‹ La vie et les mœurs à la Plata (volume 2)Chapitre 58 sur 152 · LA RUE MARCHANDE · texte numérisé non relu

LA RUE MARCHANDE

Les anciennes boutiques. — Baratillos et tiendas. — Le marchand ambulant. — Le vendeur de journaux. — Le marchand napolitain. — Le nègre des pasteles. — Le Maure et la masamora. — Le porte-balle. — Le laitier. — Le portefaix. — Homme de sac et de corde.

J’imagine que lorsque Buenos-Aires et les autres villes du continent américain se formèrent, le commerce devait y être quelque peu intermittent. Ces communautés nouvelles, embryons de sociétés futures, devaient être assez semblables à des navires en mer, où tout est mis en commun, où chacun se doit aide et mutuelle assistance. La métropole, trop occupée à conquérir des points nouveaux, songeait rarement à ravitailler les colonies fondées : elle leur imposait cependant de ne consommer que ses produits et leur interdisait l’exportation. Les habitants étaient des colons, vivaient des produits des lots de terre qui leur étaient distribués, ce qui réduisait les échanges à leur plus simple expression.

Dans les villes espagnoles, partout le commerce a commencé de même. De temps à autre, un navire autorisé, arrivant de Cadix, déballait sa cargaison, dont l’arrivée émotionnait la ville et donnait lieu à quelques transactions, aux premiers débats, aux premières opérations de change.

Buenos-Aires, dont la destinée était de devenir une ville de transit, ne l’a réalisée que depuis cinquante ans; jusquelà son commerce se bornait aux pauvres transactions que pouvait exiger une population peu fortunée. Il occupait à peine quelques échoppes, placées aux coins des rues, quelques tentes dressées sur les places. Les premières ont légué

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