GENRE TRIDACNE
Les mollusques du genre Tridacne fournissent les plus grandes coquilles de mollusques acéphales connues. Les historiens à qui l’on doit le récit des guerres d'Alexandre le Grand
parlent d'Huîtres de la mer des Indes qui avaient plus d’un pied de long ; ce sont probablement ces coquilles qu'avaient vues les conquérants macédoniens.
Les valves de la Tridacne gigantesque ont environ un mètre et demi de longueur, et pèsent 250 kilogrammes. On peut en voir deux magnifiques exemplaires à l’église de Saint-Sulpice à Paris : elles servent de bénitiers. Ces admirables coquillages furent donnés en cadeau à François 1‘ par la république de Venise. Sous Louis XIV, le curé Languet les fit accorder à l’église Saint-Sulpice. Ces curieux bénitiers sont représentés sur la figure placée en regard de cette page.
Dans l’église Sainte-Eulalie à Montpellier, on voit deux bénitiers de la même origine, mais de plus petite taille.
C’est en raison de l’usage auquel on consacre souvent les coquilles monstrueuses de ce mollusque qu’on à donné le nom vulgaire de Bénitier à la Tridacne gigantesque. ( Tridacna gigas) (tig. 157).
Les coquilles de la Tridacne ont à peu près trois angles Elles sont allongées, festonnées sur leurs bords, par un petit nombre de grandes côtes, hérissées d’écailles entièrement blanches. La charnière présente deux dents; le ligament est allongé et externe.
L'animal des Tridacnes est remarquable par ses belles couleurs. Celui de la Tridacne safranée est d’un bleu superbe sur les bords, rayé en travers d’une nuance d’un bleu plus pâle. Plus en dedans est une rangée de petites lunes, d’un jaune verdâtre; le centre est d’un violet clair, avec des lignes longitudinales ponctuées de brun.
« On à sous les yeux, disent les voyageurs Quoy et Gaimard, l’un des plus charmants spectacles que lon puisse voir, lorsque, par une petite profondeur, un grand nombre de ces animaux étalent le velouté de leurs brillantes couleurs, et varient les nuances de ces parterres sous-marins. Comme on n’aperçoit que l’ouverture bâillante des valves, on ne peut se figurer ce que c’est au premier aspect. »
Le manteau de l’animal est ferme, ample. Ses bords sont renflés, réunis dans presque toute la circonférence, de manière à ne laisser que trois ouvertures, assez petites. L'une sert à la sortie des aliments digérés; l’autre donne accès et
tu
Fig. 157. Tridacne gigantesque, servant de bénitier à l'église Saint-Sulpice à Paris,
sortie à l’eau nécessaire à la respiration de l'animal. Ces deux
ouvertures s'ouvrent supérieurement. La troisième est infé-
- rieure et libre; elle livre passage au pied, qui est énorme et entouré de fibres byssoïdes.
A l’aide de la houppe soyeuse de son byssus, l'animal se
fixe aux rochers, et y suspend sa pesante coquille. Si l’on veut
Fig. 158. Tridacne faitière. (Tridacna squamosa. Lamk.)
s'emparer d’une des coquilles énormes ainsi appendues aux flancs d’un rocher, il faut couper, à coups de hache, les cordes du byssus tendineux qui la tiennent suspendue.
Toutes les espèces de 7ridacnes habitent les mers tropicales. La Tridacne gigantesque, ou Bénitier, habite la mer des Indes.
Fig. 159. Tridacne faitière. (Tridacna squamosa. Lamk.) Vue en dedans.
La chair de ce magnifique mollusque, quoique coriace cet peu agréable au goût, est pourtant d’une grande ressource pour les pauvres indiens.
Nous représentons (fig. 158 et 159) le Tridacna squamosa comme exemple de ce genre.
GENRE BUCARDE.
Dans la petite famille dont la Tridacne a été, pour nous, l'unique représentant, ainsi que d’ailleurs dans les deux familles précédentes, le manteau de l'animal était plus ou
moins largement ouvert, mais ne se prolongeait jamais de manière à former des tubes. Chez les mollusques dont nous
allons actuellement esquisser l’histoire, c’est-à-dire les Bucardes, Donaces, Tellines et Vénus, l'appareil respiratoire se modifie, pour s'adapter aux habitudes de l'animal. Comme ces mollusques vivent enfoncés dans le sable ou dans la vase, deux grands
Fig. 160. Cardium hians, (Brocchi.)
tuyaux, partant de l’intérieur de leur corps, viennent mettre l'air atmosphérique en rapport avec l'organe respiratoire, c’est-à-dire avec les feuillets branchiaux.
Les Bucardes, ainsi nommées pour rappeler que la plupart de ces coquilles ressemblent, par leur ‘forme, à un cœur (xxpa, cœur), sont très-abondamment répandues dans toutes les mers. Leur coquille est bombée, comme on le voit dans la figure 160, qui représente le Cardium hians, à peu près en
forme de cœur, équivalve, à bords dentés ou plissés, à charnière munie de quatre dents sur chaque valve. Leurs ornements accessoires présentent, suivant les espèces, des différences tranchées quant à leur nature et à leur disposition.
Fig. 161. Bucarde du Groënland. (Cardium Groenlandicum. Chemnitz.)
Les unes sont lisses, comme on le voit sur la figure 161, qui ‘représente la Bucarde du Groënland,; d’autres, et c’est le plus grand nombre, sont garnies de côtes régulières, ordinaire-
Fig. 162. Bucarde épineuse. Fig. 163. Bucarde sourdon. (Cardium aculeatum. Lin.) (Cardium edule. Lin.)
ment obtuses, quelquefois relevées en carène et déchiquetées d’une manière bizarre; d’autres enfin sont armées d’épines droites ou recourbées : telle est la Bucarde épineuse (fig. 162).
L'animal de la Bucarde (fig. 160) a le manteau largement
guh MOLLUSQUES.
ouvert par devant, bordé inférieurement de papilles en forme de lentilles. Son pied est très-grand et coudé par le milieu. Sa bouche est transverse, en forme d’entonnoir et munie d’appendices triangulaires.
L'une des particularités les plus curieuses de l’organisation de ces mollusques est, comme nous l’avons déjà dit, en rapport nécessaire avec leur manière de vivre. En effet, les Bucardes qui, le plus communément, habitent les bords de la mer, s’enfoncent dans le sable, à la profondeur de dix à douze centimètres. Pour qu’elles puissent respirer et tirer de l’eau leur nourriture, comme aussi se débarrasser des produits inu-
Fig. 164. Bucarde exotique. (Cardium coslalum. Lin.)
tiles de la digestion, leur manteau se prolonge en deux tubes, dont les orifices arrivent jusqu’à la surface du sol. C’est au moyen de leur pied et d’un appareil de locomotion extrèmement curieux que les Bucardes peuvent à volonté sortir de leur trou et y rentrer. Les pêcheurs du rivage reconnaissent aisément la présence de ces animaux par de petits jets d’eau qu’ils lancent avec une certaine force à travers le sable de la plage.
Ces mollusques sont répandus dans toutes les mers du globe et sous toutes les latitudes. On en trouve plusieurs espèces sur nos côtes, où on les recueille pour en approvisionner les marchés. Leur chair est pourtant coriace et peu estimée.
L'espèce la plus commune sur le littoral de l'Océan est le Cardium edule, connu sous le nom de Bucarde sourdon (fig. 163). -Sa coquille, de couleur fauve ou blanchâtre, est creusée de vingt-six sillons, formant autant de côtes ridées.
La Bucarde exotique (fig. 164), qui habite les côtes de la Guinée et du Sénégal, et dont la coquille est blanche et fragile, est très-recherchée des amateurs. Son prix est assez élevé quand il est certain que les deux valves appartiennent bien au même individu.
GENRE DONACE.
Les Donaces (Donar, roseau) vivent sur les rivages, à peu de profondeur sous l’eau, enfoncées perpendiculairement dans le sable. Elles sont si abondantes sur les côtes de la Manche et de
Fig. 165. Donace tronquée. (Donax trunculus. Lin.)
la Méditerranée, qu’elles servent à la nourriture du peuple. On les mange cuites.
Ces bivalves ont cela de singulier, qu’ils peuvent sauter à une certaine hauteur, et s’élancer à une distance de plus de 30 centimètres. On peut aisément se donner ce curieux spectacle à la marée basse. Les Donaces que le flot a abandonnées cherchent à regagner la mer. Si on les saisit avec la main pour les dégager du sable, elles impriment à leur coquille un mouvement énergique et subit, grâce à l’élasticité de leur pied comprimé, tranchant et auguleux.
N’est-il pas curieux de voir une coquille qui bondit!
Cette coquille de la Donace est à peu près triangulaire, comprimée, plus longue que haute, régulière, équivalve, inéquila-
térale. La charnière porte trois ou quatre dents sur chaque valve.
L'animal est légèrement comprimé et plus ou moins triangulaire. Son manteau, qui est formé de deux lobes symétriques enveloppant le corps, est ouvert dans une grande partie de son étendue, mais soudé postérieurement, et se prolongeant en deux siphons, ou tubes presque égaux. L'un de ces tubes sert à la respiration : c’est le siphon branchial. L'autre est désigné, à cause de ses fonctions, sous le nom d’anal.
Les tentacules du siphon br anchial sont divisés en arbuscules, qui jouissent d'une sensibilité exquise. Dès qu’un corps vient à les toucher, l'animal contracte son siphon, et ne se décide à le dilater de nouveau que lorsqu'il suppose qu’il n’y a
Fig. 166. Donace ridée. Fig. 167. Donace denticulée. (Donax rugosus. Lin.) (Donazx denticulatus. Lin.)
plus de danger pour lui. Sur la figure 165 qui représente la Donace tronquée, on voit ces deux tubes qui servent aux fonctions physiologiques de l’animal.
Les espèces de Donaces vivantes sont très-nombreuses, surtout dans les mers d’Asie ou d'Amérique. Nous citerons parmi les espèces européennes, les Donaces ridée (fig. 166), denticulée (fig. 167), etc.
GENRE TELLINE.
A côté des Donaces vient se ranger le genre des Zellines, et celui des Vénus.
Le genre Zelline renferme un très-grand nombre d'espèces à coquilles assez petites, mais remarquables par la beauté, l'éclat et la variété de leurs couleurs. L'une d'elles, que nous
ACEPHALES. 347
représentons dans la figure 168, est ornée de rayons d’un beau rose doré, sur un fond blanc de porcelaine : on l’ap- ‘ pelle Soleil levant.
Les Tellines se trouvent dans toutes les mers. Nos côtes de
Fig, 168. Telline soleil levant. (Tellina radiata. Lin.)
France en fournissent plusieurs espèces. Nous représenterons
Fig. 169. Telline vergetée. Fig 170. Telline sulfurée. (Tellina virgata. Lin.) (Tellina sulphurea. Lamk.)
en particulier les Telline vergetée (fig. 169), Telline sulfurée
Fig. 171. Telline donacée. (Tellina donacina. Lin.)
(fig. 170) et Telline donacée (fig. 171). On voit sur cette dernière figure l'animal avec ses deux tubes vitaux.