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LIVRE VII

L’élevage d’autrefois n’avait pas de ces soucis, celui d’aujourd’hui, même dans les régions éloignées et les terres vierges, est plus compliqué.

Une grande estancia, où l’élevage du gros bétail est encore le principal, ne saurait avoir moins de huit à dix mille hectares, c’est la mesure ordinaire. Un seul majordome assisté de deux adjudants, nommés capataces, suffira à l’administrer. On peut adopter cette division rurale comme la meilleure, une plus grande serait d’une surveillance difficile; en la portant au double, il faudrait nécessairement la diviser en deux.

Sur cette surface, déjà assez vaste, en terrains vierges occupés pour la première fois, deux milles bêtes suffisent. On pourra conserver, chaque année, l’augmentation jusqu’à réunir cinq mille têtes, tout en vendant chaque année tout ce qui sera vendable, établir peu à peu sur la ligne, dans les endroits qui se désignent d’eux-mêmes, pour cet usage, vingt troupeaux de moutons de mille cinq cents têtes chaque. Jusqu’à ce que ce progrès, qui demandera cinq ou six ans, soit réalisé, des habitations fort modestes, simples toits de joncs, suffiront à abriter un ou deux hommes et leurs hamacs faits de peau de cheval. Le gardien des moutons ne sera pas beaucoup plus exigeant, son rancho sera composé de deux pièces, suffisantes pour lui et sa famille.

Pénétrons avec le propriétaire dans un de ces domaines.

Il est situé aux confins de la Province de Buenos- Aires : pour nous y rendre, nous prenons une des lignes de chemins de fer qui partent de la ville, traversent la plaine, rencontrent quelques villages, d’abord assez rapprochés, puis, plus rien que des stations, qui marquent peut-être des villes futures, plantées au milieu de la plaine, où rien de parti-

Usine Hileret. (Voir page

culier ne leur trace ua avenir, ni ne signale un passé. Elles prennent, pour se distinguer, un nom de saint dans le calendrier, ou celui d’une des bêtes de la création, ou celui, beaucoup moins intelligible, d’un propriétaire du lieu qui, de Basque enrichi, or. de commerçant ruiné, est tout à coup élevé au rang d’expression géographique.

Une distance de quatre à cinq lieues les sépare; c’est à peine si, dans ce long espace, on distingue, de loin en loin, quelque pauvre habitation de berger.

Après douze heures de route et cent lieues de plaine, nous arrivons chez notre éleveur.

C’est un domaine considérable, modèle dans son genre. Un y a réuni, en un seul bloc, sous une seule administration, trois lots de dix mille hectares. Le propriétaire a tait, il y a dix ans, l'acquisition de ce territoire de douze lieues carrées, alors que, la région où il est situé, étant mal détendue contre l’Indien, l'Etat cherchait acheteur, sans en trouver, et vendait au prix de 10.0ÜÜ Irancs la lieue. Aujourd’hui, celte même lieue trouverait locataire au même prix, qui s’en est donc élevé à environ cent vingt mille francs la lieue.

Le chemin de fer prend le domaine en écharpe, une station y a été élevée.

Le terrain est fait, c’est-à-dire que sa virginité est devenue téconde : le stationnement, déjà long, des animaux, lui a donné une réelle valeur, que l’arrivée de la voie terrée n’a pas augmentée dans de bien grandes proportions. Les trente mille hectares sont entourés d’une clôture a toute épreuve. Elle est faite de cinq fils d’acier supportés, de quinze en quinze mètres, par des pieux solides de bois dur, apportés là, uù aucun arbre ne se rencontre, des provinces du nord-est de lu République, Entrerios et Corrientes.

A voir la résistance de ces bois, on s'explique difficilement comment la hache a pu les débiter. Cette exploitation difficile et le transport à grande distance élèvent le prix de ces pieux

de quelques sous à quelques francs. Chacun d’eux représente environ 5 francs, mis au lieu où nous sommes, mais leur dureté est telle et telle leur résistance qu’on peut les considérer comme éternels.

Le coût de ces clôtures de pieux et de fils d’acier est environ de 5.000 francs par lieue courante : si la propriété est d’une grande étendue, la dépense est insignifiante par lieue superficielle; le pourtour d’une lieue carrée isolée est, en effet, de quatre lieues courantes, celui d’une surface de douze lieues n’est que de vingt quatre, soit, dans le premier cas, 20.000 francs de clôture pour une lieue, et, dans le second, de 100.000 pour douze lieues.

En tous cas, c’est une défense productive. Là où la clôture n’existe pas, un escadron d’hommes à cheval doit, chaque jour, surveiller les limites de la propriété, ramener, vers le centre, le bétail, qui tend à envahir les domaines voisins. Cette précaution, nécessaire, inutilisé, autour de la propriété, une zone assez large, exige l’emploi d’un personnel et l’entretien d’une cavalerie nombreuse.

Dans les propriétés closes, au contraire, toute la surface est utilisée, le bétail y paît en liberté, sans exiger aucun soin, ni surveillance : un homme suffit à inspecter l’état des clôtures, les réparer, les tendre, si elles ont fléchi, soin que l’on confie, généralement, aux bergers, cantonnés le long de la ligne, avec leurs troupeaux de moutons, et qui ont la charge de cette double surveillance.

Ce sont eux, aussi, qui ont la garde des portes. Les principales ont soixante mètres d’ouverture, divisée par des pieux, laissant, entre eux, quinze mètres d’écartement : cet espace est fermé par six rangs d'une forte chaîne, que des manivelles, ingénieusement disposées, de chaque côté, tendent ou détendent, en laissant tomber à terre cet obstacle devant celui, voyageur ou conducteur de troupeaux, qui demande passage et à qui la loi rurale interdit de le refuser.

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