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dont la substance de l’Éponge est traversée, semblent servir, dit M. Milne-Edwards dans son grand ouvrage sur la Physiologie el l'anatomie comparée des animaux, tout à la fois à la digestion et à la respiration du zoophyte. Les cils vibratiles déterminent le renouvellement de l’eau aérée, c’est-à-dire du fluide respirable, à l’intérieur des canaux de l’Éponge. Ces courants ont une direction constante. L'eau pénètre dans l’Éponge par des orifices nombreux, dont les dimensions sont très-petites et la disposition irrégulière; elle traverse les canaux creusés dans la substance de ces zoophytes, et qui se réunissent pour constituer des troncs de plus en plus gros, à peu près comme les racines d’une plante. Enfin l’eau s’échappe par des orifices spéciaux.

Pour M. Edwards, les canaux de l’Éponge remplissent donc une espèce de cumul physiologique : ils accomplissent les deux fonctions digestive et respiratoire. Les courants rapides d’eau aérée les traversent, pour y amener les substances nécessaires à la nutrition de ces êtres bizarres, et pour rejeter au dehors les matières excrémentitielles. En même temps, les parois de ces conduits qui offrent une large surface d’absorption, s'emparent de l'oxygène charrié par l’eau et dégagent l'acide carbonique résultant de la respiration.

Les Éponges renferment de véritables œufs. De ces œufs sortent des embryons, d’abord non ciliés, dans l’intérieur desquels naissent des cellules contractiles, puis des spicules, et qui enfin se recouvrent de cils vibratiles, à l’aide desquels ces larves, de forme ovoide, nagent, ou plutôt glissent dans l’eau.

Ces sortes d’Infusoires nés des Éponges ressemblent aux larves de divers Polypes au moment où elles sortent de l'œuf. Elles se fixent bientôt contre quelque corps étranger, dit M. Milne-Edwards, deviennent complétement immobiles, ne donnent plus aucun signe de sensibilité ni de contractilité, et, en grandissant, se déforment complétement. La substance gélatineuse de leur corps se creuse de canaux, se crible de trous, la charpente fibreuse se complète : l’'Éponge est formée.

Nous ferons pourtant remarquer que certains zoologistes (et nous pouvons citer à cet égard MM. Paul Gervais et Van

Beneden) ne comprennent point de cette manière le mode de développement des Éponges. Selon eux les embryons, d’abord mobiles, se fixent, se réunissent plusieurs ensemble, se fondent en une colonie commune, qui deviendra l’Éponge, telle que nous la connaissons. Un embryon isolé pourrait aussi, en poussant des germes, produire une semblable colonie, qui serait de cette façon un produit de la génération agame.

La science, on le voit, est loin d’être fixée sur l'organisation et le mode de développement de ces formations obscures et complexes.

Elle n’est guère plus avancée sur la durée de la vie des Éponges et sur la vitesse de leur accroissement. On s’accorde à dire pourtant qu’on peut revenir pêcher dans les lieux où elles avaient été presque épuisées, dès la troisième année qui suit la dernière pêche.

De nos jours, la pêche des Éponges se fait principalement dans la mer de l’Archipel et sur le littoral de la Syrie. Les Grecs et les Syriens vendent le produit de leur pêche aux Occidentaux. Ce commerce a pris une grande extension depuis que l'usage des Éponges s’est si généralement répandu, soit pour la toilette, soit pour les nettoyages domestiques et industriels.

La pêche commence ordinairement, sur les côtes de Syrie, vers les premiers jours de juin, et finit en octobre. Mais les mois de juillet et d'août sont particulièrement favorables à la récolte des Éponges. Latakié lui fournit environ 10 bateaux, Batroun 20, Tripoli 25 à 30, Kalki 50; Simi en expédie jusqu’à 170 et 180 et Kalminos plus de 200.

Nous représentons plus loin (fig. 17) la pêche des Éponges sur les côtes de la Syrie.

Des bateaux montés par 4 ou 5 hommes se dispersent sur les côtes, et vont chercher leur butin à 2 ou 7 kilomètres au large, sous les bancs de roches. Les Éponges de qualité inférieure sont recueillies dans les eaux basses. Les plus belles ne se rencontrent qu’à la profondeur de 12 à 20 brasses. Pour les premières, on se sert de harpons à trois dents, à l’aide desquels on les arrache, non sans les détériorer plus ou moins. Quant aux secondes, ou aux Éponges fines, d’habiles plongeurs descendent au fond de la mer, et, à l’aide d’un couteau, ils les dé-

tachent avec précaution. Aussi le prix d'une Éponge plongée est-il beaucoup plus considérable que celui d’une Éponge harponnée. Parmi les plongeurs, ceux de Kalminos et de Psara sont particulièrement renommés. Ils descendent jusqu’à 25 brasses de profondeur, restent moins longtemps sous l’eau que les Syriens et font cependant des pêches plus abondantes.

La pêche de l’Archipel fournit au commerce peu d’éponges fines, mais une grande quantité d’éponges communes. La pêche de Syrie fournit en éponges fines ce qui convient le mieux pour la France. Elles sont de taille moyenne. Au contraire, celles que fournit la pêche de Barbarie, sont de fortes dimensions, d’un tissu fin et sont très-recherchées par l’Angleterre. |

Sur les bancs des Bahamas, dans le golfe du Mexique, les Éponges croissent à de faibles profondeurs. Les pêcheurs espagnols, américains, anglais, après avoir enfoncé dans l’eau une longue perche, amarrée près du bateau, se laissent glisser sur les Éponges, dont ils font une récolte facile.

Dans la mer Rouge, les Arabes pêchent les Éponges en plongeant. Ils vont ensuite les vendre aux Arglais, à Aden, ou bien les envoient en Égypte.

La pêche des Éponges se fait donc sur divers points de la Méditerranée. Mais elle manque d’une direction intelligente, car elle est exploitée sans prévoyance préservatrice. D'un autre côté, la consommation commerciale de ce produit va toujours en augmentant. Aussi est-il certain que la spéculation, qui éclaircit chaque année les champs sous-marins de ces z00phytes, finira par en amener une telle destruction que la reproduction ne sera plus en rapport avec la demande.

Il serait urgent de prévenir ce résultat fâcheux, en naturalisant en France et en Algérie les diverses espèces d’Éponges, et en favorisant par la culture la reproduction de ces zoophytes. On pourrait utiliser, à cet effet, les côtes rocailleuses de la Méditerranée, depuis le cap Cruz jusqu’à Nice, autour des îles de Corse et d’Hyères, dans les eaux de l’Algérie, et peut-être même dans certains lacs ou étangs salés de nos départements voisins de la Méditerranée.

M. Lamiral, considérant que la composition de l’eau de la

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Fig. 17. Pêche des Éponges sur la côte de Syrie.

Méditerranée est la même sur les côtes de la France et de l'Algérie que sur celles de Syrie; espérant d’ailleurs que la différence de température entre ces deux latitudes, à la profondeur moyenne où vivent les Éponges, ne saurait nuire à l'existence de ces robustes zoophytes, croit que leur acclimatation sur nos côtes de France et d’Algérie serait d’une réussite certaine. Il fait remarquer que plus l’Éponge s’avance vers le nord, plus son tissu devient fin et serré, et que par conséquent il y aurait ici à espérer une amélioration dans la qualité des produits.

La seule difficulté consisterait donc dans la transplantation des Éponges de Syrie sur les côtes d’Alger et sur celles de France. Un bateau sous-marin, tel que celui dont M. Lamiral a fait usage pour plusieurs travaux qui s’exécutent à de grandes profondeurs sous l’eau, permettrait, selon ce naturaliste, d’exécuter avec la plus grande facilité la récolte des Éponges destinées à être acclimatées sur nos côtes. Le bateau plongeur de M. Lamiral peut descendre à d’assez grandes profondeurs, et son équipage y séjourner assez longtemps, car il est constamment alimenté d’air au dehors, qui est envoyé par une pompe et un tuyau à l’intérieur du bateau. Les hommes qui composent l’équipage sous-marin pourraient manœuvrer au milieu des Éponges, et choisir celles qu’il faudrait transplanter dans les eaux françaises. Les blocs de rochers auxquels les Éponges sont adhérentes seraient enlevés. Après les avoir . placées dans des caisses percées de trous, on les remorquerait jusque sur les côtes où l’on désire les acclimater. Tout annonce que dès l’année suivante ces zoophytes pourraient se multiplier dans leur patrie nouvelle.

On pourrait aussi, dans les mois d’avril et de mai, recueillir les larves qui s’échappent de l’animal, et les transporter rapidement de Syrie en Algérie.

Au bout de trois ans, lorsque ces véritables champs sousmarins seraient en plein rapport, on pourrait les mettre en exploitation méthodique, et les moissonner par couples réglées, au moyen de bateaux plongeurs.

L’éponge de luxe, ou, pour mieux dire, l’éponge de toilette, est une matière commerciale dont le prix est très-élevé; il dé-

passe, en effet, 100 francs le kilogramme pour les qualités dites de choix. Bien peu de produits commerciaux ont une telle valeur, sous le même poids. Il y aurait donc grand intérêt à voir cette matière devenir usuelle et se mettre à la disposition de tous, par suite de l’abaissement de son prix. Si les éponges fines étaient plus abondantes et à bon marché, l’usage s’en répandrait dans nos campagnes, qui en connaissent aujourd’hui à peine l'existence. Les qualités spéciales de cette matière lui ouvriraient même toute une série d'applications industrielles, On pourrait en faire d'excellents sommiers de couchette, des garnitures de meubles, des tissus pour l’épuration et la filtration des liquides (tout un système de filtrage des eaux, le filtre Souchon, a pour base l'emploi des éponges); on pourrait s’en servir pour remplacer le erin dans la garniture des meubles, -etc., etc,

Par toutes ces considérations, il serait’très-désirable que l’on mit à exécution, sur nos côtes, l’entreprise sous-marine proposée par M. Lamiral. Avec l’appui de la Société d'Acclimatalion de Paris, quelques essais ont déjà été tentés dans cette direction. Les premiers résultats n’ont pas été, il est vrai, satisfaisants. Mais la voie est excellente; elle est tracée par la nature, et tout indique qu'en y persévérant, on verra cette entreprise couronnée du succès qu’elle mérite.

Telles qu’elles arrivent dans nos ports et sont livrées à la consommation, les éponges se distinguent en plusieurs sortes, suivant leur aspect, leur qualité, leur origine, etc.

L’éponge fine-douce de Syrie se distingue par sa légèreté, sa belle couleur blonde, sa forme, qui est celle d’une coupe, sa surface convexe veloutée, percée d'innombrables petits trous, et dont la partie concave présente des canaux d'un plus grand diamètre, qui se prolongent jusqu'à la face extérieure, en sorte que le sommet est presque toujours percé à jour en plusieurs endroits. Cette éponge est quelquefois blanchie à l'aide de substances caustiques, acides ou alcalines; mais cette préparation diminue sa durée et altère sa couleur. L'éponge finedouce de Syrie est particulièrement employée pour la toilette, et son prix est élevé. Celles qui sont arrondies, moelleuses et très-volumineuses, se payent jusqu’à 100 et 150 francs la pièce.

L’éponge fine-douce de l'Archipel se distingue à peine de celle dont nous venons de parler, soit avant, soit après le nettoyage. Cependant elle est un peu plus pesante; sa texture est moins fine, et les trous dont elle est percée sont plus grands et moins nombreux. Elle a la même patrie que l’éponge fine-douce de Syrie, qu’on pêche plus particulièrement le long des côtes de Syrie, bien qu’elle se retrouve aussi sur le littoral barbaresque et dans l’Archipel.

L’éponge fine-dure, dite grecque, est moins recherchée pour la toilette que les précédentes. On en fait usage dans l’économie domestique et dans quelques industries. Sa masse est irrégulière, de couleur fauve, dure, compacte, percée de petits trous.

L’éponge blonde de Syrie, dite de Venise, est estimée à cause de sa légèreté, de sa forme régulière et de sa solidité. Brute, elle est de couleur brune, de texture fine, serrée et nerveuse. Purifiée, elle devient blonde et d’un tissu plus lâche. L’orifice des grands trous qui la traversent est bordé de poils rudes et piquants.

L’éponge brune de Barbarie, dite de Marseille, se présente, au sortir de l’eau, sous la forme d’un corps allongé et aplati, à contours arrondis, chargé d’une boue noirâtre et gélatineuse. Elle est alors dure, lourde, d’une trame serrée et de couleur rougeâtre. Par le lavage à l’eau simple, elle s’arrondit en demeurant lourde et rougeâtre. Elle offre un grand nombre de lacunes, dont l'intervalle est occupé par un lacis de fibres nerveuses et tenaces. Elle est très-précieuse pour les usages domestiques, à cause de la facilité avec laquelle elle absorbe l’eau, et de son extrême solidité.

D’autres sortes d’éponges sont . l’éponge blonde de l’'Archipel, que l’on confond souvent avec l'éponge dite de Venise ; — l'éponge dure de Barbarie, dite Geline, qu’on ne reçoit qu’accidentellement en France ; — l'éponge de Salonique, dont la qualité est médiocre ; — enfin l'éponge de Bahama, qui provient de la mer des Antilles. Elle manque de souplesse, dure peu; on la vend très-bas prix,

mais elle n’a aucune qualité utile, et doit être rejetée de tout emploi.

CLASSE DES ALCYONAIRES, OU CTÉNOCÈRES.

Les Alcyonaires tirent leur nom de leur principal type, celui des Alcyons.

Les tentacules de ces polypes sont généralement au nombre de huit, disposés à peu près comme les barbes d’une plume, et comme dentés en scie sur leurs bords, ce qui leur a fait donner le nom de Cténocères (du grec yreu, peigne). Leur corps présente huit lamelles périgastriques. Leur polypier est le plus souvent formé de spicules. Nous verrons plus loin, dans les Gorgones, le polypier cesser d’être parenchymateux, et son axe prendre une consistance cornée très-résistante, qui devient même pierreuse dans le Corail. Dans ce dernier groupe, il reste toutefois à la surface de cet axe une couche plus molle, destinée spécialement à loger les polypes.

On aura une idée générale de l’organisation, des mœurs et du mode de multiplication des Alcyonaires, lorsque nous ferons plus loin l’histoire du Corail.

La classe des Alcyonaires peut être partagée en plusieurs ordres : 1° les Tubiporaires, 2° les Gorgonaires, 3° les Pennatulaires, 4° les Alcyonaires proprement dits.

ORDRE DES TUBIPORAIRES.

Les Tubiporaires forment un groupe composé de diverses espèces qui vivent au sein des mers tropicales, là où se trouvent les îles à coraux.

Ce groupe est exclusivement formé par le curieux genre Tubipora.

Le Tubipora est un polypier calcaire, formé par la réunion de tubes distincts, réguliers, réunis entre eux, de distance en distance, par des expansions lamellaires, également pierreuses. Les polypiers agrégés résultant de la réunion des tubes constituent des masses arrondies, qui atteignent

souvent un volume très-considérable, à raison de leur aspect. On voit représenté dans la figure 18 ce zoophyte, qui est souvent désigné sous le nom vulgaire d’Orgue de mer. Sur cette figure, 1, est l'individu réduit à la moitié de sa grandeur naturelle ; 2, une portion de l'individu de grandeur naturelle; 3, les tubes grossis etcontenant les polypes, qui occupent les espèces de tuyaux d'orgue, dont l’ensemble constitue ce curieux poly-

Fig. 18. Tubipore musique (1/2 G, N.). — (Tubipora musica, Linn.)

pier; 4 est le polype grossi; 5, la tête, c’est-à-dire l’ensemble des tentacules du même polype.

Les zoologistes du dernier siècle confondaient toutes les espèces de ce genre qui habitent les mers tropicales ; ils en faisaient une seule, à laquelle ils donnaient le nom de Tubipora musica. Mais il est reconnu aujourd’hui qu'il existe plusieurs espèces de Tubiporaires se distinguant nettement, à l’état frais, par des différences dans la coloration des polypes.

se

Le tissu de ces singuliers polypiers est toujours d’une couleur rouge intense. La disposition de leurs tubes en tuyau d'orgue a toujours fixé l'attention des curieux de la nature.

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