GENRE POURPRE
La Pourpre a une coquille ovale, épaisse, tuberculeuse ou anguleuse, à spire courte, le dernier tour plus grand que tous les autres réunis. L'ouverture est dilatée, terminée inférieurement par une échancrure oblique. Le bord columellaire est lisse, souvent concave, terminé en pointe, le bord droitsouvent digité, épaissi intérieurement et plissé ou ridé. f
L'animal présente une tête large, munie de deux tentacules rapprochés, coniques, renflés, et portant un œil vers la partie moyenne de leur côté externe. Son pied est grand, bilobé en avant, garni d’un opercule corné demi-circulaire.
Les Pourpres vivent dans les anfractuosités des rochers, dans les parages marins, recouverts d’Algues. Elles peuvent aussi s’enfoncer dans le sable. Elles rampent à l’aide de leur pied, pour faire la chasse aux mollusques bivalves, dont elles percent la coquille à l’aide de leur courte trompe. Elles se trouvent dans toutes les mers; mais le plus grand nombre et les plus grosses espèces proviennent des mers des pays chauds, et surtout des mers australes.
Ces petits mollusques tiennent leur place dans l'histoire. Les espèces du genre Purpura étaient au nombre de celles qui fournissaient aux Grecs et aux Romains la matière colorante rouge, d’un éclat admirable, connue sous le nom de pourpre, qui était réservée au manteau des patriciens.
La pourpre des anciens n’était pas, comme on le croit généralement, d’un rouge vermillon. C'était une sorte de violet. Ce violet, d’abord très-foncé, fut plus tard diversement nuancé de rouge. Le secret de la préparation de cette teinture, inconnu de presque toutes les nations, était la propriété des Phéniciens. On n’estimait que celle qui venait de Tyr.
Un voyageur anglais, M. Wilde, a découvert, en Orient, sur le rivage de la Méditerranée, près des ruines de Tyr, un certain nombre d’excavations, de forme ronde, pratiquées dans le roc. Dans ces excavations étaient un grand nombre de coquilles brisées et mêlées; c'étaient des coquilles de Murex trunculus. I1 est probable qu’elles avaient été broyées en grand
nombre, par les industriels de Tyr, pour la fabrication de la pourpre. Plusieurs coquilles toutes pareilles et provenant d’individus qui vivent actuellement, gisaient, en effet, sur le même rivage. :
Aristote, dans ses écrits, s'étend fort longuement sur la pourpre. Il dit que cette teinture se retirait de deux mollusques carnassiers, habitant les mers qui baignent les côtes de la Phénicie. D’après la description qu’en a donnée le célèbre philosophe grec, l’un de ces animaux avait une coquille assez grosse, composée de sept tours de spire, parsemée d’épines, et terminée par un long bec; l’autre avait une coquille beaucoup plus petite. Aristote nomme le dernier animal Buccin.
On a cru reconnaître cette dernière espèce dans le Purpura lapillus, ou Pourpre à teinture, qui abonde sur les rochers de la Manche. Réaumur et Duhamel retirèrent, en effet, de cette espèce une couleur pourpre, qu'ils réussirent à appliquer sur des étoffes, et qui résista aux plus fartes lessives.
On rapporte au genre Murex ou Rocher, dont nous parlerons bientôt, la première espèce signalée par Aristote.
Jusqu’à ces derniers temps, l’organe producteur de la pourpre était inconnu. On a longtemps pensé que cette belle matière tinctoriale était fournie par l’estomac, le foie, ou le rein. Mais, de nos jours, M. Lacaze-Duthiers a montré que l'organe qui la sécrète, se trouve à la face inférieure du manteau, entre l'intestin et l'appareil respiratoire. Il a la forme d’une sorte de bandelette.
La matière colorante de la pourpre, telle qu’on l’extrait de l’animal, est jaunâtre. Exposée à la lumière, elle jaunit, puis verdit, et prend enfin une teinte violette. Pendant que ces transformations s’opèrent, il se dégage une odeur vive et pénétrante, qui rappelle l'odeur de l’essence d'ail, ou celle de l’assa fœtida.
Tant que la matière de la pourpre n’est pas passée au violet, elle est soluble dans l’eau; dès qu’elle a pris cette teinte, elle est devenue insoluble.
L'apparition de la couleur semble provoquée plutôt par l’influence des rayons lumineux que par l’action de l’air. La matière se colore, en effet, d'autant plus vite, que les rayons lumineux sont plus vifs.
Aussi la pourpre, dont la production a été provoquée directement par l’action solaire, est-elle tout à fait inaltérable à la lumière. On sait qu’au contraire, la matière colorante rouge fournie par la Cochenille s’altère assez vite au soleil.
C’est probablement cette remarquable résistance à l’action du soleil qui faisait tenir la pourpre en si grande estime chez les anciens. Les patriciens de Rome, ou les riches citoyens de la Grèce et de l’Asie Mineure, aimaient à faire reluire au soleil les magiques reflets de l’admirable couleur qui ornait leurs manteaux.
Fig. 311. Revenons cependant à nos humbles coquil-
Pourpre à teinture.
Purpura lapillus. lages.
(Lin.) La Pourpre à teinture (Purpura lapillus, fig. 311) est une coquille épaisse, ovale, aiguë, à spire conique, le plus ordinairement d’un blanc sale ou jaunâtre, zoné de brun plus ou ‘moins foncé.
Fig. 312. Pourpre antique. Fig. 313. Pourpre consul. (Purpura patula. Lin.) (Purpura consul. Lamk.)
La Pourpre hémastome, où bouche de sang, qu’on trouve dans l'Océan et dans la Méditerranée, est d’un fauve roussâtre en dehors, et d’un jaune pourpré à l'ouverture. Elle était sans doute utilisée par les anciens pour la préparation de la pourpre.
Aujourd'hui encore, les pêcheurs des îles Baléares marquent leur linge et leurs vêtements avec ce dernier coquillage. Pour cela , ils trempent l’extrémité d’une baguette de bois pointue dans les mucosités du manteau de l’animal, préalablement déchiré. Les traits formés avec ce liquide sont d’abord jaunûâtres, mais bientôt ils deviennent d’une couleur violette très-vive.
La Pourpre antique (fig. 312) est assez commune dans la Méditerranée pour que Columna ait pensé que c’était particulièrement de cette espèce que les Romains tiraient leur couleur pourpre.
La Pourpre consul (Purpura consul, fig. 313) est une grande coquille, d’une belle teinte blanche.