ORDRE DES AMIBES
Dans presque toutes les infusions végétales ou animales anciennes, mais non putréliées, et sur la couche vaseuse recouvrant les corps qui ont séjourné quelque temps dans l’eau douce ou l’eau de mer, on trouve les êtres singuliers qui portent le nom d’Amiéex. Ce sont les animaux les plus simples de la création. Ils se réduisent à une petite larme concrélée de matière vivante. Leur corps est formé d’une substance gélatineuse, sans organisation appréciable. I.a quantité de matière qui les forme est si faible, qu’elle arrive à une incroyable diaphanéité, à une transparence telle, que l’œil, armé du microscope, la traverse en tous sens. Aussi pour apercevoir ces petits êtres faut-il provoquer un phénomène de réfraction, c’est-à-dire légèrement modifier la nature du liquide qui les tient en suspension.
11 serait difficile de dire exactement quelle est la forme de ces animaux. Ils ont souvent l'apparence de petites masses arrondies, ou de gouttelettes. Mais quelle que soit leur forme, elle est toujours si instable, qu’elle change, pour ainsi dire, à tout moment, et qu’on n'a jamais le temps d’en faire un dessin complet sous le microscope et d’après le modèle : le dessin doit être achevé de mémoire.
Celte instabilité est d’ailleurs le caractère et comme la manifestation de la vie des Amibes, êtres nus, sans organes apparents , et si maltraités par la nature, qu’il laut les placer au dernier échelon de l'échelle animale.
La gouttelette transparente, immobile, dont nous parlions tout à l'heure, émet sur son contour une expansion et un lobe d’un aspect vitreux. Ce iobe, glissant comme une goutte d’huile sur le porte-objet du microscope , commence par se fixer et prendre un point d’appui. Ensuite il attire lentement à lui toute la masse , et s’accroît ainsi sous les yeux de l’observateur.
Les Amibes, suivant leurs dimensions et leur degré de développement, peuvent émettre successivement, de la même ma-
nière, un nombre plus ou moins grand de lobes, qui ne sont jamais les mêmes, mais qui, après avoir apparu quelques instants, rentrent successivement dans la masse commune, pour s’y fondre complètement. Variables dans leurs formes respectives, ces lobes sont pourtant d’aspects différents dans les divers Amibes; ils sont plus ou moins longs, plus ou moins effilés, et souvent rameux. Quelquefois ils sont filiformes, et plantés en tout sens sur la masse de l’Amibe, qui roule dans le liquide, comme à la coque d’une petite châtaigne.
On se demande comment peuvent se nourrir des êtres chez lesquels on ne distingue aucun appareil de nutrition. La réponse à cette question serait difficile. Tout porte à croire que ces animaux se nourrissent par simple absorption, et uniquement par absorption. On découvre souvent à l'intérieur de la masse glutineuse qui les constitue, des granules, des parcelles végétales microscopiques.
« On conçoit, dit Dujardin, comment ces objets ont pénétré dans l’intérieur, si I on remarque d.’une part que les amibes, en rampant h la surface du verre auquel elles adhèrent assez exactement, peuvent faire pénétrer par pression, dans leur propre substance, des corps étrangers qui, par suite des extensions et contractions alternatives des diverses parties, s’y trouvent définitivement engagés; et d'autre part, que la masse glutineuse des amibes est susceptible de se creuser spontanément çà et là, près de sa surface ou à sa surface même, des cavités sphériques qui se contractent et disparaissent successivement en reportant ainsi au milieu même de la masse les corps étrangers qu’elles ont renfermés. i
On voit souvent des Amibes teintes en rouge ou en vert, par des particules colorées qu’elles ont englobées dans leur masse.
Comment peuvent se multiplier des êtres aussi simples dans leur organisation?
On pense qu’ils se multiplient le plus souvent par l’abandon d’un lobe, lequel continue à vivre pour son compte, à se développer et à former ainsi un individu nouveau. C’est ce que les naturalistes nomment génération par division , ou fissiparité.
L’absence des appareils de nutrition et de reproduction dans le» Amibes, et l'instabilité de leurs formes, expliquent qu’il
PROTOZOAIRES
soit presque impossible de caractériser comme espèces les nombreux individus que l’on rencontre journellement dans les infusions de matières organiques et dans les eaux stagnantes. Dujardin s’est basé, pour en distinguer quelques groupes, sur leur grandeur et sur la forme générale de leurs expansions.
On prendra une idée de l’aspect de ces êtres mystérieux à force de simplicité, en jetant les yeux sur les deux ligures suivantes (lig. 1 et 2), que nous empruntons à l'atlas de l’ouvrage de Dujardin sur les Zoophyles infusoires, que nous aurons à citer plus d’une fois encore.
Fig. i. Amila prince ps, Ehrenberg.
(Grossie loo fois.)
Fig. ‘2. Diverses ormes de l’Amiba diffluens, Millier.
(Grossie loo fois.)
Nous avons dit que les Amibes changent de forme en peu de minutes, sous les yeux de l’observateur. La figure 2 représente les divers changements de forme par lesquels passe, d’après Dujardin, l’Amiba diffluens, quand on examine ses évolutions sur le porte-objet du microscope.