‹ La vie et les mœurs à la Plata (volume 2)Chapitre 93 sur 152 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

dérer, au dehors, le clergé de France — on causa mariage, on s’entretint des formalités qui l’entourent, si bien que le prêtre crut débrouiller que ses hôtes n’avaient connu du mariage que les formalités préparatoires. Il leur dévoila leur erreur.

— « Qu’à cela ne tienne, dit-il, ce qui ne s’est pas fait alors peut se faire aujourd’hui. »

Et là même, debout, entre la poire et le fromage, il prononça quelques paroles; le mal fut réparé aussi simplement qu’il avait été causé, le mariage célébré et indissoluble.

Le prêtre, peut, partout où il se trouve, prononcer et recevoir, seul et sans témoins, les paroles sacramentelles, si les bans ont été publiés ou rachetés; il n’a d’autre obligation à remplir, à l’égard de la loi, que l’inscription, sur les registres de la paroisse des époux, de l’union qu’il a célébrée.

On peut supposer, et cela s’est malheureusement produit, que des prêtres, sous des influences faciles à deviner, inscrivent sur les registres d’une paroisse des actes qui n’ont existé que dans leur imagination. On en a vu, ainsi, apparaître et prendre rang sur les livres de mariage, même après la mort de l’un des conjoints, et des gens se trouver mariés sans le savoir. Pour obvier à cet inconvénient, qui ne manque pas de gravité, les paroisses reçoivent, actuellement, chaque année, des registres numérotés et paraphés par l’archevêché, où les inscriptions doivent se faire, à leur date, et ne sont plus reçues quand quelques jours se sont écoulés depuis la célébration de la cérémonie qu’ils relaient.

C’est encore un remède insuffisant : aucune loi, en eft'ct, ne punit le prêtre qui a célébré un mariage à domicile et qui oublie de le faire inscrire à la paroisse, lui enlevant ainsi toute existence légale. Ces omissions ne sont malheureusement pas assez rares. Nous avons eu l’occasion d’en constate! une, entre autres, dans des circonstances assez singulières.

CIIAP. 1. — LA CONSTITUTION DE LA FAMILLE 19j

Il y a quelque quarante ans, le ministre plénipotentiaire de France à Buenos-Aires se maria dans celle ville. La cérémonie eut lieu, selon l’usage, au domicile delà fiancée, avec toute la solennité requise, devant des invités de choix, parmi lesquels on comptait les premiers personnages de la nation, le corps diplomatique et consulaire, et les officiers des navires en station : un chanoine de marque officiait.

Le lendemain, le ministre, qui se disposait à partir pour la France, sollicita du chanoine une copie de son acte de mariage et la reçut de ses mains; l’acte, transcrit dans une mairie de Paris,*fut brûlé pendant la Commune. On songea, alors, à en demander une copie à Buenos-Aires; recherches vaines. Bien à la paroisse, ni dans aucune autre, qui eût trait à cet acte; on l'eût pu qualifier d'imaginaire n’eût été le rang des époux. Les recherches qu'on fit révélèrent, dans les paroisses, un désordre inimaginable; des actes de 1846 en précédaient d’autres de 1840. Le chanoine, interrogé, chercha dans ses souvenirs, et se rappela qu’ayant remis aux intéressés l’original qu’il destinait à la paroisse, il avait lout à fait oublié de se mettre en règle avec celle-ci. Il en rit très fort.

On imagine quelles surprises ménagent aux héritiers des omissions de ce genre, quand le sort des parties, de condition modeste, se trouve en jeu et qu’il leur faut suppléer par des témoignages, difficiles à réunir, à des actes aussi importants. A mesure que la propriété augmente de valeur, les tribunaux sont plus souvent appelés à examiner de près des cas de cette nature, et peu à peu le respect des formes entre davantage dans les mœurs, mais les intérêts privés ne seront vraiment garantis que du jour oû, à côté du mariage religieux, la loi nouvelle aura mis en pratique les dispositions relatives au mariage civil.

Une réforme partielle avait précédé, celle-ci plus radicale ; une loi de 1886 avait créé dans la capilale les registres civils

destinés à recevoir copie des déclarations de naissance, de décès et de mariage qu’il appartenait toujours à l’Église de dresser.

Cette réforme, pratiquée^ il y a dix ans dans la province de Santa-Fé, qui est celle qui conlienl le plus d'étrangers, depuis dans la ville de Buenos-Aires et les Territoires nationaux, soumis à une juridiction spéciale, obviait à un grand nombre des inconvénients que la loi du mariage civil a décidément supprimés.

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