‹ La vie et les murs des animaux :Chapitre 38 sur 99 · Montpellier, 1860, in · texte numérisé non relu

Montpellier, 1860, in

sous le nom d’Acalèphes hydrostatiques ou Hydroméduses. Is sont plus particulièrement connus de nos jours sous celui de Siphonophores.

Ces habitants des mers présentent les formes les plus gracieuses, et se font souvent remarquer par la délicatesse de leurs tissus ou l'éclat de leurs couleurs. Essentiellement nageurs, ils possèdent une ou plusieurs vessies remplies d'air, de véritables cloches natatoires, plus ou moins nombreuses et de formes variables. Ils flottent sur les vagues, mais demeurent loujours à la surface, quelle que soit l'agitation de la mer. Ce sont des esquifs naturels et des esquifs insubmersibles!

On divise les Siphonophores en quatre ordres ou familles : cel'es des Vélelles, des Physophores , des Diphies, des Physalies.

FAMILLE DES VÉLELLES.

Les Vélelles se réunissent par grandes troupes, que l’on voit flotter, pendant les beaux jours, à la surface de la mer. Elles sont communes dans les mers tropicales.

Pour donner une idée exacte de ces zoophytes, nous ferons ici l’histoire de la Velella spirans ou Vélelle de la Méditerranée, qui a été étudiée avec un soin infini par M. Charles Vogt, de Genève.

C'est au mémoire publié par ce savant, sur les Animaux inférieurs de la Méditerranée, que nous emprunterons les détails qui vont suivre sur la Vélelle de la Méditerranée. Nous aurons également recours aux remarquables études du même naturaliste pour les autres types de Siphonophores.

Le Velella spirans (fig. 69), souvent désigné sous le nom de Velella limbosa, a été découvert dans la Méditerranée, entre Monaco et Menton, par Forskahl qui le prit, à tort, pour une Holothurie.

A la face supérieure de l'animal, est un appareil hydrostatique, destiné à équilibrer son poids avec celui de l'élément ambiant. Cet appareil se compose du bouclier et de la crête, organes dont M. Vogt a donné une description très-detaillée.

POLYPES. 15y

C’est sur la face inférieure de l’animal que se montrent les principaux organes de la Vélelle. On ne les voit pas lorsqu'elle nage, parce qu’alors elle ne laisse sortir de l’eau que sa crête.

Au milieu de cette face inférieure se voit une grande trompe, blanchätre et contractile. On croyait autrefois que c'était là l’estomac de la Vélelle. Mais vous allez voir combien les idées ont changé! On considère aujourd’hui cet appendice comme un polype : c’estle polype central. Autour de cette agrégation se groupent beaucoup d’autres appendices plus petits, blanchâtres, et dont la base est entourée de petites grappes jaunes.

Tig. 69. Vélelle au limbe nu (N. G.).

( Velella limbosa, Lamk.) Holothuria spirans, Forskahl. — Velella spirans, Eschsch.

Ce sont les individus reproducteurs. Sur la limite entre le limbe et le bouclier, apparaissent de nombreux tentacules libres, vermiformes, cylindriques, d’une couleur bleu de ciel. Ces tentacules, très-contractiles, sont dans un mouvement continuel.

Ainsi la Vélelle n’est pas un individu unique, mais bien un groupe, une colonie. Les individus destinés à la reproduc tion sont les plus nombreux; ils occupent les parties inférieures.

Le polype central, par sa grosseur et sa structure, se di£-

tingue, dès le premier coup d'œil, de tous les appendices de la face inférieure du corps. C’est un tube cylindrique, très-contraclile, qui présente ordinairement la forme d’une poire. Il peut se renfler en boule ou s’allonger considérablement. Sa bouche est ronde et très-dilatable. Elle s'ouvre dans une partie cylindrique, ou trompe, qui se continue en un sac en forme de fuseau allongé, revêtu par les téguments blanchâtres qui forment le corps du polype dans son entier. Au fond du sac on observe deux rangées d'ouvertures qui conduisent dans un réseau vasculaire. Ce réseau parcourt toute l'étendue du corps, toutes les parties membraneuses, en affectant diverses manières d'être dans sa disposition, et il est en rapport direct avec tous les individus reproducteurs.

C’est un caractère général de toutes les colonies de polypes, que les cavités digestives des individus composant la colonie s’'abouchent dans un système vasculaire commun. La Vélelle montre la même conformation. Seulement ici le système vasculaire est étendu horizontalement, et il présente ce caractère essentiel de l’abouchement de tous les individus constituant la colonie avec ses canaux communs dans lesquels circule le fluide nourricier, élaboré pour tous et par tous. C’estun véritable communisme social, réalisé par la nature.

Le polype central est uniquement destiné à absorber les aliments. M. Ch. Vogt a toujours trouvé dans sa cavité intérieure des carapaces de crustacés, des restes de petits poissons, et il a souvent vu les parties dures qui résistent à la digestion, rejetées par l'ouverture de la trompe.

Ce polype central se nourrit et nourrit les autres; mais il est stérile.

Les tentacules sont des cylindres creux, complétement fermés à l'extrémité. Ge sont des tubes musculaires très-forts, d'une épaisseur considérable, dont l’intérieur est rempli d’un liquide transparent. Ils sont enveloppés par une membrane assez ferme, d’une couleur bleu foncé. L’épiderme est garni de petites capsules urticantes, formées d’un sac à parois trèsépaisses.

Si l’on comprime ce sac sous le microscope, il éclate tout à coup, s'ouvre à un endroit déterminé, et lance au dehors un

appareil qui est composé d’un fil long et raide, lequel est implanté sur un manche conique et entouré de pointes.

« Je ne sais, dit M. Vogt, si toute cette machinerie peut rentrer dans la capsule lorsqu'elle à une fois éclaté ; mais je présume que l’animal peut les détendre et retirer à volonté. Un tentacule de vélelle convenablement comprimé se montre hérissé tellement de tous ces fils, qu’il a l’air d’une brosse. Les tentacules eux-mêmes sont en mouvement continuel et je ne doute pas que l’observation de M. Lesson, qui les a vus envelopper de petits crustacés et des poissons, ne soit réellement juste. Ces organes urticants servent sans doute, comme dans d’autres animaux de la même classe, à tuer la proie que les tentacules viennent de saisir. »

Ainsi les Vélelles ont des javelots, comme les anciens guerriers grecs et romains, et un lasso, comme les cavaliers du Mexique.

Les individus reproducteurs forment la plus grande masse des appendices fixés à la surface inférieure de la Vélelle. La forme de ces individus est d'autant plus variable qu'ils sont extrêmement contractiles. Cependant ils ressemblent ordinairement à une corolle de jacinthe.

Les individus reproducteurs sont donc en même temps nourriciers. Les Méduses nées par bourgeonnement de ces individus reproducteurs constituent le véritable état sexuel des Vélelles.

Celles-ci ont, en somme, deux états alternants d’existence, l’un sexuel produisant des œufs, et dans cet état ce sont des individus isolés, des Méduses, qui jamais ne se groupent ensemble en colonie; l’autre état agrégé, non sexuel, et formant des colonies nageantes, connues sous le nom spécial de Vélelles.

Voilà un court aperçu des faits étranges auxquels a donné lieu l'étude approfondie des animaux marins inférieurs.

Les naturalistes placent à côté des Vélelles proprement dites et dans la même famille, les Rataires et les Porpites.

Déjà de Blainville avait considéré les Rataires comme de jeunes Vélelles non développées. M. Vogt ne doute nullement que les Rataires ne soient de jeunes Vélelles qui n’acquièrent que petit à petit la forme elliptique, dont le limbe se

garnit seulement plus tard d'individus reproducteurs. Selon lui, ces Rataires sont engendrées par les Méduses nées des” Vélelles et résultent du développement des œufs que ces Méduses produisent.

Les Porpites constituent, comme les Vélelles, des colonies animales flottantes, munies d’un squelette cartilagineux horizontal et arrondi; mais ils sont dépourvus de crête, ou voile. u

Le disque de la Porpite du Grand Océan (fig. 70) a quinze lignes de diamètre, sans comprendre les tentacules. Ce disque

Fig. 10. Porpite du Grand Océan. (G. N.) (Porpita pacifica, Lesson.)

est en dessus très-finement rayonné, et possède un éclat argentin ou nacré, très-brillant. Le repli membraneux qui l'entoure est découpé par de légers festons, excessivement étroits. Sa couleur est d’un bleu céleste clair, très-transparent. Les tentacules, très-pressés et très-minces, sont cylindriques. Ces tentacules sont azur clair et les glandes sont bleu indigo. Tous les individus reproducteurs, placés à la partie inférieure du corps, sont d’un blanc hyalin parfait. Cette belle Porpite fut découverte par Lesson. Elle s’offrit aux

yeux de ce naturaliste voyageur par essaims très-nombreux, à

la surface d'une mer unie comme une glace, sur les côtes du Pérou.

« La manière de vivre des Porpites est, dit Lesson, parfaitement analogue à celle des Vélelles. Leur locomotion sur la mer est purement passive, au moins en apparence. Leur disque , couché à plat sur la ligne des eaux, laisse flotter librement et dans le sens horizontal les bras irritables disposés à l’entour , et qui voguent semblables à une petite corolle de passiflore bleue. »

FAMILLE DES PHYSOPHORES.

La famille des Physophores comprend les Physophores proprement dites, les Agalmes et les Stéphanomies. Jetons un coup d'œil sur l’organisation de la Physophore hydrostatique d’après les curieuses observations de M. Ch. Vogt.

La figure 71 représente cette espèce, d’après le mémoire de M. Vogt. On voit que la Physophore hydrostatique se compose d'un axe grèle et vertical, terminé par une vessie aérienne, portant latéralement des vésicules connues sous le nom de cloches natatoires, terminées elles-mêmes par une gerbe de filaments grêles et blanchâtres.

La vessie aérienne est brillante, argentée, et ponctuée d’une tache rouge. La bulle d'air est enchâssée dans une capsule transparente et comme cartilagineuse, se continuant dans le tronc commun médian, qui est rose, creux et très-contractile. En effet, il offre des fibres musculaires très-fines, qui s’épanouissent à la face interne de la capsule. Celle-ci est close de toutes parts.

Les cloches natatoires sont d’une transparence hyaline et d’un tissu ferme. Elles sont attachées obliquement et en alternant sur l’axe commun. Elles offrent sur leur courbure extérieure une ouverture ronde garnie d’un limbe musculaire très fin, très-contractile et disposé comme l'iris de l’œil. Leur résistance est encore augmentée par des fils cornés et creux qui sont en communication directe avec la cavité du tronc vertical et se rassemblent dans un canal circulaire commun.

a L'animal se dirige dans toutes les directions , dit M. Ch. Vogt, par le moyen de ces cloches, qui, en s’ouvrant, se remplissent d’eau qu’elles

commun , suivant que l’une ou l’autre des rangées travaille davantage, l'organisme entier va de côté, plonge ou s'élève à la surface , mais toujours de manière à ce que la vésicule aérienne soit portée en avant. »

A sa partie inférieure, le tronc commun se renfle, s’aplatit, et s’enroule en spirale. Il est creux et renferme un liquide transparent, visqueux, dans lequel nagent de très-petites granulations qui paraissent être le résultat de la digestion. Ce disque donne attache à des appendices de trois sortes différentes. Parlons d’abord des tentacules.

Ils forment une couronne d’appendices vermiformes, de couleur rouge, longs de trois centimètres, et qui sont dansun mouvement continuel. Une substance hyaline et cartilagineuse constitue ces appendices. Ce sont des tubes coniques, fermés de toutes parts, excepté dans le point où le tentacule s'attache sur le disque. Leur cavité est remplie de ce liquide granuleux propre au disque et à l’axe vertical.

En dedans des tentacules et sur toute la face inférieure de ce disque sont attachés des polypes et des fils pêcheurs.

La partie antérieure du polype est formée d’une substance hyaline, qui présente les changements de forme les plus variés et les plus surprenants, et porte une bouche arrondie à son sommet. La partie postérieure du polype est une tige étroite, creuse et rouge. Mais près de cette tige rouge se trouve une touffe épaisse d’appendices cylindriques, du milieu desquels sort un filament extensible et contractile que M. Vogt a appelé le jil pécheur et sur lequel il a donné les plus étranges renseignements.

Autant de polypes, autant de fils pêcheurs. Voici quelle est la composition de ces fils. Chacun est formé par un assemblage de tubes cylindriques, analogue à un filament de Conferve. Tous ces tubes sont traversés par un canal continu, qui prend son origine dans la cavité interne de la tige du polype. Chaque tronçon du fil pêcheur peut se contracter et s’allonger prodigieusement. Quand le fil pêcheur se retire entièrement, les tronçons s'appliquent les uns contre les autres, à peu près comme les pièces qui composent un mètre de poche. C’est aux effets combinés de la contraction et du reploiement des tron-

çons que ces fils doivent les étonnants changements de longueur qu'ils présentent. On voit sur la figure 72 la réunion des Polypes et des fils pêcheurs.

Sur chaque tronçon est implanté, près de l’articulation, un {il secondaire qui porte l’organe urticant. Chacun de ces fils est composé de trois parties: une tige étroite, musculeuse, contractile, creuse, dont la cavité communique avec celle du tronçon qui le porte. Une partie moyenne, sorte de boyau, contenant dans une cavité interne considérable un liquide

Fig. 72. Polypes et fils pécheurs de la Physophore hydrostatique. Portion du disque sur laquelle on a laissé trois polypes et deux paires de grappes reproductrices.

transparent; enfin une ampoule urticante qui termine l’appareil.

Celle-ci a la forme d’un œuf. Elle est composée extérieurement d’une substance hyaline, de consistance cartilagineuse, dans l’intérieur de laquelle se trouve une grande cavité qui s'ouvre au dehors près de la base de la capsule. A l’intérieur de cette cavité se trouve un second sac musculaire attaché au pourtour de l’ouverture de la capsule, de manière que cette ouverture conduit directement dans la cavité du sac (fig. 73).

Celui-ci cache dans son intérieur un long fil ordinairement enroulé en spirale. Ce fil est composé d’une énorme quantité de petits corpuscules durs, en forme de sabre, et posés les uns contre les autres. Ils montrent leur pointe tournée en dehors. M. Vogt les appelle sabres urticanis. L’extrémité du fil est composée de corpuscules courbes, plus grands,

Fig. 73. Appareil offensi de la Physophore hydrostatique. Deux capsules urticantes, dont l’une a éclaté, vues par un grossissement de douze diamètres.

d'un jaune brunâtre, très-résistants, contenant une double pointe.

M. Vogt a pu observer la manière dont les capsules urticantes du fil pêcheur se mettent en action. Il les a vues éclater naturellement, et il a aussi obtenu artificiellement le même résultat. De l'ouverture pratiquée à la base de la capsule s’é-

lance tout à coup, avec une violence inouie, le fil urticant tout entier.

« L'usage des fils pêcheurs devient évident, dit-il , lorsqu'on observe une Physophore en repos, dans un bocal assez spacieux pour qu’elle puisse s’y développer. Elle prend alors une position verticale. Les fils pêcheurs s’allongent de plus en plus, en développant un à un les fils secondaires à capsules urticantes. Bientôt la Physophore ressemble à une fleur posée sur une touffe de racines très-allongées et extrêmement fines qui vont jusqu’au fond du vase. Mais ces racines sont dans un mouvement continuel. Chaque fil pêcheur s’allonge, se raccoureit, se contracte de mille manières. Le moindre mouvement de l’eau fait retirer subitement les capsules urticantes et les fils pêcheurs qui sont hélés avec la plus grande vitesse vers la couronne des tentacules. C’est un Jeu continuel qui n’a d'autre but que de rechercher la proie destinée à la pâture des polypes et qu’on ne peut mieux comparer qu'aux mouvements d’une ligne de pêche; car dès qu’une petite méduse microscopique, une larve, un cyclope, ou quelque autre crustacé vient dans le voisinage de ces fils redoutables , il est immédiatement entouré, saisi et ramené vers la bouche du polype par la contraction du fil. Les organes urticants si compliqués que nous voyons chez les physophores ont donc la même destination que les capsules urticantes disposées dans les bras des hydres

ou sur la face extérieure des tentacules et des polypes prolifères de la Vélelle. »

Est-il une forme animale plus gracieuse que celle de cet l’Agalme rouge (fig. 74) dont nous reproduisons la figure, d’après les planches du mémoire de M. Ch. Vogt? Cette belle espèce est commune dans les eaux de la côte de Nice, depuis le mois de novembre jusque vers le mois de mai. Vers le milieu de décembre, M. Vogt en trouva, dans l’espace d'une heure, en face du port de Nice, près de cinquante individus, qui tous sulvaient lemême courant. Une quantité prodigieuse de Salpes, de Méduses et de petits mollusques ptéropodes, les accompagnait.

« Je ne connais rien de plus gracieux que cette Agalme, dit M. Vogt, lorsqu'elle flotte étendue près de la surface des eaux. Ce sont de longues guirlandes transparentes dont l'étendue est marquée par des paquets d’un rouge vermillon brillant, tandis que le reste du corps se dérobe à la vue par sa transparence. L'organisme entier nage toujours dans une position un peu oblique près de la surface, mais il peut se diriger dans tous les sens avec assez de vitesse... J'ai souvent eu en ma possession des guirlandes de plus d’un mètre de long dont la série de cloches natatoires mesurait plus de deux décimètres, de manière que dans les grands bocaux de pharmacie dont je me servais pour garder mes animaux en vie,

Fig. 74. Agalme rouge. (3/5 G. N.)(Agalma rubra, C. Vogt.)

la colonne de cloches natatoires touchait le fond, tandis que la vésicule aérienne flottait à la surface. Immédiatement après la capture, les colonies se contractaient à tel point qu’elles étaient à peine reconnaissables; mais lorsqu'on laissait les bocaux spacieux en repos, tout l’ensemble se déployait dans les contours les plus gracieux à la surface du bocal. La colonne des cloches natatoires se tenait alors immobile dans une position verticale, la bulle d’air en haut, et bientôt commençait le jeu des différents appendices. Les polypes, placés de distance en distance sur le tronc commun de couleur rose s’agitaient dans tous les sens et prenaient , par les contractions les plus bizarres mille formes diverses, les individus reproducteurs si semblables à des tentacules se gonflaient et se contractaient alternativement en se tortillant comme des vers, les tentacules s’agitaient, les grappes ovariques se dilataient et se contractaient, les cloches spermatiques battaient l’eau avec leurs ombrelles comme les Méduses. Mais ce qui excitait le plus la curiosité, c’était le jeu continuel des fils pêcheurs qui se déroulaient en s’allongeant de la manière la plus surprenante et se retiraient quelquefois avec la plus grande précipitation. Tous ceux qui ont vu chez moi ces colonies vivantes ne pouvaient se détacher de ce spectacle saisissant où chaque polype ressemblait à un pêcheur qui fait descendre au fond de l’eau une ligne de pêche garnie de hameçons vermeils qu’il retire lorsqu'il sent la moindre secousse et qu’il lance ensuite de nouveau pour la retirer de même. Les colonies restaient quelquefois en pleine vigueur pendant deux ou trois jours et j'ai réussi quelquefois à les nourrir avec de petits crustacés qui fourmillent près des côtes... »

Quelques indications très-rapides suffiront pour faire connaître au lecteur la structure, ou plutôt le personnel de cette colonie.

L’axe commun de l’Agalme est un tube musculaire creux, dont la longueur peut atteindre un mètre et la largeur environ un millimètre et demi. Il est traversé par le double courant d'un liquide granuleux. À son sommet se trouve la vésicule aérienne. Au-dessous sont les vésicules natatoires. Celles-ci disposées le long du tronc, sur une double série, atteignent quelquefois le nombre de soixante. Leur structure ne manque pas d’analogie avec celle qui caractérise les mêmes organes dans la Physophore.

En examinant la partie postérieure du tronc, on voit, de distance en distance, des polypes nourriciers, dont la base est entourée par un paquet de grains rouges. Chacun de ces polypes est armé d’un fil pêcheur, muni de filets secondaires, terminé par une vrille, d’un rouge vermillon, qui est un véritable arse-

nal d'armes offensives et défensives. On trouve là des sabres de diverses grandeurs et des poignards de formes variées; le tout constitue un appareil urticant vraiment formidable.

Ces engins de guerre, ces armes d’attaque et de défense, dont l’homme s’entoure, grâce à son esprit prévoyant et industrieux, la nature en a libéralement doté quelques petits animaux qui sillonnent les mers. On dirait qu'après avoir créé ces êtres gracieux et charmants, qui sont l’ornement et qui font la gaieté des eaux profondes, elle a été si ravie de son chef-d'œuvre, que, pour le conserver, elle l’a muni d'armes de toutes sortes, destinées à le protéger et à le défendre contre toutes les attaques du dehors.

L’Apolémie contournée, charmante méduse qui habite la Méditerranée et particulièrement la côte de Nice, n’a pas une structure moins admirable que l’Agalme rouge. On la rencontre souvent dans le golfe de Villefranche, près de Nice. MM. Milne Edwards et Ch. Vogt, ainsi que M. de Quatrefages, en ont donné des dessins et des descriptions remarquables.

« Qu'on se figure, dit M. de Quatrefages , un axe de cristal flexible, long quelquefois de plus d’un mètre , tout autour duquel sont attachés, par de longs pédoncules, également transparents , des centaines de petits corps allongés ou aplatis en forme de boutons de fleur. Qu'on mêle à cette guirlande de perles d’un rouge vif une infinité de filaments de diverses grosseurs, qu’on donne le mouvement et la vie à toutes ces parties….. et l’on n'aura encore qu’une faible idée du merveilleux de cette organisation !. »

Les cloches natatoires composent chez l’Apolémie contournée (fig. 75) une masse ayant la forme d’un œuf allongé et coupé par le milieu. Elles sont disposées sur douze séries verticales, et l’axe qui les porte se termine par la vésicule aérienne. Cet axe est toujours contourné en spirale, même dans son expansion la plus considérable. Teint en rose et un peu aplati, de manière à former un ruban, il est marqué, sur toute sa longueur, d’aspérités ou de mamelons creux, sur lesquels sont fixés les appendices.

Les polypes nourriciers avaient été nommés organes po-

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