‹ La vie et les murs des animaux :Chapitre 49 sur 99 · Page · texte numérisé non relu

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représentent l’Oursin livide, vu d’abord dans son état normal, ensuite par une coupe verticale qui laisse voir les organes masticateurs, c’est-à-dire la lanterne d’Aristote.

Pour donner une idée plus complète du même appareil buccal de l’Oursin, nous mettons sous les yeux du lecteur la disposition de cet appareil sur un Oursin des mers australes, le Clypéastre rosacé. Sur la figure 94 l’animal est représenté dans son entier. Sur la figure 95, on voit l’appareil buccal placé au-dessous de la coque, qui a été brisée pour mettre cet appareil à nu.

Fig. 95. Clypéastre rosacé.

(Clypeaster rosaceus, Lamk.)

Le Clypéastre rosacé est de forme ovale, plus étroite en avant, à bords épais et arrondis. C’est la plus commune et la plus répandue des espèces vivantes. Il est pourvu de quatre ou de six ambulacres.

Je n’ai jamais compris pourquoi l’on a appelé lanterne d’Aristote la charpente dentaire de l’Oursin. Ce formidable appareil dentaire ressembie plutôt à une batterie de canons qu’à une lanterne. I1 se compose d’une série de pièces désignées sous

les noms de compas, faux, pyramides, plumules, que nous nous dispenserons de décrire.

‘La bouche de l’Oursin, avons-nous dit, est monstrueuse. Si un homme en avait une pareille, — toute proposition gardée, — elle aurait le volume et à peu près la forme d’un seau de bois, et les dents seraient de la longueur du seau. Comme les dents se projettent hors de cette formidable bouche, on peut s’assurer, en y promenant les doigts, du vif tranchant leurs extrémités. Il faut bien, en effet, que ces organes soient singulièrement puissants, puisque, comme nous le verrons

Fig. 96. Partie supérieure du Clypéastre rosacé, enlevée pour laisser voir le dessus de l'appareil mandibulaire et la charpente intérieure.

plus loin, l'Oursin entame avec ses dents les rochers du rivage, et s’y creuse un abri.

Les dents, dures et tranchantes, croissent par la base, à mesure qu’elles s’usent parla pointe, comme cela se passe chez les mammifères rongeurs. Elles sont de cette manière toujours aiguisées et en bon état. Cinq groupes de muscles puissants sont destinés à faire jouer ces terribles osanores.

À cette bouche succède un œsophage et un intestin, qui se

déploie en s’appuyantle long de la paroi interne de la carapace, et décrit deux contours principaux.

Le régime des Oursins est encore peu connu. Cependant, comme on a constaté dans leur intestin la présence de coquil- Les, de débris de polypiers, de crustacés et même d’échinodermes, il est avéré qu’un certain nombre de ces zoophytes sont carnassiers. Du reste on s’est assuré, de la même manière, que, dans d’autres cas, leur régime est végétal.

La respiration de ces Échinodermes paraît particulièrement s'exercer à l’aide de vésicules aplaties en forme de feuilles trèsdélicates, qui adhèrent à la surface interne des parois du corps, et flottent librement dans le liquide dont la cavité viscérale est remplie. Ces organes, connus sont le nom de branchies internes, sont en relation avec le canal central des tubes ambuiacraires.

Les Oursins ont un petit cœur en forme de fuseau, effilé par le haut, renflé en bas. Ils ont deux systèmes vasculaires distincts, l’intestinal et le cutané.

Le système nerveux se compose d’un anneau qui entoure l’œsophage, situé à peu de distance de la bouche. De cet anneau portent plusieurs troncs nerveux.

En fait de sens, les Oursins ont celui de toucher très-développé. Certains tentacules ramifiés qui entourent la bouche, organes façonnés en forme de pince, et les tentacules ambulacraires, sont les appareils principaux du tact.

Cesanimaux ne paraissent point dépourvus du sens de la vue. On a considéré comme des yeux quatre à cinq points rouges, situés au sommet de la face dorsale. Mais cette opinion a été contestée, car on n’en a pas trouvé de cristallin dans ces yeux.

Certaines observations tendent pourtant à établir que les Oursins sont doués du sens de la vue. M. de Candé, capitaine de vaisseau, rapporte le fait suivant:

« J'examinais, dit-il, dans une flaque d’eau un Oursin à longues baguettes, que je n’apprêtais à saisir, lorque je le vis diriger de suite, dans la direction de ma main, toutes ses baguettes comme pour se défendre. Surpris de cette manœuvre, je voulus le saisir dans une autre direction ; immédiatement ses baguettes se dirigèrent de ce nouveau côté. Je pensai dès lors que l’Oursin me voyait et se défendait de mon approche ; mais cependant, pour savoir si ce mouvement de l’animal ne provenait pas de l'agitation de ces eaux à mon approche, je répétai

l'expérience avec lenteur et même au-dessus de l’eau avec un bâton. L'Oursin ayant toujours dirigé ses baguettes du côté de l’objet qui s’approchait de lui, soit dans l’eau, soit en dehors, je dus acquérir la certitude que ces animaux y voyaient certainement et que leurs baguettes leur servaient de moyens de défense. »

Ces piquants, cette enveloppe calcaire, toute cette armure merveilleuse et pointue dont la nature a pourvu les Oursins, ne paraissent pas suffisants à certains de ces animaux pour assurer leur conservation. Quelques-uns ont l’étonnante propriété de se creuser une demeure dans les rochers même les plus durs, comme le grès et le granit. Ils se fixent aux corps solides au moyen de leurs tentacules. Ils entament le roc avec leurs fortes dents, enlevant avec leurs épines les détritus, à mesure qu'ils sont formés. Quand le trou estcreusé, ils s’y retranchent, laissant apparaître au dehors, par l’ouverture, leurs piquants, leurs faisceaux d’aiguilles menaçantes, comme nos vaisseaux de guerre laissent entrevoir, par les embrasures, ou nos forts par leurs meurtrières, la gueule menaçante de leurs canons.

Quand on veut exprimer un travail impossible, un travail au-dessus des forces humaines, on dit: creuser la terre avec les dents. L’humble Oursin de nos rivages accomplit une plus difficile besogne : il entame avec ses dents le granit, la plus dure des roches.

Il faut lire dans les mémoires de M. Caillaud, conservaieur au Musée de Nantes, les effets de perforation vraiment incroyables produits par les Oursins, et par certains mollusques dont nous parlerons dans la seconde partie de ce vo: lume, qui se creusent des retraites et ouvrent des galeries dans les roches les plus dures.

M. Caillaud a prouvé que la perforation de la pierre par les Oursins est produite par l'appareil buccal que nous avons représenté (fig. 93) sur l’Oursin livide, et qui porte le nom de lanterne d’Aristote. Les baguettes dures et résistantes représentées sur cette figure sont de véritables dents. Mues par des muscles particuliers, elles viennent frapper de bas en haut

la pierre ramollie par l’eau, et finissent par entamer sa substance.

« La lanterne d’ Aristote, dit M. Caillaud, forme l'appareil mandibu-

22h ZOOPHYTES.

laire. Dans cet appareil, les osselets dentiformes qui peuvent tout également recevoir la dénomination de serres, de pics, sont au nombre de cinq, et constituent les uniques instruments de ce petit être pour creuser des excavations si surprenantes dans les roches diverses, même dans le granit... Ces dents, longues de deux centimètres, ces cinq pics, qui agissent encore comme dents masticatoires, sont les instruments d'exploitation de l’Echinus. En ouvrant les mâchoires, ces cinq pics dentiformes doivent, avec l’élan voulu, frapper la pierre plutôt que la gratter !.»

Cette propriété extraordinaire d'entamer les roches, pour s’y creuser un abri, n'appartient qu'à un petit nombre d'espèces d’Oursins. La plupart de ces animaux se contentent de se cacher sous les pierres. Ceux qui n’ont que des piquants très-grêles et de minces coquilles, s’ensevelissent dans le sable, dont ils se recouvrent en entier, ne laissant qu'un petit trou pour respIrer.

Voici, d’après un naturaliste anglais, M. Osler, qui a observé ce travail chez les Spatangus, comment procède notre petit mineur, pour produire ces excavations sablonneuses.

Cette espèce d'Oursin est munie, à la partie inférieure du corps, de piquants courts et robustes, dont l'extrémité s'étale comme le manche d’une cuiller.

« Figurons-nous, dit le naturaliste anglais Jonathan Franklin, Panimal au bord de la mer, et supposons-lui Pintention de s’enterrer dans le sable. II commence ses opérations en tournant les épines inférieures, de manière à former un banc de sable creux, dans lequel il s'enfonce dans son propre poids. À mesure que l’Oursin s'enfonce, un plus grand nombre d’épines se mettent à l’ouvrage, et l’entreprise augmente en activité. Cependant le sable qui a été repoussé, reflue et couvre le corps de l’ouvrier, une foisque celui-ci s’est enterré au niveau de la surface. Dans cette situation, les longs piquants, — et, pour ainsi dire , les crins, — situés sur le dos, commencent à jouer leur rôle; ils empêchent le sable de recouvrir entièrement l'animal, et ménagent un petit trou rond pour introduire l’eau vers la bouche et vers les organes respiratoires ?. »

La cachette des Oursins se reconnaît facilement sur le rivage,

1. Observations sur les Oursins; perforants de Bretagne, page 10. (Annales de la Société académique de la Loire-Inférieure.)

2. Le Monde des Métamorphoses, traduit par Alphonse Esquiros. Paris, in-16, p. 3117

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