Ou mieux cirres, du latin cirrus, boucle de cheveux
courant qui pousse vers la bouche les matières alimentaires, c’est-à-dire les corpuscules organiques des Algues et des animaux microscopiques flottants dans l’eau de la mer, qui forment la nourriture de cet animal. Ils servent aussi puissamment à la respiration.
Les mouvements de ces êtres, aussi élégants que curieux, sont fort lents. Ces mouvements n’ont pour but que d’accrocher le corps de l’animal aux plantes marines, ou de contracter et d'étendre les bras, pour chercher dans l’eau un nouvel emplacement. Quelquefois aussi, pour changer le lieu de son . pâturage, la Comatule abandonne les forêts sous-marines, les herbages, les Algues, et elle flotte dans les eaux, en agitant vivement ses bras, à la recherche d’une station nouvelle.
La Comaiule de la Méditerranée (fig. 86), sur laquelle ont été faites les observations dont nous venons de donner un rapide aperçu d’après l'ouvrage de MM. Dujardin et Hupé!, est trèsrépandue dans les mers qui bordent les côtes de l’Europe. Elle est large de 80 à 100 centimètres, de couleur pourprée, diversement nuancée et tachetée de blanc sur la face ventrale.
Si un voyageur nous disait qu’il a vu des animaux qui laissent tomber leurs œufs sur des arbustes de pierre, — que ces œufs, exécutant leurs évolutions progressives, arrivent à former des individus en tout semblables à leurs parents, et qui sont attachés au sol par une racine, comme une fleur de nos champs, ou à la tige mère, comme une branche d'arbre, — qu’une fois parvenu à l’état adulte, le lien flexueux qui retient ces animaux, fixé soit au sol, soit à la tige mère, se brise, — et que l’animal, devenu libre, s’élance dans le milieu liquide et va vivre d’une existence propre et indépendante : —en écoutant un récit si opposé, en apparence, aux règles ordinaires de la nature, nous taxerions d'erreur ou de folie le narrateur de ces faits incroyables. Cependant tous ces faits sont maintenant parfaitement établis. L’être qui nous présente ces merveilles n’a rien de fabuleux : c’est la Comatule de la Méditerranée ;
1. Histoire naturelle des Zoophytes. — Échinodermes. 1 vol, in-8° avec planches. Paris, 1862, Suites à Buffon, p. 192.
il habite le fond des mers, dont nos vaisseaux sillonnent incessamment la surface.
ORDRE DES OPHIURIDES.
Les Ophiurides sont ainsi désignés de deux mots grecs (cpu, serpent, et œwpx, queue), pour rappeler qu’ils ressemblent assez bien à une queue de serpent.
Ces zoophytes se rencontrent dans presque toutes les mers, mais surtout dans celles des régions tempérées. Aussi sont-ils très-communs sur tous les rivages, et les pêcheurs les ont-ils remarqués de bonne heure, par leur forme singulière, par la disposition de leurs bras, qui ressemblent à la queue d’un Lézard, et par la singularité de leurs mouvements.
MM. Hupé et Dujardin, dans l’ouvrage que nous avons cité, donnent à peu près comme il suit les caractères généraux de ce groupe remarquable d'Échinodermes.
Ce sont des animaux marins, rayonnés, rampant au fond de la mer ou sur les plantes marines, formés d’un disque coriace, nu, ou revêtu d’écailles, qui contient tous les viscères; et de cinq bras très-flexibles, simples ou ramifiés, soutenus chacun par une série de pièces vertébrales internes, nus ou revêtus de granules, d’écailles ou de piquants, et laissant sortir latéralement des tentacules charnus destinés à la respiration. La bouche est située au milieu de la face inférieure du disque, et s'ouvre directement dans un estomac, en forme de sac. Elle est circonscrite par cinq angles rentrants, correspondants aux intervalles des bras, garnis d’une série de pièces calcaires, qui font fonction de mâchoires. Cette bouche se prolonge suivant cinq fentes, également garnies de papilles, ou de pièces calcaires, qui correspondent à l’un des bras. De l'extrémité de chacune de ces fentes part une série de pièces calcaires, en forme de vertèbres, qui occupent tout l’intérieur des bras, laissant au milieu de leur face ventrale un sillon, pour loger un vaisseau nourricier, et latéralement, entre leurs expansions, des cavités, d'où partent des tentacules charnus, rétractiles. La cavité viscérale s'ouvre par une
ou deux fentes, à la face ventrale de chaque côté de la base des bras.
Les Ophiurides se meuvent en contractant brusquement leurs bras, ce qui produit une succession d’ondulations, anaiogues à celles du corps d’un serpent. Quelques-uns de ces zoophytes sont assez agiles, mais d’autres ne font que s’attacher, par leurs bras, aux rameaux de certains polypiers, comme les Gorgones, et demeurent immobiles pendant un temps considérable, attendant leur proie, à peu près comme l’Araignée se tient au centre de sa toile.
L'ordre des Ophiurides se divise en deux grandes familles : la famille des Ophiures, qui comprend plusieurs genres, entre autres celui qui a donné son nom à la famille, et celle des Euryales ou Astérophytes.
La famille des Ophiures constitue un groupe bien tranché par ses cinq bras simples, longs, articulés, très-mobiles, non ramifiés, attachés à un disque petit. Elle a pour type le genre Ophiure, dont une espèce, l’Ophiure nattée, est très-commune, et a été connue de très-bonne heure dans les mers de l’Europe. Elle est de couleur verdâtre, avec des bandes transverses plus obscures de distance en distance sur les bras et sur Le disque. Ce disque est large de 15 à 20 millimètres, couvert, en dessus, de plaques inégales en forme de tuiles. Les bras sont quatre fois aussi longs que le diamètre du disque, très-grêles et effilés.
Le zoophyte qui fut désigné par Lamarck sous le nom d’Ophiure fragile est maintenant placé dans le genre Ophisthrix. Ce nom spécifique indique une particularité de structure de toutes ces bestioles : il s’agit de leur extraordinaire fragilité. En effet, tous ces êtres ont si peu de consistance, qu’ils s’écrasent sous les doigts et se réduisent en pulpe au moindre contact.
Nous représentons (fig. 87) l’'Ophiure qui est désigné aujourd'hui sous le nom de Ophiocome de Rüse (Ophiocoma Rusei). Cet Échinoderme, qui vit dans les mers des Antilles, est muni de cinq brasflexueux. Ces bras sont armés de trois à quatre rangs d’épines, le corps supérieur étant formé d’épines plus dures.
Le corps et les bras sont d’un brun rougeâtre, rayés d’un grand nombre de petites lignes blanches.
Le type principal de la famille des Euryales est le genre Astérophyton ou Euryale de Lamarck. Il renferme des animaux fort remarquables par l’extrème développement de leurs bras. Les ramifications très-multipliées de ces bras se divisent, vers les extrémités, en plusieurs milliers d’appendices, très-grêles, dont l’usage principal est sans doute la locomotion, mais dont
Fig. 88. Ophiocome de Rüse. (G .N.) (Ophiocoma Rusei, Lutken.)
l’ensemble constitue également une sorte de filet vivant. Ce filet semble destiné à saisir et à enserrer les animaux qui servent de proie à ces très-petits carnassiers.
L’Astérophyton verruqueux (Asterophyton verrucosum) que nous représentons dans la fig. 88 est jaunâtre; son disque a 10 centimètres et ses bras 40. Elle habite la mer des Indes. Une
autre espèce, l’Euryale arborescent?, se rencontre sur les côtes de Sicile.
Fig. 89. Astérophyton verruqueuse.
(Asterophyton verrucosum, Lamk.)
Rien de plus élégant que ces disques animés qui ressemblent à une dentelle, et ce qui est le comble, à une dentelle vivante, qui agite au sein des eaux ses mobiles festons!