ORDRE DES FOR AMIN1FÈRES
Il n’y a rien de petit dans la nature. L’idée de petitesse ou de grandeur est une conception de l’homme , une comparaison
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qui lui est suggérée par la dimension de ses propres organes. La nature, quand il le faut, compense la petitesse par le nombre. Ce qu’elle produit avec des ossements de quelques grands animaux, elle peut aussi l’accomplir en accumulant les dépouilles de millions d’animalcules. L’histoire des Foraminifirts va nous montrer un frappant exemple de cette vérité.
Qu’est-ce qu’un Foraminiftre? Un très-petit zoophyle, à coquille presque invisible à l’oeil nu, car, en général, ses dimensions ne dépassent pas un demi-millimètre, de sorte qu’on ne peut bien le voir qu’au microscope. Examinez au microscope le sable de l’Océan ou de la Méditerranée, et vous verrez que la moitié de ce sable est composé de débris de coquilles, de formes diverses, mais régulières, et habituellement percées d'un grand nombre de trous, ce qui leur a valu le nom de Foraminifires (de foramen, trou).
Avec ces animalcules microscopiques, voici ce que la nature a fait dans les temps géologiques, et ce qu’elle fait encore de nos jours.
Plusieurs couches de l’écorce terrestre sont uniquement composées de débris de Foraminifères. Aux temps les plus reculés de l’histoire de notre planète, ces zoophjtes vivaient en masses innombrables, dans les mers. En se déposant au fond de ces mers, leurs coquilles, entassées pendant des siècles, ont fini par composer des terrains entiers. Nous dirons, pour prendre un exemple, que pendant la période carbonifère une seule espèce de ces zoophytes a formé, dans l'emplacement actuel de la Russie, d’énormes couches de terrain calcaire.
Plusieurs étages des terrains crétacés sont en partie composés de Foraminifères. On en trouve une quantité immense dans la craie blanche, depuis notre Champagne jusqu’à l’Angleterre.
Mais c’est surtout dans les terrains tertiaires que ces zoophytes ont contribué à former des dépôts énormes. La plus grande des pyramides d’Egypte n’est qu’une agrégation de Nummulites. Un nombre prodigieux de Foraminifères se voient dans les terrains tertiaires de la Gironde, de l’Italie et de l’Autriche. Le calcaire grossier, si abondant dans le bassin de
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Paris , n’est presque uniquement compost? que de Foraminifères. Ces zoophytes abondent tellement dans le calcaire grossier du bassin de Paris, que M. d’Orbigny en trouva plus de 58 000 dans un petit bloc de 27 millimètres cubes seulement de calcaire provenant des carrières de Gentilly. Ce qui, d'après cet auteur, conduirait à faire admettre l’existence de près de 3 milliards de ces zoophytes par mètre cube de pierre! Comme le calcaire grossier a servi à bâtir Paris, ainsi que les villes et villages des départements voisins, on peut dire que Paris et les centres de population qui l’entourent, sont bâtis avec des coquilles microscopiques d'animaux.
Le sable de tout le littoral des mers actuelles est tellement rempli de ces petites coquilles, aux formes élégantes, qu’il en est souvent à moitié composé. M. d'Orbigny trouva dans 3 grammes de sable des Antilles 440 000 coquilles de Foraminifères. Bianchi trouva dans 30 grammes de sable de la mer Adriatique 6000 de ces coquilles. Si l'on calculait la proportion de tous ces êtres, contenus dans un mètre cube seulement de sable marin, on arriverait à un chiffre qui dépasserait toute expression. Et que serait-ce si l'on voulait étendre le même calcul à l’immensité de la surface des plages de notre globe !
M. d'Orbigny a reconnu, par l’examen microscopique du sable de toutes les parties du monde, que ce sont les débris de Foraminifères qui forment, au sein des mers actuelles, ces dépôts énormes, ces bancs qui viennent gêner la navigation, obstruer les golfes et les détroits, et combler les ports, comme on l’a vu pour celui d’Alexandrie.
Joints aux Coraux et aux Madrépores, les Foraminifères composent ces fies qui surgissent sous nos yeux, au sein de l’Océan, dans les régions chaudes, et dont nous aurons à traiter longuement dans la suite de ce volume.
Ainsi, ces coquilles à peine appréciables à la vue suffisent, par leur accumulation, pour combler certaines mers, et elles jouent, à notre insu, un rôle considérable dans l'ensemble de la nature.
La connaissance des Foraminifères ne date pas de nos jours. Il est si facile de distinguer un grand nombre de corpuscules, à formes régulières et symétriques, dans le sable du littoral
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marin examiné au microscope, que ces corpuscules ont lixé de bonne heure l’attention des observateurs. Ces petites et élégantes coquilles figurèrent, dès l’époque de la découverte du microscope, parmi les curiosités révélées par cet admirable instrument. Ce n’est qu’à ce titre que le naturaliste italien Bianchi, plusconnu sous le nom de Janus Plancus, les décrivit, à la fin du dix-septième siècle.
On constata plus tard que ces corpuscules réguliers n'étaient autre chose que la coquille, ou la charpente solide, d’une foule d’animalcules marins. On les considéra alors comme des espèces vivantes, analogues aux Ammonites et aux Nautiles des temps géologiques.
Linné les plaça dans ce dernier genre, qui comprenait pour lui toutes les coquilles multiloculaires.
En 1804 Lamarck les rangea parmi les Mollusques céphalopodes. Mais Alcide d’Orbigny fit voir que ce rapprochement était complètement inexact. Dujardin les détacha absolument de la classe des Mollusques, et montra qu’on devait les reléguer dans les classes inférieures de l’animalité.
Ces petits êtres, en effet, manquent de véritables appendices analogues aux pieds des Mollusques supérieurs; ils possèdent simplement des expansions filamenteuses, variables dans leur forme.
D’Orbigny a été le grand historiographe des Foraminilères. Il a consacré à l’étude et à la classification de ces petits zoophytes de longues années de recherches.
Nous avons implicitement admis, dans ce qui précède, que tous les Foraminifères sont de dimensions microscopiques. Prise avec cette généralité, cette proposition serait erronée. Il existe un certain nombre d'espèces de Foraminifères dont les caractères sont visibles à l’œil nu. Tels sont les ffummuliles, dont nous parlons plus haut, comme entrant dans la composition de la masse pierreuse des pyramides d’Égypte. Les Nummulitts pyramides, de forme circulaire, ont 2 centimètres 1/2 de diamètre. Les Foraminifères que l’on trouve dans le terrain nummulitique de Tremstein (Bavière), entre Munich et Saltzhotirg, sont encore plus grands. Ils sont presque doubles en dimensions des
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N'ummulites des pyramides : ce sont les géants de cette tribu d'animaux.
Après ces considérations préliminaires, nous pouvons donner une idée de la structure et de la classification de ces êtres animés, dont le rôle ici-bas fut autrefois si considérable.
Le corps des Foraminifères , formé d’une substance glutineuse, est tantôt entier et arrondi, tantôt divisé en segments, qui peuvent être placés sur une ligne, simple ou alterne, enroulés en spirale ou pelotonnés autour d'un axe. Une enveloppe testacée, modelée sur les segments, suit toutes les modifications de forme et d'enroulement, et protège ce corps dans toutes ses parties. De l’extrémité du dernier segment, d’une ou plusieurs ouvertures de la coquille, ou des nombreux pores de son pourtour, partent des filaments allongés, grêles, plus ou moins nombreux. Ces filaments se divisent et se subdivisent sur leur longueur, comme la branche ramifiée d’un arbre. Ils peuvent s’attacher aux corps extérieurs, avec assez de force pour déterminer la progression de l’animal. Formés d’une matière incolore, transparente, ils ne constituent que des expansions qui varient de forme et de longueur suivant les conditions du milieu ambiant. Ces filaments ont des positions très-variées. Tantôt ils forment un faisceau unique et rétractile, sortant par une seule ouverture; tantôt ils se projettent au travers de nombreux petits pores du test qui recouvre le dernier segment de l'animal, etc. Comme nous l’avons déjà dit, ce sont ces pores nombreux qui ont fait donner aux êtres dont nous esquissons l'histoire, le nom de Foraminifères Ou Porle-lrous.
Au reste, ces filaments, contractiles et variables dans leur forme, qui constituent les pieds et les bras de ces petits êtres, paraissent avoir quelque chose de venimeux. On a constaté, en efTet, que des Infusoires sont tout à coup paralysés dans leurs mouvements, lorsqu’ils viennent à subir le contact d’un de ces petits bras d’un Foraminifère.
• C’est probablement ainsi, dit Frédol, que le foraminifère réussit k
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pêcher ses petits aliments?... N’est-il pas digne do remarque que ces êtres si petits soient, malgré leur taille exiguë, des carnassiers impitoyables ! Ainsi, avec une dose homœopathiquc de venin, la bestiole la plus faible et la plus microscopique peut devenir un redoutable destructeur*. •
Une observation bien singulière a été faite par Dujardin sur ces petits filaments, ou bras, qui servent de membres aux Foraminifères. Ce naturaliste assure que lorsqu’un Miliole veut grimper sur les parois d’un vase, il compose, à l’instant, aux dépens de sa propre substance , une sorte de pied provisoire. Ce pied s'allonge rapidement, et fonctionne comme un membre permanent. Le besoin une fois satisfait, ce pied temporaire rentre dans la masse commune et se confond avec le corps!
Ainsi, chez ces êtres inférieurs , la nécessité d’une fonction à remplir, c’est-à-dire la volonté seule, a la puissance de créer un organe! Et l'homme, avec tout son génie, ne saurait se fabriquer un cheveu !
Jusqu'à ce jour on n’a pu découvrir chez les Foraminifères aucun organe de nutrition.
Nous avons déjà dit que les petites coquilles de ces Zoophytes varient beaucoup dans leurs formes. Elles sont généralement divisées en plusieurs chambrettes, communiquant entre elles par les pores des cloisons. Les différentes parties gélatiniformes de l’animalcule sont, de cette manière, mises en rapport les unes avec les autres.
Alcide d'Orbigny, à qui l’on doit presque tout ce que l’on sait aujourd’hui sur la classe d’animaux qui vient de nous occuper, les avait distribués en six familles, en se fondant sur la forme de leurs coquilles. Ces six familles renferment soixante genres et plus de seize cents espèces. Nous craindrions de fatiguer l’attention du lecteur en signalant ici les caractères île ces familles. Nous nous bornerons à mettre sous ses yeux les figures de cinq espèces de Foraminifères, qui donneront une idée suffisante de la variété et de l’élégance de l’organisation de ces zoophytes.