A MES FILS
Pour leur faire connaître et aimer le pays de leur nièrt celui oh ils sont nés.
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Il y a un an à peins qu'a payai l’ouvrage dont je donne aujourd'hui la seconde édition.
J'ai employé une par lie de celte année à revoir le pays dont j'avais décrit les mœurs, après avoir pendant de longues années éludié ses origines et ses tendances sociales. An retour de ce nouveau voyage il m'a fallu reprendre la plume et retoucher avec soin de nombreux détails du tableau que j'avais présenté.
Jamais peut-être, dans l' histoire du monde, modifications aussi rapides ne se sont produites dans aucune région. Dans ce pays, dont j'avais prédit les destinées brillantes, tous les progrès se réalisent à la fois.
En quelques mois les villages deviennent des villes , les lignes de chemins de fer s'étendent là où, il y a six ans, l’homme civilisé c'avait pas pénétré encore; h ? bétail s’éloigne devant la poussée de la population ; le désert est mis en culture avec un si prodigieux entrain qu’il semble qu’un homme // fasse la besogne de dix ; pour utiliser et exporter tous ces produits, des ports se creusent chaque jour, des lignes nouvelles de steamers interocéaniques se créent ; les chantiers d’Europe ne peuvent suffire à fournir l’outillage que ce pays nouveau demande ; les capitaux émigrent vers celte terre nouvelle, avec une
l’ RE F ACE
telle imprudence que la Banque d’ Angleterre et celle de France on t à protéger leur encaisse ; les heureux possesseurs du sol voient s'élever ci de telles hauteurs le prix de leurs immenses domaines qu’ils ne savent d’où leur viennent , ci V improviste, tous ces capitaux , ni quel emploi leur donner ; sur leurs demandes les industries de luxe françaises doublent leurs ateliers, c’est par millions quelles ont à fournir ci ces habitants trop riches d’un pays que l’on ne soupçonnait pas hier , des chargements de meubles du plus grand style, de voitures élégantes, d’œuvres d’cirt, le fer pour les paliers, les colonnes de fonte, les balcons , Vcirdoise des toitures, les mosaïques des cours, les pierres de construction, le pavé des rues, les marbres des revêtements et des escaliers. A l’Europe il faut tout demander, et tous lés pays sollicités à la fois sont insuffisants ci satisfaire toutes ces exigences inattendues. Dans les ports d’Italie vingt mille émigrants demandent passage et ne peuvent V obtenir ; quand ces vingt mille sont partis, quarante mille nouveaux se présentent. Les plaines de l’ Aragon, les montagnes de l’ Auvergne fournissent leur contingent. On cite en France un dillage de quatre cent quatre -vingt -six habitants dont tous sont partis jusqu’au dernier, emmenant le maître d’école, le maire et le curé ; des paysans qui n’ont jamais vu la mer se décident à partir et à faire cette traversée de vingt-cinq jours à la conquête du nouveau monde. Le grand mouvement du XVIe siècle est dépassé ; il semble que pour tout le monde la terre promise soit connue maintenant : c’est cette terre Argentine restée si longtemps dans l'isolement.
Celte éclosion d’une nation, qui prend si vite un rang préféré entre ses sœurs plus anciennes, surprend plus encore que tous les autres ceux qui, comme nous, ont assisté aux dernières années d’une longue incubation
qui a duré trois siècles, jour pour jour. La fondation de