PRÉFACE. XI
Dujardin; — l'Histoire des zoophytes coralliaires de MM. Milne Edwards et J. Haime; — l’Actinologie de Blainville ; — l'Histoire des zoophytes acaléphes de Lesson ; — la Malacologie et la Conchyliologie de de Blainville ; — le Manuel de l’histoire des mollusques de Sander Rang; — lessmémoires particuliers de MM. Lacaze Duthiers, Milne Edwards, Charles Vogt, Van Bénéden et d'Orbigny; — le Monde de la Mer de Frédol; — le Manuel de conchyliologie et de paléontologie conchyliologiques de M. le docteur Chenu.
Tous ces livres, composés, sauf les deux derniers, à l’usage exclusif des naturalistes, sont d’une lecture extrêmement pénible. Ce w’est pas sans un long travail que j'ai pu trouver dans ces traités de science pure, la matière de récits et de développements attrayants pour la jeunesse et les gens du monde.
Un enfant terrible, un enfant charmant, me parlait ainsi :
« On me dit que tu es un vulgarisateur scientifique. Qu'est-ce que cela? » ;
Je pris dans mes bras l'enfant terrible, l'enfant charmant, et le portai à la fenêtre, où se voyait un beau rosier, en l’invitant à en cueillir les fleurs. L'enfant fit sa moisson parfumée, non sans se piquer cruellement aux épines de l’arbuste; puis, de ses petites mains ensanglantées, il alla distribuer les roses aux personnes qui nous entouraient.
« Tu es un vulgarisateur, dis-je à l’enfant, car tu prends pour toi les épines douloureuses, et tu donnes aux autres les fleurs! »
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Dans ces premières pages, nous voudrions pouvoir présenter quelques Considérations générales sur les animaux, tant sur l’ensemble des animaux, que sur les deux grands embranchements des Zoophytes et des Mollusques, qui vont faire le sujet de ce volume. Mais rien ne se prête moins que la série animale à une étude d'ensemble. Rien n’est plus difficile que de saisir une analogie réelle entre des êtres de types si divers, de plans si dissemblables. Les divisions que les naturalistes ont établies pour étudier et décrire les animaux, —les embranchements, les classes, les ordres, les familles, les genres et les espèces, — sont un admirable artifice de la science, pour faciliter l’étude de ces êtres, aussi nombreux que les grains de sable de l'Océan. Sans ce précieux moyen de distribution logique, l’esprit reculerait devant la tâche qui consisterait à décrire les phalanges innombrables de l’animalité contemporaine. Mais ces divisions méthodiques ne sont que de pures fictions. Dues au génie de l’homme, elles n'appartiennent pas à la nature. Natura non facit saltus, a dit Linné ; ce qui veut dire que la nature passe d’une manière presque insensible d’un degré à l’autre de l’organisation.
C’est surtout quand on se place aux confins du règne végétai au règne animal, que l’on voit combien il est difficile de saisir une ligne de démarcation précise entre ces deux règnes. Nous avons vu, dans l’Aistoire des Plantes, des germes de végétaux cryptogamiques, ou de simples organes, les spores des Algues, et les corpuscules fécondateurs des Mousses, revêtir le carac-
in ZOOPHYTES.
tère fondamental de l’animalité, c’est-à-dire être doués d’organes locomoteurs (les cils vibratiles) et exécuter des mouvements, en apparence volontaires. A côté de ces germes végétaux et de ces corpuscules fécondateurs que nous avons décrits sous le nom d’anthérozoïdes dans les Algues, les Mousses et les Fougères, qui, au sein des liquides, vont et viennent, comme des animaux inférieurs, cherchent à pénétrer dans des cavités, s’en cloignent, y reviennent et s’y introduisent, en se comprimant avec un apparent effort, à côté de ces organismes végétaux mobiles, placez des Infusoires, et même des Coraux ou des Gorgones, et dites s’il est facile de reconnaître, sans une étude approfondie, où est la plante, où est l’animal. La ligne de démarcation précise que l’on a voulu établir entre les deux règnes de la nature, est donc bien difficile à tracer.
Le mot de zoophyle nous paraît très-heureusement trouvé et tout à fait digne d’être maintenu dans la science, parce qu’il consacre, et matérialise, pour ainsi dire, cette sorte de fusion qui se fait entre les deux règnes de la nature, aux limites de leur passage.
Gardons-nous néanmoins d'aller trop loin dans cette idée, et, sur la foi d'un mot heureux, n’allons pas altérer les vrais rapports des êtres. En se servant du nom de zoophytes pour désigner un grand embranchement du règne animal, que nos jeunes lecteurs n’aillent point s’imaginer que les êtres ainsi désignés en histoire naturelle sont des créatures ambigués, qui appartiendraient à la fois aux deux règnes, et pourraient indifféremment se ranger dans l’un ou dans l’autre. Les Zoophytes sont des animaux et rien que des animaux. Ce qui les a fait désigner sous ce nom, qui signifie animal-piante (du grec &wov, animal, ovrov, plante), c’est que plusieurs d’entre eux ressemblent extérieurement à des végétaux, qu'ils se divisent souvent en espèces de rameaux, comme les plantes, et se couronnent quelquefois d'organes, teints comme nos fleurs, de couleurs assez vives.
Cétte analogie extérieure du Zoophyte avec une plante n’est chez aucun être aussi apparente que chez le Corail. Son enracinement dans le sol et sur les rochers, la forme de ses rameaux, plusieurs fois subdivisés, et surtout les appendices
colorés, semblables à la corolle d’une fleur, qui, à certaines époques, terminent ses rameaux, tout, dans le Corail, rappelle la forme et l'apparence d’un végétai. Aussi, jusqu’au dix-huitième siècle, les naturalistes ont-ils, avec Linné, rangé, sans la moindre hésitation, le Corail et les êtres analogues dans le règne végétal. Réaumur combattit longtemps l'opinion contraire, et ce n’est que de nos jours que l’animalité du Corail a été scientifiquement établie.
L’Anémone de mer peut être citée comme un autre exemple frappant de la ressemblance de certains organismes inférieurs avec des végétaux. Ce mot d'Anémone de mer est par lui-même assez éloquent pour rendre superflue toute autre remarque au point de vue qui nous occupe.
Voilà donc le mot de zoophyte suffisamment justifié pour les êtres dont l’étude sommaire va nous occuper.
Nous ne surprendrons pas nos lecteurs en leur disant que la structure des Zoophytes, surtout dans les degrés inférieurs de cet embranchement, est excessivement simple. Quand on s'adresse au premier degré de l'échelle animale, on doit s’attendre à trouver une organisation rudimentaire. Chez ces êtres, véritable ébauche de l’animalité, les diverses parties du corps, au lieu d’être disposées par paire, de chaque côté d’un plan longitudinal, comme on le voit chez les animaux supérieurs, rayonnent habituellement autour d’un axe ou d’un point central, et cela, soit à l’état adulte, soit dans le jeune âge seulement. Les Zoophytes n'ont, en général, aucun squelette articulé, extérieur ou intérieur, et leur système nerveux, lorsqu’il existe, est très-peu développé. Les organes des sens, autres que ceux du tact, sont nuls chez la plupart des êtres qui appartiennent aux premières classes de ce vaste embranchement.
Le Zoophyte a-t-il le sentiment? Le Zoophyte a-t-il la conscience ? Question insoluble, abîme d’obscurité! Le Corail, ou l'agrégation d’êtres vivants qui portent ce nom, fixé dans la profondeur des eaux, au rocher qui l’a vu naître et qui le verra mourir ; l’Infusoire, aux dimensions microscopiques, qui tournoie perpétuellement dans un cercle de la grandeur
d’un centième de millimètre; l'Amibe, ce merveilleux protée qui, dans l’espace d’une minute, change cent fois de forme, aux yeux surpris de l'observateur, et n’est véritablement qu'un atome touché par la vie : tous ces êtres à l'existence purement végétative en apparence, à l’obscure et aveugle motilité, ont-ils la conscience ou l'instinct? savent-ils ce qui se passe à un millimètre seulement de leur corps microscopique ? À Dieu seul la connaissance de ce mystère!
Jusqu'à ces derniers temps, en raison des nombreuses différences qui existent dans la structure des Zoophytes, on avait divisé en cinq classes cet embranchement du règne animal. Ces cinq classes étaient : les Spongiaires, — les Infusoires, — les Polypes, — les Acalèphes, — les Échinodermes. Mais à la suite des travaux nombreux dont ces animaux ont été récemment l’objet, on divise aujourd’hui l’embranchement des Zo0ophytes en trois groupes généraux, ainsi désignés :
Prolozoaires ;
Polypes;
Échinodermes.
Nous allons présenter successivement les types principaux et caractéristiques de chacun de ces trois groupes.