LIVRE II
LA RUE
Est-il possible de déterminer avec précision la valeur intrinsèque des terrains de villégiature?
Elle varie à l’infini dans tous les endroits que la mode adopte. C’est le caprice qui la fixe; mais elle ne s’élève guère au delà de une piastre le mètre carré, ce qui est un prix peu ordinaire et seulement acceptable dans le voisinage de la ville. Plus loin, la terre se vend à l’hectare, mais se paye déjà plus de cinq à huit mille piastres l’hectare, si elle est assez proche de la ville ou bien voisine d’un village et d’une station. Les prix des terrains de culture les plus recherchés n’atteignent pas encore ia moitié de ceux que nous indiquons là.
Il est assez facile de posséder un coin de terre pour que ce soit là un plaisir que tou& se procurent; si tous, par contre, ne bâtissent pas, c’est qu’il est moins aisé d’immobiliser des capitaux dans un pays où ils ont tant d’emplois rémunérateurs, le capital étant un instrument de travail recherché dans une société démocratique, où le travail est la loi générale, à laquelle personne n’échappe et n’essaie de se dérober.
Cependant le nombre des constructions est fort grand relativement à la population. Le recensement de 1881, le dernier qui ait été pratiqué, dénonçait, dans la ville de Buenos- Aires, trente-quatre mille deux cent douze maisons pour trente mille soixante-dix-huit familles, ce qui donne quatre mille deux cents maisons de plus que de familles et, par conséquent, au moins huit mille exclusivement occupées par le commerce, les industries ou les services publics. Depuis 1881, ce nombre a augmenté de près d’un quart. Dans la partie rurale de la Province de Buenos-Aires, les cinquante-sept mille quatre cent trente-deux familles qui l’habitaient, dans la proportion de cent soixante-neuf habitants par kilomètre carré, occupaient soixante et onze mille sept cent vingt-six édifices ; ajoutons que, sur ce nombre, vingt-cinq mille à peine sont de
CH AP. II. - L’HABITATION
première importance, les autres sont, en majeure partie, des chaumières de pisé, abris suffisants pour les pasteuis qui y campent.
En somme, l’habitation, que nous avons examinée sous tous ses aspects, dénote 1 aisance de 1 habitant ; le climat tempéré lui permet de ne pas rire exigeant sur la résistance des constructions ; le prix très élevé des matériaux et du terrain a, depuis trois ans, tellement élevé le prix des locations, qu’il a donné un nouvel élan à l’envie de bâtir et de posséder sa maison.
Celui qui n’a pas son gîte peut consulter la liste des villages, en formation dans la pampa, en quête d’habitants, et se faire inscrire pour un lot de terrain qui lui sera donné gratuitement sous la seule condition d’y élever une pièce d’habitation à son usage ; il deviendra ainsi bourgeois et propriétaire, comme l’ont été les premiers colons au temps de la conquête ; plus heureux qu’eux, il n’aura pas à prendre les armes pour conquérir son foyer ou le défendre.
Les villages dans la pampa sont encore peu nombreux, ils sont, au reste, peu utiles ; il n’y a pas de centres industriels à créer en plaine, là où l'industrie pastorale et la grande culture régnent en maîtresses, l’absence de tout cours d’eau qui soit navigable ou puisse être utilisé comme force motrice justifie leur petit nombre ; peu à peu, des agglomérations de. commei’çqnts et d’artisans se forment autour des stations de chemins de fer et suffisent pleinement aux besoins de sociabilité pampéenne.
Cependant les créations de village sont encore fréquentes, chaque département veut avoir sa capitale; si l’Etat n’a pas réservé le sol de cette ville future, on procède simplement par voie d’expropriation: on découpe dans les propriétés pri-