‹ La vie et les mœurs à la Plata (volume 2)Chapitre 118 sur 152 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

les négociations nationales ou internationales : là que sont installés les marchés de produits,, qui viennent, naturellement, au littoral pour être exportés ; là que sont débarqués ceux qui viennent de l’extérieur pour alimenter la consommation générale; là que se traitent les emprunts d’Etat avec les capitalistes étrangers, que sont déposés, dans les caisses des Banques, les capitaux de commerce et ceux très considérables de l’épargne ; là, que se condense le crédit, cette force motrice du travail national, qui portera la vie jusqu’aux contins du pays.

Hors de la ville de Buenos-Aires, on ne trouverait donc qu’un commerce purement local. On n’y trouverait que peu ou point d’industrie, seulement quelques industries agricoles : les minoteries, dans les centres producteurs de blé de Santa- Fé; les usines à sucre, dans les pays producteurs de canne, Tucuman, Santiago del Estero, le Chaco et le Territoire des Missions.

Les agglomérations de population, dans la pampa et même sur le littoral, si elles répondent à quelque besoin de sociabilité, ne sont, commercialement, que des points de transit, où viennent se grouper les produits de l’industrie pastorale ou agricole de la région, pour y être échangés contre ceux de l’industrie européenne envoyés de Buenos-Aires

Dans cette ville, où résident tous les intermédiaii’es, où tous les chargements aboutissent, où toutes les opérations, auxquelles donnent lieu les transactions commerciales, se résument, les mœurs, la société, la conversation sont naturellement dominées par les habitudes et les préoccupations commerciales, autant que peut l’être la rue par le bruit de cet immense trafic.

La vie est active pour tout le monde et l’agitation grande pendant tout le jour. Personne, même le plus riche, n’échappe à l’influence du milieu, aux préoccupations de l’agio, des lettres de change à payer ou à recevoir. Les grands propriétaires terriens, ne sont pas des éleveurs indifférents, qui se contentent de recevoir, à la fin de l’année, les revenus de leurs terres, des mains d’un majordome; s’ils ne voient pas souvent leurs troupeaux, ils savent, jour par jour, ce qu’il advient de ceux-ci ou de ceux-là, vendent quelques milliers de bœufs, rachètent quelques milliers de vaches, concentrent, en somme, dans leurs mains et dans leur bureau de ville, où ils se rendent tous les jours, tous les fils de l’administration de leur fortune, y vendent cuirs, laine et bétail, négocient les valeurs de banque auxquelles donnent lieu ces opérations, font, enfin, de l’administration d’une grande fortune, une affaire commerciale, contribuant, ainsi, de toute la puissance de leur capital acquis, au mouvement d’affaires qui augmente la fortune du pays. Ce ne sont pas des revenus et l’inaction que les plus riches demandent aux capitaux, c’est un moven d’action et des bénéfices. Une expression locale le prouve bien. On ne dit pas d’une maison de rapport : « elle produit tant de revenus, » mais : « elle gagne telle somme. »

La vie oisive serait certainement lourde, au milieu dubourdonnement continu d’une ville d’affaires, aussi tout le monde se laisse-t-il envahir par elles. Il n’est pas de profession libérale qui en éloigne : médecins ou ingénieurs doivent s’occuper du prix de la laine et du cours du change, tous sont plus ou moins éleveurs; quant aux avocats, ils sont tous imbus des questions que soulèvent le change et l’échange, le trafic, le transit et l’agio, le droit commercial et le droit maritime; leur esprit est ouvert à ces questions comme ailleurs à l’art et à la littératui’e.

Il n’y a guère que dans le commerce des femmes que l’on ne trouve pas de femmes de commerce. Elles sont mêmes

étrangères à toute occupation qui y confine, et, dans toute la ville de Buenos-Aires, hormis quelques Françaises, on ne trouvera pas une femme commerçante.

La ville est réveillée, de bonne heure, par le démon du transit et du courtage qui l’agite. Sur la rive, les entrepôts de douane reçoivent tous les produits du dehors ; aux trois autres extrémités, les gares terminus des chemins de l’Ouest, du Sud et du Nord déversent tous ceux qui viennent des champs et de l’intérieur ; naturellement, les premiers doivent se répandre dans la ville, pour s’y entreposer, et la traverser, pour aboutir, par ces lignes de chemins de fer, à la consommation, pendant que les seconds ont à faire en sens inverse, le même chemin pour être expédiés au dehors. Mouvement de va-et-vient, travail continu de fourmis, fait par de lourdes charrettes qui se répandent dans les rues, les parcourent, tout le jour, dans tous les sens, ébranlent les maisons, traînent avec elles une agitation violente, que l’on ne retrouve dans aucune ville ; l’étroitesse des rues dont la plus large n’a pas dix mètres, rend ce mouvement, particulièrement bruyant et encombrant. Le trottoir n’est pas moins envahi que la chaussée, ce ne sont partout dans le centre commercial et jusqu’aux confins de la ville, que dépôts, entrepôts, magasins, où les caisses de petit et de grand volume, celles dont une unité encombre et celles qui arrivent par milliers, les sacs et les barriques roulent du haut de charrettes élevées, entrent pour ressortir bientôt, et refaire, à travers les rues, un nouveau voyage. Ces charrettes amphibies, dont l’usage s’impose par la singulière disposition du port, sont huchées sur de grandes roues de deux mètres, leur permettant d’entrer dans l’eau et de prendre leur chargement le long des chalans; roulées sur le pavé raboteux, elles se balancent au-dessus des tètes, et menacent partout la vie des passants.

Les statistiques chiffrent ce mouvement. Le port de Buenos-

Aires et par conséquent la ville voit passer, bon an mal an, trois millions de tonnes d’importation et un million et demi d’exportation : chaque charrette, attelée de trois chevaux, porte une tonne, cela donne, par jour, en chiffres ronds, dix mille voyages de charrettes, traversant la ville dans tous les sens. Si l’on tient compte de ce fait, ordinaire dans une ville de transit, que chaque marchandise est entreposée, deux ou trois fois, chez l’importateur d’abord, de là chez le négociant en gros, puis chez le commerçant de détail, on se donnera, de loin, une idée de l’agitation des rues d’une ville, où tout ce trafic opère tous ces ricochets, avant de prendre sa destination définitive. On s’imagine aussi le nombre de courtiers, d’intermédiaires, de commerçants de tous genres, de banquiers, d’entrepreneurs de transports, qu'il entretient.

C’est à la Bourse que tout ce personnel se concentre. Elle est ouverte tout le jour, et toutes les affaires s’y traitent. C’est là que se vendent et s’achètent les valeurs mobilières, titres de rente ou d’épargne, les traites sur l’Europe, sur l’intérieur ou le dehors; c'est aussi là que se négocie la vente des terres, des maisons de ville, du vin, du sucre, du blé, du lin, de la laine, aussi du bétail sur pied, et de ses dépouilles. De toutes ces transactions, on ne sait quelle est celle qui a le plus d’importance et qui emploie le plus de monde et le plus de capitaux. Donnons-en une idée, en rappelant que pendant l’année 1886, il s’est vendu, à la seule Bourse de Buenos-Aires, six millions cinq cent mille hectares de terres, c’est-à-dire une superficie égale au huitième de celle de France, et autant en 1888.

En 1887, l’importation atteignait 120 millions de piastres ou 600 millions de francs; l’exportation près de 84 millions de piastres ou 420 millions de francs. Dans ces chiffres, le sucre entrait encore, en 1884, pour 7 millions de piastres, et en 1887 seulement pour 3 millions et demi ; c’est à peine si en 1888, cetle importation aura atteint 2 millions, h-s plan-

tâtions de canne ont fourni l’appoint. Levin entre pour 6 millions, il a diminué, de 1887 à 1888, de 1 million et demi de piastres; c’est aussi le vignoble indigène qui a comblé la différence; de même l’alcool, les bougies, les allumettes, le riz, la bière, tendent à disparaître de l’importation ; déjà, la farine et les pâtes cherchent un débouché au dehors, l’huile se fabrique en grandes quantités, ainsi que les liqueurs et les conserves. Mais d’autres articles, pendant ce temps, sont importés en plus grand nombre, et chaque année, pendant que le commerce intérieur s’accroît de toute cette production, les chiffres de l’importation augmentent. Heureusement, ceux de l’exportation font de même ; notons en passant que, de 302 millions en 1883, elle s’est élevée à 420 millions en 1887, ce qui dénote dans le pays une activité productrice en pleine action

Ce commerce, qu’il ait pour cause des articles fournis par le dehors, ou produits pour l’étranger, ou créés par le travail local pour la consommation intérieure n’aboutit pas moins au seuil de la Bourse, où tout se traite ; les payements même s’v font par chèques et virements de banque; la monnaie de papier, la seule en usage, se prêtant mal à des payements de grosses sommes.

Cette Bourse est un lieu de reunion, créé par une société particulière, où est admis quiconque est commerçant ou s’occupe de commerce et paye un abonnement. C’était, à l’origine, un simple cercle, créé en 1835, sous le nom de Salle des résidents étrangers. Rosas, qui n’aimait pas les réunions, les groupements ni les associations, en avait à cette époque interdit l’entrée aux nationaux. Les mœurs publiques et les usages se sont modifiés depuis ; la Bourse est devenue, dès 1854, le vrai centre des affaires, du commerce et de la spéculation. Celle sur les valeurs mobilières y est active et permanente, elle est surtout entretenue par les fluctuations du papier-monnaie, quia perdu toute fixité, sous l’influence du cours forcé. Dans une ville qui vit d’importa-

lion et d’exportation, le cours de l’or atteint et occupe tout le monde, puisque tout le inonde est débiteur ou créancier de lEurope, et doit, à un moment donné, résumer en monnaie d’or toutes les opérations qu’il traite nécessairement en monnaie de papier. La nécessité de faire son change, en vue d’une opération en cours, ou réalisée, amène cà la Bourse tous ceux qui, à l’ombre de cette nécessité, se laissent entraîner dans quelque spéculation.

Toutes les nations sont ici représentées : chacune y joue son rôle, proportionné à l’importance de son commerce. Celui d’importation est divisé de la manière suivante : l’Allemagne y contribue pour 8 0/0; la Belgique pour 9 0/0, l’Espagne pour 4 0/0, les États-Unis pour 8 0/0, l’Italie pour 5 0/0, La France pour 16 0/0, l’Angleterre pour 38 0/0, les autres pays pour des quantités insignifiantes.

Celui d’exportation, de son côté, se décompose ainsi : l’Allemagne en absorbe 10 0/0, la Belgique 18 0/0, l’Espagne 3 0/0, l’Italie 8 0/0, l’Angleterre 15 0/0 et la France 30 0/0.

Au point de vue absolu, ce double commerce se chiffre de la manière suivante, quant aux pays qui y participent d’une façon notable : la France, qui importait 42 millions de francs en 1876, 76 millions en 1883, 85 millions en 1884, n’a’importé que 74 millions en 1885, pour s’élever à 110 en 1887.

L’Angleterre, de son côté, importait: 49 millions en 1876, 100 millions en 1882, 154 millions en 1884, 176 millions en 1887. L'Italie s’est élevée de 15 millions, en 1876, à 38, en 1887, l’Allemagne, de 9 millions en 1876 à 60 millions en 1887. Les États-Unis ont subi exactement la même progression.

Par contre, la France, qui achetait et exportait pour 49 millions de produits argentins en 1876, en achète pour 130 mil-

lions en 1887, l’Angleterre, qui en prenait pour 39 millions, en demande 85 ; l’Italie, de 9 millions est passée à 15 ; la Belgique est, depuis dix ans, restée stationnaire à 74 millions ; l’Allemagne, au lieu de 8 millions, en consomme 43 ; les États- Unis se sont élevés de 12 millions à 28.

C’est là ce que l’on voit et ce que contrôlent les statistiques; mais ce que l’on ne voit pas, a bien, aussi, son importance dans le mouvement des transactions financières, auxquelles donnent lieu ces échanges commerciaux. Ainsi, il est bien évident qu’un commerce qui se chiffre par 200 million? de piastres ou un milliard de francs et constitue les pays étrangers en crédit de 600 millions de francs et en débit de 400 millions ne donnera pas lieu à de simples échanges, réglés par des comptabilités individuelles. Ce ne sont pas les mêmes maisons qui font, à la fois, l’importation et l’exportation, il faudra donc que ceux qui exportent se procurent au moyen de traites, tirées sur l’extérieur, les fonds nécessaires à leurs achats, que ceux, qui importent, payent, au dehors aussi, au moyen de traites qu’ils achèteront, les sommes qu’ils doivent. Au milieu de ces transactions interviendront les banques qui créeront ce papier de commerce, suivant que les besoins de la place les pousseront à en augmenter ou à en restreindre la spéculation. L’activité de celles-ci est telle, les fluctuations si fréquentes, que l’on peut estimer que, pour répondre à un besoin commercial d’un milliard, il se créera une circulation de traites d’au moins cinq milliards. Tout ce mouvement financier vient se résumer, à un moment donné, dans les portefeuilles de la Banque de France et de celle d’Angleterre; il agite d’abord le marché qui les crée et la Bourse où elles se négocient, en lui donnant une vie et une activité peu communes.

Mais les échanges commerciaux ne sont pas seuls à alimenter le marché financier, et les relations financières internationales. La République Argentine est, comme tous les nays neufs, un

terrain d’exploitation, ouvert aux capitaux étrangers : ils y recherchent, depuis longtemps, les affaires, et les entreprises les recherchent eux-mêmes. C’est ainsi qu’ils ont été amenés à créer des usines à gaz, des lignes de chemins de fer, de tramways, de steamers fluviaux, à entreprendre des travaux publics, dans les villes ou dans les ports, à créer des usines à sucre, des raffineries, des distilleries, des moulins, des usines frigorifiques pour l’exportation des viandes, enfin, à constituer des Banques puissantes. Donner le total des capitaux ainsi employés, depuis vingt ans, est au-dessus de la statistique ; mais on peut l’estimer environ à un milliard de francs. Les emprunts d’Etat souscrits, à l'extérieur, s’élèvent de leur côté à "700 millions; c’est encore un milliard deux cents millions qu’il faut restituer peu à peu à l’Europe par voie d’amortissement, dont il faut, chaque année, payer les intérêts ou les dividendes, ce qui absorbe environ 150 millions annuels, et augmente d’autant l’activité du mouvement financier.

Celui qui arrive d’Europe pour entreprendre, sur un marché ainsi machiné, quelques opérations de commerce, éprouve, au début, quelque surprise. Il s’aperçoit vite que la moindre affaire, même de commerce de détail, si elle doit chercher son aliment au dehors, donne lieu à des calculs difficiles, auxquels l’esprit doit se briser, d’abord, en attendant qu’il puisse entrer dans l’étude d’une foule de questions, pour lesquelles il n’est pas préparé.

Il ne lui faut pas seulement deviner et comprendre les besoins d’un marché, par lui-même très compliqué, puisque le siège en est fait à la fois par tons les grandspays producteurs d'Europe, comprendre, de prime abord, les questions de change international, être renseigné surla valeur des signatures qu’on

lui offre, quandil doit couvrir, en traites, les débits d’Europe; illui faut, encore, étudier et tourner tous les obstacles que lui oppose une douane très vigilante, qui, sans se préoccuper d’idées de libre échange ou de protection, frappe tous les produits extérieurs de droits, variant entre 30 et 73 0/0; quand il offre sa marchandise, il lui faut encore deviner la valeur des acheteurs qui se présentent et n’achètent qu’à long terme.

Le propre du marché de Buenos-Aires a toujours été d’être encombré de marchandises et d’en recevoir toujours plus qu’il n’en peut absorber, malgré l’élasticité de ef\ consommation qui, dans les moments de prospérité, devient gaspillage. On raconte, qu’en 1806, lorsque les Anglais s’emparèrent de Buenos-Aires, qu’ils conservèrent à peine deux mois, avant d’être expulsés par le comte de Liniers,leur premier soin lut d’introduire des marchandises, en telle quantité, que la place en fut, dès l’instant, fournie pour cinq ans, ce qui du reste, n’arrêta pas leurs envois; bien au contraire, leur défaite une fois définitive, ils cherchèrent, dans le commerce avec ce pays, des compensations à leurs déceptions militaires. Depuis, rencombrement est toujours resté le même, si bien que de 1840 à 1849, malgré le blocus, les entrepôts restèrent pleins. Dès que, par hasard, un article de grande consommation manque ou menace de manquer, tous les négociants télégraphient, à la fois, et, de tous les points du globe, il en arrive, à la même heure, des chargements; les prix de l’article le plus demandé sont alors justement ceux qui baissent le plus vite ; tous les pays prennent rang dans ce steepiechase, pour se faire tous battre à la fois.

Cependant chaque pays étranger conserve ici son individualité commerciale et son aire d'action.

L’Angleterre se distingue surtout par l’ampleur inimitable de ses entreprises. Les capitaux anglais dominent le marché,

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servi seulement par quelques rares individualités qui ne font pas nombre, mais qui font pression. Ils impriment, partout où ils sont, l’allure anglaise ; dans un chemin de fer, créé par une société anglaise, on pourra toujours s’imaginer qu’on voyage en Angleterre, et les Anglais qui vous transportent le croient; le wagon et le personnel sont importés d’Angleterre, les stations, en forme de cottages, sont habitées par des familles anglaises, les ordres de marche et d’arrêt se donnent en anglais, et le voyageur peut se croire en pays annexé. Deux banques, à capitaux anglais alimentent les besoins d’un commerce considérable, dont le fer, le coton et le charbon, constituent les grands éléments. Les chiffres, que nous avons donnés, démontrent que l’achat des produits locaux est à peu près délaissé par l’Angleterre, qui préfère importer d’Australie, les laines, que son industrie emploie; elle ne prend ici que quelques chargements de peaux de mouton, de cuirs salés, de viande fraîche et de blé.

Il n’y a pas de petites maisons anglaises, peu de détaillants anglais; seulement des maisons à gros capitaux, de fondation ancienne, dont les employés sont anglais et vivent sans mesquinerie, en gens riches et en sportsmen.

Tout autre est le commerce français. En pénétrant dans les rues de la ville, on croirait que la France a pris possession de ce pays : les hôtels, les cafés, les restaurants, et il y en a plusieurs tenus comme les premiers de Paris, sont français ; toutes les maisons de détail, de quelque importance, sont françaises ; tout ce qui constitue la toilette des hommes et des femmes, la vie matérielle d’une grande ville, est fourni par la France, vendu, en français, par des Français; les grandes librairies sont françaises. A elle seule la France absorbe 30 0/0 de tous les produits exportés du pays; les grandes compagnies de navigation transatlantique sont françaises, et, cependant, la France tient ici une bien petite place commer-

ciale; rarement un Français ou une entreprise française y a conquis une situation financière en vue.

Une banque française s’y est récemment constituée, c’est la première ; il lui a fallu, renonçant à trouver à l’extérieur des capitaux, les puiser dans la caisse de la colonie. Elle prospère, mais elle trouve devant elle l’obstacle des habitudes prises, des situations conquises : les banques anglaises ont des succursales à Paris ; une banque particulière, créée il y a vingt ans, par un Espagnol, M. de Carabassa, a, depuis longtemps, absorbé toutes les affaires financières de la colonie et du commerce français, s’appuyant sur un capital personnel considérable et sur des relations de banque de premier ordre. Tout cela voilera longtemps l’horizon de la Banque française.

Cependant, le commerce français est partout ; c’est une force numérique et d’influence, avec laquelle on a toujours compté, bien que son commerce d’échange soit moindre qu’il frétait, il y a quelques années, et qu’il faiblisse justement à l’heure où celui des autres nations augmente.

Cela tient à plusieurs causes : la première, c’est que les grands articles d’importation française, le vin, depuis le phylloxéra, les allumettes, depuis une loi fatale, le sucre depuis que la production du pays augmente , ont diminué, d’une somme considérable, le chiffre total des importations. Une autre grande cause, c’est que les capitaux français n’émigrent pas et n’aident d’aucune manière le Français qui s’expatrie, et, qui, livré à lui-même, doit chercher dans son travail personnel les éléments de son succès; amené ainsi à créer de petites industries locales ou à contribuer au succès de celles qui existent. Certes il honore ainsi et enrichit la colonie dont il fait partie, mais la métropole, faute de l’avoir soutenu, ne tire de ses efforts que cet honneur platonique.

La seule institution commerciale que les Français deBuenos- 4ires ont eu le mérite de créer, les premiers, est celle d’une

Chemin de fer du sud de Buenos-Ayres.

Bue de la Boca

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