GENRE PORCELAINE
Les coquilles des Porcelaines sont brillantes, lisses et polies, ce qui leur a valu la dénomination sous laquelle elles sont connues. Elles sont ovales, ou oblongues, convexes, à bords roulés en dedans, à ouverture longitudinale, étroite, arquée, dentée sur les deux bords, échancrée aux extrémités. La spire, placée
GASTÉROPODES. hli
tout à fait postérieurement, est très-petite, souvent cachée par une couche calcaire et d'apparence vitreuse.
Au reste, la forme et la coloration de ces coquilles varient beaucoup avec l'âge de l’animal; à tel point que la même espèce, examinée à diverses périodes de son accroissement, semble pouvoir appartenir à des espèces et même à des genres différents.
Dans le premier âge, les Porcelaines sont minces, coniques, allongées, à spire saillante, à large ouverture. Bientôt, le bord droit s’épaissit et se replie en dedans; l’ouverture se rétrécit ; enfin la spire se dérobe sous l’enroulement successif du bord
(Adulte.) (Jeune âge.) Fig, 264, 265 et 266. Porcelaine de Scott (Cypræa Scotlii. Brod.)
droit, et, sous le dépôt de matière vitreuse dont nous avons parlé plus haut, l’ouverture devient encore plus étroite, ses extrémités s’échancrent, ses bords se décousent, et la coquille, jusqu'alors uniquement nuancée de teintes päles, offre des couleurs plus vives, disposées par bandes ou par taches. C'est ce que mettent en évidence les figures 264, 265 et 266, qui montrent le Porcelaine de Scott, à deux époques de son âge. L’animal qui habite cette coquille, est allongé, et muni d’un manteau très-développé, garni en dedans d’une bande de tentacules et qui peut se recourber sur la coquille, de manière
à l’envelopper. La tête est munie de deux tentacules coniques très-longs portant chacun un œil assez grand pour qu'on ait cru pouvoir y distinguer une pupille et un iris. Le pied est ovale, allongé et sans opercule. On voit sur la ficure 267 l'animal de la Porcelaine tigre.
Fig. 267. Porcelaine tigre. (Cypræa tigris. Lin.)
Les Porcelaines vivent à peu de distance des côtes, dans les anfractuosités des rochers, et quelquefois enfoncées dans le sable. Elles sont timides, fuient le grand jour, et ne sortent que pour aller, en rampant, chercher leur nourriture, qui paraît être exclusivement animale.
On trouve, dans toutes les mers, ces magnifiques mollusques. Une petite espèce vit dans la Manche; une autre, plus grosse, dans la mer Adriatique. Mais c’est surtout dans la mer des Indes que se trouvent les plus grosses et les plus belles espèces de Porcelaines. |
Ces coquilles ont été recherchées à toutes les époques. Les habitants des côtes asiatiques en font des bracelets, des colliers, des amulettes, des coiffures, des boîtes, des garnitures de harnais. À la Nouvelle-Zélande, les chefs de tribu portent une espèce rare et recherchée, suspendue à leur cou, comme signe de distinction :
Fig. 268. , porcelaine coceinelle. © @St la Porcelaine aurore. Dans quelques
(Cypræa coccinella. Parties de l’Inde et de l’Afrique, une es-
Lamk.) : : , pèce assez petite, le Cauris, est employée
comme monnaie courante : aussi la nomme-t-on Monnaie de Guinée.
GASTEROPODES. L13
On connaît un nombre considérable d'espèces de Porcelaines ; nous ne mentionnerons que les plus intéressantes, pour ne pas fatiguer l'attention du lecteur.
L'espèce la plus abondante sur nos côtes, est la Porcelaine coccinelle (Cypræa coccinella, fig. 268). C'est une petite coquille ovale, ventrue, à ouverture dilatée en avant, à stries transverses lisses, à couleur grisâtre, fauve ou rosée, avec ou sans tâches.
La Porcelaine géographique (Cypræa mappa, fig. 269) présente une coquille ovale ventrue, à côtes bien arrondies, ornée de petites taches blanches en dessous et d’une ligne dorsale rameuse en dessus; l’intérieur est violet; elle offre 36 dents d’un côté et 42 de l’autre. Elle appartient à l'Océan des grandes Indes ee
La robe de la Porcelaine arlequine Porcelaine géographique. (Cypræa histrio, fig. 270 et 271), des (#4 "ape TR) côtes de Madagascar, est ornée de taches blanches, assez ser-
Fig. 270 et 271. Porcelaine arlequine. (Cypræa histrio. Lin.)
rées el bien circonstrites en dessus, et de taches noires sur les côtés. Le dessous est violet Une espèce très-belle et fort commune dans les collections
vit dans la mer des Indes, depuis Madagascar jusqu'aux îles Moluques: c’est la Porcelaine tigre (Gg. 272). Sa coquille est grosse, ovale, ventfue, très-hombée, épaisse, d’un blanc bleuâtre, ornée d’une multitude de grandes taches noires arrondies, éparses, et d’une ligne dorsale droite, ferrugineuse en dessus, très-blanche en dessous; il y a ordinairement vingt-
Pig M
Na ji wi) e
Fig. 272, Porcelaine tigre. (Cypræa tigris. Lin.)
trois dents toutes blanches à chaque bord : nous avons déjà représenté cette espèce avec l’animal vivant (fig. 267). Les Porcelaines ondée et zigzag, dont la patrie est inconnue,
Fig. 273 et 274. Porcelaine ondée. Fig. 275 et 276. Porcelaine zigzag. (Cypræa undata. Lamk.) (Cypræa zigzag. Lin.)
sont ornées de lignes élégamment ondées ou brisées, comme on voit dans les figures 273, 274, 275 et 276.
La Porcelaine aurore, dont nous avons parlé tout à l'heure, est presque globuleuse, d’une couleur orangée uniforme en des-
GASTEROPODES. A15
sus, blanche en dessous; les dents de l’orifice sont d’un orangé vif. Cette belle coquille est encore rare et chère. La Porcelaine cauris ou Monnaie de Guinée (Cypræa moneta,
Fig. 277 et 278. Porcelaine cauris. (Cypræa moneta. Lin.)
fig. 277 et 278) est une petite coquille ovale, déprimée, plate en dessous, à bords très-épais, un peu onduleuse. Elle est de couleur uniforme, d’un blanc jaunâtre, quelquelois jaune
Fig. 279 et 280. Porcelaine argus. (Cypræa argus. Lin.)
citron en dessus, blanche en dessous; il y a ordinairement douze dents à l’ouverture. Elle vient des mers de l'Inde, des côtes des îles Maldives et de l’océan Atlantique.
Cette coquille, si commune dans les collections, est ra-
Fig. 283. Fig. 284 et 285.
Cypræa Capensis. Porcelaine de Madagascar (Cypræa Madayascariensis. Gmel.) (Gray.) F
Fig. 286, 287. Porcelaine grenue. (Cypræa nucleus. Lin.)
massée par les femmes, sur les rivages des îles Maldives, trois
jours après la pleine lune et avant la nouvelle, et ensuite transportée au Bengale, à Siam, en Amérique, où, comme nous l’avons dit, elle est employée par les nègres comme monnaie.
Nous nous contentons de donner la figure de quelques autres
Fig, 288. Porcelaine panthère. (Cypræa pantherina. Sol.)
espèces qui sont remarquables à divers titres : telles sont les Porcelaine argus (fig. 279 et 280), — Porcelaine lièvre (fig. 281 et 282), — Cypræa Capensis (fig. 283), — Porcelaine de Madagascar (fig. 284 et 285), — Porcelaine grenue (fig. 286 et 287), — Porcelaine panthère (fig. 288).