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la vessie aérienne n’est qu’un appareil hydrostatique propre à alléger l’animal et à modifier sa pesanteur spécifique.
Lorsqu'il est rempli d'air, le corps des Physalies fait saillie hors de l’eau. Pour que l’animal puisse descendre, il faut ou que l'air soit comprimé ou qu'il soit expulsé en partie. Le centre de gravité de l’animal doit se déplacer suivant que l’air se trouve dans la vessie ou dans la crête. Quand cette dernière est distendue , elle doit sortir presque verticalement hors de l’eau et agir alors, en effet, comme une espèce de voile.
Les appendices qui flottent sous le corps de la Physalie sont de diverses sortes : il y a des individus reproducteurs, nourriciers, des tentacules; enfin des organes désignés sous le nom de sondes, armes offensives et défensives vraiment redoutables.
Cesélégants animaux sontde terribles combattants. L'homme redoute et doit éviter son approche.
Pour donner au lecteur une idée de la puissance offensive des Physalies , nous citerons seulement deux faits.
Dutertre, le véridique historien des Antilles, raconte ce qui suit : |
« Cette galère (notre Physalie) est autant agréable à la vue qu’elle est dangereuse au corps, Car je puis assurer avec vérité qu’elle est chargée de la plus mauvaise marchandise qui fut jamais sur la mer. J’en parle comme savant et comme en ayant fait l'expérience à mes dépens. Car un jour que je gouvernais un petit canot, ayant aperçu en mer une de ces galères, je fus curieux de voir la forme de cet animal. Mais je ne l’eus pas plutôt prise que toutes ses fibres m’engluèrent toute la main, et à peine en eus-je senti toute la fraicheur ( car il est froid au toucher), qu’il me sembla avoir plongé mon bras jusqu’à épaule dans une chaudière d’eau bouillante, et cela avec de si étranges douleurs que, quelque violence que je pusse-faire pour me contenir, de peur qu’on ne se mo-
quât de moi, je ne pus m'empêcher de crier par plusieurs fois à pleine tête : Miséricorde ! mon Dieu ! je brüle, je brûle! »
Leblond , dans son Voyage aux Antilles, rapporte l’anecdote suivante :
« Un jour, je me baignais avec quelques amis dans une grande anse devant l’habitation où je demeurais. Pendant qu’on pêchait de la sardine pour le déjeuner, je m’amusai à plonger, à la manière des Caraïbes, dans la lame prête à se déployer; parvenu de l’autre côté, je gagnais au large et reverais sur une autre vague m’échouer sur le rivage. Cette prouesse, que les autres ne s’avisaient pas de tenter, faillit me coûter
la vie. Une galère, dont plusieurs étaient échouées sur le sable, se fixa sur mon épaule gauche au moment où la lame me rapportait à terre; je la détachai promptement, mais plusieurs de ses filaments restèrent collés à ma peau jusqu’au bras. Bientôt je sentis à l’aisselle une douleur si vive que , prêt à m'évanouir, je saisis un flacon d'huile qui était là et j’en avalai la moitié pendant qu'on me frottait avec l’autre. Revenu à moi, je me sentis assez bien pour retourner à la maison, où deux heures de repos me rétablirent à la cuisson près, qui se dissipa dans la nuit. »
Il est une question qui a été plusieurs fois agitée sans être positivement résolue. Il s’agit de savoir si les Physalies ont des propriétés vénéneuses ; si elles peuvent tuer ou rendre malades l’homme et les animaux qui les avalent. Écoutons sur cette question un médecin de la Guadeloupe, M. Ricord- Madiana, qui a fait sur ce sujet des expériences directes.
Le docteur Ricord-Madiana a écrit sur les effets physicologiques de la Physalie quelques pages curieuses que Lesson a rapportées dans son ouvrage sur les Zoophytes acalèphes. Nous croyons devoir reproduire ici ces pages, peu connues.
« Beaucoup d'habitants des Antilles, dit Ricord-Madiana, et plusieurs des savants qui les habitent , disent que les galères sont un poison violent , et que les nègres s’en servent, après les avoir fait sécher et pulvérisées, pour empoisonner les hommes et les bestiaux. Les pêcheurs des iles croient aussi que lorsque les poissons avalent des galères, ils deviennent délétères et empoisonnent ceux qui les mangent. Ce préjugé a été adopté par beaucoup de voyageurs, et a même trouvé place dans un grand nombre de livres scientifiques. Nous allons voir par l’expérience que la galère peut bien brûler la main ignorante qui touche ses tentacules, mais que, lorsqu'elle est séchée et pulvérisée au soleil, ce west plus qu’une substance inerte qui ne produit aucun effet sur l'économie animaie.
« Voici cependant ce qu’on lit dans les ouvrages des voyageurs les plus célèbres :
« Il ne faut pas manger la bécune sans précaution , dit le P. Labat « (vol. II, p. 31), car ce poisson est sujet à empoisonner ceux qui le. «mangent quand il est dans cet état. Comme il est extrêmement vo- « race, il mange goulûment tout ce qui se rencontre dedans et dessus «l’eau, et il arrive très-souvent qu'il s’y rencontre des galères ou des « pommes de mancenillier, qui sont des poisons très-violents et très- « caustiques. La bécune n’en meurt pas, quoiqu’elle en mange; mais sa « chair contracte le venin et fait mourir ceux qui la mangent, comme «s'ils avaient mangé de ces méchantes pommes ou des galères. »
« Il y a tout lieu de croire, dit M. Leblond (ouvrage cité), que la « sardine , après avoir mangé des filaments ou tentacules de galères,
« acquiert une qualité vénéneuse, ainsi que plusieurs autres espèces de « poissons. Me trouvant à souper, continue-t-il, dans une auberge avec « d’autres personnes, on servit une bécune, dont les gastronomes sont « très-friands , et qui d'ordinaire ne fait aucun mal; cinq en mangèrent « et éprouvèrent bientôt après des symptômes de poison qui se manifes- « tèrent par une chaleur brûlante à la région de l'estomac. J'en saignaï « deux : l’un fut guéri par le vomissement, l’autre ne voulut rien « prendre que du thé et quelques cuillerées d'huile. La colique dura toute « la nuit, s’apaisa le matin; mais il lui resta une horreur de l’eau telle, « qu’en la voyant seulement dans un verre, il en pâlissait comme quel- « qu’un prêt à se trouver mal. Cette incommodité se dissipa d'elle-même. »
« Et M. Leblond conclut de ce fait que les poissons qui mangent des galères deviennent un poison pour ceux qui s’en nourrissent, et cependant rien n’avait prouvé à M. Leblond que cette bécune eût mangé des galères ou toute autre substance réputée vénéneuse. Mais les livres scientifiques , dont un bon nombre ne sont que des échos, répètent aussi tout ce qui a été publié de vrai ou de faux par les voyageurs, qui la plupart n’ont fait que répéter à leur tour ce qu’on leur avait raconté dans les pays qu'ils avaient visités.
« Rapportons nos expériences :
« Première remarque. — J'avais mis ma galère au soleil, pour la faire sécher et la pulvériser. Les fourmis s’y mirent et la dévorèrent en entier. Beaucoup de personnes , dans lesiles, pensent que ces insectes ne touchent pas aux poissons vénéneux.
«Deurième remarque. — Une autre galère que j'avais laissée sur ma table dans mon laboratoire, fut assaillie par un nombre de grosses mouches qui y déposèrent leurs œufs : l’éclosion des vers eut lieu, et ils se nourrirent du zoophyte pourri.
«Première expérience. — Le 12 juillet 1823, me trouvant à la Guadeloupe, sur le bord de la mer, dans une anse entre Sainte-Marie et la Goyave, je vis beaucoup de galères récemment échouées sur le sable. Ayant avec moi un chien, comme cela m'arrive souvent pour mes expériences , je lui fis tenir la gueule ouverte par mon domestique et j'y introduisis, avec un petit bâton, la galère la plus fraiche parmi celles qui se trouvaient auprès de moi, avec tous ses tentacules filiformes qu’il
1. A Carthagène, dans l’Amérique espagnole, le botaniste danois Van Rohr, qui avait résidé quelque temps dans cette ville, assurait, dit le docteur Chisholm , dans une communication faite à son ami M. John Ryan de Sainte-Croix, que les Espagnols faisaient usage de la galère (Holothuria physalis) comme d’un poison. Pour cet effet, l'animal est desséché et réduit en poudre très-fine, qu’ils mettent dans le chocolat de la victime qu'ils veulent empoisonner, ce qui la fait périr infaillib'ement. Il est de coutume, dans cette partie de l’Amérique du Sud, de prendre une tasse de chocolat tous les matins, et lorsque lon soupconne qu’une personne a été empoisonnée, on dit proverbialement qu'elle a eu sa galère ce matin-là, ce qui est très-probable, ajoute le docteur Chisholm, et il fait remarquer que cette infâme coutume a été propagée par les Espagnols d'Europe eux-mêmes. (Chisholm, in the Poison of fish, p. 406.)
avala, non sans quelques difficultés. Cinq minutes après il sembla éprouver une douleur sur le bord des lèvres et à la gueule, il bavait et se frottait cette partie dans le sable , sur les herbes, en faisant des sauts à droite età gauche, passant sans cesse ses pattes sur sa gueule, où il ressentait certainement une vive douleur. Je remontai à cheval, et, malgré sa souffrance, le pauvre animal continua de me suivre; après vingt minutes de marche, il sembla ne presque plus rien souffrir. J'avais un morceau de pain que je lui donnai, et il le mangea avec appétit, sans qu’il parût avoir aucune difficulté pour avaler. Son mal n'avait eu lieu que sur les bords de la gueule. Il fut bien toute la journée, n'ayant aucune évacuation extraordinaire qui pût indiquer que l’ingestion de cette galère eût eu quelque action sur les organes de la digestion. Le lendemain , et les jours suivants, l’animal était aussi bien portant que de coutume, sans qu’il parût aucune trace d’inflammation ni dans la gorge, ni dans la gueule.
« Deuxième expérience. — Le 20 du même mois, je pris deux galères sur le bord de la mer, je les coupai en morceaux, puis, avec une cuillère, je les fis avaler à un très-jeune chien qui tetait encore sa mère, et cette forte dose de galère n’eut aucun effet sur lui; les tentacules ayant probablement été enveloppés avec le corps de la galère en la coupant en morceaux, ne lui touchèrent point la gueule, ce qui fit qu’il n’y éprouva aucune douleur. Ne serait-il pas possible que les muqueuses internes supportassent l'application de certaines substances caustiques sans éprouver le même degré d’irritation que les membranes exposées à l’air ressentent lorsqu'on leur applique ce même caustique ?
« On avale quelque chose à un degré de chaleur qu’on ne pourrait supporter dans la bouche, si l’objet brûlant y restait.
« Troisième expérience. — Je me suis procuré plusieurs galères , puis, les ayant placées sur un carreau de vitre, je les ai fait sécher et les ai pulvérisées. Vingt-cinq grains de cette poudre , administrés à un trèsjeune chien , n’ont produit aucun effet délétère. Deux fois cette quantité, administrée à un jeune chat, n’a rien produit non plus ; et cela ne m'a point surpris; car, puisque la galère fraiche n’empoisonre point, comment pourrait-on supporter que la dessiecation de ce zoophyte pût augmenter ses qualités vénéneuses, s’il en avait réellement ? Bien au contraire, il est plutôt raisonnable de croire que, par sa dessiccation, le principe délétère provenant de n’importe quel animal, tout comme des holothuries ou galères, doit perdre infiniment de son activité par l’évaporation et les autres changements que l'air et la chaleur produisent avant qu’il soit entièrement desséché.
«Quatrième expérience. — Je coupai une galère en morceaux et je les fis avaler à un jeune poulet gras. 11 n’en fut nullement incommodé. Trois heures après, je le fis tuer et rôtir ; puis je le mangeai et en fis manger à mon domestique, ce qui ne nous fit mal ni à l’un ni à l’autre, preuve bien certaine que ce n’est point pour avoir mangé des galères que les poissons deviennent vénéneux, car si c'était ainsi, le poulet nous aurait bien certainement empoisonnés.
«Cinquième expérience. —Je mis vingt-cinq grains de galère pulvéri-
Fig. 80. Physalie utricule. (Physalia utriculus, Eschscholtz.)
sée dans un peu de bouillon, j’avalai cette dose sans la moindre crainte et je n’en fus nullement incommodé.
« D'après ces expériences, qui bien certainement sont concluantes, que penser de l’histoire qu’on rapporte à la Guadeloupe d’un M. Tébé, gérant de l'habitation de M. B.... dans le quartier du Lamantin , lequel fut la victime de son cuisinier, qui, dit-on, après avoir cherché en vain à l’empoisonner avec un peu de râpure de ses ongles qu’il avait soin de répandre sur le poisson rôti qu'il lui servait tous les jours à diner, se décida , voyant qu’il ne réussissait pas par ce moyen, à mettre dans sa soupe une galère pulvérisée. Une heure après son repas, ce monsieur se rendit au bourg du Lamantin , à une petite distance de son habitation, et là, en entrant chez un de ses amis, il fut saisi de douleurs atroces dans l’estomac et dans les intestins, qui le rongeaient comme aurait pu le faire le poison le plus corrosif. Le mal alla en augmentant de plus en plus, jusqu’au lendemain matin qu’il mourut dans les tourments les plus affreux. A l’examen de son cadavre, on trouva l’estomac et les intestins corrodés et enflammés, comme s’il eût été empoisonné avec de l’arsenic, et je n’ai presque aucun doute que ce ne fut avec cette substance (l’arsenic), ou avec tout autre poison corrosif, que le cuisinier de M. Tébé commit ce crime. Ce malfaiteur, pour ne point faire connaitre le poison dont il s'était servi, voulut laisser croire à ceux qui l’accusèrent et le firent brûler vivant, que c'était avec une galère pulvérisée qu’il avait empoisonné ce gérant.
« Les nègres ne font jamais connaitre la substance dont ils se sont. servis pour commettre un empoisonnement ; ils avoueront tout ce qu’on voudra leur faire avouer, excepté la vérité, qu’ils ont juré de ne jamais faire connaître sur l’article des empoisonnements.
«Tels sont les faits les plus avérés de laction vénéneuse des physalies!. »
D'après les expériences directes faites sur les animaux par le docteur Ricord-Madiana, et dont on vient de lire le résumé, la Physalie, malgré les préjugés opiniâtres qui établissent l'opinion contraire, n'aurait donc rien de vénéneux. On pourrait administrer sans inconvénient son corps à l’homme ou aux animaux. Ce n’est que dans l’état vivant qu’elle produit par son contact les effets dangereux pour l’économie animale que nous avons rapportés plus haut.
Les habitudes des Physalies sont encore peu connues, Tout ce qu'on peut dire, c’est ‘qu’elles se réunissent en troupes. Sur la surface unie de la mer, entre les tropiques, soit dans l'océan Atlantique, soit dans le Pacifique, on les voit, emportées par les courants, ou poussées par les vents alizés, traîner
1. Histoire naturelle des Zoophytes. Acalèphes, par Lesson. In-8°, Paris, 1843, avec atlas (Suites à Buffon), page 548:553.
derrière elles leurs longs tentacules , teints d’une admirable couleur bleue d’outremer.
« Certes, dit Lesson, nous concevons qu'une imagination poétique ait pu comparer les formes sveltes d’une physalie au vaisseau le plus fin voilier et que pour elle sa vessie ait été une carène gracieuse présentant aux vents une voile de satin et laissant trainer derrière elle des guirlandes trompeuses frappant de mort l'être qui se serait laissé entrainer à leur séduction. »
Si les poissons ont le malheur de venir heurter une Physalie , chaque tentacule , par un mouvement aussi rapide que l'éclair, aussi brusque qu’une décharge électrique, les saisit, les engourdit, et s’enroule autour de leur corps, comme un serpent qui enveloppe cent fois sa victime. Une Phÿsalie grosse comme une noix peut tuer un poisson beaucoup plus fort qu'un Hareng. Les poissons volants et les Polypes sont la proie habituelle des Physalies.
CLASSE DES CTÉNOPHORES.
: Nous arrivons à la dernière classe des Polypes , à celle des Citénophores, qui répondent seulement à une partie des Acalèphes hydrostatiques de Cuvier, et que Blainville appelait les Ciliobranches. Le corps de ces polypes présente, en effet, des franges marginales garnies de cils vibratiles, qui sont des organes de natation. Comme, de plus, ces franges vibratiles s’insèrent directement au-dessus des principaux canaux dans lesquels circule le fluide nourricier, elles doivent nécessairement concourir à l’acte de la respiration, en déterminant le renouvellement de l’eau en contact avec la portion correspondante de la membrane tégumentaire.
Cette classe peut se partager en trois ordres, ou familles : celle des Béroës, celle des Callianires et celle des Cestes.
Les animaux appartenant à ces trois ordres vivent par essaims, dans la haute mer. On les voit souvent apparaître brusquement et en grand nombre, dans certains parages.