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chaque groupe étranger, ne donne pas, au point de vue que l’on poursuit, les résultats désirés. Pas plus par l’école que par l’influence de la famille, le père n’arrive à inculquer à scs enfants, moins encore à leur imposer, l’amour, qu’il a au cœur pour sa propre patrie. L’enfant, qu’il soit élevé à l’école gratuite nationale ou dans un collège étranger, a l’esprit, le cerveau, le cœur, aussi bien que les poumons, envahis par l’air ambiant;. c’est celui-là qu’il respire, dont il vit; il ne se prend d’affection que pour la patrie où il s’élève, où il se crée les premières camaraderies, dont il parle toujours, quoi qu’on fasse, de préférence, la langue.
Au reste, l’enseignement libre, lui-même, subit la loi de l'Etat qui a le privilège de délivrer les certificats d’étude et les diplômes. Les commissions scolaires de districts accordent les premiers, et les collèges nationaux les seconds. Les Facultés distribuent les diplômes, qui ouvrent les professions libérales auxquelles elles préparent. C’est sous ce niveau national qu’il faut donc se décider àpasser et que passent, avec les modestes maisons d’enseignement dont nous parlons, les établissements fondés par les corporations religieuses, dont nous devons dire un mot.
Les jésuites ont été, à proprement parler, les créateurs de l’enseignement à Buenos-Aires. Depuis leur expulsion en 1767, les établissements qu’ils avaient fondés et leurs vastes domaines des Missions ont été confisqués, pour le produit en être destiné à la création d’une Université. On voit que le pays de l’Inquisition savait appliquer, à tour de rôle, ses procédés expéditifs aux gens d'Eglise aussi bien qu’aux hérétiques. Aujourd’hui les uns et les autres ont repris leur vie d'action, interrompue par ces violences, les hérétiques accaparent l'argent, les autres, avec le domaine de l’enseignement, des biens au soleil beaucoup moins métaphysiques, sans compter les biens à l’ombre ! Les jésuites ont rouvert, il y a vingt ans, à Buenos-Aires, un vaste établissement où
ils instruisent huit cents élèves. A côté d’eux, les prêtres bayonnais de la corporation de Saint-Joseph de Calazans possèdent un établissement aussi prospère, oü l’enseignement se fait en grande partie en [français. De ces deux établissements sont sorties déjà plusieurs générations, et dans la vie publique on voit poindre l’avant-garde assez puissante d’un parti clérical, qui vient augmenter le nombre, assez grand cependant, des compétiteurs, pour les postes élevés de l’Etat. Introduit dans la politique, l’élément clérical a essayé de remonter le courant d’indifférence religieuse qui est une des caractéristiques de celte société.
Pendant qu’en France la République a dû entreprendre une lutte pour laïciser l’enseignement, ici ce parti nouveau en entreprend une pour le délaïciser; il n’y parvient pas.
La société créole, bouture transplantée de la société espagnole du xvi° siècle, qui s’est développée et constituée socialement et politiquement en dehors de la main de l'Eglise, ne semble pas devoir changer de direction à l’aurore du xx° siècle. Le sol vierge de l’Amérique est celui qui convient à l’arbre de liberté, sous l’ombre duquel dépérit tout ce qui n’est pas de son essence. L’enseignement, nous l’avons montré, est ici sorti des lianes de la société, il répond à ses besoins; le prêtre y introduirait un élément hétérogène, lui ôterait ce caractère national et profondément américain, qui préside à son développement, et qui, s’il fait des hommes turbulents, fait du moins des hommes libres, indépendants, personnels, d’initiative et de volonté.
Le seul sport auquel la jeunesse prenne une part active qui lui soit particulier, le seul qui l’attire est la politique. Il a ses mortes-saisons, mais, quand son heure est venue, il rem-
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plit la vie tout entière. Il est, pour elle, le plus grand et le plus complet des divertissements, la passionne, l'agite, met dans sa vie le mouvement et l’action, qui, d’ordinaire, y manquent.
A dix-huit ans, les jeunes gens sont électeurs. Nous avons dit, déjà, quelle part ils prennent à la politique et, quand ils sont majeurs, la place qu’ils occupent dans les assemblées et dans la vie publique; mais ils n’attendent pas celte heure-là pour être des électeurs actifs.
Avant même de l’être, ils ne restent jamais étrangers aux créations de partis, aux formations de clubs politiques, à l’acclamation de tel ou tel personnage nouveau. Ils savent quelle importance a, pour les débuts dans la vie, le placement habile de ses sympathies; ils savent que, dans un pays où les principes ne sont pas en jeu, il faut savoir se rapprocher, à l'heure précise, d’un personnage, s’éloigner d’un autre. Donner de sa personne dans les réunions, c’est ce qui coûte le moins à la présomption juvénile, aucun ne s’en abstient.
Le sport politique est donc des plus entraînants. Tous les trois ans, on nomme, dans chaque Province, un Gouverneur, tous les six ans, un Président de la République; dans l’intervalle, pour occuper le tapis, des sénateurs et des députés aux assemblées nationales et provinciales, des membres de conseils municipaux. Les deux premières élections ont seules une grande importance.
Elles occupent, agitent et divisent toute la jeunesse. Chacun sait d’avance que la lutte peut toujours prendre un caractère militant, que l’enthousiasme pour un candidat peut amener son parti à descendre sur la place publique, les armes à la main, ou à entrer en campagne pour une véritable guerre. Cela s’est produit autrefois dans quelques élections présidentielles, le partisan a dû s’enrégimenter dans des corps de francs-tireurs, s’exercer au métier des armes : chaque parti
avait son armée, ses heures d’exercice, ses revues, ses tirs à la cible; l’un d’eux allait jusqu’à exercer ses partisans, enrégimentés, à la petite guerre, dans la ville, à l'assaut des carrefours, à la prise des maisons.
C’était charmant. La petite guerre a eu son lendemain, où l'on a pris de vraies cartouches, où l’on s’est tué réciproquement deux ou trois mille hommes, où les étudiants, les hommes de tous rangs, devenus soldats, ont assisté, pour leur compte, au drame émouvant d’une bataille rangée, aux prouesses du remington, du canon Krupp et de la mitrailleuse, où d’autres, sportsmen nautiques, ont fait manœuvrer des canonnières, embosser des cuirassés et bombarder la ville.
On comprend que dans un pays où l’on a à sa disposition, au sortir du collège, un sport d’un intérêt aussi violent, on ait une mince estime pour le croquet et le lawn-tennis. Ces jeux sont abandonnés aux Anglais ou aux fils d’Anglais ; ce sont eux, aussi, qui importent des yoles et des canots de courses, créent et emplissent le Rowing-Club, font des régates, essaient de faire pénétrer dans les mœurs les courses de chevaux de sang.
L’équitation est le seul plaisir, le seul sport qui ait des amateurs dans toutes les classes de la jeunesse; mais c’est un amusement vulgaire. Plaisir de paysan qui n’en connaît pas d’autres, il est tellement dédaigné, qu’il sera bientôt difficile de trouver dans les villes un jeune homme sachant monter à cheval avec élégance.
Il n’en est pas de même du champ de courses, chaque jour il est plus apprécié, hélas ! comme tapis vert. Les chevaux que l’on y voit courir sont le plus souvent importés, on ne se soucie de leurs qualités qu’au point de vue exclusif du pari.
Ce goût du pari a produit cependant une rénovation inattendue et heureuse des goûts et des occupations de la