Histoire des Zoopkytes. Infusoires, page
mécie avait produit plus d’un million trois cent quatre-vingtquatre mille formes semblables à elle.
À quel nombre prodigieux n’atteindrait-on pas si l’on pouvait tenir compte, en même temps, des autres modes de propagation propres aux Infusoires, c’est-à-dire la propagation par germes et par bourgeons qui appartient en même temps à ces mêmes animalcules? Il suffit, comme on le voit, d’un seul germe placé dans des conditions convenables de développement, pour produire en très-peu de jours des myriades de formes microscopiques.
Nous venons de voir que les Infusoires se reproduisent : 1° par des bourgeons, 2° par des œufs, 3 par fissiparité, c’està-dire par la division spontanée de l’animal en deux autres. Existe-t-il un quatrième mode de reproduction des Infusoires?
C’est ce qu'’admettent les partisans de la génération dite spontanée. Dans ce système de vues, un Infusoire pourrait se reproduire sans œufs, ni germe, ni parent préexistant. Il suffirait d'exposer à l’action de l’air et de l’eau une matière organique animale ou végétale, à une température convenable, pour voir cette matière s'organiser et former des animaux infusoires vivants.
Tel est l'énoncé général de la grande question de la génération spontanée, ou hétérogénie, sur laquelle depuis dix ans, on a tant écrit, et qui a entouré de tant de gloire les noms de deux naturalistes français : MM. Pouchet et Joly.
Les travaux des partisans de la génération spontanée ont été, hâtons-nous de le dire, vivement combattus par la grande généralité des autres naturalistes français. L'Académie des sciences de Paris, c’est-à-dire des hommes comme MM. Flourens, de Quatrefages, Coste, Pasteur, Milne-Edwards, Blanchard, Paul Gervais, Lucaze-Duthiers, etc., s'élèvent avec énergie contre une opinion qui va à l'encontre de l’esprit général et des opérations ordinaires de la nature.
Nos livres s'adressent à la jeunesse et aux gens du monde. Nous ne pouvons présenter aux simples amateurs des sciences que des faits avérés, et non les incertitudes, les desiderata de l’histoire naturelle. Nous nous bornerons donc à constater l’état d’indécision de cette question ardue, qui se débat encore
en. ce moment dans le domaine de la discussion et de la polémique, en répétant avec le poëte :
Grammaticti certant et adhuc sub judice lis est.
Beaucoup d’Infusoires subissent des métamorphoses, et l’on a déjà reconnu que certains genres considérés comme distincts ne sont que des formes transitoires dépendant de l’âge d’une seule et même espèce.
On sait que les Insectes s’enferment souvent dans des sortes d’enveloppes protectrices, et demeurent des mois entiers au fond de ces retraites, dans un état de mort apparente. On a observé des faits semblables chez les Infusoires. On a même vu quelques-uns de ces êtres entourer comme une gelée les corps étrangers, et leur former une sorte d’enveloppe vivante.
La durée de la vie des Infusoires n’est que de quelques heures. Mais certaines espèces offrent, sous le rapport de la durée de la vie, un phénomène véritablement inouï, qui a toujours excité la surprise et l'admiration du naturaliste et celle du penseur.
En desséchant avec précaution certains Infusoires, on peut suspendre et prolonger indéfiniment leur vie. Ainsi desséchés, les Infusoires peuvent être entraînés avec la poussière, à chaque souffle du vent. En cet état, ils sont portés souvent à des distances énormes. Une fois desséchés, ils peuvent demeurer inertes pendant une période de temps indéterminée, abandonnés sur le bord d’un rocher ou d’un toit, au coin d’un mur, ou sous le chapiteau d’une colonne, d’un édifice. Mais vienne une goutte d’eau, et la vie endormie se réveille aussitôt. Le Lazare microscopique renaît : on le voit s’agiter, se nourrir et se multiplier. La vie, suspendue depuis des années entières, reprend son cours interrompu.
Dans quel monde de réflexions nous plonge la révélation de cette mystérieuse propriété d’un être vivant!
Le physiologiste Müller a observé une autre particularité étonnante dans la vie des Infusoires. Ces animalcules peuvent perdre une partie de leur substance, sans pour cela se détruire. La partie morte disparaît, et l'individu diminué de moitié, ou réduit au quart de son volume primitif, continue
de vivre, comme si rien ne lui était arrivé. Müller a vu une Kolpode (Kolpoda meleagris) se fondre sous ses yeux, jusqu’à ne conserver que la sixième partie de son corps. Après cette perte de soi-même, notre sixième d'animal, notre Infusoire invalide, se remettait à nager et à vivre, sans se préoccuper davantage de cette réduction de substance.
« Les infusoires, dit Frédol, offrent encore un autre genre de décomposition. Si l’on approche de la goutte d’eau dans laquelle ils nagent une barbe de plume trempée dans l’ammoniaque, l’animalcule s'arrête, mais continue à mouvoir rapidement ses cils. Tout à coup, sur un point de son contour, il se fait une échancrure-qui s’agrandit peu à peu, jusqu’à ce que l'animal entier soit dissous. Si l’on ajoute une goutte d’eau pure, la décomposition est brusquement enrayée, et ce qui reste de l’animalcule recommence à se mouvoir et à nager (Dujardin) !. »
On divise les Infusoires en deux ordres : les Infusoires ciliés, c'est-à-dire pourvus de cils vibratiles, et les Infusoires flagellilères, c’est-à-dire porteurs de bras ou de ramifications. La plus grande partie des Infusoires rentre dans le premier ordre, qui comprend plusieurs familles.
Nous nous contenterons de mentionner ici quelques types de ces deux groupes, qui nous paraissent intéressants, soit par leur petitesse, soit par leur grandeur relative, soit par quelque particularité de structure, soit enfin par leur abondance.
INFUSOIRES FLAGELLIFÈRES.
Les Vibrioniens sont des animaux filiformes, extrêmement minces, sans organisation appréciable, et sans organes locomoteurs apparents. Ce sont les premiers animalcules qui se montrent dans toutes les: infusions de matières organiques.
En faisant usage des plus forts grossissements de nos microscopes, on ne les aperçoit que sous la forme de lignes très-minces et assez courtes, droites ou sinueuses. Les plus gros n’ont qu’une épaisseur de un millième de millimètre. Ils sont contractiles et se propagent par division spontanée.
Parmi les Vibroniens, les uns ressemblent à des lignes droites, plus ou moins distinctement articulées et douées d’un mouvement de transport très-lent : ce sont les Bacterium. Les