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CHAP. I. — LES GRANDES CULTURES DE CÉRÉALES 3U

dépassant pas encore 110,000 individus, dans les années les plus favorisées! La Province de Santa-Fé, que l’on appelle avec raison la région du blé, à côté des 750,000 hectares, mis en culture, en 1888, en possède plus de deux millions déjà divisés, préparés pour recevoir des colons, et sept millions encore abandonnés au pasteur, qui se prêtent, sans exception, à la grande culture et attendent leur heure. Elle ne contient encore que 550,000 habitants, dont 150,000 dans les colonies où le nombre des familles propriétaires est de 19,455 ; 19,000 de ces familles sont étrangères et conservent leur nationalité.

Très américains dans leurs procédés de culture, les colons ne le sont pas moins dans leur manière de vivre ; sans avoir adopté les habitudes locales, ils ont adapté les leurs à ce nouveau milieu social. Leur costume, leur alimentation, leur langage, tout en eux se modifie, peu à peu, sous cette influence du milieu, sans qu’ils perdent, pour cela, leur caractère propre et le cachet de leur origine, qu’ils sont, en général, jaloux de conserver. Leur costume de travail est, presque partout, le même : le béret, cette coiffure, que les Basques ont si bien répandue partout qu’elle est un objet de première nécessité dans l'approvisionnement d’une ville ou d’un village pampéen, preuve manifeste de l’influen ce de l’émigrant sur le développement de l’industrie de son pays d’origine; l’espadrille des montagnards pyrénéens, importée par la même voie ; le bourgeron de laine, alternant avec le poncho, qui ne permet pas le travail à pied, enfin les braies de nos ancêtres, déguisées sous le nom indien de chiripa. Aux jours de fête, les costumes nationaux reparaissent volontiers : Andalouses, Catalanes, Napolitaines, Basquaises, Suissesses ou Bretonnes mêmes, se coudoient, élégamment vêtues, à la mode de leurs provinces.

Là, comme partout sur le sol américain, ces diversités d’origine disparaissent à la première génération. En même temps que la loi impose la nationalité locale à ceux qui sont nés sur son sol, que le sang étranger entre, ainsi, avec des droits égaux, de quelque source qu’il provienne, dans les veines de la nation, les coutumes importées deviennent nationales.

Ce phénomène n’est pas spécial à tel ou tel groupe. Il se produit dans toutes les régions où il existe des colonies, dans les deux groupes de la Province de Santa-Fé, celui qui s’appuie sur la rive du Parana et celle du Salado, celui qui s’est créé le long de la voie ferrée du Grand central Argentin, où rien d’anglais n’apparaît. Dans la Province d’Entrerios, où cependant le général Urquiza, usant de ses pouvoirs de président, avait promulgué une loi nationale, dispensant les fils de ses colons du service militaire et leur conservant, par exception, la nationalité de leurs pères, la loi n’a pas été exécutée; ces colons attachés au sol n’ont fait entendre que de faibles protestations, en même temps qu’ils évitaient avec soin le service militaire dans la patrie de leurs pères, que celle-ci, du reste, omet de leur réclamer.

Hors de ces deux Provinces, on ne compte que deux créations du même ordre : l’une, remontant à 1860, composée exclusivement d’Anglais du pays de Galles, établis par le Gouvernement sur la rive de Chubut, fleuve du désert patagonien, dont le sort a prouvé, pendant vingt ans, qu’elle était prématurée, qui se débat sous les étreintes de disettes intermittentes, tempérées par les secours officiels.

L’autre, créée par l’État de Buenos-Aires, est plus intéressante : c’est une colonie d’Allemands, de la secte des memnonites. Ils avaient émigré en Russie, à la fin du dernier siècle; Catherine leur avait garanti, pour un siècle, leur autonomie et la dispense de tout service militaire, que leur religion interdit. Le siècle écoulé, le traité n’a pas été renouvelé; trois mille adeptes ont obtenu du gouvernement de la Pro-

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