ORDRE DES MADRÉPORAIRES
Les Madréporaires sont plus connus sous le nom de Wadrépores. On les désigne quelquefois, mais par erreur, sous celui de Coraux, puisque le Corail ne fait pas partie de ce groupe.
Les Madréporaires sont remarquables par l’encroûtement calcaire qui enveloppe toujours leur tissu, et qui détermine la
formation des polypiers. Ils sont du reste faciles à reconnaître à la structure étoilée de leur polypier, dans lequel on distingue toujours une chambre viscérale, dont le pourtour est garni de cloisons perpendiculaires. Celles-ci sont toujours dirigées vers l'axe du corps, et lorsqu'elles sont suffisamment développées, elles constituent par leur assemblage une étoile, formée d’un grand nombre de rayons. Le polypier est toujours calcaire. La consolidation de l'enveloppe générale du corps de chaque polype produit d’abord une espèce de gaîne, à laquelle M. Milne- Edwards donne le nom de muraille. Les cloisons qui se dirigent de la face interne de celle-ci vers l’axe de.la chambre viscérale, occupent les ioges sous-tentaculaires ; la portion terminale et ouverte, nommée calice, est en continuité organique avec le polype, qui s’y retire plus ou moins complétement, comme dans une cellule.
M. Milne-Edwards a remarqué que le polypier des Madréporaires offre dans sa structure cinq modifications principales, dues en partie au nombre fondamental dont l’appareil cloisonnaire présente les multiples, en partie au mode de division de la chambre viscérale, et enfin au mode de constitution de son tissu. M. Milne-Edwards se fonde sur cette particularité de structure pour diviser les Madréporaires en cinq sections : les sections des Madrépores apores, — des Madrépores perforés, — des Madrépores tabulés, — des Madrépores tubuleux, — des Madrépores rugueux.
Madréporaires apores.— C’est dans ce groupe que le polypier est le plus accompli. On y trouve toujours -réunis une muraille bien complète et un appareil cloisonnaire très-développé. Le calice est nettement étoilé. Le nombre des rayons, qui dans le jeune âge est de 6, arrive bientôt à 12, à 24, etc. Les loges intercloisonnaires sont tantôt ouvertes dans toute leur profondeur, tantôt plus ou moins complétement fermées par des traverses. Celles-ci sont indépendantes les unes des autres et ne se réunissent jamais dans toute la largeur de la cavité viscérale, de façon à constituer des planchers discoïdes comme on le voit dans les Madréporaires tabulés et rugueux.
Les animaux appartenant à ce groupe, qu’on peut caractériser par l’épithète de stelliformes, sont très-abondants dans
ga ZOOPHYTES.
nos mers actuelles et dans les diverses couches du globe. Ils constituent plusieurs familles. Nous citerons la Caryophyllie gobelet dans ja famille des Turbinolides (fig. 40), qui habite la
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Fig. 40. Caryophyllie gobelet. (G. N.) (Caryophyllia cyathus, Lamarck.)
Méäiterranée et dont les polypes sont de couleur grisâtre, avec les tentacules annelés de blanc. Le polypier est élevé, droit, quelquefois cylindrique. Nous représentons encore la Flabel-
Fig. 41. Flabelline pavonine. (G. N.) (Flabellum pavoninum, Lesson.) 1. Position verticale. — 2. Bord supérieur avec ses kamelles et le sillon médian, 3. Forme de l’anima
line pavonine (fig. 41) qui habite l'archipel des îles Sandwich, et dont le pol; pier est comprimé
Les Oculines, de la famille des Oculinidés, ont un polypier arborescent, ou en touffe. Les individus se disposent sur des lignes spirales ascendantes, et paraissent irrégulièrement épars à la surface des rameaux. L'espèce type est l’Oculine vierge, qui était nommée autrefois Corail blanc, quoiqu'elle diffère en-
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Fig. 42. Oculine vierge. (G. N.) (Oculina virginea, Lamk.)
tièrement du véritable corail par sa structure et par ses cellules polypifères étoilées. Cette Oculine (fig. 42.) se trouve dansla Méditerranée et dans les mers équatoriales. Sur cette même figure, on voit (2) une portion de branche grossie, pour faire mieux apparaître l'emplacement et la forme du polype et les cellules.
L'espèce nommée autrefois Oculine flabelliforme et qui porte maintenant le nom de Stylaster flabelliformis, représentée sur la figure 43, donnera une idée de ces magnifiques zoophytes arborisés. C’est un polypier en forme d’éventail très-rameux et à rameaux inégaux. Les grosses branches sont lisses, les moyennes couvertes de petites pointes. Ce beau zoophyte ha-
86 ZOODPÉTTES:
bite les mers de l’île Bourbon. On en voit un très-bel exemplaire
Fig. 43. Oculine flabelliforme. (G. N.) (Oculina flabelliformis, Lamk.) (Stylaster flabelliformis , Milne-Edwards et J. Haime.)
dans la collection du Muséum d'histoire naturelle de Paris
La figure 44 représente l’Astrée punctifère, de la famille des Astréides, qui habite la mer de l'Inde. Les Astrées, dont les formes sont très-variées, ont été subdivisées en plusieurs genres par MM. Milne-Edwards et J, Haime.
Leur polypier est encroûtant, On peut le qualifier de parasite, car il se fixe sur tous les corps. Ainsi il n’est pas rare d’en rencontrer sur le test même des coquilles.
La Méandrine cérébriforme, qu appartient à la même famille et que nous représentons dans la figure 45, habite les mers d'Amérique.
Nous ne saurions passer sous silence parmi les Madréporaires apores, la tribu désignée sous le nom de Fongides.
(Astrea punctifera, Lamk,)
La majeure partie des espèces de Fongides appartient à l’époque actuelle. Elles étaient assez nombreuses à l’époque de la formation des terrains crétacés. On en trouve déjà quelques représentants pendant la période silurienne. C'est dans ce groupe que se trouvent les Madréporaires de la plus grande taille. ;
La tribu des Fongides tire son nom de la ressemblance plus ou moins exacte de ces espèces animales avec les Champignons de l’ordre des Agarics (en latin fungi).
« Il y a cette différence entre les champignons terrestres et les marins, écrivait Peyssonnel, que les terrestres ont les feuillets dessous, et ceux
de la mer les ont dessus, parce que ces feuillets ne sont que l’épanouissement de la madrépore. Ainsi, quoique je n’aie pas examiné ces champignons pétrifiés dans la mer , je ne balance point de croire que ce sont de véritables genres ou espèces de madrépores qui contiennent, comme les autres , une pourpre ou ortie qui les forme. Dans mes voyages en Égypte en 1714 et 1715, je n'ai jamais oui dire que-le Nil produisit de ces champignons. »
Par cette dernière remarque, Peyssonnel fait allusion à l’opinion de plusieurs anciens auteurs qui regardaient les Fongies comme une production du Nil.
Fig. 45. Méandrine cérébriforme. (1/4 G. N.) (Meandrina cerebriformis, Lamk.)
On voit dans la figure 46 l’image de la Fongie hérissée qui habite les mers de l’Inde et de la Chine. Ce polypier, de forme oblongue, est convexe en dessus et concave en dessous; la fossette d’où partent les lames ou cloisons est extrêmement longue. Les dents cloisonnaires sont très-irrégulières, minces et échinusées; elles s’arrêtent sur le bord inférieur pour lais-
ser à la partie concave le champ libre à une foule d’aspérités que l’on pourrait comparer au plafond voûté d’une grotte de petits stalactites.
La conformation générale des parties molles des Fongies a été observée par plusieurs voyageurs. Toute la portion supérieure du corps de l’animal, correspondante à la partie lamellifère du polypier , est garnie de tentacules épars, assez longs dans certaines espèces, remarquablement courts dans d’au-
LL ff NAN SE XNA
Fig. 46. Fongie hérissée. (/13 G. N.) (Fungia echinata, Milne-Edwards et J. Haime.) tres. Ces tentacules paraissent terminés par une petite ventouse. Cependant l'animal ne peut reprendre sa position naturelle quand il a été renversé.
Pour compléter notre description sur ces curieux madrépores, nous avons fait représenter, figure 47, la Fongie agariciforme de Lamarck, recouverte de ses polypes. Cette espèce habite la mer Rouge et l’océan Indien.
Madréporaires perforés. — Dans ce groupe l’appareil mural constitue la partie essentielle des polypiers et ne présente pas
de lames costales. La muraille est toujours perforée, lachambre viscérale est presque entièrement ouverte depuis la base jusqu’au sommet.
Pour donner au lecteur une idée ice zoophytes qui composent ce groupe, nous signalerons trois genres, dont les deux premiers appartiennent à la famille des Madréporides et le dernier à la famille des Poritides.
La Dendrophyllie en arbre (fig. 48 et 49) estun élégant Madrépo-
Fig. 47. Fongie agariciforme. (1/2 G. N.) (Fungia agariciformis, Lamk.)
raire de la Méditerranée. Son polypier présente un tronc assez gros, chargé de rameaux courts, ascendants; il peut atteindre jusqu’à un demi-mètre en hauteur. Les polypes sont pourvus d’un grand nombre de tentacules, au milieu desquels est creusée la bouche. Ils sont contenus dans des loges assez profondes, rayonnées par des lames nombreuses inégalement saillantes. Peyssonnel avait déjà vu les polypes de cette colonie.
« J'observai, dit-il, que les extrémités ou sommets de la madrépore
que l’on appelle en provençal fenouil de mer ( c’est notre espèce ) étaient mollasses et tendres, remplis d’une mucosité gluante et transparente qui filait comme la bave que les escargots ou colimaçons terrestres rejettent. Ces extrémités étaient d’un beau jaune et avaient 5 ou 6 lignes de diamètre et molles plus d’un travers de doigt de long. Je vis un animal niché dedans. Cet animal était une espèce de sèche, de poulpe et d’ortie, ou poisson de même nature. Le corps de cette ortie remplissait le centre; la tête était au milieu, entourée de plusieurs pieds ou pattes
Fig. 48. Dendrophyllie en arbre. (1/2 Gr. N.) (Dendrophyllia ramea, Blainville.)
comme celles des sèches. La chair de ces animaux est très-délicate et se met en pâte et fond très-facilement dès qu’on la touche. »
Les Madrépores (Madrepora) abondent dans les mers tropicales et prennent une part considérable dans la constitution des récifs et des îles madréporiques qui se forment dans les mers actuelles.
Comme exemple de ces intéressants zoophytes, nous citerons
le Madrepora plantaginea (Lamarck) (fig. 50), dont le polypier est en touffes à branches grêles et prolifères.
Citons encore le Madrepora palmata, vulgairement nommé Char de Neptune, grande et belle espèce, fort large, dont les expansions sont aplaties, enroulées à la base, et forment des lobes, dont la longueur est souvent de près d’un mètre sur environ 5 décimètres de large et 3 à 6 centimètres d'épaisseur. On le trouve dans la mer des Antilles.
Les Porites ont un polypier polymorphe, formé par un tissu réticulé et poreux. Les individus qui constituent ce polypier
Fig. 49. Dendrophyllie en arbre.
(Dendrophyllia ramea, Blainville.) 1. Grandeur naturelle avec ses polypiers. — 2. Partie grossie.
sont toujours intimement soudés entre eux. Sa forme extérieure est une sorte de treillage irrégulier et plus ou moins lâche.
Comme type de cette organisation, nous citerons le Porites furcata (fig. 51). La figure 1 représente le polypier de grandeur naturelle. On voit dans la figure 1 a une portion du même grossie et vue en dessus, pour montrer la disposition des calices.
Madréporaires tabulés. — Chez ces Madréporaires, le polypier est essentiellement composé par un système mural très-développé. Les chambres viscérales sont divisées en une série
d’étages, par des diaphragmes complets, ou planchers transversaux. Ces planchers ne dépendent pas des cloisons, et forment les divisions horizontales complètes en s'étendant d’une paroi à l’autre de la cavité générale.
Pour donner au lecteur une idée des Madréporaires tabulés, nous lui présenterons les polypiers connus sous le nom de Millépores. C’est Linné qui, le premier, sépara des Madrépores un
Fig. 50. Madrépore plantain (G. N.).
(Madrepora plantaginea, Lamk.)
grand nombre d’espèces qui se distinguent, au premier abord, par la petitesse des pores ou des cellules polypifères. C’est ce qu’on voit aisément dans la figure 52, qui représente le Millépore corne d'élan. Le Millepora moniliformis se fixe sur les branches des Gorgones et y forme une série de petites masses arrondies ou lobulées latéralement.
Madréporaires tubuleux et rugueux. — Nous ne dirons rien de
ces dernières sections des Madréporaires, qui ne contiennent presque exclusivement que des espèces fossiles. Tel est par exemple le Cyathophyllum tunicatum , espèce fossile propre aux terrains siluriens.
Si nous avons longuement insisté sur la description des Madrépores, c’est que cet ordre d'animaux joue un rôle trèsimportant dans la nature. C’est à ces zoophytes qu'est due la
Fig. 51. Porite fourchu. (G.N.) (Porites furcata, Lamk.)
formation de ces îles et récifs de polypiers qui, de nos jours, apparaissent au sein de l'Océan, dansles régions équatoriales. Les îles à coraux et les îles madréporiques, tel est donc le sujet que nous avons maintenant à aborder.
Nous allons assister à l’un des spectacles les plus extraordinaires que la nature présente à notre admiration. Ces z00phytes, dont nous venons d’esquisser l’histoire, ces êtres ché-
tifs, doués d’une vie demi-latente, ces animalcules petits et fragiles, travaillent silencieusement, activement, au sein des mers. Comme ils sont réunis en masses innombrables, leurs cellules et leurs axes solides finissent par produire des masses pierreuses énormes. Ces dépôts calcaires s’accroissentetse multiplient avec une si prodigieuse rapidité, que non-seulement ils tapissent complétement les rochers sous-marins, mais finissent par former des récifs, et même des îles entières.
Fig. 52. Millépore corne d’élan. (1/4 G. N.) (Millepora alcicornis, Linné.)
En visitant les mers de l’Inde et de l’océan Pacifique, les navigateurs avaient été depuis longtemps frappés de l’aspect particulier de certaines terres basses, qui présentent un mode de conformation fort singulier. En 1601, Pyrard de Laval disait, en parlant des îles Malouines :
« Elles sont divisées en 13 provinces nommées atollons, qui est une divi-
sion naturelle selon les lieux, d'autant que chaque atollon est séparé des autres et contient en soy une grande multitude de petites iles. C’est une merveille de voir chacun de ces atollons environné d’un grand banc de pierre tout autour, n’y ayant point d'artifice humain qui pust si bien fermer de murailles un espace de terre comme cela est. Ces atollons sont quasi tout ronds ou ovales, ayant chacun trente lieues de tour, les uns quelque peu plus, les autres quelqué peu moins, et sont tous de suite et bout à bout depuis le nord jusqu’au sud, sans aucunement s’entretoucher. Il y a entre deux des canaux de mer, les uns larges, les autres fort étroits. Étant au milieu d’un atollon, vous voyez tout autour de vous ce grand banc de pierre qui entoure et qui défend les iles contre l’impétuosité de la mer. Mais c’est chose effroyable, même aux plus hardis, d'approcher ce banc et de voir venir de bien loin les vagues se rompre avec fureur tout autour. »
Après la publication de ces intéressantes remarques, des îles circulaires ou des groupes d'îles analogues à ces atollons (plus connus aujourd’hui sous le nom d’atolls) et des bancs des récifs constitués par des polypiers furent découverts, en grand nombre, dans l’océan Pacifique et d’autres mers. On les désigne sous le nom d'îles de corail, de récifs madréporiques.
Le naturaliste Forster, qui accompagnait le célèbre Cook dens son voyage autour du monde, fit connaître les caractères les plus remarquables de ces gigantesques formations. Il comprit parfaitement leur origine, qu'il attribua au développement de zoophytes à polypier calcaire.
Après Forster, plusieurs autres naturalistes, Chamisso, Quoy et Gaimard, Ehrenberg, Darwin, Couthouy et Dana, ont fourni à la science de précieux renseignements sur l'histoire des {les à coraux et des récifs madréporiques.
Ces amas de polypiers offrent trois dispositions particulières etconstantes.Tantôt ilsconstituentun grand anneau circulaire, dont le centre est occupé par un bassin profond, en communication avec la mer extérieure par une ou plusieurs brèches très-profondes : ce sont les atolls ou atollons, décrits, 1l y a plus de deux siècles, par Pyrard de Laval. Tantôt ils entourent, mais à distance, une petite île, de manière à constituer une sorte de cadre: ce sont les ceintures de récifs. Enfin ils peuvent border immédiatement la côte d’une île ou de la terre ferme, et soni appelés, dans ces derniers cas, récifs en bordure, récifs Ritoraux ou récifs frangés.
‘(o1te1112109 uoneur10}) no1004 [9drq91r,] SUPP ‘ALIBUUOL-JUOUHITD 9P II ‘EG ‘SU
A la distance de quelques centaines de mètres seulement des bords de ces récifs, la mer est d’une telle profondeur que la sonde ne peut jamais en toucher le fond.
Pour donner une idée de la forme générale des atolls, bien qu’ils soient rarement aussi réguliers, nous mettons sous les yeux du lecteur (fig. 53) la vue d’une île de ce genre, qui existe dans l'archipel Pomotou, dans l'Océan équinoxial (mer des Indes). C’est l’île de Clermont-Tonnerre, qui a été figurée par le capitaine Wilkes dans son ouvrage : £xploring exæpedition; vol. X; Geology, by James Dana. La ceinture extérieure de rochers entoure un bassin circulaire.
Telle est la forme générale, la forme type, pour ainsi dire, des îles à coraux, dont le lecteur a sous les yeux un spécimen fidèle.
Les zoophytes qui composent ces accumulations minérales appartiennent à des groupes assez divers. Voici le résultat des observations faites par M.Darwin, sur l’atoll qui forme la grande ile des Cocos, située au sud de Sumatra, dans la mer des Indes.
Les Porites, d'après M. Darwin, composent les dépôts les plus élevés, ceux qui avoisinent le plus le niveau de l’eau. Le Millepora complanata entre aussi dans la composition des bancs supérieurs. Divers autres polypiers branchus se montrent en grand nombre dans les cavités laissées par l’entrecroisement des Poriles et des Millepores. Il est difficile de reconnaître exactement les espèces occupant les parties les plus profondes. D’après M. Darwin, les parties basses de ces récifs sont occupées par des polypiers semblables à ceux des parties supérieures. Au-dessous de 36 mètres, le fond est alternativement composé de sable et de polypiers.
La largeur totale du récif circulaire ou de l’anneau qui constitue l'atoll de l’île des Cocos, varie de 250 à 500 mètres. De petites îles parasites se forment sur les récifs, à 200 ou 300 mètres de leur bord extérieur, par l'accumulation des fragments rejetés pendant les grandes tempêtes. Elles s’élèvent de 2 à 3 mètres au-dessus de la haute mer, et sont composées de fragments de coquilles, de polypiers, d’oursins, le tout formant une roche solide et très-dure.
Ce qui vient d’être dit quant à la composition de l’atoll de
l’île des Cocos, peut être appliqué, selon M. Darwin, à presque toutes les îles circulaires madréporiques qui se trouvent dans l'océan Pacifique. |
Après ces considérations zoologiques sur les êtres vivants qui servent à former les étranges agrégations minérales qui nous occupent, il ne sera pas inutile de donner une idée pittoresque de l’un de ces atolls. Nous en emprunterons la description à M. Darwin, qui parcourut et observa, de 1832 à 1834, un grand nombre de ces groupes d'îles éparses dans l'Océan, entre la côte occidentale de l'Amérique du Sud et la côte de Madagascar.
M. Darwin raconte ainsi son excursion dans l’île des Cocos l'une des plus renommées des formations minérales de ce genre.
« Le cercle des récifs qui forme la lagune de l’ile des Cocos ou de Keeling, dit M. Darwin, est couronné, dans presque toute son étendue , d’une guirlande d'ilots très-étroits qui, au nord, sousle vent, laissent un passage aux vaisseaux pour pénétrer à l’intérieur du mouillage. Dès l'entrée , le spectacle est ravissant. L'eau calme, limpide, transparente, peu profonde, repose sur un lit blanc, uni, fin. Le soleil, dardant ses rayons verticaux sur cette immense flaque de cristal de plusieurs milles de largeur, la fait resplendir du vert le plus éclatant ; des lignes de brisants frangées d’une ébiouissante écume la séparent des noires et longues vagues de l'Océan et les festons réguliers et arrondis des cocotiers épars sur les ilots se détachant sur la voûte isolée du ciel, achèvent d’encadrer ce miroir d'émeraudes, tacheté çà et là par des lignes de vivants coraux.
Dès le lendemain matin, j'étais sur la rive de l’ile de la Direction, bande de terre ferme large à peine de quelques centaines de mètres. Une blanche marge calcaire, d’une réverbération fatigante sous cet ardent climat, la sépare de la lagune; à l'extérieur elle est défendue par un rebord large et plat, en roche de corail solide qui apaise et arrête la violence de la haute mer. Sous quelques sables, près de la lagune, le sol n’est qu’une accumulation de fragments de coraux arrondis et il faut le climat des régions intertropicales pour produire une végétation vigoureuse sur ce terrain désagrégé, sec et rocailleux. Rien de plus élégant néanmoins que les cocotiers vieux et jeunes, dont es palmes vertes s'unissent au-dessus de féeriques petits ilots qui les encadrent d’un anneau de sable argenté. L'histoire naturelle de ces iles est curieuse, grâce à son indigence même. C’est à peine si trois ou quatre espèces d’arbres semés par les vagues se mêlent aux bouquets de cocotiers, et l’un d’eux seul offre un bon bois de construction. Ma collection d’une vingtaine d’espèces de piantes, dont dix-neuf appartiennent à différents genres et à non moins de seize familles, doit renfermer à peu près toute cette modeste flore, aui semble un refuge de déshérités. Du côté du vent le ressac jette des semences. M. Keating, qui a résidé un an sur ces écueils, cite
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le Kimiri, natif de Sumatra et de la péninsule de Malacca, la noix de coco de Balci que distinguent sa forme et sa grosseur, le dadass que les Malais plantent avec la vigne vierge. Le savonnier, le ricin, des troncs de palmier sagou, diverses graines inconnues aux habitants de cesécueils. des masses de teck de Java, d’immenses cèdres rouges, blancs, le gommier bleu d'Australie et jusqu’à des canots de Java, viennent s’échouerx contre ces récifs. L’on suppose que ces épaves sont pour la plupart poussées par la mousson du nord-ouest, jusqu'aux côtes de la Nouvelle-Hollande , d’où les vents alizés du sud-est les ramènent. Les graines feraient ainsi de six à huit cents lieues sans perdre leur pouvoir de végétation... La liste des animaux terrestres est plus bornée encore que celle des végétaux. Quelques rats ont été apportés de Pile Maurice sur un vaisseau naufragé, et les seuls oiseaux de terre sont une bécasse et un râle ; les échassiers après les palmipèdes sont les premiers colons de ces régions lointaines. Tout ce que j'ai rencontré en fait de reptiles, c'est un petit lézard et, à part les araignées qui sont nombreuses, je nai pu recueillir que treize espèces d'insectes, dont un coléoptère. Enfin sous des blocs isolés de corail pullule seule une petite fourmi.
Mais si de cette terre stérile nous portons nos regards vers la mer, nous y verrons affluer la vie. Il y a de quoi s’enthousiasmer à contempler le nombre infini d'êtres organiques dont regorgent les mers tropicales; de beaux poissons verts et de mille teintes diverses chatoient dans les creux, dans les grottes, et les couleurs de plusieurs des zoophytes sont admirables.
Les longues et étroites bandes de terre qui forment les ilots, s’élèvent seulement à la hauteur où le ressac peut lancer des fragments de coraux, où le vent peut entasser des sables calcaires. Au dehors un rebord de corail plat et solide brise la première violence des flots, qui autrement balayeraient ces écueils et tout ce qu’ils produisent, Ici l'Océan et la terre semblent se disputer l’empire; si celle-ci commence à prendre pied, les citoyens de l’onde maintiennent leurs droits antérieurs. De tous côtés l’on voit diverses espèces de crabe ermite promener sur leur dos la coquille dérobée à la plage voisine; d'innombrables hirondelles de mer, des frégates , des fous, fixent sur vous leurs yeux stupides et colères , planent dans l’air, surchargent les branches des arbres , infestent les bois de leurs nids. Parmi cette population ailée, je n’ai distingué qu'une charmante créature, une mignonne hirondelle de mer d’un blanc de neige. Vous épiant de son brillant œil noir, elle voltige doucement, toujours tout près, et sous cette gracieuse et délicate enveloppe on serait tenté d'imaginer quelque sylphe léger qui vous observe et vous suit...
Le 6 avril, j'accompagnai le capitaine au fond de la lagune ; le chenal y tournoie entre des coraux délicatement ramifiés. Nous vimes plusieurs tortues, auxquelles deux barques donnaient la chasse... Arrivés au bout de la lagune, nous traversämes l’étroit ilot pour voir, du côté du vent, la large mer se briser sur la côte. Je ne puis dire pourquoi ni à quel point ce spectacle me parait imposant : ces élégants cocotiers, ces lignes de verdoyants buissons , cette marge plate, infran-
chissable barrière, semée de blocs épars, enfin cette frange de vagues écumantes qui se ruent à l’entour des récifs. L'Océan, comme un invincible et tout-puissant ennemi, lance ses flots, et il est repoussé, vaincu, par les moyens les plus simples. Ce n’est pas qu’il épargne les roches de corail dont les gigantesques fragments jetés sur la plage proclament sa puissance ; il n’accorde ni paix, ni trêve, la longue houle enflée par le doux mais incessant travail des vents alizés, soufflant toujours d’une même direction sur cet espace immense, soulève des vagues presque aussi hautes que celles qu’accumulent les tempêtes de nos zones tempérées. On reste convaincu, à voir leur incessante rage, que l'ile du roc le plus dur, de porphyre, de granite, de quartz, serait démolie par cette irrésistible force, tandis que ces humbles rives demeurent victorieuses. Un autre pouvoir à pris part à la lutte. La force organique s'empare un à un des atomes de carbonate de chaux et les sépare de la bouillonnante écume pour les unir dans une symétrique structure. Qu'importe que la tempète arrache par milliers d'énormes blocs de rochers! Que peut-elle contre le travail incessant de myriades d'architectes à l’œuvre nuit et jour? Nous voyons ici le corps mou et gélatineux d’un polype vaincre, par l’action des lois vitales, l'immense pouvoir mécanique des vagues de l'Océan, auquel ne résisterait ni l'art de l’homme , ni les ouvrages inanimés de la nature‘. »
Quelle est la dimension des atolls?Il en est dans les îles Maldives, situées dans la mer des Indes à l’ouest de l'île de Ceylan, qui atteignent jusqu’à 88 milles géographiques, avec une largeur variant de 10 à 20 milles. Dans les Marshall, certains atolls sont réunis par une ligne de récifs : telle est l’île Mentchicoff qui, grâce à ces récifs, a 60 milles de long.
Nous avons dit que les formations madréporiques, ou coralliennes, peuvent affecter trois formes, auxquelles on à donné le nom d’atolls, de barrières de récifs, ou de récifs frangés. Nous avons parlé des atolls; disons quelques mots des barrières de récifs et des récifs frangés.
Les barrières de récifs sont les formations qui entourent les iles ordinaires, ou qui s'étendent le long des rivages. Elles ont la forme et la structure générale des atolls. De même que les atolls, les barrières de récifs paraissent placées au bord d'un précipice marin. Elles s'élèvent sur les bords d’un plateau qui domine une mer sans fond.
Sur la côte occidentale de la Nouvelle-Calédonie, le capi-