‹ La vie et les mœurs à la PlataChapitre 25 sur 69 · CM AP · texte numérisé non relu

CM AP

Chacun doit pouvoir entrer ou sortir, pénétrer seul, avec ou sans le troupeau qu’il mène; il n’a pas d’autre obligation, s’il vent passer quelques heures de jour ou de nuit avec son troupeau, que celle d’aviser le propriétaire, qui n’a pas d’autre di’oit que celui de lui assigner un lieu de campement et de pâture, mais ne peut la refuser, ni en réclamer le prix.

L’enceinte générale, que nous traversons, est le point d’attache d’autres plus petites, qui servent à diviser les troupeaux, à séparer les bœufs, des vaches mères ou pleines.

C’est assez dire que l’on ne peut, ici, étudier les troupeaux à l’état de nature et leurs mœurs spéciales; il faudra, pour cela, pénétrer dans les propriétés ouvertes, où les troupeaux sont abandonnés à eux-mêmes. Là, les taureaux, vaches et bœufs vivent, en grandes familles, en meilleure intelligence que l’on ne pourrait croire. Divisés par troupeaux de mille à deux mille têtes, ils ont leur lieu de réunion, le rodeo, d où ils partent le matin par groupes, sortes de tribus de frères, sœurs, mères, descendants et cousins, qui augmentent ou diminuent en nombre, suivant les naissances ou les cruautés de la vente, qui, toujours, partent du même côté, paissent ensemble, à peu près toujours sur le même point du domaine.

Les taureaux, au printemps, se mêlent d’eux-mêmes au troupeau et remplissent leur mission; huit à dix suffisent à un troupeau de mille têtes. Ils vivent entre eux, pendant cette saison où leurs passions sont excitées, en meilleure intelligence qu’on ne le supposerait, à les avoir vus fouler, en avril, les arènes de Séville. A l’automne, ils rentrent dans le calme de la vie solilaire, s’isolent tous ensemble du troupeau, pour passer l’hiver, sans autre compagnie que la leur : on les rencontre, alors, à l’écart, dissimulés derrière les replis de terrains, ruminant ensemble le souvenir de leurs bonnes fortunes.

Nous avons vu pratiquer ces mœurs, non pas seulement

L1V11E Vil. — L’INDUSTRIE PASTORALE

aux taureaux de vieille race pampéeune, sauvages de pères eulils, mais à des taureaux, nés de père durham anglais, dans des étables, qui avaient, naturellement, repris, dans ce milieu, les mœurs de ses anciens habitants ou celles héréditaires de la race.

Ce n’est là qu’un usage, curieux, peut-être, à observer chez des animaux, habitués à vivre à l'état de domestication, depuis des milliers d’années, mais général à toutes les espèces. Un autre, qui a une étrangeté plus imprévue, c’est la manifestation de douleur, autour du cadavre d’un des habitués d’un rodeo. Il est facile à observer dans tous les troupeaux en liberté, malheureusement, trop facile dans les temps d’épizootie.

Sur le sol, dévasté par une sécheresse, où les animaux se traînent et se défendent mal, l’un deux est tombé pour ne plus se relever; ses compagnons habituels, ceux de la tribu à laquelle il appartient, se groupent autour et assistent, silencieux, à sa longue agonie. Le cadavre est à peine raidi par la mort, que le groupe se serre, s’augmente d’un grand nombre d’animaux du rodeo , et fait la veillée du mort! Ce sont de véritables pleurs, qu’expriment les beuglements de ces quarante ou cinquante bœufs ou vacbes, immobiles, debout, gémissant vers le ciel. Il faut les disperser, sinon, ils resteront là et en oublieront le pâturage,

Dans le domaine que nous visitons, qui est important, on compte vingt-deux mille têtes de gros bétail et soixante mille moutons. Les enceintes comprennent, indistinctement, un certain nombre de chaque, suivant leur étendue et la nature du pâturage. Le gros bétail est groupé, comme dans les propriétés ouvertes, par rodéos, le petit, par troupeaux, sous la garde d’un berger. Les enceintes ont le double

avantage de diminuer le nombre des gardiens et de protéger passivement, sans dépense, chaque groupe ; elles ont, aussi, cet autre, de permettre au propriétaire d’élever, dans les unes, des durham, dans l’autre, des hereford; cet éclectisme est une solution, à défaut d'autre : les éleveurs n’étant pas d’accord sur la supériorité sur l’autre d’une de ces deux races, qui ont, avec un égal succès, répandu leurs types dans le monde entier.

La race durham est celle qui a pénétré plus anciennement en Australie et à la Plata. Dans ce pays qui, cependant, n’a pas été colonisé par les Anglais, elle a trouvé le terrain préparé, par une circonstance curieuse et peu connue. La race, d’où est sortie la race durham est la race hollandaise; par une coïncidence remarquable, les premières vaches qui aient été importées, au xvue siècle, à la Plata, par les frères Goës, étaient hollandaises. C'était à l’époque où les Hollandais essayaient de se soustraire à la domination espagnole < en même temps de combattre leur ennemi et leur maître sur le champ de bataille colonial. Il y a donc similitude d’origine entre la noble race durham et la race créole abâtardie, par conséquent, propension naturelle, chez celle-ci, à s’approprier les qualités de la première.

Ce serait une raison d’exclusion, mais la race hereford a, pour elle, le poids de son cuir, reconnu plus lourd que celui du durham; ce n’est pas un élément négligeable pour l’éleveur exotique, qui, s’il vend son bétail gras au prix de iO ou de 50 francs par tète, sait bien que c’est du prix du cuir que dépend le rapport du troupeau.

Il reste à observer quelle sera l’intluence des conditions climatériques sur cette enveloppe, si l'élevage à l’air libre augmentera le poids de celle du durham. Il semble, en effet, prouvé qu’elle a la résistance requise, puisque, en Angleterre et en France, dans l’Anjou et la Normandie, le bétail de race durham passe l'hiver et les nuits à l’air libre, et n’est pas

même toujours ramené à l’étable par les temps de neige. C’est là un usage qui devra rassurer l’éleveur pampéen, et que les éleveurs français, qui songent à l’exportation de leurs reproducteurs, feront bien de ne pas abandonner.

Les deux races, du reste, ont à peu près, au même degré, les qualités de précocité, que l’éleveur pampéen recherche de plus en plus, parce qu’aujourd’hui la condition de l’élevage libre est telle, les prix sont tombés si bas, qu’il ne peut se sauver que par la production en nombre; il lui faut des quantités pour le consoleT de l’insuffisance des prix, et il lui faut des animaux, qui lui donnent, en peu de temps, un cuir vendable, couvrant un porteur, facile à engraisser. Il fallait quatre ans à un bœuf créole pour atteindre ce degré de maturité dans la pampa; dix-huit mois suffisent à un métis durham.

Quant au lait, que produit en si grande abondance cette race, il n’est encore utilisé que par exception. Dans l’établissement où nous sommes, une tentative est faite. Déjà quatre cents vaches durham sont groupées, et destinées à l’exploitation d’une fromagerie, installée et confiée à des métayers jurassiens, qui sont chargés de tout le travail, et prélèvent la moitié des produits. Jusqu’ici, la vente est facile, l’olfre beaucoup au-dessous de la demande des seuls districts voisins.

C’est un spectacle intéressant que celui de ces quatre cents vaches de race fine,, de formes, rappelant les plus beaux animaux des herbages normands, où chacun représenterait un prix de 4 à 500 francs. Ici, l’exploitation fromagère et l’intelligence de quelques hommes pourra tirer de chaque bête une somme annuelle supérieure à sa valeur vénale.

Les troupeaux d’animaux, plus ordinaires sont dans d’autres enceintes, très vastes, où l’on en groupe quatre ou cinq mille. Cela constituerait si, on les voyait réunis, des masses imposantes, mais, dans cet état de liberté, sur une

Cil AP. II. — LES GRANDS TROUPEAUX DE BOEUFS

surface d’environ quatre mille hectares, on en aperçoit, de loin en loin, quelques groupes qui ne donnent aucune idée de leur nombre, moins encore de l’innombrable que l’on attend, que l’on recherche ; rarement on les ramène au rodeo, où ils perdent même l’habitude de venir.

C’est en cela, surtout, que les domaines clos diffèrent des domaines ouverts : dans ceux-ci, il faut diriger l’habitude qu’aie bétail de se réunir, à certaines heures, à un lieu donné ; les ruminants aiment à ruminer ensemble, c’est leur manière de converser. Il suffit de leur indiquer l'endroit où ils doivent le faire, ils y viendront toujours et d’eux-mêmes. C’est ce lieu que l’on nomme rodeo.

Il représente, sous le soleil, en plein champ, une esplanade desséchée, foulée par le piétinement quotidien; elle domine la plaine. Chaque troupeau a le sien.

Pour les besoins de l’exploitation, il est souvent nécessaire de l’y réunir, aussi faut-il le dresser a s’y rendre aussitôt que le signal est donné. On appelle cette opération parar rodeo , arrêter le troupeau en groupe.

Pour simplifier l'opération, on forme une petite troupe de » jeunes bœufs, que l’on appelle sehuelo , qui signifie, en espagnol, au propre, appeau; le senuelo se compose de huit à dix bœufs, du même âge, de même taille, de même poil, châtrés tous, le même jour, tenus, depuis lors, à part du troupeau. On choisit une robe qui se distingue facilement des autres, soit, tout blancs, ou tout noirs.

Le dressage de cette troupe est assez compliqué. Le pasteur doit, pendant quelques jours, les réunir, les faire courir, galopant, achevai, derrière eux, armé d’un long bambou, dont une extrémité est ferrée et garnie d'une clochette. La pointe de fer et la clochette ont, toutes deux, un rôle très

actif dans l’opération. La première entre dans les chairs, et la seconde, en même temps, s’agite. Le dresseur crie : en avant, bœuf! et il pousse la troupe dans un corral pour l'en faire ressortir, en criant toujours : bœuf, en avant ! bœuf, dehors! et toujours, en accompagnant ses cris du bruit de la clochette et de nombreux coups de pointe. Au bout de quelques jours, il suffit d’attacher la clochette, au cou de l’un des bœufs, qui devient ainsi le chef de la troupe, pour que ses compagnons se groupent d’eux-mèmes autour et, au premier cri de l’homme, opèrent la manœuvre indiquée. Le bruit de la clochette sera toute leur vie, pour eux, inséparable de l’idée de coups de pointe reçus, et iis courront naturellement, pour les éviter, dès que la clochette s’agitera.

Pour rappeler, donc, le troupeau au rodeo, le pasteur cherche le semtelo. Il sait d’avance où le trouver. Au galop de son cheval, il court dans sa direction. A peine apparaît-il que le senuelo prête attention, écoute, se dresse, attend l’ordre et, au premier cri, prend le galop vers le rodeo , dont il est quelquefois à plusieurs kilomètres. Tout le bétail, répandu autour, a immédiatement compris ; au bruit de la clochette, on voit toutes les familles éparses, se diriger, quelques-unes au galop, le plus grand nombre, au pas calme du ruminant, vers le lieu où le senuelo court d’un pied plus léger.

On réunit le rodeo , soit pour permettre aux voisins de rechercher les animaux égarés, soit pour présenter le troupeau à quelque acheteur, soit pour choisir des animaux vendus, soit enfin pour les opérations de la marque à feu et de la castration.

S’il s’agit de choisir des animaux, cette opération ne dure que quelques heures. Le troupeau, rassemblé, tournoie, sur lui même, sans repos, en mugissant. Les hommes à cheval, rangés autour, ont beau ouvrir les rangs pour laisser passer ceux qui ne sont pas à choisir, fort peu profitent de la permission, tous continuent leur tournoiement, ennuyés et

larmoyants. Le sehuelo est à part. C’est autour de lui que viendrontse grouper les animaux choisis, que l’on fait sortir, en les poussant du poitrail du cheval, vers ce point de concentration ; ils y courent, en ruant, la queue en l’air, les cornes labourant le sol. Tout le talent consiste à empêcher ceux qui n’y ont que taire, de courir vers le senuelo , et, ceux qui doivent rester auprès, de s’en écarter.

Cette opération est fréquente, en champs ouverts, où les mélanges de troupeaux sont de tous les jours. Dans les champs fermés, elle n’a lieu qu’en cas de vente, ou lorsqu’il s’agit de diviser le troupeau, de séparer les veaux ou les bœufs.

La marque et la castration se font surtout dans des parcs fermés. Le senuelo joue, ici encore, son rôle, pour conduire, au corral, le troupeau qui y va subir l’une ou l’autre de ces opérations.

A l'automne, dans toutes les estancias, on procède à la marque des veaux nés au printemps. Cette opération n’offre aucune difficulté. Les veaux, tout effrayés qu’ils sont, sont peu redoutables ; c’est, généralement, une partie de plaisir que l’on s’offre entre voisins. Un grand feu d’os est dressé et entretenu en activité au centre du corral. On a mis les fers au feu, le dessin compliqué des marques y rougit, en attendant les victimes. Quelques hommes, à cheval, et un plus grand nombre à pied, sont répartis dans le corral. Les hommes à cheval, armés d’un lasso attaché à leur selle, ont pour mission de prendre le veau, pour ainsi dire, au vol, de le maintenir pour que les hommes à pied puissent le manier, le roulera terre et apposer la marque à feu sur.le bas de la cuisse.

Toute cette opération est prestement fai! e, et l’animal, lâché dans son ahurissement, s’échappe, en jetant des ruades auvent. Quelquefois, il fait mine de se révolter, ou, aidépar un farceur, qui veut effrayer la compagnie et, jeter un peu de

désordre, il se dégage du lasso et se sauve, en distribuant à la cantonade des coups de cornes que l’on évite et qui n’atteignent personne.

Autre chose est l’opération similaire, qui consiste à contremarquer des animaux, portant la marque de leur premier propriétaire et vendus par lui. La marque à feu étant le signe de la propriété, l’animal qui change de mains doit en recevoir une nouvelle. Il s’agit, alors, non plus dejeunes veaux, mais de troupeaux composés d’animaux de toute taille, qu'il faut, l’un après l’autre, saisir au lasso, jeter à terre, pour leur apposer, non plus une marque au fer rouge, mais deux, à côté l’une de l’autre, celle retournée de l’ancien propriétaire qui, par sa présence, annule celle existant déjà, et celle du nouveau propriétaire, qui constate la transmission.

Le troupeau, qui doit supporter cette opération, doit, en même temps, supporter une marche plus ou moins longue. C’est, en effet, le cas ordinaire qu’un troupeau vendu est déplacé et emmené au loin par son nouveau propriétaire.

Il aura donc à souffrir, à la fois, la blessure que lui fait la marque à feu, la fatigue du voyage et du changement de pâturages, qui n’est pas la moindre des perturbations qui puisse l’atteindre. Aussi, cette triple opération, si elle n’est pas menée avec attention, peut-elle coûter fort cher.

Il faut, pour la mener à bien, un corral solide, pouvant contenir deux ou trois cents têtes. Le foyer ne saurait être placé au milieu, c’est un poste dangereux. Il est dressé près de la porte de sortie et derrière un rempart formé de charrettes, qui sert de refuge, en cas d’alerte, à tous les hommes à pied. Nous sommes, ici, en pleine arène, le danger est partout ; chacun doit veiller sur soi et sur les autres, aussi, la plaisanterie n’est-elle pas de mise. Il n’est pas rare, en effet, qu’après avoir évité le premier lasso, qui le prend aux cornes, le second, qui lui enveloppe les pattes et le culbute,

l’animal, sans être 1res sauvage, se relève, furieux, surexcité par l'impression du fer rouge, et coure sus aux hommes à pied.

Le taureau n’est pas le plus dangereux, il se précipite, tête baissée, jette son coup de cornes, que l’on évite, et passe; mais la vache revient sur l’ennemi, le cherche, l’attaque de nouveau, s’il se couche, pour l’éviter, fouille avec ses cornes, pour l’enlever du sol.

L’opération de la castration n’offre pas plus de dangers et se fait, à peu près, de la même manière, quant à la réunion des animaux dans lecorral. Elle n’est dangereuse ni pour les veaux, qui la subissent à cinq ou six mois, ni pour les hommes qui la pratiquent.

Le jeune bœuf représente le vrai produit du troupeau. Il est vendable dès l’âge de deux ans, s’il est en bonne chair. C’est en octobre qu'il commence à entrer dans cette période, (pii sera plus ou moins longue, suivant la nature des terrains et la qualité des pâturages. Ceux qui donnent le plus vite les qualités désirées sont, par cela seul, classés comme pâturage de premier ordre, et obtiennent des prix en conséquence. A mesure, en effet, que la saison avance, 1 offre abonde de toutes parts, naturellement, les prix baissent, aujourd’hui surtout que celui, toujours diminué des graisses et suifs, de la viande séchée et salée, a ralenti l’activité des saladeros, cependant que l’exportation de la viande congelée ne demande encore que du mouton.

La vente des animaux gras est, depuis quelques années, tous les ans, plus difficile; le propriétaire, dont les troupeaux augmentent plus rapidement qu’ils ne s’écoulent par les débouchés naturels, en est réduit à rechercher de nouveaux terrains, où envoyer ses animaux de reproduction, ou à les vendre à d’autres, qui les emploieront à garnir des terres nouvelles.

Il y a quelque dix aus, cet exode du pasteur vers les terres vierges était fort peu pratiqué : la pampa était fermée, vers l’ouest, par l’Indien; devant cette impossibilité de s’étendre, l’élevage du gros bétail périclitait.

Alors, quelque solitaire gaucho s’offrait pour mener au loin, dans des régions encore exposées aux invasions, quelques milliers de bêtes à cornes, dont on lui confiait la garde, en lui abandonnant une part du mince profit. Il donnait quelquefois de ses nouvelles, avait, trop souvent, à chercher abri et protection dans un des forts qui gardaient la frontière. Vivant dans la zone de transition, d’une vie demi-sauvage, en bon voisinage avec les Indiens, ne voyant que son troupeau, se nourrissant de char qui , c’est-à-dire de lanières de viande séchée au soleil, qu’il découpait, quand, de loin en loin, il sacrifiait quelque bœuf à son alimentation, il occupait ses loisirs à chasser l’autruche.

Son exemple, quelquefois, attirait des imitateurs, qui venaient tenter la même aventure, courir les mêmes risques ! c’en était assez pour que la région fût considérée comme peuplée. Le fort, qui la défendait, se trouvant alors àl’arrièregarde, se transportait en avant, avec sa garnison de six ou huit hommes : un pulpero prenait sa place, ouvrait boutique, accrochait le pavillon blanc professionnel au mât, où, fa veille, flottait le pavillon national. Les solitaires de la contrée, avaient là un lieu de réunion avec toutes les jouissances que contient une bouteille de gin ou d’anis, un centre d’échange où écouler leurs cuirs, de provenance plus ou moins régulière, les paquets de plumes d’autruche, les peaux de jaguar, de daim ou de puma, produits de leur chasse.

Les mêmes mœurs se pratiquent aux Etats-Unis et en Australie. Dans les premiers, les cowboys ; dans l’autre, les squatters sont les missionnaires des terres vierges.

Dans la pampa, ce métier de colonisateur, de pionnier, s’est régularisé comme tout le reste. Les terres conquises ont

2il

été vendues à bas prix, les propriétaires les font occuper pour leur compte. Dans ces terres, après la première année, difficile à passer, et la sélection, que l’acclimatation opère, on peut calculer que le troupeau double en trois ans.

L’exode donc est la règle. N’est-ce pas ainsi que l’on opérait du temps d’Abraham? Le pasteur a conservé les vieilles mœurs, partout, parce qu’elles s’imposent à lui, en y introduisant, ici, cette modification qu’il a cessé d’être nomade, qu’il ne consent à changer de place que pour étendre son domaine et le garder.

Aux premiers mois du printemps, alors que la mise bas est terminée, que les jeunes veaux ont pris déjà du corps et de la force, on forme une troupe, on 1 isole, on la compose, surtout, d’animaux reproducteurs, et l’on part, au petit jour, de façon à être aussi loin que possible du pâturage regretté lorsque la nuit arrivera. L’avant-garde est formée des chevaux de relai, destinés au service de l’expédition et de l’exploitation que l’on va créer.

S'il est vrai que, dans le terrain clos, un petit nombre de chevaux suffise, dans ceux où l'on se rend, c’est tout autre chose! Il en faudra un nombre considérable. Du reste, ces terrains se prêtent merveilleusement à la multiplication de ce bétail dédaigné, peu exigeant, nuisible dès qu’il cesse d’être nécessaire.

On emmène, donc, généralement, des troupes de chevaux et de juments ; mais les chevaux, ayant à rendre des services pendant la route, sont groupés à part, sous la surveillance de deux hommes. Ils marchent, à un demi-kilomètre du gros du bétail, conservant toujours leur avance, pour constituer un point visible en avant, éclairant la route; trop rapprochés, ils constitueraient un danger ; prêts qu’ils sont à prendre le galop, ils exciteraient, à l’imiter, le bétail, qui doit prendre le pas. Une troupe de mille ou deux mille bêtes à cornes, que l’on lais-

serait prendre un pas accéléré, aurait bien vite formé un torrent que rien n’arrêterait.

Il faut cependant, pendant la première étape, marcher vite pour s’éloigner, autant que possible, du point de départ et fatiguer la troupe, ce qui lui ôte les velléités de retour. Pour cela, on place en tête le seniœlo ; léger d’allure, il entraîne rapidement sur la route les hésitants. Cette route, c’est la plaine ouverte et non pas un chemin , elle ne le devient qu’au passage des barrières ou à celui des gués de rivière.

Si le senuelo a pu être conservé, ces points difficiles sont vite franchis, mais, d’ordinaire, il a dû quitter son emploi à la première étape, et retourner où l’appellent ses fonctions ; il faut donc, le plus souvent, opérer sans lui, prendre mille précautions.

La nuit n’est pas moins périlleuse ; il faut éviter les fuites subites, que peut déterminer un ouragan, ou simplement le bruit que fait un troupeau au rodeo voisin.

Après quelques jours de marche, on arrive. Le paysage n’a pas beaucoup changé, la plaine n’est pas le pays des surprises ; cependant, pour l’œil exercé de l’éleveur, tout est nouveau. Ce n’est plus cet épais tapis de graminées variées, tendres et nourrissantes de la région qu’il quitte ; le sol n’est pas même, partout, couvert de végétation ; de larges places dénudées, même à la meilleure saison, laissent voir la terre stérile, entre les touffes d’herbes hautes, aux tiges rudes, taillées en longues lanières à dents de scie. Seuls, les bas fonds sont couverts d’un épais tapis.

La rude épreuve, d’une vie de privations, commence, pour le bétail : l’arrivée dans ce purgatoire n’est fêtée par personne. Les hommes savent qu’ils n’y trouveront aucune ressource, que tout est à faire. Il faut attendre les charrettes, toujours longues à venir, qui apporteront du littoral les

poutres et les solives de la maisou future; jusque-là, camper à la belle étoile, autour de quelque chariot qui aura accompagné l’expédition, et fournit un toit; la selle, le recado, se démontant en pièces nombreuses, fournit le lit de camp, les couvertures et les oreillers ; le sol sert de sommier ; ce lit improvisé est encore assez confortable pour que les paresseux s’y attardent, pendant que les plus matineux préparent, sur la braise, conservée de la veille, l’inl'usion de yerba mate.

Les soins, que demande le troupeau, sont nombreux. Il faut, aussitôt le matériel arrivé, dresser un corral, où, le soir pendant longtemps, il faudra enfermer le bétail pour le guérir des regrets, qui l'attirent vers ses anciens pâturages. Le jour, on le surveillera jusqu’à ce qu’il apprenne à connaître les limites du domaine qu’il ne doit pas traverser.

Il semble, au premier abord, qu’il soit aussi difficile, pour l’homme que pour le bétail, d’apprendre à connaître ces limites, que rien n’indique, mais l’un et l’autre arrivent à savoir quelle est la touffe d’herbe qui appartient à leur maître, et quelle au voisin.

Les propriétés sont, jusqu’au plus loin que l’on puisse l’imaginer, toutes arpentées et bornées. L’Etat avant de songer même à les vendre, en a fait dresser le cadastre, les a découpées en carrés de dix mille hectares, a fait déterminer les limites et placer les bornes par des arpenteurs.

On s’imagine facilement que ce métier d’arpenteur ne peut, en rien, se comparer à ce qu’il est en France. U exige des connaissances spéciales et d’un ordre tout différent. Ce qui s’est passé, lors de la conquête de la pampa, en peut donner une idée. Il s'agissait de mesurer six mille lieues carrées de terrains inexplorés, dont les contours, aussi

bien que la topographie intérieure, étaient inconnus. Les arpenteurs avaient pour mission de les découper, en lots classiques de dix mille hectares, de tracer les lignes de chacun de ces lots, de placer des piquets, à chaque kilomètre, sur les limites, et des pieux à chaque coin du carré, chemin faisant, prendre note de l’aspect de la nature, du sol, de sa qualité, du profil des surfaces. Comme point de départ, on avait fixé le cinquième méridien ouest de Buenos- Aires, qu’il fallait déterminer.

Chaque arpenteur emmenait ses aides, ses chevaux, ses armes, ses provisions, et était accompagné d’un peloton de cavalerie de ligne. Le travail a duré deux ans, qu'il a fallu passer dans le désert; pour cet énorme travail, l’Etat payait 20 centimes par hectare; aucun de ceux qui l’a entrepris, n’y a, du reste, trouvé son compte.

Cet arpentage est, généralement, fait avec une grande exactitude; en prenant possession, l’acheteur le fait vérifier et place des bornes: forte colonne de fer ou rail réformé, auquel on rive un pavillon de fer, dans lequel sont découpées les initiales du propriétaire ; ces bornes suffisent ; bien que, placées aux quatre coins, elles ne soient pas visibles de partout, bêtes et gens savent où passe la ligne invisible qui les rejoint, entre elles.

Quand les bêtes ont pris l’habitude de ne plus la franchir, le plus gros travail est fait. Entre temps, elles se sont acclimatées, le rodeo est connu d’elles, le senuelo est dressé. Jusque-là, le repos et la vie oisive ne sont pas de mise; il faut un personnel actif et vigilant, des chevaux en bon état, difficiles à conserver tels, au milieu de ce pâturage nouveau et de cette vie qui les éprouve.

Les troupeaux de bœufs, au bout de quelques semaines,

Pureaux.

La Vie et les Mœdrs de la Plata, tome II.

l'orèl dans la Pampa. (Voir pa;

sont, eux aussi, méconnaissables, leur maigreur est inquiétante ; ils maigriraient même si le pâturage était meilleur et plus fourni que celui qu’ils quittent, tout changement leur étant contraire ; ils souffrent surtout d 'être privés de leurs compagnons ordinaires.

On a soin, de temps à autre, de brûler, par places, les herbes hautes; le sol noirci est vile nettoyé par le vent, quelques pluies déterminent la végétation de quelques pousses tendres, qui naissent des cendres. Jusqu’au printemps suivant, où ce qui aura survécu pourra être considéré comme acclimaté, la mortalité ne peut manquer d’être assez considérable ; tout ce qui est faible ou affaibli doit, nécessairement, périr pendant les mois de juillet et août.

Faire son août! Cette expression, qui a cours même dans l’hémisphère Sud, où elle n’a aucun sens, puisqu’elle traduit les espérances réalisées du moissonneur, mettant en grange le produit de ses labeurs, est ici une ironie. Faire son août! c’est, pour le bétail, mourir de misère en plein champ, au milieu d’un pâturage, desséché par les gelées nocturnes. Pauvre bête abandonnée, elle se couche et demeure, essaie de se relever pour suivre, une fois encore, ses compagnons, et ne peut. Il lui faudra mourir là. Au matin, ses membres seront raidis. Le pasteur repoussera les bêtes du troupeau qui auront fait la veillée du mort, descendra de cheval, et enlèvera la dépouille.

La carcasse, qui ne rappellera plus à ses compagnons le souvenir d’un ami disparu, est abandonnée aux oiseaux de proie. Pendant des années, ses ossements, éparpillés par tous les rongeurs, qui auront fait, de sa maigre chair, leur nourriture, resteront là, s’effritant lentement.

Un jour, une inévitable charrette passera, conduite par deux de ces innombrables immigrants venus de Naples, chiffonniers de la pampa, qui se livrent à l’occupation

T. II

lucrative de ramasser tout ce qui se perd dans les immenses solitudes.

Ils n’ont garde de dédaigner les ossements, savent même distinguer de fort loin leur blancheur mate sous le soleil, en chargent leur charrette, et groupent ces chargements près de la prochaine station ; les uns sont choisis pour la tabletterie, les autres, mis en poudre, exportés pour l’agriculture.

Les propriétaires ont laissé longtemps enlever de leurs champs ces précieux détritus, qui avaient l’utilité de fournir, au sol, le phosphate de chaux dont il a besoin. Aujourd’hui, les propriétés les plus vastes sont surveillées, et l’on exige une rétribution pour l’enlèvement des os.

Un autre ennemi de l’éleveur, en terre vierge, est le chasseur d’autruche. Celui-là, il faut le tenir à distance ; c’est chose difficile, parce qu’il est légion. Quel est le gaucho qui pourra songer qu’il y a, quelque part autour de lui, des autruches, et qui résistera au désir de s’en emparer? Que d’avantages n’y trouve-t-il pas? Partir à fond de train, au galop de son cheval, derrière cet animal léger, qui court et vole à la fois, que ses ailes enlèvent et soutiennent, qui rase le sol sans le quitter, fait, de tous côtés, les crochets les plus inattendus, enfin, que l’on peut arrêter quand il se lasse, en jetant avec adresse, aux cris de joie de ses compagnons, le projectile à trois boules que nous avons déjà décrit, les bolas, qui l’enveloppent, le roulent et le maintiennent sans qu’ii puisse faire un mouvement.

Le chasseur d’autruches se soucie peu ue la vie de ce gibier, il la sacrifie, généralement, arrache la plume, et coupe l’aileron, pour le faire rôtir.

Il se soucie moins encore du sol sur lequel il est et des intérêts qu’il représente. Si l’autruche s’est dérobée et se

cache, que ses lévriers noirs ne puissent la déloger, iln’hésile pas, il tire de sa poche la boîte d’allumettes-bougies, qui ne quitte pas l’homme des champs, et met le feu à un tas d’herbes. Le feu se propage vite, les flammèches, les tiges légères de plantes desséchées le portent au loin, multipliant les foyers, force l’autruche à déguerpir; la chasse continue, sans que le chasseur se soucie de l’immense incendie qu’il vient d’allumer. Le feu s’étend, le troupeau, répandu dans la plaine, s’affole et court en tous sens ; la demeui-e éloignée du berger est menacée, il n’y a qu’un moyen d’arrêter le mal : faire la part du feu, lui enlever vite tout aliment sur un espace aussi vaste que possible. 11 faut, quelquefois, recourir à des remèdes héroïques, allumer un contre-incendie, combattre la flamme par la flamme ; si le danger presse, que ce moyen ne soit pas praticable, il faut, avec ce que l’on a sous la main, battre le feu, l’arrêter, lutter contre lui. On emploie à cela des peaux, des cuirs, seuls outils dont le berger dispose ; on en a vu, poursuivis par la flamme, au milieu de la plaine, aller jusqu’à sacrifier le cheval monté, l’égorger, et traîner sur le sol ses chairs pantelantes pour couper la route à l'incendie; ce moyen, énergiquement employé, a sauvé, à notre connaissance, la vie à deux personnes.

Le propriétaire qui se décide à brûler une partie de ses herbages, pour les améliorer, procède avec précaution et ne répand le feu que sur des espaces réduits, en le surveillant.

L’exploitation demande peu de soins ; la passivité en fait le fond. Pour dix mille hectares, une fois le bétail habitué à ne plus franchir les limites, deux hommes suffisent; l’un est un simple gaucho, habitué à vivre à cheval, à manier le lasso et le couteau, à tuer, dépouiller et dépecer un bœuf en plein champ, l’autre est une sorte de directeur d’exploi-

tation appelé capataz, gaucho aussi, mais ayant, sur ses congénères, quelque supériorité, sachant choisir les animaux à vendre ou à acheter, former une troupe, diriger tous les travaux -de mise en œuvre d’un nouvel établissement, la marque, rendre compte, de temps à autre, au propriétaire, qu’il ne connaît souvent que de nom, des différents détails de sa gestion.

il doit, surtout, avoir quelques notions des principes du Code rural, dont les dispositions relatives aux soins des animaux, au respect de la propriété d’autrui, sont des plus rigoureuses. Elles réglementent, avec le plus grand soin, tous les détails de la transmission du bétail, et punissent sévèrement le vol d’un animal, ou la possession, non justifiée, d'un cuir portant une marque étrangère à l’établissement.

Il doit éviter que les animaux s’égarent; le plus souvent, malgré les sévérités de la loi, un animal égaré est un animal perdu. Il ne manque pas, surtout au loin, de gens astucieux, qui prennent plaisir à se nourrir, de préférence, de la chair des bêtes du voisin, à se fournir de courroies, découpées dans la peau de ses animaux, qui, ainsi débitée, échappe à toutes les perquisitions.

Ces larcins sont rarement ignorés de ceux qui en souffrent; il n’est pas de gardien, un peu soigneux, qui ne sache, d’un coup d’œil, dans un troupeau de mille têtes, reconnaître que tel ou tel animal manque à l’appel; c’est, en somme, assez simple. Tous les jours, en effet, régulièrement, le capataz doit, à l’aube, visiter le rodeo, à l’heure où les animaux s’étirent, se promènent de long en large. Il n’est pas de semaine, où, pour une cause quelconque, le plus souvent sur le demande d’un voisin, on n’ait à réunir le rodeo: c’est encore une occasion d’examen souvent renouvelée; enfin, quand les animaux se séparent, par groupes, composés toujours de la même manière, l’observation se précise, les remarques sur la robe, la forme, la taille de chacun, se

classent facilement dans la mémoire, en même temps que le nombre de chaque groupe, et chaque disparition sautent aux yeux.

La vie de ces isolés, vivant si loin de tout, que l’on pourrait croire qu’ils sont plus à même de savoir ce qui se passe dans les planètes que dans les pays même dont ils sont citoyens, n’est pas ce que l’on pourrait croire. Dans ce désert, le lien social et les relations fréquentes existent, des familles se forment, le plus souvent, sans le secours de la loi et en dehors d’elle, mais ces unions, n’en sont pour cela, ni moins durables ni moins fécondes. Ces isolés ont leurs lieux de réunion, leurs passions et, même, leurs passions politiques ; les journaux leur parviennent de loin en loin, ils jugent les gouvernements, quelquefois montent à cheval pour les renverser, quelque gloire qu’ils puissent avoir, conquise dans ces rencontres, s’ils rentrent chez eux, c’est en vaincus et éclopés.

Dire qu’ils vivent sur le chemin de la fortune, ce serait partager une erreur, permise seulement à ceux qui, de loin, croient qu’en Amérique on prend la fortune au lasso.

On a vu, certes, de nombreux étrangers, simples tenanciers ou locataires, édifier, sur des bases modestes, de grandes fortunes, mais c’est seulement par l’élevage du mouton, dont les produits annuels, augmentés par leurs soins attentifs, leur ont permis d’acquérir un peu de terre, et, peu à peu, davantage; ils ont enrichi les propriétaires qui leur ont loué, d’abord, vendu, ensuite, la terre ; quant au gardien des grands troupeaux de bœufs, il travaille et travaillera toujours pour autrui. Il en sera de même de celui qui, propriétaire du troupeau qu’il garde, ne l’est pas du sol, même s’il ne paye pas de loyer, le profit est pour celui à qui il n’en paye pas.

La fortune, en Amérique plus qu’ailleurs, et c’est là, à proprement parler, ce qui a fait la réputation de ce continent vient en dormant ; pour la fixer, il suffit de se fixer, d’abord, de dresser sa tente, sur un sol à soi. Il n’y a plus, alors, qu’à attendre ; attendre que les habitants augmentent par l’immigration et les naissances, attendre que le bétail se multiplie. Pour la terre, il y aura toujours un preneur à haut prix, tant que l’on considérera comme un haut prix celui de 200. francs l’hectare de pâture, et 1.000 francs l’hectare de culture.

C’est là où est la grosse question, qui menace l’Europe plus qu’on ne pense. Toutes les entraves et les prohibitions qu’elle fait peser sur sa propre alimentation, les droits sur son pain et sur sa viande, n’empêcheront pas la terre transocéanique d’enrichir celui, quel qu’il soit, quelle que soit la valeur de ses produits, qui aura Tbeureuse idée de l’acquérir.

Il est, cependant, étrange d’avoir à constater que le dernier mot de cette étude de l’élevage des grands troupeaux de bœufs est qu’il aboutit, à notre époque, malgré le développement et le bon marché des transports, malgré l’augmentation de la population de tous les pays d’Europe et celle, plus active encore, de leur consommation, à cette conclusion: que cette production n’a pas plus d’emploi qu’au siècle dernier, que le commerce aura beau créer des marchés où écouler ce trop-plein, il n’existe, pour elle, qu’un marché, le marché local, qui ait quelque importance, elle ne peut demander à l’exportation de lui prendre autre chose que la laine de ses moutons et la dépouille de ses bœufs.

L’éleveur d’Europe n'est encore ni atteint ni même menacé par l’énorme production des grands troupeaux de bœufs sud-américains.

CITAPITRE III

Page 1