GENRE JAMBONNEAU
Les espèces appartenant à ce genre sont vulgairement connues sous la dénomination de Jambonneaux, à cause de la forme triangulaire de la plupart de leurs coquilles, qui les fait ressembler grossièrement à un jambon. Leur couleur brune et enfumée ajoute encore à cette singulière analogie.
Cette coquille est fibreuse, cornée, assez mince, fragile, comprimée, régulière, équivalve, triangulaire, pointue en avant, arrondie ou tronquée en arrière. La charnière est linéaire, droite, sans dents; le ligament, en grande partie interne, oc*
cupe plus de la moitié antérieure du bord dorsal de la coquille, dans une fossette étroite et allongée.
. L'animal, assez épais, allongé, à manteau ouvert en arrière, présente un pied conique, sillonné, portant un byssus considérable.
Les Jambonneaux vivent dans presque toutes les mers et à diverses profondeurs, fixés constamment par leur byssus, et dans une position verticale, le gros côté de la coquille en haut. Ils se réunissent en sociétés nombreuses, sur les fonds sablonneux.
Leur nom scientifique de Pinna, que leur appliqua Linné, et
Fig. 145. Pinna rudis. (Lin.) Fig. 146. Pinna nigrina. (Lamk.)
qui servait, chez les anciens, à désigner une de leurs espèces, provient de la ressemblance de leur byssus avec l’aigrette ou plumet (pinna) que les soldats romains attachaient à leur casque.
Le byssus du Jambonneau a de tout temps fixé sur ces curieux coquillages l'attention des pêcheurs de la Méditerranée. Avec cette houppe de filaments, qui sont très-fins et très-soyeux, d’une longueur de 12 à 16 centimètres, et d’une belle couleur brune ou mordorée, on confectionnait autrefois des étoffes de luxe, dont il est souvent question dans les écrivains latins. Ces filaments, d’une égalité de grosseur remarquable, d’une com-
plète inaltérabilité de couleur, étaient transformés, chez les Romains et les Grecs, en un tissu presque sans analogue dans le monde. Aujourd’hui les Napolitains et les Maltais en façonnent encore de moelleux tissus; mais les étoffes fabriquées avec le byssus ne sont qu’un objet de pure curiosité.
Quinze à seize espèces de Jambonneaux vivent dans les mers actuelles. Le Jambonneau noble, dont le byssus alimentait l’ancienne industrie napolitaine, habite la Méditerranée. Nous re-
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Fig. 147. Pinna bullata. - Fig. 148. Pinna nobilis avec ({Swaison.) son byssus. (Lin.) présentons dans les figures 145, 146, 147, 148 les espèces les plus connues de ce bivalve.
GENRE ANODONTE. ’
Les Anodontes, vulgairement connues sous le nom de Moules d'élang, abondent dans les lacs, les rivières, les mares de presque toutes les parties du globe. Leurs coquilles sont arrondies ou ovales, ordinairement assez minces, régulières, équivalves, non bâillantes et à charnière sans dents. De là est venu leur nom (x privatif, o2ove, oovros, dent). Ces mêmes coquilles sont nacrées en dedans, mais assez laides, car leur épiderme ex-
térieur est d’une teinte terne, d’un noir verdâtre. Celle de l’Ano-
Fig. 150. Anodonta latomarginata. (Lea.) Fig. 151. Anodonta anserina, (Spix.)
Fig. 153. Anodonta angulata. (Lea.) Fig. 154. Anodonta magnifica. (Lea.)
donte des cygnes (fig. 149) sont grandes, profondes et légères : on
les emploie dans le Nord sous le nom d’Écafottes, pour écrémer le lait.
Le genre Anodonte a été divisé en plusieurs groupes secondaires. Nous représentons les formes principales de ce genre dans les figures 149-154.
GENRE MULETTE.
Les Muleties (Unio) vivent, comme les Anodontes, dans les fonds vaseux des eaux douces de tous les pays.
L'animal est semblable à celui des Anodontes, mais la co-
Fig. 155. Mulette littorale. (Unio liltoralis. Cuvier.)
quille présente des dents à sa charnière. La face inférieure des valves; est nacrée. Cette nacre est nuancée de pourpre violet, cuivré et irisé. La face antérieure est teinte d'un vert qui varie du tendre au noir.
15 Parmi les espèces qui vivent dans nos mers d'Europe, nous citerons la Moule du Rhin, grande espèce dont la nacre est employée pour la parure; — la Mulette lütorale (fig. 155), — la Muletteïdes peintres (fig. 156), espèce oblongue et mince, employée dans les arts pour contenir certaines couleurs.
Les Mulettes, très-connues sous le nom de Moules de rivière, sont coriaces, d’un goût extrêmement fade, et partant non
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mangeables. Les plus belles espèces viennent des grands fleuves d'Amérique.
* Les Mulettes produisent, comme nous l’avons dit, des perles, mais de médiocre valeur. Linné, qui connaissait le mode d’origine des perles de la Pintadine, et celui des perles en général, savait parfaitement faire produire à divers mollusques des perles artificielles. Il proposa de réunir un grand nombre de Mulettes, de les percer d'un trou avec une tarière, pour leur occasionner une blessure, et de les parquer ensuite, pendant cinq à six ans, pour attendre que la perle füt formée.
Fig. 156. Mulette des peintres. (Unio pictorum. Lin.)
Le gouvernement suédois consentit à mettre cette méthode en pratique, et il en fit longtemps un secret. On réussit, en opérant ainsi, à produire des perles ; mais elles étaient d’une beauté médiocre, et la dépense l’emportant sur la recette, on renonça à pousser plus loin l’entreprise.