveaux individus qui, tout jeunes qu’ils sont, ont déjà l’aspect des Bryozoaires adultes. Ils augmentent tout d’abord le personnel de la colonie par leur bourgeonnement; plus tard ils produisent des œufs.
Après ce coup d’œil général jeté sur l’organisation de ce petit groupe de mollusques dégradés ou à peine ébauchés par la nature, nous appellerons l’attention du lecteur sur quelquesunes des espèces caractéristiques de ce groupe.
On trouve assez communément, dans les eaux pures et stagnantes, sous des feuilles de Nymphéa, des Potamots, ou sur des fragments de bois submergés, des animaux bryozoaires que Trerabley décrivit lepremiersousle nom de Polypes à panaches. Ce sont les Plumatelles (fig. 101). Ces petits êtres diaphanes constituent des colonies, qui ressemblent à de petits arbustes rameux et microscopiques, formés de menus tubes, entés les uns sur les autres. Ils offrent de 40 à 60 tentacules rétractiles, qui s’épanouissent, comme les pétales d’une fleur, et sont garnis de cils vibratiles, dont le mouvement suflit pour amener les aliments à la bouche.
Un autre genre qu’on trouve dans nos étangs de France, est la Cristatelle (fig. 102). Les habitants de la colonie sont réunis, en très-grande quantité, dans une enveloppe commune. Ce sont de longs filaments, de la grosseur d’une plume de Cygne. Leur aspect rappelle assez bien celui des cordons de passementerie qu’on appelle chenille. La villosité est produite par l’ensemble des tentacules appartenant aux animacules de ce curieux essaim. La masse filamenteuse est le cordon hyalin dans lequel ces animacules sont logés, et où ils peuvent rentrer quand on les inquiète. Ces cordons sont tantôt libres en partie, tantôt complètement adhérents aux racines, aux tiges des petites
MOLLUSQUES
plantes aquatiques. Les tentacules sont d’une belle couleur hyalin, le corps esi coloré en brun.
La figure 102 représente une espèce de Cristatelle commune dans nos climats, la CristaUlle mucedo.
Les F lustres sont des Bryozoaires marins, dont la peau s’en-
Fig. loi. Plumatelle cristallino.
( Wmnatttla rrittaUina , d'après Hœsel.)
durcissant en grande partie, forme un testier, d’apparence cornée et cellulaire. Les loges ou cellules sont rapprochées les unes des autres, et groupées symétriquement, comme les
Fig. fit. Cristatelle moisissure.
(Cri-italella mucedo. Cuvier.)
alvéoles des Abeilles. Tantôt elles composent des croûtes qui recouvrent les Algues et autres végétaux ou corps sous-marins; tantôt elles forment des tiges rubanées.