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GENRE SEICHE

Les Seiches ( Sepia , lig. 367), ont le corps charnu, déprimé, contenu dans un sac, et bordé, de chaque côté, dans toute sa longueur, par une aile, ou une nageoire étroite. Leur tête est très-grosse, courte, aplatie, plus large que longue. Elle porte deux gros yeux, couverts par une expansion de la peau, qui devient transparente sur une surface égale au diamètre de l’iris, et garnie d’une paupière inférieure contractile.

Cette tète est surmontée de dix bras tentaculaires, ou pieds, dont huit sont assez courts et coniques, et deux très-allongés, grêles et se terminent en une sorte de spatule. Ces bras sont

Fig. 367. Seiche commune. (Se/ria offxcinalis. Lin.)

armés de ventouses et complètement rétractiles. Ils entourent une bouche, armée de deux mâchoires cornées, en forme de bec de perroquet.

La peau des Seiches présente, dans une vaste lacune occupant toute l’étendue du dos, un corps protecteur, en grande partie calcaire, dont la forme et la structure sont tout à fait caractéristiques de ce genre d’animaux. C’est ce qu’on nomme l’os de seiche (Og. 368), et que l'on suspend à la cage des oiseaux captifs, pour aiguiser leur bec, et en même temps pour leur

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f mir le carbonate de chaux nécessaire à la formation et à la réparation de leurs os. L'os de Seiche est aussi employé dans la co position de ces poudres décorées du nom de poudre de Corail, dont on se sert pour nettoyer les dents. Cet osselet est ovale ouoblong, quelquerois pourvu, en arrière, d'une pointe légèrement saillante. La partie supérieure est entourée d’une bordure cornée ou crétacée, et présente, en son milieu, une réunion de loges spongieuses.

Pig. 368. O* Interne Fig. 389. Extrémité d'un des deux grands bra«

de la Seiche commune. de la Seiche tuberculeuse avec ses ventouses.

(Srptu luberculota. Latnk )

La plupart des Céphalopodes sécrètent une humeur noirâtre, dont les usages ne sont pas parfaitement connus. Les Seiches possèdent une grande quantité de cette liqueur, qui ressemble assez à de l’encre. Elle est contenue dans une bourse à encre, située très-profondément dans l’abdomen. Lorsque l’animal est poursuivi, ou menacé, il lance autour de lui un jet de cette liqueur noire. L’eau obscurcie et troublée par ce mélange lui permet de s’enfuir et dechapperà ses poursuivants.

On pourrait comparer le stratagème dont la Seiche fait usage pour se dérober à ses cnremis, à la tactique de certains polémistes, qui, pour embrouiller une question, politique ou administrative, pour répondre aux bonnes raisons de leurs adver-

saires, ne trouvent rien de mieux que d’obscurcir le terrain de la discussion, et de cracher du noir. L’obscurité est leur force C'est par ce moyen que l’on trompe la vue des faibles ou des peureux, que l’on se dérobe à la discussion, et que l’on passe intact à travers les hommes et les âges, comme la Seiche s’échappe à travers les eaux de la mer qu’elle a prudemment noircies.

11 parait que la Seiche use de ce stratagème, même lorsqu’elle se trouve accidentellement hors de l'eau. Nous lisons l'anecdote suivante dans un ouvrage que nous avons déjà cité'.

Un officier était occupé à chercher sur une côte de l’Angleterre quelques échantillons d’histoire naturelle, lorsqu’il arriva devant un creux de rocher où une Seiche avait établi son quartier général. Pendant quelque temps, l’animal le regarda avec ses gros yeux proéminents. La Seiche regardait fixement l’officier, et celui-ci regardait fixement la Seiche. Cette muette contemplation fut brusqùement interrompue. Tout àcoup, le mollusque s’agite, et décharge sur son adversaire un jet d’encre si abondant, que le pantalon blanc de notre officier fut tou t couvert du noir liquide. Le gentleman n'était plus présentable; il frappa à une porte hospitalière. On l’accueillit avec des rires, mais on le traita avec toute la sympathie à laquelle a droit un amateur d'histoire naturelle en disgrâce : ce qui veut dire qu’on lui prêta un nouveau pantalon.

L'encre des Seiches est la substance que les aquarellistes emploient sous le nom de sépia. Cette matière noire est vraiment indestructible. Les observations des géologues modernes l’ont suffisamment prouvé. En effet, en examinant des Seiches fossiles, on a découvert, chez ces êtres antédiluviens, la poche à encre encore remplie d’une substance dure et noire, qui, délayée dans l’eau, produisit une magnifique sépia.

Un géologue se donna la joie de tracer un dessin avec la sépia tirée de ce mollusque fossile, qui remontait évidemment à des millions d'années. Voilà de ces bonheurs que la science réserve, et dont rien en dehors d’elle ne saurait fournir ni l’équivalent ni même l’idée I

I. Le monde des métamorphoses , par le Dr Franklin, traduit de l’anglais par Kiquiros, in-18, page 2Ô0.

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Les Romains se servaient de l’humeur noire de la Seiche pour écrire leurs manuscrits.

On a prétendu longtemps que les Chinois composaient l’encre de Chine avec la liqueur des Seiches. Cuvier lui-méme a avancé ce fait. Mais un voyageur moderne, M. Siebald, qui a fait un long voyage au Japon, a recueilli des renseignements positifs sur la fabrication de cette encre renommée.

D'après M. Siebald, l’encre de Chine aurait une origine tout autre, et d’ailleurs bien singulière. C'est dans les pagodes qu’on la fabrique, et par un procédé qui prouve qu'en fait d’industrie, en ce qui concerne l'art de tirer parti des plus petites choses, les Japonais et les Chinois nous laissent fort loin derrière eux.

Les bornes, c'est-à-dire les prôtresjaponais, établissent dans les pagodes des ventilateurs, placés juste à la hauteur de la lumière des lampes. Ces ventilateurs poussent la fumée résultant de la combustion dans une pièce où vient se rassembler cette suie. En détrempant dans l’eau cette suie, et la moulant en bâtons, on forme, selon M. Siebald, l’encre solide nommée encre de Chine.

Les Seiches affectionnent les rivages; ce sont des mollusques côtiers. La forme aplatie de leur corps favorise cette vie côtière, en leur permettant de se reposer facilement sur le sol.

Cependant les Seiches ne restent pas toute l’année sur les côtes qu’elles habitent. Les froids, dans les régions tempérées, et tout autre motif dans les pays chauds, les portent à s’éloigner des rivages, pour ne reparaître qu’au printemps. Sur nos côtes, on ne voit donc pas de Seiches en hiver. Mais au retour d’un soleil printanier elles apparaissent en troupes nombreuses.

Quel est le mécanisme de la locomotion de ces animaux? Lorsque les Seiches veulent nager avec vitesse et en arrière, elles avancent dans l’eau, au moyen de leur tube locomoteur, en refoulant le liquide ambiant. Lorsqu’elles veulent s’approcher lentement d’une proie pour la saisir, elles nagent à l’aide de leurs nageoireset de leurs bras. Pour nager en arrière, elles contractent leurs bras, pourvus de tentacules, et étalent horizontalement les bras dépourvus de tentacules.

Les Seiches sont carnassières et passablement voraces. Elles se nourrissent de poissons, de mollusques et de crustacés. Ce

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sont de véritables brigands aquatiques, qui tuent, non seulement pour se nourrir, mais pour tuer.

La nature, par un juste équilibre, applique aux Seiches la loi du talion. Elles tombent, à leur tour, 'dans la gueule vengeresse des Marsouins et des Dauphins. Telle est cette terrible et fatale harmonie de la nature : il faut que les uns meurent pour que les autres vivent.

M. Michelet nous révèle la particularité suivante sur la destruction des Seiches par les Dauphins.

« Ces seigneurs, dit l’auteur du livre de la Mer , sont si délicats qu’ils ne mangent que la tête et les bras, morceaux fort tendres et de facile digestion. Ils rejettent le plus dur, l’arrière-corps. Toute la plage (exemple 4 Royan) est couverte de milliers de ces misérables Seiches ainsi mutilées. Les Marsouins en font la fête avec des bonds inouïs, d’abord pour les effrayer , ensuite pour leur donner la chasse ; enfin, après le repas, ils se livrent aux exercices salutaires de la gymnastique. »

C’est au printemps que les Seiches pondent leurs œufs; mais elles ne les abandonnent pas au gré des hasards contraires. Elles en ont un soin tout maternel, car elles prennent la peine de les attacher aux corps sous-marins. La température de l’eau suffit pour provoquer l'éclosion de ces œufs.

La Seiche officinale, par exemple, choisit, au moment de sa ponte, une tige de Fucus, un pied de Gorgone, ou tel autre corps solide sous-marin, au moins de la grosseur du petit doigt; et elle y fixe solidement ses œufs, qui sont en forme de poire, c’est-à-dire terminés en pointe à une extrémité. Ils sont pourvus d’une longue lanière, aplatie, de nature gélatineuse, noire, et qui sert à entourer le corps solide comme un véritable anneau. Chaque femelle pond et attache, de cette manière , vingt à trente œufs qui , rapprochés les uns des autres, ressemblent assez à une grappe de raisin d'un beau noir(0g. 370). C’est environ un mois après la ponte que les petits éclosent.

Les couleurs de la Seiche officinale varient beaucoup. Cependant on remarque qu'en général les mâles sont ornés de couleurs plus foncées que les femelles. Des bandes transversales d’un brun noirâtre sillonnent leur dos, en diminuant de lar-

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geur,ou se bifurquant sur les côtés du corps. En dehors de ces bandes, sont de petites taches, d’un blanc vif, qui, assez près du bord, vont former une bordure blanche, accompagnée, en dehors, d’une seconde bordure d’un beau violet. Les parties médianes et antérieures du corps sont çà et là maculées de blanc. En dessous règne une teinte blanche, avec des mouchetures rougeâtres, très-espacées.

Fig. 370. OEufs de la Seiche commune. (Stpia officinalit. Lin.)

On trouve des Seiches dans toutes les mers, et partout où on les trouve, on les mange, car leur chair ne manque pas de saveur. On les mange frites ou bouillies.

Les pécheurs se servent avec grand succès des Seiches comme appâts. Elles sont un appât excellent pour la pèche des gros poissons de fond, tels que Squales, Raies , Congres, qui sont friands de leur chair.

On connaît une trentaine d’espèces de Seiches. Elles sont caractérisées surtout par la disposition et la forme des cupules des bras.

La Seiche commune ou o//icinale abonde sur toutes les côtes de l’Océan, depuis la Suède jusqu’aux Canaries, et dans toutes les parties de la Méditerranée et de l’Adriatique.

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