LIVRE II
LA RUE
sont des propriétaires féodaux, qui excluent impitoyablement toute concurrence de leur coin de rue, et ne permettent le stationnement qu’à celui qui y est admis. Au centre de la ville, ces charges se transmettent ; il faut avoir payé à l’occupant le droit de prendre sa place et être présenté par lui aux autres. Il en résulte que les chcingadorcs des coins de rue bien achalandés, sont des personnages qui traitent avec dédain les humbles de la profession, et trouvent chez ceux-ci peu d’amitié et pas de complaisance.
La qualité maîtresse de la corporation, à quelque quartier qu’appartiennent ses membres, est une honnêteté proverbiale et de règle/ Il n’y a pas d’exemple d’un détournement commis par un changador en mission ; il est même passé en usage de ne demander à celui que l’on appelle pour l’envoyer quelque part, ni son numéro, ni son nom, ni le lieu de son stationnement, le public a une confiance aveugle et justifiée dans l’intelligence et la probité de ces hommes de sac et de corde.
Tous ne sont pas gallegos, beaucoup sont basques espagnols beaucoup génois, quelques-uns napolitains, très peu français. Artisans, commerçants ou agriculteurs, nos compatriotes ne connaissent, en général, autre chose et considèrent que ce n’est pas être artisan que de soulever avec adresse un fardeau pesant, le manier avec habileté, et le portera destination avec exactitude. Tout cela constitue, cependant, un métier assez difficile, auquel n’est pas préparé le premier venu; le changador ne saurait nullement être assimilé à un homme de peine. Il n’a rien de commun avec ces hercules, qui composent les équipes employées à la douane ou dans les magasins de gros, qui, du matin au soir, soulèvent, roulent, chargent, et déchargent des pipes de vin, ou autres fardeaux que Buenos- Aires, une des villes du monde où le transit est le plus considérable, voit passer par milliers.
Une des habiletés du changador est, au contraire, de ne jamais faire œuvre de force ; il lui faut pour cela être adroit
Cil A P. III.