‹ La vie et les mœurs à la Plata (volume 2)Chapitre 129 sur 152 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

s’élèvent qu’au quart de cette somme. L’encaisse de l’une cl de l’autre serait absorbé en quelques heures,- sans profit pour personne, pour elles moins que pour personne.

Ni l’une ni l’autre n’a même intérêt à constituer une forte réserve métallique. L’or, en effet, ne circule pas dans la République Argentine et n’y a jamais circulé : il est considéré comme gênant. L’habitude de la circulation de papier est tellement prise, depuis soixante aus qu’il n’y en a pas eu d’autre, que le négociant des villes quelquefois, celui de la campagne, toujours, à plus forte raison, le gaucho refusent la monnaie d’or. Elle n’est donc dans les caisses qu’un corps mort ne produisant aucun profit, puisque le papier seul qui le représenterait serait admis dans la circulation.

Néanmoins, ces deux banques ayant le devoir de reconstituer leur encaisse métallique, n’ont qu’une manière de le transformer en élément d’action, c'est d’ouvrir leur caisse, à la fois, aux déposants et aux emprunteurs; elles aideront ainsi les quelques affaires qui se traitent ou se résument sous cette forme, empêcheront les détenteurs de produire des hausses et des baisses factices. Les crédits sur l’Europe dont elles disposent leur permettent de réaliser cette amélioration. Elles serviront ainsi de tampon, empêcheront le commerce d’importation d’avoir trop à souffrir des hausses subites de l’or, garantiront la production contre des baisses trop rapides.

C’est, en effet, entre ces deux adversaires que le combat est ouvert par le cours forcé. L’habitant, qu’il soit consommateur ou producteur, n’envisage toujours la piastre nationale que comme l’unité monétaire de circulation, sans se préoccuper de sa représentation en or ou en papier; peu lui importe que la piastre papier, la seule qu’il connaisse, vaille chez les changeurs 5 fr. ou 3 fr. 50 : ce qu’il possède, c’est une piastre; il prétend toujours obtenir, avec cette piastre, la même quantité d’objets : le prix des loyers, celui des terres, des journées de travail, des salaires d’employés de tous ordres reste le même

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au milieu des lluctuations du papier. Il en résulte que !e négociant a beaucoup de peine à élever les prix d’une marchandise, venue du dehors, que, cependant, il paye, lui, en une monnaie d’or qui représente à quantité égale un plus grand nombre de piastres papier; par contre, le producteur trouve un marché facile, puisque le blé, la laine, le cuir, le lin et aujourd’hui même la viande, ayant, devant eux, le marché d'exportation, sont payés par l’acheteur du dehors, qui ne considère que l’or, à un prix qui représente un plus grand nombre de piastres papier. Ce producteur, ayant à solder scs loyers, sa terre, ses emprunts, son personnel en piastres papier se trouve bénéficier précisément de tout ce qui pèse sur l’importateur et le consommateur d’objets venus de l’extérieur. Le cours forcé a donc, dans ce pays, de grands avantages, celui surtout de mettre l’importation dans une situation d’infériorité, de favoriser ainsi, mieux que tous les droits protecteurs, l’industrie et la production locales, ce qui est, en somme, le principal des desiderata économiques.

A la faveur du développement de ces deux éléments de progrès et d’une circulation très active de monnaie, qui a été la conséquence du cours forcé, les transactions intérieures ont pris un développement sans précédent, la demande de terrains de ville et de terres de culture est devenue très active, les grands domaines se sont divisés, le prix de toutes ces propriétés, entrées dans le commerce s’est rapidement élevé, en même temps que la zone de culture s’étendait par l’établissement de chemins de fer.

Il ne manque pas, dans le pays, d’empiriques qui attribuent au cours forcé le mérite de ce développement rapide d’un pays qui sortait d’une crise économique, où, depuis six ans, il avait eu le temps de se retremper. Les causes vraies sont ailleurs, et nous les avons déjà énumérées. Elles sont dans la stabilité politique, assurée par la solution de la question de la capitale, par celle de l’unité nationale, dansledéve-

loppement rationnel des travaux publics, dans l’accroissement de l’immigration qui en découle; il faut les chercher, aussi, dans l’achèvement de la conquête de la pampa sur l’Indien, qui a tiré du néant, mis dans le commerce, dans le patrimoine de l’Etat et des particuliers, le milliard que représentent les terres conquises.

Ce mouvement d’affaires est, au reste, servi par des établissements financiers de premier ordre, constitués depuis vingt ans par des Sociétés locales ou étrangères, à l’ombre des progrès, réalisés par la Banque de la Province, toutes les na tions ont le leur, la France aura été la dernière à posséder le sien. Elle, seule, n’aura jamais essayé de canaliser les capitaux créés dans ce pays par des Français, ni d’aider leurs entreprises commerciales ou industrielles, ni d’accaparer les négociations, auxquelles donnent lieu les 300 mil lions d’échanges constatés entre la République Argentine et la France.

Le plus ancien de ces établissements financiers est la Banque de Londres et du Rio de La Plata, créée, en 1864, par une société, formée à Londres entre des capitalistes anglais ; son capital primitif de 7.500.000 francs a été élevé, dès 1867, à 15 millions, qui, en raison des crédits dont elle dispose et du nombre de ses déposants, lui suffit encore.

Ses opérations d’escompte se sont élevées de 35 millions de francs en 1864 à 85 millions en 1883, à 200 millions en 1888. Les dépôts équivalent à peu près, aux mêmes époques, aux mêmes sommes. Le dividende de 1888 a été de 12 0/0.

A côté de cet établissement, s’est élevée une concurrence directe, constituée de la même manière, sous la dénomination de Banque anglaise et du Rio de la Plata; sa fondation no Remonte qu’à 1882, son capital a été porté, le 1er avril 1885, à 12 millions et demi de francs. Elle dispose de 70 millions de dépôts et a fait en 1888 50 millions d’escomptes; elle a distribué 5 0/0 à ses actionnaires.

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Un des établissements financiers étrangers, qui ont progressé le plus rapidement, dans ces dernières années, est la Banque d’Italie et du Rio de la Plata. Fondée le 45 juillet 4872, en pleine prospérité générale, elle a eu, aussitôt, à traverser les épreuves d’une longue crise qui jetaient bas, dès 4 874, la Banque argentine, la Banque belgo-allemande, et de nombreux établissements particuliers, d’existence plus ou moins ancienne. Elle est sortie grandie de ces épreuves. Son capital était, à l’origine, de 7 millions, ses actions se sont élevées à 450 0/0, ses dépôts, en 4888, à 80 millions; elle a distribué, en moyenne, chaque année, depuis sa fondation, des dividendes annuels de 45 0/0.

Enfin, à côté de ces sociétés anonymes, s’élève une banque particulière; régie par une société en nom collectif, elle ne publie pas ses bilans comme le font les sociétés anonymes Fondée, en 4853, par M. José de Carabassa, d’origine espagnole, elle a, chaque année, grossi d’importance, jusqu’à absorber progressivement la majeure partie des affaires du commerce, français local et international, en même temps que du commerce espagnol.

La seule donnée que l’on possède sur son administration est celle fournie par l’administration du timbre, chargée de la perception de l’impôt sur les dépôts en comptes courants. D’après ces données, ses dépôts se seraient élevés, en 1884, à 46 millions de francs.

Ajoutons que, d’après un renseignement très exact1, le mouvement de caisse de cette banque est de 3 millions de piastres par jour, soit 15 millions de francs, au total quatre milliards par an ^ ses affaires internationales par traites s’élèvent à 250 millions par an. Elle possède en caisse, en

1. Fourni par le remarquable travail que publie chaque année le Président du Crédit public national, M. Pedro Agote.

or, 35 millions de francs, c’est-à-dire plus qu’aucune banque d’Etat.

Tels étaient les établissements financiers importants qui, avant 1887, monopolisaient le commerce intérieur et international de la République Argentine. Considérée du seuil de l’année 1889, cette époque, cependant si rapprochée, fait avec le moment présent un contraste absolu. Le tableau suivant, qui contient la désignation des banques avec l’indication de leur capital réduit en francs, en donnera une idée exacte

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