GENRE ARROSOIR
Comme appendice à l’histoire du Taret, nous dirons quelques mots du curieux animal qui a reçu le nom d’Arrosoir (Aspergillum) (fig. 196).
Ici, l’animal habite un tube calcaire, épais, solide, très-long,
Fig. 196. Arrosoir à manchettes.
(Aspergillum vaginiferum. Lamk.)
à peu près cylindrique, présentant à l’une des extrémités une ouverture, bordée d’un ou de plusieurs replis foliacés, en forme de manchettes ; et à l’autre extrémité, un disque convexe, percé de trous, comme une ponrme d'arrosoir, ce qui lui a
fait donner son nom. L'animal est fixé par des muscles, à l’intérieur de ce tube.
M. Chenu donne les renseignements suivants sur ce curieux mollusque :
& L'animal qui habite cette singulière coquille, dit M. Chenu, n’est connu que depuis peu, et le voyageur Ruppel, qui le premier l’a décrit, ne s’est pas assez occupé des détails anatomiques qui pouvaient expliquer l'utilité des trous du disque, de la fissure centrale et des tubes spiniformes qu’on y trouve. On suppose que cette disposition a pu être ainsi ménagée pour faciliter la respiration, et M. de Blainville pense que ces petits tubes sont destinés à donner passage à autant de filets qui servent à fixer l’animal au corps sur lequel il doit vivre, et de manière à lui permettre des mouvements autour de ce point fixe. L'animal de l’arrosoir est allongé, contractile, et n’occupe guère que la partie supérieure du tube, mais il peut s'étendre assez pour ses besoins et son alimentation. Les coquilles de ce genre sont rares, on en connait cependant un assez grand nombre d’espèces, qu’on trouve dans la mer Rouge, à la Nouvelle-Hollande, à Java, etc., etc. Les arrosoirs sont généralement d’une teinte blanche ou jaynâtre, quelques-uns ont le tube couvert de sable agglutiné en de petits fragments de coquilles de diverses couleurs. On ne sait rien sur les habitudes des Arrosoirs, et leurs formes singulières ont souvent laissé les naturalistes incertains de la place qu’ils devaient leur assigner dans la méthode. Ce n’est qu'après avoir reconnu l'existence des deux valves qu’on voit à peine au-dessous du disque, et qui font partie du fourreau dans lequel elles sont enchâssées, qu’on s’est décidé à les ranger parmi les tubicolés, et avec les coquilles qui présentent une disposition analogue ou aussi singulière !. »
Ces mollusques sont peu connus, rares , et dès lors trèsrecherchés dans les collections. Ils sont tous exotiques. L'espèce la plus commune est l’Arrosoir de Java. Elle est apportée en Europe par les Hollandais. On la trouve aussi aux îles Moluques.
1. Leçons élémentaires sur l'histoire naturelle des animaux, précédées d’un apereu général sur la zoologie. Paris, 1847, p. 113, 114.
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MOLLUSQUES CÉPHALÉS.
Nous prenons congé de nos petits décapités, de nos mollusques sans tête, ou acéphalés, pour passer à l'examen des animaux de ce genre que la nature libérale a pourvus d’une tête. Os sublime dedit. Seulement, cette tête n’est pas portée fièrement. Elle se traîne à quelques pouces au-dessus du sol, et ne ressemble guère au magnifique organe qui surmonte et décore le corps des grands animaux.
L'organisation des Mollusques céphalés présente trois types principaux, ce qui a conduit à les distinguer en trois classes, ayant pour caractère le plus saillant la situation relative et la forme de l'appareil locomoteur : les Gastéropodes, les Ptléropodes et les Céphalopodes.
Dans la classe des Gastéropodes (yusres, ventre, mous, moîos, pied) l'appareil locomoteur consiste en un disque musculaire aplati, placé sous le ventre de l’animal, et qui lui sert à ramper. Le Colimaçon, la Limace, la Porcelaine sont des types de cette classe.
Dans les Ptéropodes (rrepov, aile, mou, pied) l’appareil locomoteur est sous forme d'ailes ou de nageoires membraneuses, placées de chaque côté du cou. Les Hyales et les Clios sont des types de cette classe.
Dans les Céphalopodes (xepx\n, tête, mous, pied) l’appareil locomoteur consiste en des bras, ou tentacules, qui entourent la bouche, en nombre plus ou moins considérable. Le Poulpe et la Seiche sont des types de cette dernière classe.
Les Mollusques gastérodes ont les organes de la respiration conformés tantôt pour la respiration aérienne, tantôt pour la respiration aquatique.
Cette destination physiologique entraîne des différences dans l’organisation intime de ces Mollusques. Elle peut donc servir à diviser celte classe d'animaux en deux groupes secondaires : les Gastéropodes pulmonés, c’est-à-dire ceux qui respirent dans l’air, à l’aide d’une sorte de poumon, et les Gastéropodes non pulmonés, c’est-à-dire ceux qui respirent dans l’eau au moyen de branchies.
GASTÉROPODES PULMONÉS.
Ce premier groupe comprend des Mollusques qui, comme nous l’avons déjà dit, vivent dans l’air et respirent cet air en nature. L’organe respiratoire consiste en une cavité, sur les parois de laquelle les vaisseaux sanguins forment un réseau compliqué. L’air pénètre dans cette cavité par un orifice que l'animal ouvre et ferme à volonté. Cette espèce de poumon est placé sur le dos de l’animal.
Ces mollusques sont terrestres ou aquatiques. Dans ce dernier cas, ils sont forcés de venir respirer à la surface de l’eau, comme les Phoques et les Dauphins, parmi les Mammifères.
Les Gastéropodes pulmonés terrestres comprennent deux fa-
milles : celle des Colimacés et celle des Limaciens. Les Gastéropodes pulmonés aquatiques comprennent seulement la famille des Lymnéens.
FAMILLE DES COLIMACÉS.
Nous étudierons particulièrement, dans cette famille, le genre Colimacon, ou Hélice.
Un poëte de nos jours a écrit sur l’Escargot les jolis vers que voici :
Sans ami comme sans famille, lci-bas vivre en étranger;
Se retirer dans sa coquille
Au signal du moindre danger; S'aimer d’une amitié sans bornes, De soi seul remplir sa maison,
En sortir, suivant la saison,
Pour faire à son voisin les cornes; Enfin chez soi comme en prison Vieillir de jour en jour plus triste, C’est l’histoire de l’égoïste,
Et celle du colimaçon.
La description est écourtée, par suite de la préoccupation de l'auteur sur la pensée ingénieusement satirique qui a dicté ce portrait. N’étant retenu par aucune considération semblable, nous compléterons sans peine cette étude de mœurs animales.
Il suffit de voir un Colimaçon marchant sur le sable d’un jardin, ou vaguant dansles allées humides d’un parc, pour reconnaître que c’est un être supérieur en organisation à ces mollusques, pour la plupart stationnaires, dont nous nous sommes occupés jusqu'ici. Évidemment, nous nous sommes élevés d’un degré dans l'échelle de perfectionnement des êtres. L’Escargot va et vient, rôde, flâne à sa manière, cherchant sa nourriture ou son plaisir. Il a une tête et deux tentacules proéminents, qui sentent et semblent exprimer leurs sensations. Il a des nerfs, un cerveau, une bouche robuste et un estomac bien conformé. C’est un être complet. Il nous repose de ces existences obscures, de ces êtres obtus que nous venons de passer en revue.
Sans être l’emblème de l'intelligence, l’Escargot n’est pas un imbécile. Il sait très-bien choisir sur un arbre le fruit le mieux à sa convenance. S'il est une belle grappe de raisin, une poire succulente, que l’horticulteur dévore du regard, espérant bientôt la dévorer autrement, soyez sûr que c’est précisément ce fruit que choisira notre déprédateur éclairé. Il a donc en partage un jugement, une comparaison, une appréciation intelligente.
Le corps du Colimaçon est ovalaire, allongé, convexe en dessus, plan en dessous. Il offre dans l’étendue du tiers moyen du dos une sorte de hernie, formée par la masse des viscères, qui est contournée en spirale et contenue dans une coquille de même forme.
La surface convexe ou supérieure du corps est rugueuse, par suite de l’existence d’un grand nombre de tubercules, peu saillants, séparés par des sillons irréguliers. Sa partie antérieure se termine par une tête obtuse. Sa partie postérieure est plus aplatie et pointue. Toute la portion plane, épaisse, lisse, sur laquelle l'animal se meut, en rampant, porte le nom de pied.
Arrêtons-nous un moment sur la structure et sur les fonctions de ces diverses parties.
La tête du Colimaçon n’est réellement bien distincte, surtout en dessus, que par les organes dont elle est pourvue. Ces organes sont les tentacules. Les enfants, ces ignorants adorables, les appellent des cornes. |
Escargot, escargot, Montre-moi tes cornes...
C’est avec cet air, ou ce récitatif naïf, que les enfants sollicitent leur apparition, sur l’animal qui a eu le malheur de les intéresser.
Il y a deux paires de ces prétendues cornes, ou tentacules. Une paire antérieure et un peu interne : ce sont les plus petites; l'autre paire postérieure et externe : ce sont les plus grandes, qui d’ailleurs sont toujours reconnaissables, parce qu’on voit à leur extrémité un point noir, qui est considéré à tort comme l'œil de l’Escargot.
Ces tentacules diffèrent beaucoup des organes de même na-
ture qu’on trouve dans les autres familles de Mollusques. Ils sont, en effet, rétractiles, ce qui signifie qu’ils peuvent disparaître en rentrant à l’intérieur de l'animal, par la contraction d’un muscle qui fait retourner ce curieux organe, comme un doigt de gant.
A l'extrémité antérieure de la tête, se trouve une ouverture plissée : c’est la bouche. Cette bouche consiste en une cavité de médiocre étendue, fermée en avant par deux lèvres, et armée de deux organes sécateurs, de consistance cornée. L'un de ces organes sécateurs est une sorte de râpe, qui occupe le plancher de la cavité buccale, et que l’on considère comme la langue. L’autre est une mâchoire médiane, implantée transversalement dans la paroi membraneuse du palais, et qui se termine par un bord libre, armé de petites dents. Cette lame tranchante n’exécute aucun mouvement. Seulement l’appareil lingual poussant avec force les matières alimentaires contre son bord inférieur, effectue ainsi leur division. L’Escargot ne se nourrissant d’ailleurs que de fruits, de feuilles tendres, de Champignons, -etc., ces matières n’opposent pas une grande résistance à la mastication.
Au fond de la bouche s'ouvre l’œsophage, auquel succède un estomac, peu développé. L’intestin se déroule dans les replis du foie, qui est divisé en quatre lobes, et se termine par un orifice particulier.
Le petit poumon de l'Escargot est situé dans une vaste cavité, placée au-dessus de la masse générale des viscères, et occupant tout le dernier tour de spire de la cavité.
Le mécanisme de la respiration est le suivant. L’animal fait entrer de l’air dans son poumon, en ramenant cette cavité dans le dernier tour de spire de la coquille, c’est-à-dire dans le plus grand, et en faisant sortir de cette coquille tout ce qui peut en sortir; enfin en dilatant avec force l’orifice pulmonaire. Pour expulser de son poumon l’air respiré, il retire son corps dans la partie la plus étroite de la coquille, il s y ramasse complétement, car il y fait rentrer jusqu’à sa tête et son pied, et par cette expression de tout son petit être, il chasse l'air qui le remplissait.
Hâtons-nous de dire que ces mouvements de respiration ne
GASTEROPODES. 377
sont pas réguliers et ne se succèdent qu’à certains intervalles ; sans cela la pauvre bestiole ne pourrait suffire aux mouvements
“et aux efforts qu’exige chez elle l’acte respiratoire. La vie serait trop dure pour le Colimaçon, s’il devait la passer tout entière à respirer comme les animaux supérieurs. La respiration est donc ici intermittente, incomplète : c’est une ébauche de respiration. Nous la verrons se perfectionner singulièrement quand nous remonterons dans les rameaux élevés du règne animal, dont nous parcourons en ce moment les basses branches.
Les Colimaçons ont un cœur, composé d’un ventricule et d’une oreillette, et qui se trouve en rapport avec un système vasculaire artériel bien développé; tandis que le système vasculaire veineux est incomplet. En effet, le sang ne revient des diverses parties du corps vers l'appareil respiratoire, qu’en traversant des lacunes, ou espaces, existant entre les divers organes.
Le sang de l’Escargot n’est pas rouge comme celui des animaux supérieurs. Il est incolore, ou d’un rose à peine teinté de bleu. |
Les Colimaçons ont un cerveau rudimentaire, composé d’une paire de gros ganglions, situés au-dessus de l’æsophage, en relation eux-mêmes avec une autre paire de ganglions, placée audessous. Leur ensemble constitue une sorte de collier. De cet anneau partent un assez grand nombre de cordons nerveux, qui se distribuent à la bouche, aux tentacules, au poumon et au cœur.
LA peau du Colimaçon, dans les endroits qui ne sont pas recouverts par la coquille, est d'une grande sensibilité; car elle reçoit une notable quantité de nerfs. Le sens du tact doit donc être, chez cet animal rampant, d’une délicatesse extrême.
Les tentacules, dont la peau est si fine et si sensible, sont les organes de tact. On leur a toutefois attribué d’autres fonctions. On a considéré les tentacules antérieurs comme les organes de l’odorat. Ce qui est certain, c’est que les Colimaçons sentent fort bien les odeurs; ils sont aisément attirés par beaucoup de plantes, dont l'odeur leur plaît.
On a considéré, avons-nous dit, comme un œil, le point noir qui termine les tentacules postérieurs. Mais l'existence d’un organe visuel n’est guère admissible chez cet animal. Les Colimaçons sont, en effet, complétement insensibles aux brus-
ques changements de lumière. Ils voyagent surtout dans l’obscurité et ne reconnaissent jamais les obstacles qu’on place devant eux.
Ajoutons que l'Escargot est dépourvu de tout organe d’audition. Le bruit ne paraît l’affecter en aucune manière, à moins qu’il ne devienne assez considérable etassez voisin de lui pour produire un mouvement d’agitation dans l’air qui l’environne.
Ainsi le Colimaçon a été bien mal partagé par la nature. Pauvre animal, tout à la fois aveugle, sourd et muet!
Les Colimaçons ont les deux sexes réunis sur le même individu : ils sont à la fois mâle et femelle.
Leurs œufs sont arrondis, assez gros et de couleur blanche. L'animal les dépose sur le sol, par petits tas irréguliers. D’autres fois, il les aligne, à lasuite lesuns des autres, comme les grains d’un chapelet, dans des trous qu’il creuse dans la terre, ou bien dans des excavations naturelles dont l'humidité est constante. On trouve fréquemment ces œufs dans les creux des vieux arbres, dans les fissures des murs ou des rochers.
Quand les jeunes Hélices sortent de l’œuf, elles sont déjà pourvues d’une coquille membraneuse, extrêmement mince.
Cette timide et tendre jeunesse a la conscience de sa faiblesse et de son humilité. Elle ne se hasarde guère hors du trou obscur où elle à pris naissance. Elle n’en sort que la nuit, redoutant pour ses délicats organes l’action desséchante de l’air, et surtout celle du soleil.
Cependant l’Escargot a toujours sa maison pour s’abriter. Cette maison calcaire et volutée en spirale, l'animal a cet inappréciable avantage de la transporter, sans fatigue, partout où le conduit son humeur vagabonde. Elle est légère, et quelquefois mal disproportionnée avec le corps de l'animal, qu'elle ne recouvre que dans la partie de son étendue contenant les viscères et l'appareil respiratoire.
La forme générale de la coquille de l’Escargot varie beaucoup. Certaines coquilles sont aplaties; d’autres sont orbiculaires ou globuleuses. Il en est dont la spire est très-élancée. Les bords de l’ouverture de la coquille sont tantôt simples et tranchants, tantôt, au contraire, épais et renversés en dehors, et formant une bordure d’une grande solidité.
La spire s’enroule généralement de droite à gauche, Une coquille d'Hélice dont la spire suit la direction inverse, c’est-àdire de gauche à droite, est une rareté que recherchent les amateurs.
Le pied, au moyen duquel cet animal se déplace, est fort épais. Il contient de petits faisceaux de fibres musculaires. L’Escargot marche assez vite, en contractant et allongeant successivement chacun de ces petits faisceaux musculaires, dans la direction longitudinale, de manière à former des espèces d’ondulations.
L’Escargot habite toutes les parties de notre globe. On le trouve en Europe, en Afrique, en Amérique, en Asie, et jusque dans l'Océanie. Il affectionne les lieux humides. Ordinairement, il se cantonne dans les trous des rochers et des vieux murs, sous l'écorce des arbres, ou dans les cavités de la terre. Pendant toute la belle saison, il ne se tient dans sa retraite qu’à l’heure de la chaleur du jour, ou dans les temps secs. Dès que la pluie vient arroser la terre, on voit les Hélices sortir et vaguer, comme elles le font pendant la nuit. Elles vont alors à la recherche de leur nourriture. Elles cheminent toujours en avant, laissant derrière elles une trace argentée. Ce vestige de leur passage résulte de la dessiccation rapide de la matière muqueuse qui s’exhale sans cesse de toutes les parties de l'animal, et surtout du pied.
L’Escargot est timide, craintif. Il marche en tâtant sans cesse le terrain avec ses tentacules, comme fait un aveugle avec son bâton.
Se nourrissant essentiellement de substances végétales, d'herbes, de fruits tendres et succulents, les Hélices causent, au printemps, de véritables dégâts dans les campagnes. Elles sont de moins en moins voraces, à mesure que l’on approche de l’automne.
Vers la fin de cette saison, elles tombent dans un véritable état de torpeur, et se retirent dans leur retraite. Leur corps est dès lors entièrement enfermé dans la coquille, qui est hermétiquement clôturée par une sorte de couvercle fixe, composé d’une substance calcaire peu abondante, cimentée par du mucus. Cette sécrétion exsude des parties du corps qui rentrent les dernières dans la coquille. L'animal est ainsi solide-
ment calfeutré pour tout l'hiver, à l’abri des ennemis. Il passe toute là mauveise saison, sans nourriture, sans mouvement, sans air. Il dort plusieurs mois consécutifs. Bonsoir !
Pourquoi l’homme n’en peut-il faire autant? Le problème de l'existence, la question de la vie à bon marché, serait alors résolue!
Je ne m'arrête jamais sans m'abandonner à d’involontaires réflexions devant un Escargot endormi dans le silence et le froid de l'hiver. L’humble mollusque est là, oublié, inaperçu, ni mort, ni vivant, étranger à tout ce qui l’entoure ! Quel profond philosophe! Quel puissant logicien! Pourquoi, en effet, vivreets’agiter quand lescampagnes ont perdu leur verdoyante parure, quand les feuilles sont tombées, les bois déserts; quand un manteau de neige couvre les champs attristés; quand les ruisseaux ont suspendu leurs cours, glacé par la froide bise. Pour renaître, pour revenir à la joie, à la contemplation de la campagne souriante, il attend le retour heureux du soleil printanier, qui doit rendre les feuilles aux bois, le ruisseau au vallon, à la nature la gaieté, le mouvement et la vie!
L’Escargot, à son réveil, est plus heureux, mieux partagé encore que la Belle au bois dormant des contes de Fées. Quand la jeune princesse se réveille de son sommail centenaire, elle est triste et sérieusement affectée, par cette raison, bien puissante sur un esprit féminin, que ses robes ont passé de mode, et que tous ses ornements ont vieilli. L’Escargot, lui, n’a rien à craindre de semblable. Notre dormeur éveillé pourrait prolonger des siècles entiers son tranquille hivernage. Il retrouverait, à son réveil, ses habits, c’est-à-dire sa coquille, parfaitement de mise. C’est la même que portaient ses ancêtres, et que porteront ses arrière-neveux, dans des générations séculaires !
Les anciens avaient une estime particulière pour les Escargots. Les Romains en servaient plusieurs espèces sur leurs tables. Ils les distinguaient en catégories, suivant la délicatesse de leur chair.
Pline dit que les meilleurs étaient apportés de la Sicile, des iles Baléares et de l’île de Caprée, Ccrnier séjour du vieux Tibère. Les plus grands venaient de l’Illyrie. Des navires se rendaient sur les côtes de la Ligurie (Italie septentrionale), pour
récolter des quantités considérables d’Escargots, destinés à la table des pratriciens de Rome.
Les consommateurs de Limaçons avaient établi des parcs, ou
.escargotières (cochlearia, Varron ; cochlearum vivaria, Pline) pour l’engraissement de ces animaux. On les nourrissait, dans ce but, avec diverses plantes, mêlées de son bouilli. Si l’on voulait rendre leur saveur plus agréable, on y ajoutait un peu de vin et quelques feuilles de Laurier. Ces parcs étaient des lieux humides et ombragés, entourés par un fossé ou par un mur. Pline n’a pas oublié de nous transmettre le nom de l'inventeur des cochleariæ : il s'appelait Fulvius Hispinus !
Addison a décrit avec détails une escargotière, qu'avaient établie, à Fribourg, en Suisse, des capucins, gourmets imitateurs de l'ingénieux Romain qui vient d’être nommé!
Chez les Romains, on servait des Escargots dans les repas funéraires. Certains amas de leurs coquilles que l’on a retrouvés dans les cimetières de Pompéi, n'étaient autre chose que les restes des festins funéraires que les habitants de cette ville faisaient sur les tombes de leurs parents ou amis.
L'usage de manger les Escargots était tombé en désuétude en Europe, lorsque, au dix-septième siècle, en Angleterre, Charles Howard , dans le but de propager les Colimaçons, qui ne servaient plus guère à la nourriture de l’homme, en lit venir un grand nombre de Suisse et d'Italie. Il choisit une grande Hélice (Helicea Varronis). C'était bien probablement celle dont les Romains faisaient un cas tout particulier, et qu’ils allaient chercher en Illyrie. Cette Hélice, qui surpasse par son volume toutes celles d'Europe, et qui habite le district de Bagnes, dans le Valais (Suisse), constituait un aliment sain et abondant. Elle réunissait tous les avantages que les Romains trouvaient aux Colimaçons d'Illyrie. Aussi est-il presque certain que c’est à cette espèce que se rapportent les passages de Varron et de Pline.
Quoi qu'il en soit, le philanthropique Charles Howard, ayant fait venir de Bagnes une provision de ces Colimaçons, les répandit dans ses domaines. Nos mollusques s’y trouvèrent si bien, et leur multiplication fut si rapide, que les récoltes de sir Howard furent détruites par cetessaim familier. Quelquesannées
après, cet agriculteur repentant avait beaucoup de peine à chasser de ses terres et à détruire, comme animaux nuisibles, les dévorants pensionnaires qu’il y avait imprudemment introduits. En diverses contrées de l’Europe moderne, on mange encore des Escargots. On en consomme beaucoup à Vienne, pendant le carême. Les provisions de ce mollusque viennent du canton d’Appenzell, en Suisse. Le commerce des Escargots est pour ce canton une précieuse ressource.
Dans toute l'Italie, le peuple se nourrit avec délices de certaines espèces d’Escargot. À Naples, par exemple, nous avons vu vendre une soupe faite avec des Hélices némorales. La chose se débite dans ces cuisines en plein vent qui encombrent les petites rues des environs du port, et où grouille la plus étrange population : cette population qui vit dans la rue, qui a pour chambre à coucher, pour salle à manger, et pour atelier de travail, le pavé du roi.
En France, les Escargots sont une véritable ressource pour les pauvres habitants des départements du Midi. Mais, dans les autres parties de la France, les Escargots n’entrent pas dans l'alimentation normale et régulière.
Tous les Escargots neprésentent pas la même chair, au point de vue culinaire. Les amateurs mettent en première ligne l’Hélice vermiculée (appelé à Montpellier Mourgèta, petite religieuse, parce que l’animal se retire profondément dans sa coquille). On regarde comme plus tendre et plus délicate l’Hélice chagrinée (Helix aspersa, appelée en Provence tapada, c’est-à-dire fermée, à cause du couvercle crétacé qui ferme sa coquille) (fig. 197).
Les Escargots sont surtout bons à manger à la fin de l'hiver, lorsqu'ils n’ont pas encore pris de nourriture. Les individus qui habitent des lieux élevés sont, dit-on, les meilleurs. On assure aussi que l’animal conserve la saveur ou le parfum des végétaux qui ont servi à sa nourriture. Voilà pourquoi, sans doute, les Limaçons de certains pays ou de certaines localités ont une réputation particulière.
Les Escargots que l’on destine à la tab le doivent être choisis parmi les individus parfaitement adultes, c’est-à-dire ceux dont le péristome (le bord de l’ouverture) est bien formé et bien épaissi. Chez les jeunes, cette marge se trouve mince, fragile,
et se casse trop facilement pendant les manipulations culinaires. On fait ensuite jeûner ces pauvres bêtes, pendant quelques “jours, pour que leur tube digestif soit complétement vide. A cet effet, on les tient emprisonnées dans de grands pots, des jarres ou des tonneaux. On les lave plusieurs fois dans de l’eau pure,
ou additionnée d’un peu de vinaigre, pour leur faire rendre une partie de leur mucosité. On les cuit avec de l’eau et quelques végétaux aromatiques. On les accommode alors de diverses manières, mais presque toujours avec les assaisonnements les plus actifs, parmi lesquels on n’épargne pas le jam-
Fig. 198. Hélice chagrinée. Fig. 199. Hélice chagrinée. (Helix aspersa. Müll.) (Variété scalaire.)
bon, les anchois, le persil, le poivre, voire même l'ail... et l’on obtient ainsi un mets, fort dédaigné peut-être par le délicat Parisien, mais pour lequel, en notre qualité de Languedocien, nous professons la plus haute estime.
Dans le Nord de la France et aux environs de Paris, on ren-
contre communément et on mange l’Hélice vigneronne (Helix Pomalia) (fig. 200). C’est celle qui enguirlande et décore, comme une enseigne parlante, la porte de certains marchands de vinet petits restaurateurs de Paris, aux environs des Halles. Sa coquille est globuleuse, ventrue, assez solide, marquée de stries transversales irrégulières, de couleur roussätre, avec des bandes souvent presque effacées de la même couleur plus foncée. L’animal est gros, d’un gris jaunâtre, et couvert d’un grand nombre de tubercules allongés et irréguliers.
Outre l’Hélicevigneronne, on mange, dans le nord de la France, selon Moquin-Tandon, les Hélices sylvatique et némorale; — à
Fig :200. Hélice vigneronne. (Helix pomatia. Lin.)
Montpellier, comme nous l'avons dit, les Hélices chagrinée, rhodosiome et même variable; — à Avignon, les Hélices chagrinée, vermiculée, rhodosiome, variable, et quelquefois l’Hélice peson; — dans la Provence, ces dernières espèces, et de plus les Hélices chagrinée et mélanostome; — à Bonifacio, l’Hélice chagrinée, vermiculée, et plus rarement l'Hélice rhodostome. Dans certaines localités, on mange aussi l’Hélice des gazons, et dans d’autres, l'Hélice des jardins et l’Hélice porphyre*. Les petites espèces et les jeunes individus des plus grandes sont employés dans le midi de la France pour la nourriture de la volaille.
1. Moquin-Tandon, Histoire naturelle des Mollusques terrestres et fluviatiles de France. Tome II.
ACEPHALES. 385 :
Certaines espèces servent à la nourriture des canards. Ainsi, aux environs de Montpellier, on donne aux canards les Hélices ‘ variable et rhodostome. Quelques poissons, en particulier les
Fig. 201.
Fig. 202. Helix undulata.
Helix Mackensii. (Adams.)
Fig. 203. Hélice transparente.
(Férussac.)
(Helix translucida. Quoy.)
jeunes Saumons, sont très-friands de la chair hachée des Escargots.
Le genre important dont nous faisons l’histoire contient
Fig. 204 et 205. Helix Waltoni. (Reeve.)
de très-nombreuses espèces. On a distribué ces espèces en groupes secondaires, d’après la forme de la coquille, c’est-
Fig. 206. Hélice citrine. Fig. 207.
(Helix citrina. Lin.) ((Helix Stuartiæ. Sow.)
à-dire selon que les coquilles sont globuleuses, ventrues, planorbiformes, tuniculées, etc. Les figures ci-dessus donneront des
exemples de ces formes multiples et élégantes. Helix Mackensü (fig. 201), Helix undulaia (fig. 202), Helix translucida (fig. 203), Helix Walioni (fig. 204 et 205), Helix citrina (fig. 206), Helix Stuartiæ (fig. 207).
Nous ne terminerons pas ce chapitre sans parler de l’emploi des Escargots en médecine.
L’Hélice vigneronne (Helix pomatia) formait autrefois la base de beaucoup de médicaments émoilients. On en faisait un bouillon médicinal, un mucus sucré, une gelée et un sirop. On sait que la médecine ancienne avait volontiers recours aux produits animaux, et même aux animaux entiers. Les idées modernes ont balayé la plus grande partie de ces singuliers agents thérapeutiques. Cependant l’Escargot a tenu bon, et a su résister à la défaveur universelle qui proscrit les médicaments d’origine animale.
Au commencement de ce siècle, un célèbre praticien de Montpellier, le docteur Chrestien, remit en honneur l’emploi de l’Escargot. Il l’administrait aux malades, en bouillon, ou bien cru et roulé dans du sucre en poudre.
Pendant ma jeunesse, quand j’étudiais la botanique dans le modeste jardin de l’École de pharmacie de Montpellier, je voyais venir tous les matins le chanteur Laborde, notre compatriote, qui, souffrant de la poitrine, se soumettait au régime thérapeutique des Escargots. Nous nous empressions de lui dénicher, dans les trous du vieux mur du jardin, ou sous les feuilles, des Escargots vivants. Le ténor à la voix compromise écrasait ces mollusques sur une pierre; il les débarrassait de leur coquille, puis il les roulait dans du sucre en poudre, et avalait le tout de confiance, et sans faire la grimace. Ce n’était pas ragoûtant, mais c'était évidemment efficace, puisque, vingt ans après, Laborde tenait encore son emploi de ténor, et chantait sur les théâtres de Bruxelles et à l'Opéra de Paris, avec la plus délicieuse voix blanche qui ait jamais modulé les accents de la Chaste Suzanne et de la Favorite.
Les préparations pharmaceutiques à base d’'Escargots sont loin d’être abandonnées aujourd’hui. La pdte pectorale, faite avec la chair de ce mollusque, additionnée de sucre et d’un
ACEÉPHALES. 387
mélange de gomme, est fort en usage, dans le midi de la France, contre la bronchite légère et la toux. L’Hélice vermi- ‘culée (vermiculata) est employée à la fabrication de cette pâte balsamique.
On n’est pas bien fixé encore sur la nature de la substance qui communique à l’Escargot ses propriétés émollientes. Les Limaçons contiennent un principe mucilagineux mal connu, qui ressemble à la fois à la gélatine et au mucus. On attribue généralement à cette substance les propriétés émollientes de l'Escargot. Mon cher et bon frère, Oscar Figuier, qui a fait une étude chimique des Escargots , a retiré de ce mollusque, traité par l’éther, une huile animale odorante, sulfurée, de nature complexe, à laquelle il a donné le nom d’hélicine. Il voit dans cette hélicine le véritable principe actif de l’Escargot.
Fig. 208 et 209. Bulime sultan. (Bulimus sultanus. Lamk.)
Comme appendice: à l'Escargot, nous signalerons quelques genres moins connus. Tel est celui des Bulimes, dont il existe en France plusieurs espèces, les unes de petite taille, les autres de taille moyenne. Les grandes espèces de Bulimes nous viennent du Brésil. Les figures 208 et 209 représentent deux espèces de Bulimes.
1. Mémoire sur la composition chimique des Escargots, et sur les préparations pharmaceutiques dont ils sont la base. Montpellier, 1840.
Le genre Maillot fournit des espèces assez-communes en France. Les figures 210 et 211 représentent Je Maillot grisätre.
Fig. 210 et 211. Maillot grisâtre. (Pupa uva. Lin.)
Nous citerons encore : les Ambrettes, dont l’espèce typique se trouve, dans les environs de Paris, sur les herbes et les arbustes des bords des ruisseaux, et offre une coquille petite,
Fig. 212. Ambrette amphibie. Fig. 215. Agathine zèbre. (Succinea amphibia. Drap.) (Achatina zebra, Chemnitz.) (Succinea putris. Lin.)
mince, diaphane, d’un jaune de succin pâle, marquée de stries longitudinales très-serrées et très-fines (fig. 212); — les Agathines, grandes Hélices qui dévorent les arbres et
les arbustes dans les pays chauds (fig. 213); — enfin Rob les Vitrines, dont l’animal ne peut rentrer dans sa Mere coquille, qui est très-petite et très-mince dans cer- (Ed. et Soul.) taines espèces, et forme ainsi un point de transition entre les Hélices et les Limaces (fig. 214), famille que nous
allons maintenant aborder.
FAMITLE DES LIMACIENS.
Les Limaciens sont des mollusques pulmonés terrestres, entièrement nus, ou à très-petite coquille.
La Limace est un animal dont l’aspect varie, à cause de son extrême contractilité. Observée au moment où elle rampe à la surface du sol, elle présente assez exactement la forme d’une ellipse très-allongée. La tête est à une des extrémités de cette ellipse. La surface en contact avec le sol est plate; l’autre est convexe. Vers l'extrémité antérieure, et sur le milieu du dos, une partie de la peau fait saillie. Elle est comme détachée du corps, et ornée destries transversales, diversement contournées. On nomme cette partie la cuirasse ou le bouclier. L'animal peut cacher sa petite tête sous cette cuirasse.
La bouche est une ouverture transversale, placée en avant de la tête. Au-dessus, sont deux paires de tentacules, éminemment rétractiles, cylindriques, terminés par un petit bouton. Les tentacules inférieurs sont plus courts; les supérieurs présentent à leur sommet un point noir,que l’on considère comme un œil.
Sur le côté droit de la cuirasse, et creusée dans l'épaisseur de son bord, se trouve une ouverture, assez grande et contrac- tile. Destinée à donner accès à l’air atmosphérique, elle aboutit dans une cavité interne, assez grande, destinée à la respiration.
L’enveloppe générale du corps est rayée de sillons bruns, et recouverte, à sa surface, d’une matière visqueuse et gluante, qui permet à l'animal de ramper sur les corps les plus lisses. Cette locomotion se fait particulièrement par la contraction successive des fibres musculaires du pied.
L'organisation intérieure du corps des Limaces présente de telles analogies avec celle que nous avons signalée dans les Escargots, que nous croyons inutile de nous y arrêter. Le goût, l’odorat, chez les Limaces, ne diffèrent que fort peu de ce qui existe dans les Hélices. Les Limaces sont, comme l’'Escargot, sourdes et à peu près aveugles.
Ces rampants animaux aiment les lieux frais et humides Ils se logent dans les trous des vieux murs, sous les pierres, les feuilles à demi pourries, dans les anfractuosités des écorces, et même à l’intérieur de la terre. Ils ne sortent que le soir et de grand matin. Ils se montrent surtout après les pluies douces et chaudes du printemps et de l'été. Quand on se promène dans les allées d’un jardin, après une ondée printanière, on rencontre inévitablement sur sa route ces petits promeneurs, dont la rencontre n’a rien d’agréable pour les yeux.
Les Limaces sont essentiellement herbivores. Elles cherchent surtout les jeunes plantes, les fruits, les Champignons, le bois
Fig. 215. Limace rouge. (Limax rufus. Lin.)
pourri. Elles sont très-voraces, et causent de grands dégâts dans les plantations et les jardins.
Le meilleur moyen pour éloigner ou détruire ces hôtes incommodes consiste à répandre autour des jeunes plants -de la cendre, du sable fin, de la paille hachée. Ces corps, sur lesquels elles ont à se traîner dans leur marche, les épuisent, en les forçant à augmenter leur sécrétion visqueuse. On conseille également de leur préparer, dans le voisinage des plantations, de petits abris en planches ou en pierres, à l’intérieur desquels les Limaces ne manquent pas de se retirer pendant les grandes chaleurs du jour. Il est facile de les surprendre dans ces retraites artificielles, et on en fait une hécatombe.
Pendant l'hiver, les Limaces, comme les Escargots, tombent dans un état complet d’engourdissement. Elles s’enfoncent pour hiberner, dans les excavations du sol, souvent même dans
l'espèce d’humus, ou terre végétale, qui se forme dans le tronc des arbres vieux ou pourris
On connaît une trentaine d’espèces de Limaces. Quelquesunes se font remarquer par leur colorationassez tranchée. Nous citerons seulement quelques espèces propres à nos climats.
La Limace rouge (fig. 215), qui est commune dans les bois, est connue de tout le monde, par sa grande taille et sa couleur d’un rouge vermillon. Elle est répandue dans toute l’Europe, depuis la Norvége jusqu’en Espagne.
La grande Limace grise, souvent tachetée ou rayée de noir, habite les forêts sombres. On la trouve aussi dans les caves des maisons et dans les cavités basses et humides. Ces visqueux animaux sont amateurs de l’ombre et de l'humidité.
La Limace des jardins a le corps de couleur en général noir foncé, avec des bandes longitudinales grisätres sur le bouclier. Elle est très-commune aux environs de Paris.
La Limace agreste est une très-petite espèce, ordinairement toute grise , avec de petites lignes noirâtres. Elle rejette par toute la peau une grande quantité de viscosité, à l’aide de laquelle elle se suspend quelquefois à l’extremité des branches des arbres. Quoique de très-petite taille, cette espèce fait énormément de tort à l’agriculture. Elle pullule dans les jardins et dans les champs.
A côté des Limaces qui sont privées de coquilles, se placent les testacelles (fig. 216), qui sont pourvues d’une très-petite
Fig. 216. Testacelle ormier. (Testacella haliotidea. Draparnaud.)
coquille, placée à l'extrémité postérieure du corps, au-dessus de la cavité pulmonaire.
Cette coquille prend un peu plus d'importance dans les Vitrines dont nous avons parlé plus haut. Nous avons déjà dit que les Vürines forment un des points de transition des Limaciens aux Colimacés.
Au reste, le passage des Limaciens entièrement dépourvus de coquilles, aux Limaciens munis d’une coquille extérieure, très-petite, comme celle des Testacelles, a été nettement indiqué par la nature. La Limace rouge, dont nous avons parlé plus haut et que quelques auteurs décorent d’un nom générique (Arion), présente, sous la partie postérieure de la cuirasse, des granulations calcaires, inégales, isolées, qui sont pour ainsi dire les éléments encore internes d’une coquille sur le point d’être bâtie. Dans ce même genre Arion, d’autres espèces offrent sous la cuirasse une petite écaille imparfaite, rugueuse, et qui semble produite par l'agrégation d’un grand nombre de ces granulations calcaires qui se montraient isolées chez la Limace rouge. Viennent maintenant la Testacelle, la Vitrine, l'Héïice, et nous serons au terme des essais, des transformations, des perfectionnements successifs auxquels la nature semble s'être livrée en créant, pour son usage, l’industrie coquillière.
FAMILLE DES LIMNÉENS.
Les Limnéens sont des gastéropèdes pulmonés aquatiques. Nous avons dejà dit que les animaux appartenant à ce groupe sont forcés de venir respirer à la surface de l’eau, comme le font les Phoques et les Dauphins, parmi les mammifères. Les Limnées, les Physes, les Planorbes sont les membres principaux de cette petite famille.
Les Limnées vivent en grand nombre dans les eaux dormantes de tous les pays, particulièrement des pays tempérés. Elles ne peuvent rester longtemps sous l'eau, car, respirant l’air atmosphérique , elles sont obligées de remonter souvent à sa surface. On les voit même, par un mécanisme encore peu expliqué, se renverser à fleur d’eau, de manière à présenter en haut la surface inférieure de leur pied, et à se mouvoir lentement dans cette position, en rampant au sein de l’eau. Il est difficile de comprendre comment la couche liquide, très-mobile, sur laquelle l’animal agit, peut offrir assez de résistance pour permettre d'y ramper, comme sur un corps solide et résistant.
L'animal produit ce mouvement à l’aide d’un pied, large et assez épais, plus court que la coquille.
La Limnée (fig 217) est pourvue d’une tête large et aplatie, de chaque côté de laquelle s’élève un tentacule triangulaire, contractile, portant à sa base et au côté interne un œil extrèmement petit. La partie la plus considérable du corps comprenant la masse viscérale est tournée en spirale et contenue dans une coquiile mince, diaphane, dont les tours des spires sont généralement allongés et le dernier plus grand que tous les autres. L'intérieur de celui-ci est occupé par la cavité respiratoire, qui communique avec le dehors, par une ouverture, comparable à celle qui existe dans les Hélices et dans les Limaces. Cette ouverture peut se dilater et se contracter, de manière à recevoir l’air dans la cavité respiratoire, et à empêcher l’eau d'y avoir accès, lorsque l’animal cherche sa nourriture au-dessous de la surface du milieu aquatique qui lui est propre.
La bouche se présente sous la forme d’une fente transverse, entre deux lèvres peu épaisses, et des petites dents canines. Elle a l’aspect d’une trompe courte, si l’animal la fait saillir. Dans son intérieur, on voit, un tubercule arrondi, épais, Charnu, semblable à la Fig. 217. Limnée des étangs. langue d’un perroquet. La véritable (4 stegrars. un) langue, qui occupe le fond de l’excavation, est aplatie, ovalaire, et supportée par un pédicule cartilagineux ou osseux.
C’est à l’aide de cet appareil buccal, assez compliqué, que les Limnées se nourrissent de substances végétales, particulièrement de feuilles aquatiques, qu’elles coupent et broient avec leurs dents. Elles sont très-actives dans la belle saison. Elles se reproduisent à la fin du printemps.
On trouve souvent à cette époque, adhérant aux corps flottants des rivières, de petites masses ovalaires, ou semicylindriques, glaireuses et transparentes comme du cristal : ce sont des agglomérations d'œufs de Limnées
Dès que l'hiver arrive, les Limnées de nos climats tombent dans une sorte de torpeur, et s’enfoncent plus ou moins profondément, dans la vase du fond des étangs, des marais, des rivières ou des ruisseaux qu’elles habitent.
Ces mollusques ne sont, du reste, d’aucune utilité à l’espèce humaine. Ils servent à la nourriture des oiseaux aquatiques, et des poissons, qui en font une grande destruction.
Les Planorbes ont une organisation analogue à celle des Lim-
Fig. 218. Planorbe corné, (Planorbis corneus. Lin.)
nées, dont ils sont les compagnons fidèles, dans les eaux dormantes. Leur coquille est mince, légère, en forme de disque, enroulée dans le mème plan, de manière à rendre tous les tours de spire visibles en dessus comme en dessous, concave des deux côtés, à ouverture ovalaire, oblongue, sans opercule.
L'animal est conformé comme sa coquille. La masse viscérale forme un cône très-allongé, qui s’enroule absolument comme les tours de spire de la coquille.
Le pied, ou la masse locomotrice abdominale, est court et à peu près arrondi. La tête, assez distincte, est pourvue de deux tentacules filiformes très-longs, contractiles, offrant à leur base et au côté interne un petit organe qui ressemble à un œuf. La bouche est armée supérieurement d’une dent en croissant, et inférieurement d’une langue, hérissée d’un grand nombre de petits crochets.
Les mœurs et les habitudes des Planorbes sont semblables à ceux des Limnées. Ces petits mollusques d’eau douce rampent, comme les Limnées, à la surface des corps solides, aussi bien qu’à la surface de l’eau, le pied en haut et la coquille en bas. Ils se nourrissent également de substances vé-
gétales. Leurs œufs sont, comme ceux des Limnées, réunis en une masse gélatineuse.
Le Planorbe passe l’hiver dans la torpeur et l’engourdissement, enfoncé dans la vase des cours d’eau.
La plus grande espèce du genre est le Planorbe corné, si commun dans les rivières aux environs de Paris (fig. 218).
Les Physes (fig. 219) ont la coquille ovale, oblongue ou presque globuleuse, frès-mince, très-fragile, lisse, à ouverture longitudinale rétrécie supérieurement, avec le bord droit tranchant et le dernier tour plus grand que tous les autres.
L'animal paraît intermédiaire par sa forme Fig. 219. entre celle des Pianorbes et des Limnées. Il rien est de forme ovale et enroulé comme celui des Lamk.) Limnées, mais ses tentacules, au lieu d’être triangulaires et épais, comme ceux des Limnées, sont allongés et étroits comme ceux des Planorbes. :
Ces petits habitants des eaux douces nagent avec facilité, le pied en haut, la coquille en bas, comme les Limnées. Ils se nourrissent de végétaux, comme ces derniers mollusques.
GASTÉROPODES NON PULMONÉS.
Nous arrivons au groupe, beaucoup plus nombreux en espèces et en types, des Gastéropodes, qui respirent à l'aide de branchies.
Cuvier les divisait en plusieurs ordres, basés principalement sur la considération de leurs organes respiratoires. Ces ordres sont assez nombreux, mais nous nous bornerons à décrire les curieux coquillages appartenant aux groupes des Tectibranches, des Pectinibranches = et des Cyclobranches. Fig. 220. Aplysie dépilante.
Gastéropodes tectibranches. — Ces Le A ee ee, mollusques ont les branchies attachées le long du côté droit du corps ou sur le dos, disposées en forme de feuillets plus
ou moins divisés, mais non symétriques, et presque recouvertes par le manteau.
Les Aplysies et les Bulles sont les deux genres principaux de ce groupe, et peuvent être considérées comme les types! de deux petites familles.
Les Aplysies étaient connues chez les anciens sous le nom de Lepus marinus (Lièvres de mer). Elles inspiraient jadis une horreur profonde, soit à cause de leur forme singulière, soit à cause du liquide .âcre, caustique et de mauvaise odeur qu’elles sécrètent. On leur attribuait même une influence magique, par exemple celle d’agir sur le cœur des femmes, d'influencer leurs déterminations. On ne s'explique guère ce mauvais renom donné par la superstition des anciens à des animaux qui ne sont que doux et timides. ?
Les Aplysies sont nues et assez grosses. Elles ressemblent aux Limaces, par leur forme ovalaire allongée, leur épaisseur à la partie dorsale, et leur terminaison en pointe postérieurement. Leur tête, peu distincte, est munie de quatre tentacules, dont
Fig. 221. Aplysia inca. (D'Orbigny.) Fig. 222. Coquille de l'Aplysia inca.
les antérieurs sont les plus grands et ressemblent assez aux oreilles du Lièvre. Les yeux se trouvent à la base des tentacules postérieurs. On reconnaît ces caractères dans l’Aplysie dépilante (fig. 220).
L'Aplysia inca montre aussi les dispositions de ce type (fig. 221). Dans ceite famille le mollusque a bien plus d’importance par son volume que par sa coquille interne, rudimentaire et cornée, qui est contenue dans l’écusson branchial.
On voit dans la figure 222 la petite coquille cartilagineuse et mince qui existe à l’intérieur de l’animal.
Les Aplysies vivent dans presque toutes les régions du globe, non-seulement sur les côtes du continent, mais encore sur le rivage des îles. Elles habitent ordinairement les plages peu
profondes, vaseuses ou sableuses, ou bien se tiennent dans les anfractuosités des rochers, sous l'abri que forment les pierres tombées des falaises. Leurs œufs constituent de longs filaments, qui se déroulent en nombre immense. Les pêcheurs les nomment Vermicelle de mer.
Les Aplysies se nourrissent particulièrement des Algues qui couvrent les plages basses de la mer; mais elles mangent aussi de petits animaux marins, tels que mollusques nus, annélides et crustacés.
On s'étonne moins de voir les Aplysies si gloutonnes quand on sait combien la nature leur a libéralement accordé les appareils de mastication, de trituration et de digestion. Leur bouche est formée de lèvres épaisses et musculeuses. Un œsophage assez long lui succède, et cet œsophage ne communique point avec un estomac seulement, mais bien avec quatre estomacs! Il y a un jabot énorme, membraneux, un gésier trèsmusculeux, et deux poches accessoires, dont l’une se termine en forme de sac. Le gésier, à parois épaisses, est muni, sur sa paroi interne, de pyramides cartilagineuses quadrangulaires, dont les sommets s’entre-croisent. Cet appareil est destiné à broyer les aliments avant qu’ils arrivent dans le troisième estomac. Encore celui-ci est-il armé de petits crochets, dont la courbure est dirigée vers l’entrée du gésier.
Les Bulles, bien différentes en cela des Aplysies, ont une coquille très-développée. Leur forme élégante, leur structure délicate, leurs brillantes couleurs (des bandes rouges, noires ou blanches, séparées par des espaces de teintes variées) font rechercher ces petits mollusques pour l’ornement des collections.
Leur coquille est ovale, globuleuse, enroulée, lisse, tachetée, mince, fragiie, à spire concave, ombiliquée, ouverte dans toute sa longueur, à bord droit, évasé et tranchant.
L'animal, obtus à ses deux extrémités, est pourvu d’une tête peu distincte, et sans tentacules apparents. Ses branchies sont placées sur le dos, un peu à droite et en arrière. Son estomac, qui remplit à lui seul une grande partie de la cavité du corps, présente cette particularité, que nous avons signalée déjà dans l’Aplysie, d’être armé de pièces osseuses, destinées à broyer les aliments.
Les Bulles peuvent nager en pleine eau. Cependant elles se tiennent le plus souvent sur les fonds sableux, et se nourrissent de petits mollusques à coquilles. On les trouve dans toutes les mers, mais surtout dans celles de l’Inde et de l'Océanie. Quelques espèces habitent les mers d'Europe, telles sont : la Bulle ampoule (Bulla ampulla, fig. 223 et 224), à coquille nuancée
Fig. 223 et 224. Bulle ampoule. (Buila ampulla. Lin.)
de gris et de brun, la Goutle d’eau (Bulla hydatida), la Bulle fascice, etc:
Nous représentons sur les figures 225, 226 et 227 les Bulla oblonga, aspersa, nebulosa.
Fig. 225. Bulla oblonga. Fig. 226. Bulla aspersa. Fig. 227. Bulla nebulosa. (Adams.) (Adams.) (Gould.) Gastéropodes pectinibranches. — Ces mollusques ont les branchies composées de nombreux feuillets découpés en dents de peigne, attachées, sur une ou plusieurs lignes, à la partie supérieure de la cavité respiratoire. Ils constituent l’ordre le plus nombreux de la classe des Mollusques Céphalés, car ils
comprennent presque toutes les coquilles univalves, roulées en spirale, et plusieurs coquilles simplement coniques.
Les Pectinibranches habitent les eaux de la mer, celles des fleuves et des étangs, et sont de toutes les tailles. Les espèces que nous aurons à mentionner appartiennent à la famille des Trochoïdes et à celle des Buccinoïdes.
FAMILLE DES TROCHOÏDES.
C’est à cette famille qu’on rapporte les Toupies ou Troques, les Sabots et les Janthines.
Les Troques habitent toutes les mers. Ils se trouvent à peu de distance des rivages, dans les anfractuosités des rochers, et dans les lieux où croissent beaucoup de plantes marines. Leur coquille, épaisse, nacrée à l’intérieur, est remarquable par la beauté et la diversité de ses couleurs. Généralement lisse, son grand tour est quelquefois bordé d’une série d'épines régulières. Elle est conique, à spire plus ou moins élevée, élargie, anguleuse à la base, à ouverture entière, déprimée transversalement, et à bords désunis dans la partie supérieure.
L'animal qui habite cette coquille est contourné en spirale. Sa tête est munie de deux tentacules coniques, ayant à leur base des yeux portés sur un pédoncule. Son pied est court, arrondi à ses deux extrémités, bordé ou frangé dans son contour, et muni d’un opercule corné, circulaire et régulièrement spiré.
On divise les Troques en nombreux sous-genres : nous en citerons quelques-uns :
Les Troques proprement dits, renfermant le Troque dilaté (fig. 228) et le Troque cardinal (fig. 229).
Les Tectaires (tectaria), comprenant le Troque à fausses côtes (fig. 230), dont la coquille, d'un jaune verdâtre, se trouve dans les mers d'Amérique.
Le Troque de Cook (Trochus Cooki, fig. 231), d’un brun roussâtre, propre aux mers de la Nouvelle-Hollande.
Le Troque imbriqué des Antilles, de couleur blanche, etc., etc. (Trochus imbricatus, fig. 232).
Les Fripières (Phorus), qui ont pour type une espèce de l'Océan des Antilles vulgairement connue sous le nom de Maçonne ou Troque agglutinant (fig. 233 et 234). Cette espèce est tout à fait cingulière par la faculté qu’elle a de ramasser sur le dos de sa coquille, à mesure qu’elle s'accroît, les corps mobiles, quelquefois assez gros, qui se trouvent à sa portée, tels que des
Fig. 228. Troque dilaté. Fig. 229. Troque cardinal. (Trochus niloticus. Lin.) (Trochus virgatus. Gmel.)
petits cailloux, des tiges de plantes, des fragments de coquilles univalves ou bivalves, etc. : de là son nom de Maconne.
Les Roulettes (Rotella), de l'océan Indien, dont la coquille offre les plus vives couleurs, forment un genre peu nombreux.
Fig. 230. Troque fausses côtes. Fig. 231. Troque de Cook. (Trochus inermis. Gmel.) (Trochus Cookii. Chemnitz.)
Les Éperons, dont les types sont : le Troque étoile, ou Troque stellaire des mers australes, dont les tours de spire de la coquille sont hérissés d’épines radiées (fig. 236 et 237), le Troque impérial, vulgairement l’'Éperon royal; l'Éperon de la Nouvelle- Zélande, dont les tours de spire sont sculptés de sillons décur-
rents et hérissés d’écailles imbriquées qui débordent la circonférence de la coquille, et lui donnent une forme radiée.
Fig. 232. Troque imbriqué.
(Trochus imbricatus.) (Gmel.)
Fig. 233. Troque agglutinant.
(Trochus agglutinans. Lamk.) (Phorus Conchyliophorus. Born.)
Fig. 234. Troque agglutinant. (Trochus agglutinans. Lamk.) Fig. 235. (Phorus Conchyliophorus. Born.) Rotella Zelandica. (Chenu.)
Fig. 236. Troque étoile, Fig. 237. Troque stellaire. . (Trochus stella. Lamk.) (Trochus stellaris. Gmel.) .
Cette dernière espèce, d’un brun violacé en dessus, blanche en dessous, est encore rare dans les collections.
À côté des Troques se rangent les Cadrans (Solarium), jolies coquilles marines, que l’on reconnaît aisément à leur ombilic profond, évasé en entonnoir, et dans l’intérieur duquel on
Fig. 238 et239. Cadran strié. (Solarium perspectivum. Lin.)
aperçoit les petites dents crénelées, qui suivent tout le bord des tours de la spire, jusqu’au sommet.
On trouve dans la plupart des collections le Cadran »'rié (fig. 238 et 239), dont le diamètre est de deux pouces et demi, et qui vient de la mer des Indes.
Le Cadran bigarré, vulgairement connu sous
Fig. 240. le nom de Cadran de la Nouvelle-Hollande, est nn a varié tant au-dessus qu’en dessous, de blanc (Lame) et de roussätre (fig. 240).
Le Cadran treillissé n’a que dix lignes de diamètre et vient des côtes de Tranquebar.
Les Sabots (Turbo) ne se distinguent que très-peu des Toupies. Ils vivent dans toutes les mers, et habitent les rochers battus par les vagues. On en connaît plus de cinquante espèces. Les unes sont d’assez grande taille, les autres très-petites.
Le Sabot bariolé de l'Océan Indien (Turbo margaritaceus) présente une coquille assez grosse, épaisse, pesante, venirue, profondément sillonnée. Sa couleur est jaune ou roussâtre et elle est marquée de taches brunes carrées (fig. 241),
On voit sur la figure 242 le Sabot bouche d'argent (Turbo
argyrosiomus), et sur la fig. 243 le Sabot marbré (Turbo marmoratus). | Ce dernier offre la plus grande coquille du genre, Elle est
Fig. 241. Turbo bariolé. Fig. 249. Turbo bouche d'argent. (Turbo margaritaceus, Lin.) (Turbo argyrostomus. Lin.)
marbrée de vert, de blanc et de brun en dehors, et super- ‘bement nacrée en dedans.
Fig. 243. Turbo marbré, Fig. 244. Turbo ondule. (Turbo marimoratus. Lin.) (Turbo undulatus. Chemn.)
Le Sabot bouche d’or est ainsi nommé parce que sa nacre est d’un beau jaune d’or.
Le Sabot ondulé (Turbo undulatus, fig. 244) est connu vulgairement sous le nom de Peau de serpent de la Nouveile-Hol-
lande. En effet, sa coquille est blanche et ornée de taches longitudinales flexueuses vertes ou d’un vert violacé.
Le Sabot impérial (fig. 245) présente une coquille de couleur verte en dehors, brillamment nacrée en dedans. On le connaît
Fig. 245. Turbo impérial. (Turbo imperialis. Gmel.)
vulgairement sous le nom de Perroquet. Il vit dans les mers de la Chine.
Le Sabot littoral, où Turbo littorali de Linné, présente une coquille assez petite, ovale, épaisse, striée, d’un brun cendré, quelquefois d’un noir assez foncé ou marquée de lignes brunes. On lui donne maintenant le nom de Littorine.
Le Sabot qu’on trouve dans les mers du Nord,dans la Manche etsur les côtes de l'Océan et qui se nomme vulgairement Vignot ou Guignette, appartient à cette espèce. On en mange l'animal dans presque tous les ports de mer.
On a rapproché des Sabots et des Troques, les Monodontes, les Dauphinules et les Turritelles.
Les Monodontes sont d’élégantes coquilles marines, propres surtout aux mers des pays chauds : citons la Monodonte australe (g. 246), et la Monodonte double bouche (fig. 247). Une espèce de petite taille, à coquille brune, tachetée de blanchâtre, se trouve très-abondarmment sur nos côtes : c’est la Monodonte canaliculée.
GASTEROPODES. k05
On ne connaît qu’un petit nombre de Dauphinules vivantes. Elles sont propres aux mers de l’Inde et sont remarquables
Fig. 246. Monodonte Fig. 247. Monodonte Fig. 248. australe. double bouche. Delphinula sphærula. Monodonta australis. Monodonta labio. (Kiener.) (Lamk.) (Lamk.)
par la forme et les aspérités de leur coquille. Nous figurons comme type des Dauphinules, la Delphinula sphærula (fig. 248). Les espèces vivantes de Turritelles habitent, au contraire,
à el Ke
Ra
Fig. 249. Fig. 250. Fig. 251.
Turritelle torse. Turritella angulata. Turritella sanguinea. Turritella replicatæ. (Lin.) (Sow.) (Reeve.)
toutes les mers. Une des espèces les plus remarquables, la Turritella replicata (fig. 249), est vulgairement connue sous le nom de Vis de pressoir, à cause de sa forme.
Toutes ces coquilles, comme leur nom l'indique, présentent l'apparence d’une tour. Cest ce qui ressort de la simple inspection des fig. 250, 251, 252 et 253, qui représentent les Turritella angulata, sanguinea, goniostoma et terebellata.
Fig. 252. Turritella goniostoma. Fig. 253. Turritelle tarière. (Valenciennes.) (Turritella terebellata. Lamk.)
L’attention des observateurs a été depuis longtemps appelée sur le curieux mollusque connu sous le nom de Janthine. Son corps est globuleux, et se continue en avant, sans se rétrécir, pour former la tête, qui est grosse, prolongée en trompe, terminée par une fente buccale, garnie de plaques cornées, et couverte de petits crochets. Deux tenta- ‘cules coniques, peu contractiles, très-dis-
Fig. 254. tincts, portent chacun à leur base externe Janthine commune. 2 ] Damas I OpEdONCNlE assez long. Le pied de
Lamk.) ovale, court, divisé en deux parties, l’an-
térieure concave et en forme de ventouse, la postérieure aplatie et charnue. C’est ce pied qui porte une masse vésiculeuse et comme spumeuse, qui fait le principal caractère de ce joli mollusque. Il est constitué par un grand nombre de
vésicules qui servent à la natation et soutiennent l'animal à la surface de l’eau. La coquille est légère, transparente, violacée et assez semblable à celle des hélices.
Les Janthines habitent les hautes mers et forment souvent des banes de plusieurs lieues.
MM. Quoy et Gaimard ont vu des légions de Janthines entraînées par le courant. Ils ont navigué pendant plusieurs jours parmi ces tribus errantes. Ces êtres délicats seraient inévitablement le jouet des tempêtes, si, en rentrant leur tête dans la coquille, et en contractant leurs vésicules natatoires, ils ne diminuaient de volume, et, la pesanteur aidant, ne se laissaient tomber doucement au fond de l’eau.
On prétend qu’à l'approche du danger la Janthine répand une liqueur d’un rouge sombre ou violacé, qui, troublant l’eau, lui permet de se dérober à l’ennemi.