‹ La vie et les œuvres de Du BartasChapitre 12 sur 29 · LE VOCABULAIRE DE DU BARTAS · texte numérisé non relu

LE VOCABULAIRE DE DU BARTAS

Du Bartas accepte l'idiome poétique que lui transmettait la Pléiade. — Il partage sur les langues la doctrine rationaliste de ses devanciers. — Examen de son vocabulaire. — Mots employés avant et pendant le XYI^ siècle qui ne sont plus dans notre usage actuel; rapprochements avec notre langue classique. — La plupart de ces termes ont leur place dans le Trésor de Xicot et dans le Dictionnaire de Cotgrave ; beaucoup se sont conservés jusque dans nos meilleurs écrivains.— Cependant, du Bartas n'a pas eu la même discrétion que Ronsard, en particulier pour les provignements : dérivés bizarres qu'il a créés. — Il ne mérite aucun reproche pour avoir attribué à des termes restés actuellement en usage une signification qu'ils n'ont plus aujourd'hui, mais qu'ils avaient de son temps. — Liste de ces termes et rapprochements avec l'usage classique. — Il faut y rattacher les vocables qui ont passé de la langue noble à une acception basse et grossière. — Liste de ces vocables. — Mots empruntés aux langues étrangères : très peu nombreux, et presque tous restés dans l'usage. — Mots savants. — La Pléiade n'en abuse pas autant qu'on l'a dit. — Ils sont rares chez du Bartas. — Liste des principaux: la grande majorité en est passée dans la langue. — Le poète ne montre pas autant de réserve dans l'emploi des adjectifs composés. — La composition des mots au XVI= siècle et dans du Bartas. — La réduplication : procédé bizarre et ridicule, dont l'auteur des Semaines fait d'ailleurs un très rare usage. — Liste de ces redoublements. — Quelques-uns se trouvent dans Cotgrave.

Si l'école poétique du XVI° siècle fut condamnée sans retour par Malherbe au nom de la langue, c'est pourtant au nom de la langue que Ronsard et ses amis, du Bellay en tête, avaient donné le signal de la réforme. Lorsque du Bartas commença à écrire, la Pléiade avait fait son œuvre : il accepta dans son ensemble le vocabulaire et la syntaxe que lui transmettaient ses devanciers ; et, s'il y introduisit des modifications, s'il enrichit l'un de mots nouveaux et l'autre de nouveaux tours, c'est eu restant fidèle aux tendances générales de l'école contemporaine et en suivant les procédés qu'elle appliquait depuis plus de vingt ans.

Du Bartas avait sur les langues les mêmes idées que Ronsard et du Bellay ; comme eux, il estimait qu'elles avaient toutes à l'origine

une valeur égale, et qu'elles étaient redevables d'un développement plus ou moins heureux à la culture, à l'industrie, à la volonté réfléchie des écrivains.

Un bel esprit, conduit d'heur et de jugement, Peut donner passe-port aux mots qui fraischement Sortent de sa boutique, adopter les estranges, Enter les sauvageons (1).

Ces vers sont l'expression bien nette de la doctrine rationaliste que la Pléiade avait appliquée aux langues, et qui autorisait toutes les audaces comme toutes les ambitions.

Créer des mots nouveaux, adopter des termes jusqu'alors étrangers à la langue, provigner ceux qui en font déjà partie, voilà bien les pratiques de la nouvelle école. A cet égard, du Bartas est l'héritier direct des poètes qui, depuis le milieu du siècle, régnent en maîtres sur le dictionnaire et sur la sj^ntaxe. Cependant sa langue n'est pas sans se distinguer de la leur; mais il ne s'agit guère que d'une question de mesure. Ce que Ronsard avait fait avec une certaine discrétion, du Bartas le fait trop souvent avec une audace immodérée, avec ce manque de tact dont il nous a déjà fourni tant d'exemples.

Pour donner une idée juste et précise de son vocabulaire, il nous faut recueillir dans ses œuvres : 1° Les mots usités avant et pendant le XVI° siècle que nous avons perdus depuis; 2° ceux qui ont changé de sens ou passé du stj'le noble à une acception basse ; 3" ceux que le poète a empruntés à d'autres langues. Nous aurons ensuite à examiner comment il a appliqué les procédés de composition au moyen desquels ses devanciers avaient déjà illustré le langage de la poésie; il nous faudra dire enfin quelques mots d'une pratique qu'il n'a pas héritée des poètes contemporains, la réduplication.

Nous donnons d'abord la liste des mots, emplovés avant et pendant le XVI° siècle, qui ne sont plus dans notre usage actuel; substantifs, adjectifs, verbes et adverbes (2).

(1] ^« Semaine. -^ Babytone.

(2) Les exemples des auteurs classiques cités dans ce chapitre, sont en grande partie empruntés soit au Dictionnaire de Littré, soit aux lexiques spéciaux de la collection Régnier.

Aboissonner (s') (II, Sch.). — Accaser (s') (1) n. (II, C''='). — AccoiSER (I, 5), n. c. rendre coi. — Accordant, u. c. L'accordante voix (p. 322) (2). — AccoRTEMENT, n. c. (I, 2). Cf. Corneille: Ma bouche accortement saura s'en acquitter.— Accourager, c. (Jud.).

— Accra vanter, n. c. (I, 2); desrompre et briser par grand effort de violence (Nicot). — Accroissance, n. c. (I, 2). — Acertener, n. c. (I, 2), assurer. — Adextre, n. c. (I, 6), habile. — Affrontement, c. (II, Imp.). On trouve, dans INicot, affronteur comme synonyme d'abuseur. Du Bartas donne à affrontement le sens de perfidie. — '■ Ahan, n. c. (II, Ed.), grand effort; de là, Ahanner, n. c. (II, Loj), éprouver une grande fatigue. — Alarmeur (II, Loy).

— Alenter (s') (II, Troph.); dans ISicot: s'alentir. — Allumelle, n. c. (I, 1), lame d'épée. — Almement (II, Magn.). — Amarri, n. c. (I, 2), matrice. — Ambrosin, (II, Loy). — Anelé, c. (Jud.).

— Annuitrr, n. c. (II, Arche); se trouve dans Nicot avec le sens de: atarder aucun jusqu'à ce qu'il soit nuict; du Bartas, comme Cotgrave, lui donne la signification de : faire nuit. — Apparesser, c. (I, "7); ou trouve dans Nicot, s'apparessir. — Apprentie ill. Pères), employé comme substantif; (II, Imp.), employé comme adjectif. Cf. Boileau: Vais-je épouser ici quelque apprentive auteur? (Sat. X). — Aquiijner (s') (II, Magn.). — Araigne, c. (I, 2), comme araignée. — Araire, n. c (II, Cap.) mot lyonnais, dit Nicot. — Archerot, c. (I, 2), diminutif à'archer, dérivation du XVP siècle. — Architecter, c. (II, Ed.). — Argentelé (II, Troph.). — Ardoir, n. c, ou Ardre, n. c (I, 3). Cf. Lafontaine : Haro! La gorge m'ard. (Paysan). — Arondelle, n. c. (1, 5); encore au temps de Vaugelas, les trois formes hirondelle, hérondelle, arondelle, étaient concurremment emploj'ées. C'est vers la dernière qu'il incline. — Asséréner (II, Magn.). — Astrer (1,1); astre se trouve dans Nicot. — Astreux (Lép.;. — Attiéder (II, Arche), — Attisonner, c. (Jud.j. — Attraire, n. c. (Ur. ). — Attrempance, n. c. (II, Bab.), modération. — Attremper, n. c. (II, Ed.), modérer. — Aubespin, n. c. (II, Col.), comme aubépine.

(1) Nous marquons de la lettre c les mots qui se trouvent dans le Dictionnaire de Cotgrave (1611) ; de la lettre n ceux qui se trouvent dans le Dictionnaire de Nicot (161X)). — Nous avons exclu de notre liste quelques termes fort peu usités de nos jours, mais qui figurent dans Littré.

(2) Pour ces indications des exemples cités, nous suivons l'édition de 1632.

— AVERNAL, C. (II, Sch.). — AVERNEUX fil, Cap.). — AVETTK,C.

(Lép.), abeille. — Avitao.ler, c. (I, 4); on trouve dans Cotgravc: Avilaillccommeavicliiaillé, et ailleurs, avictuaUler. — Avoyer(s'), n. c. (II, Cap.), se mettre en voie.

Bailler, n. c. (Jud.), donner. — Baller, n. c. (I, 2), danser.

— Ballotte, c. (II, Cap.), petite balle à donner les suffrages. — Barboté, c. (I, 7), comnae harhu : Des espics barbotez aprennc sa leçon (p. 176). — Baufrer, n. c. (II, Sch.), comme bâfrer. — Bavoler, c, (II, Art.) voler bas. — Bayer, n. c. (II, C''=^), ouvrir la bouche. — Bergerot (I, 7), diminutif de berger; bergerotle se trouve dans Cotgrave. — Berluer, n. (II, Troph.), avoir la berlue.

— Bers, ft. c. (I, 3), berceau; c'est un des termes dialectaux que Ronsard avait restaurés. — Bl^isement, c. (I, 4). — Bienheurer, n. c. (I, 7). — Bigarrement, n. c. (Jud.), adverbe. — Bigarrement, c. (Jud.), substantif; état de ce qui est bigarré. — Bigearre, c. (II, Magn.), comme bizarre. A^'iugelas dit que bigearre est bon, mais que bizarre est plus de la cour. Th. Corneille et l'Académie remarquent qu'on ne dit plus bigearre. V. Corneille écrit encore comme du Bartas dans les premières éditions de la Galerie et de V Excuse à Ariste. — Billebarrer (II, Magn.), marquer de raies; billebarré est dans Cotgrave. — Blédier, c. (I, 6), qui porte le blé. — BlessEUR (II, Fur.), celui qui blesse (substantif). — Blette, c. (I, 3), motte de terre. — Blondement (II, Troph.), adverbe. — Bluette, n. c. (I, 2), étincelle. Nous disons encore: Il y a quelques bluettes d'esprit dans cet ouvrage (Littré, Dict.). — Bonnetade (I, 3). Nous trouvons dans Nicot: a Bonneter aucun, c'est ester son bonnet devant lui. » Bonnelade veut dire coup de bonnet., salut. — BoR- NAL, c. (Jud.), rayon de miel: Cent mille cabinets il creuse eu ces bornaux (p. 569). — Bossel (II, Troph.): L'un coupe un chapiteau, l'autre taille un bossel (p. 490).— Bosser (II, Fur.). — Bourrelle (II, Fur.), employé comme adjectif: Leurs dextres bourrellcs (p. 226); employé comme substantif (II, Fur.): Quoy? Serez-vous toujours de vous-mêmes bourrelles? Corneille a dit: BourreUe de mon sang (Méd. 801); mais, en 1660, il a remplacé bourrelle par prodigue. — Bquveau, c. (II, Loy), diminutif de bœuf. — BrasiLLONNER, C (I, 2); le mot brasiller est encore français. — Bras- SAL, c, comme br.i.-i.'^ard. — Brehaigne, n. c. (I, 3), se dit encore des femelles des animaux domestiques. — Brescher (II, Fur.); on

trouve bresché dans Cotgrave. — Brillantemenï (Lép.) — Bril- LONNER, c. (I, 2). — Bris, c. (II, Sch.), employé par Coëffeteau et Malherbe. Vaugelas (II, p. 37b) (1) déclare n'avoir jamais ouï dire ce mot à personne. — Brocher, n. c. (Ivtt), piquer (son cheval). — Brosser, n. c. (I, 3), courir à travers bois. De là, le mot brossailles, broussailles. Garnier a dit: Brossez dans ce bocage (Antig. V, 129), et Corneille: Brosser dans ces buissons (Clit. var. 1). Saint-Simon a plusieurs fois employé ce verbe. — Brouée, c, vapeur, brouillard. Scarron s'est servi de ce mot dans son Virgile travesti (liv.I). — Bruyantement (Lép.). — Bûcher (II, Loy]: Une trompette au ciel huche, corne, fanfare (p. 397). — Buissoxné, c. (I, 2).

Cabasset, n. c. Il, Cap.), petit casque. — CArvL^ND,n. c. (II, Col.), mendiant. — Caqueteur (II, Troph.) employé comme adjectif; se trouve dans Nicot comme substantif. Caqiieleux est aussi usité dans du Bartas : Aux caqueteux serins (p. 481). — Carole, n. c. (II, Troph.), danse. — Cas, n. c. (I, 4), qui sonne le cassé, rauque. Cf. Lafontaine: Il parlait d'un ton cas (Herm.). — Casquet, c. (Lép.), diminutif de ca.sçwe. — Cédreux (Jud.). — Cexdroyer, c. (I, 2^. — Ceps, n. c. (I, 6), chaînes. Garnier emploie encore ce mot : Tire ses pieds des ceps (Juiv. II). — Cerceau, c. (II, Troph.), plume de l'aile. — Chagrixemext, c. (II, Imp.). Cf. M°"^ de Sévigné : Je passe la vie à Paris chagrinement quelquefois. — Cha- CtRineux, c. (1, 7). — Chamaillis, n. c. (Lép.), combat. Cf. Brébeuf: Un ardent chamaillis (Phars. YII). — Chamerh^lé, c. (IL Cap.), divisé en chambres, en cellules ; épithète que du Bartas applique aux ruches. — Charmeusement, c. (II, Col.). — Chevaucheur, u. c. (I, 5), celui qui chevauche. — Chopement (II, Fur.), action de choper. — Cliquer, n. c. II. Col.), crépiter. — Clouclouquant, c. (Jud.\ onomatopée: La clouclouquaute voix (de la poule). — CoLE[:vRrs" et couleuvrin, c. ^11, Imp.). — Colombelle, n. c. (II, Troph.), petite colombe. — Combateur, c. (II, Troph.), comme combattant. — Combourgeois, c. (Jud.). — Coxquester, n. c. (II, C"^^). Cf. Corneille: Ce bras tout aussitôt vous conquête un empire (Illus. 417). Mot employé ici (suivant M. Marty-La veaux) parce qu'il est plus emphatique et, par suite, plus plaisant dans la bouche du matamore. — Conquise JI, Cap.), comme conquête.

(1] Edit. Chassang.

— Contr'échanger, n. c. (II, Magn.). — Contremonï, n. c. (II, Bab.); Cf. Racan : Rebroussa contremont sa source vagabonde (Berg.

II, 5). — GONTRESOUFFLER, C. (II, Pères). — COQUILLER, c. (I, 6).

— CoRRiVAL (II, Troph.), terme usité surtout pour une rivalité amoureuse. — CoTONNER, c. (Ivry): Sous le fer il cotonne Son menton généreux. Cotgrave donne ce verbe avec un autre sens. — Coule- MENT, n. c. (II, Cap.), dérivation du XVI° siècle. Du Bartas l'emploie avec le sens d'écoulement que donne Nicot. (V. p. 432). — Coupeau, n. c, ou coupet (I, 2), sommet d'une montagne. Le mot se trouve dans Racan : Voyez-vous au-dessous de ce petit coupeau?. . . (Berg. II, 4), et dans Corneille: Avait pour son repaire envahi le coupeau (Poés. div.). — Coupement, n. c. (II, Col.) section. — CouRSEROT, c. (II, Col,), diminutif de coursier. — Coustumière- MENT, n. c. (II, Imp.); exemples de Saint-Simon, P. -L. Courier, etc.

— Couverte, c. (II, Loy), couverture. — Cracaillant (II, Sch.); onomatopée: les cracaillantes voix. — Cramoisin (II, Scli.). — Cranequen, n. c. (II, Dec), sorte d'arbalète. On trouve dans Nicot: crennegidn, espèce de heaume. — Craquetis, n. c. (I, 2), le son que fait la chose qui craque (Nicot). — Crasseuseme>;t (II, Troph.).

— Crésinant (II, Col.). — Crespement, c. (Il, Art.), adverbe. — Crespiller, n. c. (Jud.), crispare (Nicot). — Creuseul (II, Cap.), comme creuset. — Crineux, c. (II, Imp), chevelu. — • Crouteau, c. (II, Cap.), diminutif. — Cuyder, n. c. (I. 2). Cf. Lafontaine: Tel, comme dit Merlin, cuide engeigner autrui (Fab. IV).

Dace, c. (II, Loy), taxe: Les vols suivent les daces (p. 3*78). — Damereau (II, Troph.), synon.deda^nere/. — Dardiller, c. (Jud.); verbe resté dans la langue comme terme d'agricultui'c. — Débord, c. (I, 2), se dit encore dans quelques provinces pour la crue des eaux au-dessus de leurs bords (Littré). Dédaler, c. (II, Art.). — Déluger (II, Arche); déluge est dans Cotgrave. — Démarteler (II, Cap.): Et de nos forgerons le bras démartelant (p. 429). — Démolisseur (II, Loy), adjectif. — • Départir (se), n. c. (Jud.), s'en aller. — Dépositer, c. (II, Col.) (1). — Désassembler, n. c. (II, Sch.). Cf. Tristan: Ne permettra jamais que rien les désassemble (Panthée II, 1). — Désassiéger, n. c (Jud.); d'après Nicot, lever le siège d'une place; chez du Bartas, faire lever le

[l] Le mot dépositeur, de création récente, suppose le verbe dépositer.

siège; de même dans Cotgrave, qui donne aussi l'autre sens. — Désastre, n. c. (I, 5), infortuné. — Désastrer (II, Dec). — Dé- SATELER, c. (II, Sch.). — Desborner. c. (II, C''^'). — Desceindre, n. c. (II, Magn.). — Desceptrer, c. (II, Pères). — Desceu (aude), n. c. (Jud.), comme à Vinsu de, que Nicot ne donne pas. Cf. Au déçu du prince (D'Ablanc, Tac, Ann. VI, XL VII); L'un, au desçu des siens, te montre son ardeur (Corn. Mél. 641); A sondesçu (Id. Clit. Var.), etc. — Dkscroire, c (II, Pères). — Désencordé, c. (I, 7). — Désenlacer (II, Pères). — Desfrai, c. (Jud.), action de défrayer. — Desgaster, n. c (I, 2), ravager. — Desgouste- MENT, n. c. (II, Imp.), fastidium (Nicot). — Deslacher, c (II, Tropli.). — Despendre, n. c. (Tri.), dépenser. « Tous deux sont bons, » dit Vaugelas. — • Despiteusement, n. c. (Lép.). — Despiteux, n. c. (I, 3), irrité. — Dessauvager, c. (II, Art.) (1). — Destourbier, n. c (I, 3), empêchement. — Destrancher, n. c. (Jud.) — Dextre, n. c. (II, C'°'), adroit. — Diamantin, n. c (I, 4), qui a la dureté du diamant. — Diaphaner, c (II, Loy). — Diffame, n. c. (II, Troph.), déshonneur. — Dieutelet, c. (I, 2), dimin,, dérivation du XVI° siècle. — Discord, n. c. (I, 2), dissension. Discord pour discorde, dit Vaugelas (II, 234), ne vaut rien en prose, mais il est bon en vers. Th. Corneille croit le mot entièrement hors d'usage. Malherbe l'avait encore employé: Et si de nos discords l'infâme vitupère. P. Corneille lui-même s'en sert souvent, mais au pluriel seulement dans ses dernières pièces. Racine a dit : Pour finir vos discords (Théb. 1255). — Dormart, c. (II, Art.), comme dormeur. — Dridiller (II, Loy), onomatopée: Oyant haut dridiller la sonnette argentine (p. 389).

Elèvement (II, Col.), élévation: on le trouve dans Pascal. Littré le regrette. — Elocher, n. c. (I, 3), ébranler. — Embesongner, n. c. (II, Cap.). — Emblée, n. c. (I, 3); à l'emblée signifie secrètement. Nous avons encore l'expression d'emblée. Prendre une ville d'emblée, c'est « par subtilité et au désaperceu » (Nicot) — Embler, n. c. (I, 1); ravir par surprise ou avec violence; on trouve deux exemples de ce mot dans Saint-Simon. — Embrider, c. (II, Art.). — Emmanteler (I, 1); le participe passé est dans Nicot. — Emmu-

(1) Rapprochons de tous les mots précédents qui sont formés avec la particule rf« ou df-s, les néologismes modernes désaffectionner, désaimanter, désharnioniser, débroussailler, etc. [V. A. Darmesteter, Mots nouveaux, p. 135 et suivantes.)

RER, n. c. (I, 2). — Emperier, c. (I, 3); on trouve dans Nicot enqierlèrc comme substantif; du Bartas emploie emperier comme adjectif. — Emperi.er, n. c. (II, Pères); Cf.: Malherbe emperlait trop son stjle (Goujet, Bib. fr. XV, 191). — Emplotonner (s'), c. (II, Loy). — Empouler (s') (II, Imp.). — Emprise, c. (I, 3), comme enlreprise. — Empunaisir, n. c. (II, Voc). — Encanel- LER (les cheveux) (II, Magn., p. 482). — Enchanteusement (II, Col.). — Encharné (II, Troph.), comme incarner. — Encharner (s'), c. (II, Troph.). entrer dans la chair. — Encirer, n. c. (II, Art.). — Encourir (s') (II, Dec); exemples de Scarron et de Lafontaine. — Encourtiner, n. c. (II, Arclie). — Encrespillon- NER (les cheveux) (II, Magn., p. 482). — Encroustement, n. c. (II, Troph.), revêtement d'un mur. — Exdaim, c. (II, Loy): Les (blés) scient par endaims (p. 401). — Endiamanter (1) (II, Troph.), garnir de diamants. Endiamanté est dans Cotgrave. — Enfante- LET (II, Loy), dimin. d'enfant. — Exfélonxer (I, 3); on trouve dans Nicot, enfélonnir. — Exfleurer (s') (II, Pères); enfleurir est donné par Nicot. — Exfoxdrer, n. c. (II, C'°*), enfoncer. — Enfriser (les cheveux) (II, Magn.). — Engraver, n. c. (I, 2). — ExNoiRCi, c. (II, Cap.). — ExRAGEUx (II, Col.). — Exrayoir, c. (II, Bab.). — Enreter, n. c. (II, Magn.), irretire (Nicot). — Ensemblement, c. (II, Loy); dans Nicot, ensemhléement . — Ensépulturer, c. (I, 3). — Exsoufrer, n. c. (Lép.). — Extomber, n. c. (I, 6), mettre dans le tombeau (2). — Extoureler (Jud.); enlourellé se trouve dans Cotgrave. — Extr'aximer (s') (Tri.). — Entr'aproche (Lép.); Nicot donne s'entr'aprocher. — Extrefexdre, c. (Sonnets): Que l'Aureige entrefend (p. 686). — Extreglisser (II, Sch.V - — Extreparleur (II, Ed.); très usité au XVI° siècle; on appelait entreparleurs les personnages dramatiques; le verbe entreparler est dans Nicot. — Entrosxer, c. (I, 2). — Envieillir, n. c. (I, 3). Cf. Malherbe: La faible innocence Que dedans la misère on faisait envieillir (Stanc. p. H. IV). Vaugelas (II, p. 420) préfère vieillir; mais le mot était encore en usage

(1) Se trouve dans le Supplément de Littré et dans l'Index des Mots nouveaux de A. Darmesteter.

[2) Se trouve dans l'Index des Mots nouveaux de A. Darmesteter, qui cite (p. 139) un exemple de Chateaubriand : « Ce néologisme serait heureux, s'il ne faisait songer à tomber plutôt qu'à tombe ».

de son temps. Pascal parle dans sa XVI^' Pi'ovineiale de « pécheurs envieillis. » Corneille dit: Mon visage envieilli (Ps. pénit., 10); et Racine: Des pécheurs envieillis dans le crime. — Erre, n. c. (1, 1), train, allure: Courans grand erre (p. 20). Cf. Lafontaine: Le dieu qui s'enfuit à grand erre (Scam.); Th. Corneille: Car, comme l'on m'a fait tantôt courir grand erre (Geol. de s. -m. III, 3). — EsBAUDiR, n. c. (II, Dec); exemples de Scarron, Boursault, Chateaubriand. — EsGRAiLLER, c. (II, Sch.), mettre à califourchon: Ses jambettes esgraille autour du corps aimé (p. 515). — Escacher, n. c. (I, 6), écraser. On trouve ce mot dans Pascal, Th. Corneille, Buffon, Diderot. — Escarlatin, c. (II, Troph.). — Eschars, n. c. (II, Sch.), parcus. — Escharsement. n. c, (Ibid.). — Esche- LER, n. c. (I, 1), escalader. — Escoute-s'il-pleut (II, Cap.), expression injurieuse (substant. . — ■ Escrevisser, c. (II, Cap.), faire reculer, reculer. — Esmerveillable. n: c. (II, Magn.), admirable. Cf. Malherbe: Et d'un émerveiUabie échange Tu couchas aux rives du Gange (II, 3). - Esmier, n. c. (I, 3j, émietter. — Espardre, n. c. (II, Loy), disperser. — Esparsement, n. c. (I, 2) ; cet adverbe se trouve dans Saint-Simon. — Esplaxader. c. (II, Art.) — Espreindre, n. c. (II, Loj), presser entre ses doigts. Cf. Lafontaine: Une des Grâces lui épreignait les cheveux (Psyché, II, p. 166); Vaugelas : Ils épreignaient du jus de sésame (Q.-C.VII, 4). — EsRENÉ, n. c. (I, 2), éreinté. Cf. Lafontaine: Qui chancela si bien qu'en fut presque erronée (T. VI, p. -iôl, éd. Walckenaer). On trouve dans !sieot arné, erne, errené. — Essourder, n. c. (Jud.), assourdir. — Estendis (II, Dec): Fait un grand estendis de mainte poutre espaisse (p. 541). — Estorpé (II, Cap.): Sont estorpez du fer des ïantes d'une roue (p. 431). — Estouble (II, Dec), chaume, paille. — Estrain, n. c. (Il, Troph.j, stramen (Nicot). — EsTRR'ER, n. c. (I, 3). Sens propre: mettre le pied dans l'étrier; sens figuré: « Alterquer contre aucun » (Xicot).

Fanfarer, n. c. ;II, Loy). — Fantastiquer, n. c. (I, 7), imaginer en son esprit (Xicot). Dérivation du mot savant fantastique, que nous retrouvons ci-dessous. — Faulger, n. c. (II, Cap.), percer. — Faussable (II, Cap.), susceptible d'être percé. — Féauté, n. c. (II, Cap.;, fidélité. — Fkuilleux, c. (II, Fur.). — Flairantement (II, Magn.). — Flairoxner, c. (I, 3), sentir bon. — Flamboyantemeîvt, c. (II, C''='). — Fla:vimeux (II, Loy). —

Fleureter, c. (II, Col.). — Fleuronner, n. c. (I, 2), lleurir. — Flisquer (II, Troph.) : Le clianvre jette-mort se desbande en flisquant (p. 446). — Fontainier, n. c. (II, Col.), adjectif. — Fonïe- NiLLE, c. (II, Arche), petite fontaine. — Forb.^nnir, n. c. (Jonas).

— FoRCENAXT, n. c. (II, Magn.)," comme forcené. — Forcène- MENT, n. c. (Lép.), état de celui qui est forcené. Cf. Corneille : Un tyran dont le forcènement. . . (Méd. IV, 6). — Forligner, n. c, (II, Cap.), dégénérer. — Fouldreux (II, Art.). — Fouldroyeur (II. Imp.) : Des sangliers fouldrojeurs (p. 207). Four^jillonner (II, Loj). — Fraischelet (II, Pères). — Frise, c (II, Art.), laine frisée. — Frissement, c. (Lép.), frémissement. — Frisser (II, Troph.), frémir, frissonner. — Fruictier, n. c. (II, Loj) : Les fruictières campagnes (p. 407). Cet adjectif s'emploie encore dans la locution arbre fruitier. — Fuitif (II, Loj). — Fumeusement, c. (II, Col.) — FusTE, n. c. (II, C''-'^), long bâtiment qui va à voiles et à rames. Du Bartas donne ce nom à l'arche de Noé.

Garbouiller (II, Loy). — Gastadours, n. c. (Jud.), pionniers (Nicot). — Gauderoxné, c.(I1, Magn.), froncé. — Gauderonner (se), c. (Jud) ; Comme il se gauderonne, il se frise, il se peint (p. 611). — Gazouillart, c. (II, Art.). — Gendarmeau (II, Cap.), diminutif. — Glaceux (II. Pères). — Glaçonner (II. Troph.). — Gloutemext, n. c (I, 1), adverbe formé de l'ancien adjectif (//ow/, qu'on trouve dans la Fontaine. — Gluantemenï (II, Bab.). — GoBEAU, c. (I, 2), comme gobelet. — Gourmeté, c. (Jud.). — Grapper, n. c. (II, Art.). — Grève, n. c. (II, Jud.), tibia (Nicot).

— Gringoter, c. (II, Bab.), gazouiller. — Grivelé, n. c. (II, Dec), mêlé de gris et de blanc. — Grivolement, c. (II, Bab.). — Gro- TON, C. (II, Arche), dimin. de grotte. — Guerdon, n. c. (Il, Imp.), récompense. — Guerdonxer, n. c. (II, Ti^oph.), récompenser. — Guerrièrement (II, Cap.). — Guiterne, n. c. (II, Imp.), comme guitare.

Halecret, n. c. (II, Pères), corselet. — Haleixée, c. (II, Imp.), bouffée d'air respiré. — Kaleiner, n. c (II, Troph.). — Hameçon- NER, c. (II, C'°*). — Hantise, n. c. (II, Bab.), fréquentation. Corneille a employé ce mot (Ment. 1462), et Molière aussi (Ec. des mar., I, 4). — Herbelette, c. (II, Loy), diminutif. — Heur, n. c. (II, Imp.), bonheur. Corneille et Molière se servent fréquemment de ce mot. Racine en offre un exemple : Comblé d'heur et de

jours. (Poés. div.). La Bruyère le regrette (chap. XIV), et Voltaire dit qu'il favorisait la versification et ne choquait point l'oreille. — HoMMEAU, c. (II, Dec), diminutif. — Horribler, c. (II, Voc). — HosTELAGE, H. C. (I, 5), hospitalité. — Huis, n. c. (I, 2), porte; employé encore dans la locution à huis clos.

Iaque, c. (II, Troph.), habillement court et serré ; iaque de maille, armure : Le crocodile, armé d'une iaque (p. 488). — Ignorantement (II, Dec). — Impiteux, n. c. (I, 6). — Imploya- BLE,n. c. (I, 1) (1). — Impourveue (a l') (Lép.), Corneille se sert du participe passé impourvu. Ex : Cette foule impourvue (Mél. 684, var.] ; Moyen impourvu (Clit. 760). Mais, dès 1664, il y substitue imprévu. Vaugelas dit que à r improviste et à l'impourveu sont tous deux bons. — Impudentement (II, Arche). — Inaguerri, c. (Jud.). — Incorrompu (II, Bab.), ■incovrompable est dans Cotgrave. — Inhospitable, c. (I, 2). — Invaincu, n. c. (I, 2) ; mot employé fréquemment par les écrivains du XVI° siècle, le Loyal serviteur, Ronsard, d'Aubigné, etc. C'est à tort qu'on en a attribué la création à Corneille. — Ireux, n. c. (II, Dec). — Irrépassa- BLE, c. (Jud.) — IsNEL, n. C ^l, 2), léger.

Jaunemknt, n. c (II, Voc). — Jettonner, c. (Jud.), pousser des rejetons.

Labyrinther, c. (II, Ed.). — Lainu (II, Loy). — Lambrun- CHE, n. c. (II, Art.), vigne sauvage ; mot encore usité dans le Midi. ■ — Langard, n. c. (I, 2), qui a de la langue, bavard ; employé par la Fontaine. — Larmeux, c. (II, Troph.) — Lassesse (II, Imp.) ; lasseté se trouve dans Nicot. — Limaçonner, c. (Il, Art.); se limaçonner est employé par Saint-Simon. — Los,, c. (I, 1) ; on rencontre ce mot dans La Fontaine, Saint-Simon, J.-B. Rousseau. Victor Hugo s'en est servi par un artifice de couleur locale : Los aux dames! Au roi los ! (Bail. 12 >. — Luisantement, c, (II, Sch.). — Luné, c. (I, 2), qui a la forme de la lune.

Madrer (se) (II, Loy) ; madré est dans Nicot, qui le traduit par crispans ou crispus : Les blancs rameaux des saules se madrent (p. 384). — Maigresse (II, Fur) ; maigreté se trouve dans Nicot. — Maisonnier, c. (II, Col.). — Malvoisin, c. (Jud.). — Mar-

(1) Impliable est un néologisme de notre langue actuelle. Cf. la longue liste des formations nouvelles avec in. — A. Darmesteter, Mots nouveax(x, p. ',^24.

BRIN, n. c. (II, Lov). — iÎARiNE, n. (I, 2), mer. — Marmonner, II. c. (II, Pères), dire à voix basse. — Marmotonner, c. (II, Fur) : Comme le teu caché dans la vapeur espesse Marniotonne, grondant, la nue qui le presse (p. 226). — Martyrer, n, c (II, Ed.); du Bartas dit ailleurs martyriser. — Massacreur, c. (Il, Troph.), adjectif. — Maudisson, n. c. (II, Troph.), malédiction. Employé encore au XVIII° siècle dans la langue familière. — Méandriser (II, Troph.). — Meschef, n. c. (Jud.), fâcheuse aventure, dommage; se trouve dans la Fontaine. — Mesgonter (se), n. c. (I, 1) ; exemples de Patru, Sévigné, Fénelon. — Met, n. c. (1, 2), vas est in quoj'insilur farina (Nicot). — Minette (II,Troph,), petite mine, caresse. — Mirable (I, 2), admirable. — Moissonneux (I, 4). — Monstreux (II, Voc), comme monstrueux. — Monteux (II, Dec). — Mornement-, n. c. (I, 2). — Motelette, n. c. (II, C'^*), petite motte. — Mousse, c. (I, 3), qui n'est pas aigu; se trouve dans Buffon. — Moussé (Jud.), comme moussu. — Motenneur, n. c. (Lép.), intermédiaire. — Muable, n. c. (I, 2), mutahiUs. — Mugler, n. c. (I, 1), mugir. Cf. Labrujère : C'est tout au plus le bœuf qui meugle (II, 66). — Murmurantement, c. (II, Col.) — Musser, u. c. (I, 5), cacher.

Nareau, c. (Ivrj), comme naseau. — Naufrageux, n. c. (II, Loj). — Naveau, n. c (Jud.), comme navet; se dit encore dans certaines provinces. — Navigage, c. (Jud.), comme navigation. — Nèble, n. c. (I, 2), brouillard; encore usité dans les campagnes. — NjîCtaré, n. (II, Imp.); se trouve dans B. de Saint-Pierre (Et. 1).

— Nectarin, c. (II, Troph.). — Noireleï, c. (Jud.). — ÎNoisille, n. c (IL Dec), comme noisette. — Nopcier, c. (I, 4); Voiture dit encore : la torche nocière; et Scarron : Vénus la nocière, dans un autre sens — Nouer (I, 2), nager. — Nuau, c. (II, Arche) ; dimin. de nue. — Nuisance, n. c. (Jud.), dommage. — Nuiteux, c. (II, Sch.).

Odorantement (II, Magn.). — Odoreux, c. (II, C'°"). — Œillauer, n. c. (I, 1). — Dignement, n. c. (Jud.). action d'oindre. — Ondant (II, Loj). — Ondeux(I, 3). — Orager, c.(Lép.), verbe.

— Orée, c. (I, 3), pluie d'orage: Arrouser leurs sellions de fréquentes orées (p. 75). — Orée, n, c. (I, 5), lisière, bord. Employé par B. de Saint-Pierre et Chateaubriand. — Oreiller, n. c. (II, Art.), se trouve dans Nicot et dans Cotgrave avec le sens de prêter r oreille ;

du Bartas lui donne celui de poin'voir d'oreilles. — Orfauté, n. c. (II, Tropli.), orbitas. — Orgueillir (s'), n. c. (II, Gap,}. — Ost, n. c (I, 1) ; Cf. Lafontaine ;Fab. XI, 3 ; XII, 9). — Oubliance, n. c. (II, Col'*^*), disposition à oublier. Cf. Balzac : Apprenons l'art d'oubliance (III, lett. 2).

Palmer, c. (Jud) : Ne croyant que c'est tov qui palmes les cheveux (p. 595). — PAMPRER,n. c. (I, 6). — Panerets (II,Troph.), filets. — Paniquemext (II, Sch). — Panne, n. c. (II, Dec), latine pellis (Nicot). — Pantois, n. c. (I, 2), essouflé. Cf. Scarron : Les poitrines toutes pantoises (Virg-. trav. YI), — Paonner (se), c. (II, Art), comme se pavaner. — Partageur (I, 5) ; repris de nos jours sous la forme populaire de partageux. — Palu, n. c. (I, 3). — Partir, n. c. (I, 3), diviser. Cf. Lafontaine : Sont sur le point de partir leur chevance. (Orais.); nous disons encore maille à partir (sou à partager). — Pasquis, n. c. (II, C''^^), lieu où les bestes paissent (Nicot); employé parBuffon. — Paux. c. (II, Sch.), piquets (terme de pêch;'). — Penxader, c. (II, Loy.) : Et le taureau. . . Pennade par les champs (p. 383). — Pensement, n. c, (I, 1), pensée. — Pépier, c. (Jud.), pousser des cris (en parlant d'un poulet). — Perleux (II, Voc). — Perruque, c. (I, 6). — Pers, n. c (I, 3), bleu foncé. Cf. Lafontaine : La déesse aux yeux pers. (FiUes de Min.). — Persement (II, Cap.). — Pertuiser, n. c. (II, Dec). — Peslemesler ;II, Fur.); peslemeslé est dans Cotgrave. — Pesteusement (Jud.) — Pesteux, c (I, 4). — PiAFARD, c, (I, 4), fanfaron, — Pinceter, n. c (II, Pères); se trouve dans Scarron. — Piolé, n. c. (I, 4), bigarré. — Piqueron, c. (1,4), aiguillon. — Pirouetteur (II, Sch.) : Le poussier soufleté Blesse, pirouetteur, des clairs yeux les prunelles (p. 503). — PiSTOLADE, c. (II, Loy), coup de pistolet. — Plancher, c. (I, 4) ; dans 'Sxcoi planchéer. — Planier, c. (II, Cap.), uni. Nicot donne ce mot, mais avec le sens de rempli (cour plénière) : Par un chemin planier (p. 422). — Player, n. c. (II, Sch.), blesser. — Pointe- LER, n. c. (Dec). — Poissonnier, c. (I, 3), se trouve dans Nicot comme substantif, et s'emploie encore avec ce sens. — Poster, c. (I, 2), courir. — Postillonner, c. (I, 4). — Poudroyer, n. c. (II, Dec), réduire en poudre : Mes remparts poudroyez (p. 545). — Pourpenser, n. c. (I, 1), employé par Saint-Simon. — Pour- PRER (II, Dec). — PouRPRiS, n. c. (II, Fur), prescloture d'un

lieu (Nicot). Cf. Corneille: En ce lumineux pourpris (Imit.). — PoRTRAiRL':, n. c. (I, 2); port vaire est dans Corneille: Tâcher à portraire D'un roi tout merveilleux rincomparal)lc frère (Poés. div.). De même Veuve. 1709. — Puéciiuteux, c. (II, Tro[ih.). — Prée. n. c. (I, 2), comme pré. — Préfixement (II, Lov). — Présageur (II, Troph.). — Présagieux, n. c. (II, Loj). — Prime (II, Art.), printemps : Puis, instruits parla Prime en fruicts pauvre, en fleurs riche (p. 241). — Profanement, n. c. (I, 1), Cf. Voltaire : Profanement parlant. (Facéties. Pot pourri). — PuANTEMENT (II, Scli.). — PuNAis, n. C. (I, 4), qui scnt mauvais.

Quart, n. c. adject., (II, Col.). — Quint, n. c. (II, Col.). —

QUINTESSENCER, C (Ur.)

Rai, n. c. (I, 1). Employé par Corneille dans ses premières pièces (Cf. Clit. 39). Vaujrelas (II, 324) fait observer que ce mot ne se dit plus des rayons du soleil, mais qu'il se dit de ceux de la lune en vers et en prose. L'Académie l'admet avec cette acception, mais en vers seulement. Du Bartas l'emploie dans tous les sens : Au rais de ce soleil (p. 13). — Raine, c. (Jud.), grenouille. — Ralenter (II, Col.). — Rancœur, n. c (II, Troph.), comme rancune. Cf Malherbe : Arrière, vaines chimères De haines et de rancœurs ! Vaugelas (II, 412) dit que le mot n'est plus du bel usage. — Rapai- SER (II, Cap.), employé par Racan, Sévigné, Molière. — Rapi- NEUx,n. c. (II, Troph.). — Râtelle, c. (I, 3), dimin. de rate. — Ravagement (I, 1), comme ravage. — Ravageux j^I, 3). — Ravineux, c. (II, Voc). — Ratonneux, c. (II, Bab.). — Reboucher, n. c. (I, 5), émousser. Cf. J. J. Rousseau : Son corps sera la cuirasse qui rebouchera tous les traits (Em. II). — Rebours, c. (Jud.), adjectif. Cf. Voltaire : D'une âme fort rebourse (La femme qui a raison) ; J. J. Rousseau : Esprit rebours (Em. V.). — Recharge, n. c. (II, Loy), nouvelles instances, nouvelle attaque. Cf. Bossuet : Encore une nouvelle recharge (Serm. Impén. 12). — Rechoir, n. c. (II, Loy).— Réclaircir (II, Troph.). — Recollement (Ur.). — Reconquester, n. c. (Ivry). — Recreu, n. c. (I, 1), fatigué. Cf. d'Ablancourt : Troupes recrues (Tacit. 296) ; Bossuet : Animal épuisé et recru (Connaiss. V, 13) ; Labruyère : Mouillé et recru (1, 282). Lasse et recrue de fatigue (II, 23). Racine a souligné le mot dans ce passage de Vaugelas : Tout recrus et ha-

passés. — Refouetter, n. c. (Ivrv). — Rejetonner (I, 6). — Relent, n. c. (1,3); le substantif relent (mauvais goût que contracte la viande dans un lieu humide) est encore usité. — Rempa- RER, n. c. (I, 3), se trouve dans Malherbe. — R'enfantiller (II, Magn.). — Rexflammer, n. c. (II, Pères). — Retaillé, c. (II, Loj), adj. employé substantivement : Ces fuitifs, ces ingrats, ces retaillez conspirent (p. 378). — Revangeur, c. (II, Art.) : La rigueur du revangeur orage (p, 247). — Révoltèrent, n. c. (II, Cap.), comme révolte. — Rl4.ntement (I, 7). — Riart, c. (II, Fur.), comme rieur. — Riller, n. c. (II, Fur), courir les rues, voler, piller. De là, le mot ribleur, employé par Chaulieu : Dieu des rhéteurs, des ribleurs et fripons (Ep. à duch. du Maine).

— Rodomonter (II, Dec). — Rondelle, n. c. (II, Cap.), synonyme de rondache, bouclier. — Rosoyer, c. (II, Voc), tomber en forme de rosée. — Rougement, c. (II Voc). — Ruchée, c. (II, Dec), les habitants d'une ruche. — Ruineur (Jud.).

Saccamenter, c (II, C''^^), saccager. — Salpestreux, c. (II, Cap.). — Sanglanter, n. c (I, 6). — Saquer, n. c (II, Sch.), tirer (l'épée). — Sauteler, n. c. (I, 4). — Sauvageau, n. c. (Jud.), comme sauvageon; employé par 0. de Serres. — Scep- TRER (II, Pères). — ScOFiON, c. (II, Troph.), couvre-chef enrichi de joyaux : Scofion ni bonet sur leurs testes dorées (p. 484). — Semondre, n. c. (I, 5). — Senestre, n. c. (II, Bab.) (adj.). — Senestre, c. (II, Bab.), main gauche. — Serainement (II, Arche).

— Sifflantement, c. (II, Loy). — Signifiant (II, Bab.), comme significatif : Avec termes choisis, signifians, divers (p. 280). — SiLLER, n. C (I, 2), fermer ; nous avons encore le composé dessiller. — SiON, n. c. (II, Troph.), jeton d'arbre (Nicot). — Solider (II, Art.); nous employons le composé consolider, qui n'avait pas encore été reçu par les bons auteurs au temps de Vaugelas. (Vaug. Rem. II, p. 436). — SoMMEiLLEUx, n. c. (I, I). — SouEF, n. c. (II, Magn.).

— Soufflement, n. c (Jud.), action de souffler. — Soulfreux, n. c. (I, 3). — SouLOiR, n. c. (II, Arche). Vaugelas déclare le mot vieux; mais il s'employait encore de son temps. Lafontaine s'en est servi. — Sourdastre, ç. (II, Loy). — Sponde, n. c. (II, Troph.): A proiie, à poupe, à sponde (p. 446). — Stentoré, c (II, Loy), employé par Furetière : Avec sa voix bredouilleuse et stentorée (3" factum). — Stygieux, c. (I, 2). — Subit, n. (Jud.), adv.,

comme soudain. — Sucrin, c. (II, Sch.). — Surjon, n. c, (I, 2), encore employé, très rarement et au sens propre. Du Bartas lui donne aussi le sens figuré : Cler surjon de doctrine (p. 32). — Surjon- NER, c. (II, Arche). — Syringuer, n. c. (I, 1).

Tabuter, n. c. (II, Cap.), infesfare, moîestare (Nicot) : Et le froid désespoir à nos portes tabute (p. 428). — Talusser (II. Troph.). — Tard, n. c. (Jud.), adj. : Voyant marcher Judith, mesme à heure si tarde (p. 596). — Targe, n. c. (II, Pères), sorte de bouclier. — Ta van, c. (II Dec), comme taon. — Taveler, n. c. (I, 4), marquer de taches. Cf Bouhours : La couleuvre avec sa peau tavelée (Entret. d'Ar. et d'Eug., 6). — Telier (II, Troph.) : Sa lance est un chevron, un grand telier (p. 441); Cotgrave ne donne à ce mot que le sens de tisserand. — Tempesteur (I, 3),

— Tempesteux (II, Troph.). — Ternissant (II, Dec.) : Falsifié son teint, peint ses yeux ternissans (p. 523). — Tiers, n. c. (II, Col.), adjectif. — Tirelirer, c. (I, 5) : Tire l'ire à Tiré, et, tirelirant, tire. . . (p. 124). — Toilé (I, 5). — Toisonné (II, Magn.).

TONNERREUSEMENT (II, Troph.). TONNERREUX, C (II, Col.).

— ToRTiL (II, Art.) ; De ses brastortils (p. 242). — Tortis, se, n. c. (II, Magn.) : L'ormeau est embrassé de la vigne tortisse (p. 480). — TouFFEAU, c. (I, 4), dim. de touffe; toufpllon se trouve dans Nicot. — Tourbillonneux, c. (II, L03'). — Tourne- BOULER, c. (II, Arche). — Tourkevirer, c, (II, Arche). — Trac, c. (I, 2), trace, sentier. — Trafiqueur (II, Cap.), adjectif; se trouve dens Nicot comme substantif. — Traistrement, n. c. (Il, Col.). — Traisïreux, n. (I, 5); on trouve dans Nicot mort traistireuse. — Tra,tetter, c. (Ivry). — Tranquiller, n. c. (II, Troph.). — Transparentement (II, Col). — Travaison, c. (II. Dec), saillie au haut des murs d'un édifice. — Tressuer, n. (1,1). Trie, c (II, Cap.), comme triage. — Trottier, n. c. (Jud.) : La trottière Dinah (p. 598).

Usager, c. (II, C'°^).

Vagueux, c (I, 3). — Vagueusement (II, Troph.). — Van- TEUx, C (II, Cap.), plein d'ostentation (Cotgrave) — Vendanger, ère (II,, Sch.). — Vendangeux (II, Magn.). — Venteler, n. c. (I, 2). — Ventelet, c. (II, Ed.). — Vergogneux, n. c (II, Imp.); Vaugelas (II, 435) critique ce mot dans Malherbe. — Vermeillet, n. c. (Jud.). — Vermii.lonner, n. c. (II, Art.). — Virevouter,

n. c. (II, Loy). — Voyager, ère (II, Bab.) ; voyagère se trouve dans Cotgrave comme substantif.

Cette longue liste des termes, actuellement hors d'usage, que du Bartas a employés dans ses œuvres, indique assez combien sa langue est riche ; mais il y a bien des réserves ta faire sur la qualité des mots, souvent bizarres. Remarquons-le toutefois, son vocabulaire est en grande partie celui de la Pléiade, et la plupart des vocables dont il se sert, sauf d'étranges provignemeats, ont leur place dans Nicot ou dans Cotgrave; beaucoup, comme nous l'avons noté au passage, se sont conservés jusqu'au milieu du XVII° siècle, et parfois jusqu'au XVIIP ; enfin, il en est un assez grand nombre qu'il faut regretter d'avoir perdus.

«L'usage, dit la Bruyère (1), a préfère être accoutumé à souloir...., louanges à loz.... porte à /mis..., armée à ost..., prairies à prées..., tous mots qui pouvaient durer ensemble d'une égale beauté et rendre une langue plus abondante. »

Quant au provignement, rien de plus régulier que ce mode de formation des mots, et la langue française Ta toujours plus ou moins appliqué. Mais Ronsard même ne sut pas se garder d'excès blâmables; et du Bartas renchérit sur son maitre avec si peu de mesure qu'il touche parfois au ridicule. Cependant, la plupart des dérivés que nous avons recueillis dans ses poèmes sont employés par la Pléiade, et un assez grand nombre l'avaient été bien antérieurement par les poètes du moyen-âge ; citons au moins parmi ces derniers : chevaucheur, marbrin, emmurer, désussiéger, eufondrer, guerdonner, pépier, desatteler, pertuiser. Mais du Bartas devait d'autant plus s'en tenir aux dérivations déjà passées dans la langue, qu'elle lui offrait déjà plus de ressources. Son tort fut de croire que l'écrivain est maitre de son vocabulaire, et qu'il peut l'enrichir à son gré. C'était aussi, comme nous l'avons remarqué, la doctrine de Ronsard et de ses disciples; mais, venu un des derniers parmi les poètes du XVI° siècle, l'auteur des Semaines voulut étendre encore l'héritage que ses devanciers lui transmettaient, au lieu de s'y établir solidement. Aussi a-t-il forgé lui-même un assez grand nombre des dérivés que nous avons signalés.

(IJ Caractères, chap. XIV.

Dans cette longue liste, on en trouve, comme il a été dit, dont la perte peut sembler regrettable : tels envieilH, ahanner, accoiser, hantise, oubliance, etc., que la langue française ne saurait remplacer. Citons encore, au milieu de tant d'autres, les mots emmanteler, emperler, ébourgeonner, entrôner, aussi expressifs que bien formés. Le dernier, par exemple, n'est-il pas du plus heureux effut dans les vers suivants :

Si tost que j'oy tonner, je cujde ouïr la voix

Qui les pasteurs enthrosne et déthrosne les rois (1).

Mais, à côté des dérivations du meilleur usage, il y en a (et c'est le plus grand nombre) dont il faut assurément nous féliciter d'être débarrassés. Dans sa Préface aux Semaines, du Bartas revendique la paternité des verbes dc'daler et limnçonner, qui ne peuvent lui faire grand honneur; on doit encore lui attribuer sans doute celle de beaucoup d'autres mots tout aussi bizarres, tels que iourbillonneux, ravageiix, moissonneux , enrageux, perîeux, gJaceux, vendangeiix, cédreux, solider, hameçonner, glaçonner, méandriser, encanellcr, encrespillonner, et surtout de ces adverbes barbares qui se trouvent en général dans ses dernières œuvres : brillant ement. bnajantement, ignorantement, hiisantement, odorantement, flairantenient, murmurant(nncnt, riantement, gluantemenf, Iransparentement, flamboyantement , etc. (1). Si l'on en veut à Malherbe d'avoir trop appauvri Li langue poétique, telle qu'il l'avait reçue de Ronsard et de ses disciples, il faut avouer que de pareils mots nous expliquent sa sévérité parfois excessive : les jeux et les oreilles blessés par des termes aussi étranges, il ne se donna pas toujours la peine de distinguer entre ce qu'il fallait rejeter et ce qui pouvait rester dans la langue avec honneur; et, tout en puisant largement dans le vocabulaire de ses devanciers, il obéit trop souvent aux scrupules d'un purisme exagéré. La Pléiade ne s'était pas contentée d'enrichir l'idiome de la poésie, elle l'avait embarrassé et comme perverti ; Malherbe ne se contenta pas de l'épurer, il le « gêna » : à père prodigue, fils avare.

(Ij La formation des adverbes avec le suffixe metit est restée très riche. (Cf. A. Darinosteter, Mots nouveaux, p. 122). Ou peut citer bien des néologismes de noire siècle, composés à l'aide de cette terminaison, qui ne le cèdent en rien à ceux de du Bartas. Seulement, celui-ci donne à l'adjectif la désinence moderne du féminin, et ne suit pas l'analogie de prudemvient, sciemment, constam,m,ent, etc.

Si nous devons juger sévèrement la plupart des mots que du Bartas introduisit dans la langue, il ne mérite point de reproche pour avoir attribué à des termes restés jusqu'à nos jours en usage une signification qu'ils n'ont plus actuellement. Nous donnons la liste de ces vocables, en indiquant pour chacun le sens qu'il a chez du Bartas : on verra par de nombreux rapprochements que cette acception s'est conservée, pour une très grande partie, jusque dans l'âge classique de notre idiome.

Abolir 'I, 4?, exterminer : Abolir d'un fer "victorieux (p. 107). — Affections (II, Troph.j, passions (p. 461). — Agassant (II, Troph.), qui pousse des cris aigus : Comme un couple agassant de Pies caqueteuses (p. 442). En Normandie, agasser signifie cner avec aigreur. Agace ou Agasse, dans quelques-uns de nos départements, est le mot populaire pour la pie. — Agraver (II, Ed.), appesantir : Agravé des autans (p. 188), Cf. Lafontaine : Les yeux encore agravés (Ann.). — Aigu (Lép.), ingénieux [acutus) : Là ses vives couleurs l'aigu peintre meslange (p. 667). — Appointement (Lép.), récompense (p. 666). — Appointer (I, 1), exaucer : La puissance divine Qui sa requeste appointe (p. 29). — Arrondissement (II, Col.), circonférence (p. 313). — Artifice (I, 1), art : La beauté, la grandeur, et la richesse, et l'art, Beauté, grandeur, richesse, artifice, qui bouche... (p. 14). — Assurer (s') (Jud.), avoir la conviction (p. 588); très souvent employé ainsi au XVII" siècle. — Aterrer (II, Ed.), mettre à terre (au propre). Cf. Malherbe : Il n'est orgueil endurci Qu'à tes pieds elle n'atterre ; Corneille : L'un m'élève et l'autre m'atterre (Veuve, var. 2). — Attenter -II, Cap.), tenter (sans acception défavorable): Attenter rien de grand (p. 433). — Attrait (I, 3), au propre : La pierre qui, s'armant D'un attrait sans attrait... (p. 80). — Attrayant (I, 4), au propre : Et l'attrayant pouvoir de la pierre d'eymant (p. 92). — Aucunement (I, 2, jusqu'à un certain point. Cf. Corneille : Votre destinée Semble être aucunement à la nôtre enchaînée (Rod. III. 4). — Avènement (Jud.), arrivée (p. 604). Cf. Rotrou : A son avènement tenez les cieux ouverts (S'-Geu., IV, 5). — Aviver (II, Loy), faire naître à la vie : Un mesme jour l'avive, un mesme jour le tue (p. 379).

Bandé (II, Troph.), fixé : Tous ont les yeux bandés sur ce triste théâtre (p. 446). — Bander se-contre quelqu'un; (1, 1), se rai-

dir. Cf. Voltaire : Ces zélés faquins qui excitent le peuple à se bander contre nous (Mœurs, 134). — Bakbare (II, Bab.), étranger : Et faisons que le père Soit barbare à son fils (p. 2T7). — Barijotkr (II, Troph), marmotter. — Bassement (II, Pères), à voix basse. Cf. Malherbe : Que rappeler mon âme et dire bassement : 0 sagesse éternelle,... (I. 1). — Bataille (II, Loy), armée. — Blanc (I, 7), but. On dit encore iirerau blanc. — Bouillons (II, Troph.), au figuré : Poussera jusqu'au ciel les bouillons de son zèle (page 457). Cf. Boileau : Modère ces bouillons de ta mélancolie (Sat. VII). Bouquin (Fur.), débauché : G'ux qui do couche en couche V^agaboudent bouquins (p. 237), — Bute (II, Pères), but : Est la bute des traits que descoche son ire (p. 372). — Buter (II, Art.), viser. Cf. Molière : Toutes mes volontés ne butent qu'à vous plaire. (L'Et. V., 3).

Camp (II, Troph), champ : Ça, qu'il entre en camp clos (p. 442). — Captiver (I, 1), soumettre. Cf. Corneille : Loin de vous captiver, souffrez qu'elles vous cèdent (Cin. 458); Racine : Captive ma personne au défaut de mon coeur (Al. 684) ; Bossuet : Il faut captiver tout entendement sous l'obéissance de la foi (Or. P. Bourgoing). — Cerné (Jud.) : Cou cerné (d'un collier) (p. 596). — Chaire (II, Magn.), trône, siège : En la chaire royale (p. 468). Vaugelas (II, 167) établit la distinction actuelle entre chaire et siège. — Chaleureux (I, 5), au propre : Ne couvant seulement sous ton corps chaleureux. — Change (Jud.), changement; très fréquent dans Corneille : Et vous m'osez pousser à la honte du change! (Cid. 1062). Vaugelas (II, 417) dit que ce mot ne vaut rien en prose, mais il le trouve très bon en vers. — Compasser (I, 1), mesurer, disposer. Cf. Corneille : Avec tant de justesse a ses temps compassés (Clit. 676). — Complainte (II, Pères), plainte. Un passage de Vaugelas (II, 54) nous montre que plainte avait, à son époque, remplacé depuis peu le composé complainte. — Confort (II, Loy), assistance. Cf. Corneille : Vain et triste confort! (Méd. V., 4). Nous avons repris ce mot de nos jours, mais avec une orthographe et un sens différents (1). — Confronter (II, C'°*), être attenant. Cf. Montesquieu : L'Egypte ne confrontait point à la Mer rouge (Esp.

(1) C'est ua de ces termes assez nombreux qui vieillirent de bonne heure dans noire langue et se conservèrent dans la langue anglaise,

XXXI, 9). — Constamment (II, Tri.), avec constance. Cf. Corneille : Préparons-nous à montrer constamment Ce que doit une amante à la mort d'un amant (Hor. 1249). — Courage (I, 7), cœur, âme; très-usité dans ce sens au XVIP siècle. — Créance (II, Tri.), croyance ; même observation que pour le mot précédent.

Débattre (1, 1), alléguer, prétendre (p. 20). — Dénoncer (I, 2), annoncer : Dénonce tristement quelque prochain désastre. Cf. Bossuet: Il leur dénonce de rigoureux châtiments (Hist. II, 4). — Déportement (Jud.), conduite bonne (ou mauvaise^' : Et fait un long récit de ses déportemens (p. 616). Cf. Molière : Les mauvais déportements des jeunes gens (Scap. II, 1). — Déserter (II, Voc), rendre désert. Cf. Bossuet : C'est vouloir déserter la cour que de combattre l'ambition (Serm. 4° dim. carême). — Desmembrer (II, Magri.), dépecer (au propre): Je l'aime mieux pour toi Tout entier et vivant que desmembré pour moi (p. 479). Cf. Lafontaine : On démembre Messire Loup. (Fab. VIII, 3). — Despiter (I, 1), braver, outrager. — Détraquer (Tri.), égarer du sentier (trac) ; Détraquer les saints du saint trac de la foy (p. 648). — Discourir (I, 1), courir çà et là ; Discourant par les airs (p. 43). — Discours (I. 1), dissertation, récit, propos : En si profond discours mon sens s'esvanouit (p. 13) ; très souvent employé au XVII° siècle avec cette «signification. — Distiller (I, 2), couler goutte à goutte. Cf. Vaugelas : Un soldat coupant du pain, on aperçut des gouttes de sang qui en distillaient (Q. C. IV, 12), — Dommageable (II, Art.), méchant [improbus. Nicot) : 0 race dommageable (p. 256).

Effleurer (II, Sch.) , effeuiller une fleur; se dit encore dans le langage de l'horticulture (p. 499). — Empescher (I, 1), embarrasser. Cf. Corneille: Les plus clairvoyants y sont bien empêchés (Nie. 978); Racine : Je suis bien empêché (Plaid, 829). — Engorger (1,5), avaler (p. 114j. — Enjamber (sur) (II, Sch.), empiéter (sur) (p. 500). — Enqueste ^I, 1), recherche : (Un argument) Dont le sens soit plus haut, l'enqueste plus pénible (p. 13). — Enter (II, Cap.), comme entasser: Oreb, Carmel, Séït, Tun dessus l'autre entez (p. 412). — Entremettre (II, Magn.) : Pour lier mes discours bien souvent j'entremets Des vers lasches(p. 467). — Escarté (II, Loy), écartelé : Son corps est écarté des rocs. — Eschafaut (Ur.), scène du théâtre : Hardy, j'ensanglantoy le François eschafaut (p. 630). — Esclairer JI, Dec), produire (faire) des éclairs :

Orage, esclaire, tonne (p. 539). Cf Bossuet : Il appartient à Dieu d'éclairer et de tonner dans les consciences (Par. de Dieu, 1); Dieu a-t-il tonné et éclairé sur une montagne ? (Pent. 2). — Eslance- MENT (I, 2), élan. Cf. Corneille (Att. 1757). — Eslancer (II, Art.), lancer : Il va roide eslançant un quartier raboteux. — Eslire (I, 1), choisir. Cf. Corneille : N'a pas été fort juste en son élection (Mél. 1162); Molière : Nous t'avons élu pour dire qui a raison (Avare, I, 7). — EsMU (I, 2), agité (au propre). Cf. Boileau : Mille cloches émues (Sat. VI). Estrange (I, 1), étranger. Vaugelas (II, 427) s'applique encore à distinguer ces deux mots. — Etancher (II, Fur.) : De ses enfants la chair Son enragé désir ne peut mesme etancher (p. 227). — Exploicter (II, Dec), faire des exploits. Cf. Corneille : Vous en exploitez bien (lUus, 1107). On lit dans le Dictionnaire de l'Académie, éd. de 1694 : « Exploiter : faire quelque exploit; en ce sens on ne le dit plus qu'en raillerie ». — Exquis (II, Troph.), raffiné : Un supplice exquis ; Malice exquise (p. 462).

— Extrait (Jud.), issu : Deux chefs, extraits de l'Abramide race (p. 578).

Façon (II, Ed.), apparence: D'une morne façon, d'un visage transi {p. 192). Cf. Molière: Des fantômes, des façons de chevaux (Av. III, 5). — Facture (II, Imp.), créature: Dieu Ne pourra disposer de l'homme, sa facture. — Fantastique (II, Loy), rêveur: Qui lors dessus son lit ravassoit fantastique (p. 377). — Fier (II, Pères), féroce. Cf. Corneille: J'ai vu trébucher les haines les plus fières (Off. , V, 27); Racine: D'un fier usurpateur ministre violente (Théb. 460). — Figuré (II, Dec), orné, agrémenté: le corps est figuré de feuillages mauresques (p. 522). — Finement (II, Troph.), avec adresse (p. 451). Cf. Pascal : Renverser finement les maximes fondamentales de cet Etat (Prov. 19). — Flotte (Jud.), multitude (p. 563). Ne s'emploie plus ainsi dans la langue littéraire, mais est resté avec ce sens dans celle du peuple. — Folastre (II, Troph.), comme follet : Sur son jeune menton une folastre laine (p. 443). — Forain (II, Magn.), étranger. Ne s'emploie plus avec ce sens que dans la langue de la jurisprudence. — Foudroyer (I, 1), lancer comme la foudre : Foudroyé ses dards Sur les fiers escadrons (p. 29).

— Fourrage (I, 5), pâture (d'oiseau). — • Franchise (II, Cap., liberté, indépendance politique. Cf. Corneille: Cesse de soupirer, Rome, pour ta franchise (Cin. IV, 4). — Fredon (II, Loy), sons.

accents: Les doux fredons des flustes (p. 397). — Fcireur (II, Magn.), inspiration poétique: Qui par vostre fureur mesurez vos escrits (p. 466). Cf. J.-B. Rousseau: N'éprouvèrent jamais, en maniant la lyre, Ni fureurs, ni transports. (Ode au c. de Luc). — Furieux (II, Bab.), poétiquement inspiré: C'est toy, Clément Marot, qui, furieux, travailles (p. 288).

Gaillard (I, 2), vif. Cf. Corneille: Cette fille est jolie, elle a l'esprit gaillard (S. du Ment. 25); Molière: Las! pour un trépassé vous êtes bien gaillard (L'Et. II, 5). — Gaster (Jud.), ravager. — Gauche (II, Troph.), malheureux: Présageur d'une gauche fortune p, 452). — Geiner (II, Imp.), torturer. Cf. Corneille: Mais les corps sont punis plus ils gênent les âmes (Clit. 1250) ; C'est trop me gêner (Cin. 923); Racine: Ah! que vous me gênez! (Androm.3-43). — Gendarme (II, Loy), homme d'armes. Cf. Corneille: Mis au joug les taureaux et défait les gendarmes (Méd. II, 1). — Gendarmerie (Jud.), troupe de gens d'armes (p. 579). — Gentil (I, 1), noble : Pour hébéter les âmes plus gentiles (p. 27"), — Germain (II, Loy), frère. Cf. Corneille: Ont déjà reconnu des frères, des germains (Pomp. IV, 1). — Gestes (II, Arche), exploits. Ce mot au pluriel, dit Yaugelas (II, 176), pour les faits mémorables de guerre, commence â s'apprivoiser dans notre langue. — Graver (II, Cap.), marquer: 0 champs... que les courriers célestes Ont gravés de leurs pas (p. 410). — Guindé (II, Art.), monté (au propre).

Honorable (I, 6), glorieux: Sur l'honorable piste (p. 141). — Hostie (II, Pères), victime. Cf. Corneille; Cette seconde hostie est digne de ta rage (Pol. 1720).

Imbécille (II, Troph.), faible: Son esprit Toute sorte d'oracle, imbécille, importune (p. 452). — Imparfait (II, Cap.), inachevé: Et ne veut point laisser impai'fait le combat (p. 422). Cf. Corneille : Mais mon crime est entier et le sien imparfait (Œd. IV, 5). — Imposer (II, Sch.), placer sur: Impose ta thiare, 0 superbe Juda, sur quel que tu voudras (p. 501).

Jonchée (Jud.), juncorum fasces (Nicot): Oit crier un enfant dans la jonchée humide (p. 572).

Lame (II, Cap.), pierre sépulcrale (p. 433); mot, dit Littré, qui s'emploie encore dans le XVII° siècle, et que Sainte-Beuve a essayé

de rajeunir. (1) — Lapper (II, Pères), dévorer: Pour humer nostre odeur et lapper nostre chair (p. 368). — Lavement (II, Magn.), ablution. Se dit encore dans le langage ecclésiastique. — Légat (Jud.), ambassadeur (p. 617). - Loyer (I, 3), récompense. Cf. Corneille: Pour loyer de sa lubricité (Clit. 8, var.); Boileau: Pour digne loyer de la Bible éclaircie (Sat. VIII).

■ Malice (II, Dec), méchanceté. Cf. Pascal: Nous donner de l'horreur pour la malice des autres (Fr. d'un Traité sur le Vide); Bossuet: Lorsque la malice s'est accrue (Yol. de Mont.). — Malin (II, Troph.), malfaisant; très souvent usité en ce sens au XVII" siècle. — Manier (II, Troph.), exercer. — Marge (II, C''*^), bord (d'un fleuve). — Méganique (II, Cap.), avare: Qui ne sçait que la Cour d'un Prince méchanique Est d'offices vénaux une ouverte boutique? (p. 432). — Mesme (I, 2), surtout, comme mesmement: Et mesme en ces discours (p. 42). — Monument (I, 3), tombeau. Cf. Corneille: A couché de douleur Tircis au monument (Mél. 1260); Il peut aller, s'il veut, dessus son monument (Pomp. 251).

Navrer (II. Art.), au propre: Des ronces dentelées Ils espreuvent navrez les poinctes affilées (p. 241). Cf. J.-J. Rousseau: J'aime cent fois mieux me présenter nu et être navré (Lett. à du Peyrou, 8 janv. 1767). — Noise (I, 7), chant: La mignarde noise Des oiseaux. — Nourriture (II, Pères), éducation. Cf. Corneille: Si vous faites état de cette nourriture (Nie. 547). Voltaire déclai^e ce mot très supérieur à son synonyme actuel.

Obscurcir (II, Magn.): De ta basse naissance obscurci le défaut (p. 468). — Ombrage (I, 7), apparence : L'un consiste en ombrage, et l'autre en vérité (p. 174). — Oraison (II, C'°^), style, discours, langue (p. 284). — Ordonnance (Jud.), commandement: Ordonnance de Dieu. Ailleurs, ordre: Marcher en ordonnance (p. 582). — Outrer (Jud.), percer d'outre en outre.

Parement (II, Arche), parure: Décore l'univers d'un nouveau parement. Cf. Malherbe (Lett. I, 7). — Partisan (II, Troph.), qui a pris parti (Dans un combat de coqs, les Lords) Contemplent, partisans, que l'un ou l'autre estende Son ennemi par terre (p. 446). —

{IjCf. A. de Musàet:

Ta tempe fut huilée, et sous la lame neuve Tu te laissas clouer, comme dit Sainte-Beuve.

(Mardoche. VI).

Pasturer (II, C'"*), faire paître : Pasturent leurs troupeaux (p. 298).

— Patron (II, Pères), modèle: Sur le patron d'une coustume antique (p. 3*74). — Piste (II, Troph.), trace; Et les plus grands esprits marcheront sur ta piste (p. 460). — Pitoyable (Jud.), digne de pitié: Pitoyables regrets (p. 562). Cf. Fléchier: Un si pitoyable spectacle (Panég. Il, 363). — Plaisant (Jud.), agréable: Offrir à l'Immortel un plaisant sacrifice (p. 574). Cf. Molière: C'est une chose, hélas! si plaisante et si douce (Ec. des f. II, 6). — Poignant (I, 5), au propre. Cf. Buffon : Des armes poignantes (More, chois., p. 195). — Port (II, Magn.), gestation (p. 477). — Porté (II, Cap.): Porté de fureur. — Porter (II, Troph.), supporter: De porter seulement la fureur de ma face (p. 441). — Portrait (I, 7), représentation, image. Très souvent employé par Corneille. Cf. Molière: Je dois aux yeux d'Alcmène un portrait militaire Du grand combat (Amph. I, I). — Poste (a sa) (II, Troph.), à sa disposition (p. 449). Cf. Molière: Introduire ici un médecin à notre poste Mal. imag., III, 2). — Préférer (se-a) (II, Cap.), se porter contre, se présenter à: Un autre plus hardi, la pique brandissant, Se préfère à l'Hébrieu (p. 426). — Prescheur (II, Imp.); terme qui ne s'emploie plus qu'en mauvaise part. — Prestrise (II, Cap.), corps des prêtres : La Prestrise sacrée Le prononce pour tel (p. 411). Cf. Boileau: Vinrent du célibat affranchir la prêtrise (Sat. XII). — Primevère (I, 2), printemps. — Prononcer (II, Cap.), déclarer (V. l'exemple de prestrise). — Proposer (Jud.), mettre devant les yeux: Lui proposant tantost l'énormité du crime (p. 593). Cf. Bossuet: Un spectacle proposé aux hommes (Or. Henr. Angl.); Pascal: Quand on ne propose plus que le pape (Pensées XXIII, 87). — Prudent (II, Cap.), sage, éclairé: Mais pourquoy nos prudens devanciers Ont escrit. — Purger (II, Loy), purifier : Ce feu semble l'esprit du trois fois Tout-puissant Qui dévore lïuique et purge l'innocent (p. 381).

QuARRURE (II, Col.), quadrature: La quarrure du cercle (p. 314).

— Querelle (1, 1), plainte. Cf. Corneille: J'ose faire du ciel une injuste querelle (PI. Roy. 425); Et n'allait faire une longue querelle (Théod. 1428^. — Queste (II, Troph,), recherche, objet de la recherche : Le Tyran, se voyant de sa queste privé (p. 450). — Quester (I, 4), chercher. Nous disons encore quêter sa subsistance.

Rainseau (II, Fur.), branche, touille: Et le moindre rainseau qui s'esmeut nous effraye (p. 225), — Radoucir (II, Cap.), alléger: Tu r'adoucis le mal, mais tu ne Testes pas (p. 435). — Ramasskr (II, Magn.), mener le long de la coste d'un mont avec ramasse (Nicot); la ramasse est une espèce de traîneau : Or' par un précipice, esblouy, je ramasse (p. 467). — Ravager (II, Tr-oph.), faire rage : Une Erinjs cruelle en son âme ravage. — Reliques (I, 7), restes. Cf. Racine: Chargeant de mon débris les reliques plus chères (Baj. 873). Vaugelas dit (II, 395) : « C'est très bien parler François que de dire les reliques du naufrage, d'une armée défaite et autres semblables. . .; reliques est sans doute meilleur et beaucoup plus noble que restes. — Répéter (II, Art.), revendiquer: Et répète le droit Que la vertu t'acquiert (p. 246). Ce terme ne se dit plus en ce sens que dans la langue de la jurisprudence. — Respect (I, 3), arrièrepensée, scrupule : Il chante sans respect ce qu'il a sur le cœur (p. 85).

— Restaurant (II, Voc), soutien. Cf. Voltaire: Chacune de vos conquêtes est mon restaurant (Lett. Cath. 63). — Rouer (I, 1), tourner: Ainsi que des moulins on voit rouer les toiles (p. 29).

Saint (Jud.), inviolable : Qui dans nos saints légats (ambassadeurs d'Holopherne) ont sanglante leurs mains (p. 617). — Savoir (I, 1), connaissance: Argument dont le sçavoir est utile. — Signe (Jud.), signal (p. 562). Vaugelas (II, 122) établit la différence actuelle entre ces deux mots. — Soigner (se) (I, 3), se soucier: Qui prudent ne se soigne Des emprises des rois (p. 84). — Sonneur (passim), poète, chantre. — Soudart (Ivrj), soldat, sans acception défavorable. — Souffleter (I, 31, souffler: En Falambic la braise souffletée. — Supporter (II, Magn.), prendre le parti de (p. 478). Cf. Molière: Nous ne sommes pas gens à la supporter dans de mauvaises actions (G. Dand.. I, 4). — Supposer (I, 5), substituer: Pour supposer ses œufs dans la couche étrangère (p. 126). — Sûrement (I, 1), en assurance, en sûreté: Ils ronflent seurement (p. 29). Cf. Corneille: Mettons nos secrets sûrement (Méd. 960).

Tailler (I, 1): Tailler du prophète (p. 26) =: trancher. — Talonner (II, Cap.), accompagner, escorter: La grâce la talonne (p. 423).

— Taxer (I, 5), blâmer. Vaugelas dit que ce mot n'est plus reçu dans le beau langage ; mais il s'accorde, pour le regretter, avec Chapelain et la Mothe-le-A"ayer. Cf. Molière: Ce que j'ai dit n'est pas pour taxer votre office (Ec. des Mar. III, 5). - Tellement

(II, Troph.), de telle sorte: Et règne tellement sur la montagne sainte, Qu'il est l'amour d'Isaac et des Pajeus la crainte (p. 436). Cf. Pascal : Les princes sont tellement les ministres de Dieu qu'ils sont hommes néanmoins (Prov. XIV); Bossuet: Ceux qui se donnent tellement à Dieu qu'ils ont toujours un regard au monde (Panég. Saint-Joseph). — Tempérament (II, Magn.), modération, modérateur: C'est l'unique sagesse Qui de tous autres biens est le tempérament (p. 474); Très souvent employé dans ce sens au XVIP siècle. — Temporel (II, Arche\ temporaire: (L'arc en ciel) Temporel ornement des flambantes voussures (p. 269). Nous disons dans le même sens les biens temporels. — Terrier (Jud.), tertre: La sainte Judith qui sur un terrier monte (p. 624). — Trahir (II, Cap.), livrer à (p. 421). Cf. Corneille: Souffrir qu'il se trahisse aux rigueurs de mon sort (Hér. IV, 1). — Trébucher (Ivrj), pencher, tomber. Cf. Corneille : Du honteux précipice où tu vas trébucher (Pol. 1574); Des murs qui trébuchaient sans écraser de têtes (Poés. div. 14).

Université (I, 2), univers (p. 51).

Vaguement (I. 2), ça et là: (L'ost) vaguement espars (p. 421. — Venir (I. 3), devenir: Qui d'affranchi vint Roj et de Roj laboureur (p. 83). — Véritable [II, Pères), sincère, fidèle: Il est également puissant et véritable (p. 372;. Cf. Molière: J'ai monté pour vous dire, et d'un cœur véritable (Mis. I, 2). — Viser (a) (Tri.), regarder à (au figuré): Croyant que le lecteur visera favorable Moins à mes rudes vers qu'à mon désir louable (p. 669). — Voisiner (II, Cap.), comme avoisiner: Palais qui voisinent les cieux (p. 416). — Voix (I, 1), parole: Et leur fais prononcer de véritables vois (p. 26). Cf. Corneille : Ils ne sont jamais esclaves de leur voix fŒd. 187). — Volage (II, Cap.), au propre: Quel festu plus volage? (p. 434). — Volontaire (I, 4), voulu.

Parmi ces nombreux mots dont la signification s'est modifiée depuis le XVP siècle, il en est un certain nombre qui se sont usés par un emploi fréquent et dont le sens primitif s'est affaibli : tels gêner, froisser, honorable. Une acception défavorable s'est attachée à quelques autres, comme prêcheur , soudard, déportement. Plusieurs ont été restreints à la langue de l'Eglise, du droit ou de quelque autre science ; par exemple, enquête, répéter, reliques. Un petit nombre, que du Bartas emploie au sens figuré, n'ont plus

actuellement que le sens propre, comme se bander, ou ne prennent le sens métaphorique du XVI° siècle qu'avec un complément, comme purger. Beaucoup enfin sont, au contraire, passés du sons propre au sons figuré : compasser, attrait, c/ialeureux, poignant, guindé, navrer, volage, éprendre, démembrer, etc.

C'est une loi naturelle du langage que le sens des mots varie dans le cours des âges en s'éloignant de la signification étymologique. La langue du XVI° siècle donne à une multitude de termes une acception plus conforme à l'étymologie, que ces vocables soient formés avec des éléments français ou latins. Parmi les uns, nous citerons : aucunement, 'vaguement , souffleter, atterrer, lavement, ef/leurer exploiter, jonchée, plaisant, terrier, constamment, détraquer. Les autres sont bien plus nombreux encore : par exemple, querelle, discourir, supposer, agraver, fureur, hostie, se préférer, imbécille, outrer, etc.

« L'esprit vivant et organisateur qui préside toujours à une langue est aussi visible dans ces transformations qu'il l'est dans la création des racines, des mots et des significations primitives... C'est une création secondaire sans doute, mais c'est certainement une création. EUe s'est poursuivie pendant des siècles et notre langue tient mille ressources de ces élaborations qui, se portant tantôt sur un mot tantôt sur un autre, l'ont fait se renouveler par une sorte de végétation » (1).

Si le XVI° siècle, anticipant sur le XVII", avait produit des chefsd'œuvre comparables à ceux de notre époque classique, ces variations dans le sens des mots auraient été sans nul doute moins fréquentes. Cependant, comme on l'a déjà remarqué, le plus grand nombre des termes que nous avons notés chez du Bartas pour en signaler l'usage difierent du nôtre, se retrouvent avec leur ancienne signification dans le plus bel âge de nos lettres. Il est même permis de dire que, pour certains éléments de sa langue, le poète des Semaines est plus voisin de Corneille, de Pascal et de Bossuet, que ceux-ci ne le sont de nous.

Aux mots, employés par du Bartas, dont le sens a varié avec le temps, nous devons rattacher ceux qui avaient, au XVI° siècle, une acception noble et relevée, et qui, de nos jours, sont devenus bas et

(1) Littré. Préf. du Dictionnaire.

grossiers; nous y eu ajouterons quelques autres qui ont disparu (îe la langue, mais que leur origine bien visible marque nécessairement pour nous d'un caractère trivial. C'est à l'emploi de tels vocables que du Bartas doit, en grande partie, la réputation de vulgarité ridicule et bizarre qui s'est attachée à sa mémoire. Nous avons recueilli quelques-uns de ces mots, et, pour permettre d'apprécier l'eflfet qu'ils produisent, nous citons avec chacun d'eux le passage où il se trouve.

AccousTREMENT. Change (dit Dieu à la Terre) Ton vestement de deuil en vert accoustrement (I, 3). Le mot est encore noble dans Malherbe. — Balai. Ils (les vents) nettojent tantôt d'un murmurant balay (I, 2). Nous disons toujours avec noblesse que les vents balaient la mer ou les nuages. — Boyaux ou intestins. Les boyaux de la terre. Les creux intestins de la terre (I, 3). Ces deux mots nous blessent; mais celui d'entrailles est admis dans le plus grand style. Cf. Corneille : Et de ses propres mains déchire ses entrailles (Hor. IV, 5). Dans l'exemple suivant de Bossuet, c'est exactement le même emploi figuré que chez du Bartas : Il a fouillé les entrailles de la terre (Connaiss. YII). — Brasser. Brasser la révolte (I, 1). Perrot d'Ablancourt se sert encore bien souvent de ce mot dans sa traduction de Tacite. « L'Empereur ne sçavoit rien de ce que l'on brassoit contre sa famille. » En 1604, l'Académie l'enregistre sans y joindre aucune note défavorable (V. Marty-La veaux, Lexiq. de Corn.), — Brouillis (I, 1). Ce substantif s'est perdu; mais le verbe brouiller, qui a la même origine, est fréquemment employé au XVII° siècle dans la langue la plus élevée . Cf. Corneille : Là, ma douleur trop forte a brouillé ces images (Pol. I, 3) ; Bossuet : L'empereur Constance brouillait tout dans l'Eglise (Hist. II).

— Cabinet. Les plus secrètes choses Que dans son cabinet l'Eternel tient encloses (1, 1). Ce mot, qui nous paraît aujourd'hui choquant dans un tel emploi, l'eût semblé beaucoup moins aux poètes du grand siècle ; il suffit, pour s'en assurer, de voir comment Racine s'en est servi dans les vers qui suivent : Souvent ce cabinet, superbe et solitaire. Des secrets de Titus est le dépositaire (Bér., I, 1).

— Chandelle. Le duc des chandelles (le soleil) (I, 1). Ce terme avait le même sens que notre mot lumière : tout le XVP siècle l'a ainsi employé. — Charrette. La flambante charrette (du ciel)

(II, G'^'). Le mot char est seul usité dans la langue classique de la poésie. — Chemise. Despouillé les coupeaux de leur blanche chemise (II, Voc). Ronsard se sert indifféremment des mots camisole et tunique. — Courtine. Ciel, courtine du monde (I, 4) I Cf. Gilbert : Ciel, pavillon de l'homme !... (Adieux à la vie). — Cruche. J'espandray sur ces races De ma grande cruche d'or un Océan de grâces (II, Voc). Au lieu du mot cruche, qui désigne aujourd'hui un objet vulgaire, nous emploierions urne ou amphore.

— Desgoiser. La mignarde noise Que le peuple volant par les forests desgoise (I, 7). Le terme desgoiser était au XVP siècle le mot propre pour le chant des oiseaux. Cf. Nicot : Les oiseaux desgoisent leurs chansonnettes et ramages. — Eschine. Tandis la Saincte Nef sur l'eschine azurée Du superbe Océan navigeoit asseurée (I, 2). Racine a dit noblement : Cependant, sur le dos de la plaine liquide S'élève à gros bouillons une montagne humide (Phèdre, V. 6). — EsGOUT. L'esgout d'une proche montagne (I, 2). On trouve chez Hardi une héroïne disant à son amant qu'il a fait un égoùt de ses yeux. — Estomac. Arme ton estomach d'une constance rare (II, Magn.). Nous substituerions aujourd'hui ca3ur à estomac Le mot poitrine fut, au temps de Vaugelas, menacé lui-même d'être exclu de la langue noble, sous prétexte que l'on disait une poitrine de veau (Vaug. I, 33). Quanta estomac, on le trouve employé non seulement par Hardi : Sa prière fendroit l'estomac d'une roche,

— mais encore par Corneille dans ces vers de Rodrigue adressés à Chimène : Puisque c'est votre honneur que ses armes soutiennent. Je vais lui présenter mon estomac ouvert (Cid. V. 1). — Fourrer. (Le diable) dans un coq se fourre (II, Imp.). — Grommeler. La foudre grommelle (Sonnets). Ronsard a dit : Et d'un horrible tour (La mer) Se roule en grommelant aux rives d'alentour. — Guigner. Guignant un beau jour (II, Art.). — Poil. Isac, jeune de poil, mais de l'esprit chenu (II, Pères). Ce mot était constamment usité au XVIP siècle dans la langue relevée. Perrot d'Ablancourt dit : Civilis s'étoit laissé croistre le poil (Tac. Hist. IV, LXI) ; Corneille : Au lieu d'orner son poil deshonore sa main (Clit. IV, 2); Racine : L'œil farouche, l'air sombre et le poil hérissé (Iph. V. 6).

— Rabrouer. L'illustre sang d'Isac tu rabroués ainsi (II, Sch.). Tout le XVP siècle a employé ce mot avec noblesse. — Racler. (L'orage) Racle en moins d'un jour de mille ans le labeur (II,

Fur.) — Refrongner. (L'Eternel) Refrongne son visage fil, Arche).

Citons encore les mots: pocher (I), esbats [Y), affublé (II), esplucher (II), syringuer (I), magasin (II), rôder (IV), roussin (IV), attiffé (lY), tuyaux (VI), ventre (VII), calsom (Impost), se depestrer (Voc), hachis (Pères), entortiller (Troph.), baufrer (bâfrer) (Schis.), gueule (Jud.), etc.

Parmi ces vocables, il en est sans doute que du Bartas n'a pas trouvés dans la langue poétique de son temps. Cependant, presque tous sont employés par les contemporains comme termes nobles. Le seul reproche que Ton peut faire à l'auteur des Semaines, c'est d'en avoir usé peut-être avec moins de discrétion que Ronsard. Au fond, la noblesse des mots n'a rien d'absolu ; elle est tout entière dans l'opinion, et chaque siècle est sans doute le juge le plus autorisé de ceux qu'il recommande ou qu'il proscrit. Aujourd'hui encore, nous disons fort bien : ivre d'orgueil, vomir des outrages, etc. « Tous les âges et tous les pays, dit Galiani (1), ont leur langue vivante, et toutes sont également bonnes : chacun écrit la sienne ». « Les langues, dit Est. Pasquier (2), se changent de siècle en siècle ». Vauquelin de la Fresnaye atteste

Que depuis quarante ans desjà quatre ou cinq fois La façon a changé de parler en françois (3) .

Même au XVII° siècle, Pellisson, dans son histoire de l'Académie française, et Bossuet, dans son Discours de réception, à une époque où l'illustre compagnie avait justement formé le projet de fixer la langue, remarquent cette altération perpétuelle qu'elle subit inévitablement. C'est ce que Fénelon savait aussi, et il fait entendre aux académiciens que rien n'est chimérique et vain comme leur prétention de substituer la règle immuable d'une autorité quelconque aux fluctuations de l'usage (4) :

Rusticus exspectat dum defluat amnis : at ille Labitur, et labetur in omne volubilis a?vum (5).

(1) Lettt-e à Mad. d'Epinay.

(2) Lettres, II, 12.

(3) Satires, Ed. Travers, tome I, p. 244. — V. A. Darmesteter. De la création actuelle des mots nouveaux, p. 8.

(4) Lettre à VAcad., cap. I.

(5) Hor. Epîtres I, II, 42 et 43.

Co changement incessant des langues, qui « s'escoulent entre nos doigts «, comme le dit Montaigne, ne se manifeste pas seulement par la désuétude de certains mots, et par les modifications de sens que subissent certains autres ; il n'est pas moins sensible dans la qualité même des termes qui, toujours usités et conservant leur sens originel, passent d'un emploi noble à une acception triviale et basse.

Pour ne pas se laisser choquer par les mots de ce genre que l'on trouve chez du Bartas, il faut s'abstraire de l'usage moderne et se transporter avec le poète dans le XVP siècle. La difficulté est grande sans doute ; du moins, on ne doit point accuser l'auteur des Semaines d'avoir parlé la langue de son époque; il ne pouvait pas deviner celle du siècle suivant, ni savoir que certains vocables, employés de son temps dans la poésie la plus haute, tomberaient au nôtre, ou même plus tôt, dans la trivialité du style le plus bas et le plus grossier. Les raisons de ces changements, ni lui ni aucun de ses contemporains ne pouvait les prévoir ; souvent même, ils n'en ont d'autres que les caprices de l'usage . Toutefois, c'est surtout sa langue qui a nui à du Bartas ; s'il est plus goûté à l'étranger qu'en France, le principal motif en est qu'on le lit dans des traductions, ou qu'une oreille étrangère est moins sensible à la bizarrerie de certaines expressions, dont nous ne pouvons nous empêcher d'être choqués.

Nous avons vu notre poète employer des mots souvent dérivés du latin en leur donnant un sens plus voisin de l'étymologie que la signification actuelle (1) : ce sont là, ses latinismes les plus nombreux et les plus sensibles. Quant à parler en français grec et latin, comme on l'en a accusé, il ne mérite pas ce reproche plus que Ronsard (2). C'est tout au commencement du XVI® siècle qu'il faut aller chercher

(1) Nous en avons déjà noté quelcfues-uns (p. HT); ajoutons-y les suivants: abolir, aigu, barbare, conslammcnt, dénoncer, exqnis, fier, honorable, imparfait, imposer, légat, malice, oraisoti, plaisant, prononcer, proposer, prudent, reliques, répéter, respect, saint, signe, tempérament, etc.

(2) ISÎous n'insistons pas sur les mots que lui fournissent les langues étrangères vivantes ; ils sont encore presque tous d'un usage courant. Par exemple : l'anglais pleid ou plaid; l'espagnol diane, colonel, salade, etc.; l'italien courtisan, cadenci, populace, estramacon, chiourme. Il y a naturellement un certain nombre d'exceptions. Ce sont :

Mots dérivés de l'espagnol : marrane, nom donné en Espagne aux Arabes et aux Juifs convertis, et devenu une injure synonyme de traître (II, Loy); bisongne (bisono), goujat, valet d'armée, terme de mépris (II, Cap.) ; cadène (cadena), chainc (1,4), etc.

Mots dérivés de l'italien: boucan, mots ou breuvage empoisonné' (II, Troph.J; esconie, atteinte, dommage, injure (scorna) (Jud.j, etc.

les écumeurs de latin, Molinet, Crétin, André de la Vigne, dont les vers sont souvent composés presque tout entiers de mots barbarement francisés (1). Le chef de la Pléiade et ses disciples protestent justement contre ces tendances. Sans doute ils ont transporté dans notre langue quelques vocables empruntés aux langues anciennes ; mais il en ont élagué un bien plus grand nombre parmi ceux qui avaient été déjà employés. Ronsard n'a plus à redouter l'accusation que Boileau a faussement portée contre lui : pour du Bartas, il doit être absous presque au même titre.

Cependant le poète de la Semaine n'est pas, comme il le dit luimême, de ceux « qui estiment que nostre langue soit il y a desjà vingt ans parvenue au comble de la perfection » ; a ains au contraire, continue- t-il, je crois qu'elle ne fait que sortir presque de son enfance » (2). Partant de cette idée, il n'est pas étonnant qu'il ait été favorable à l'adoption de tei^mes étrangers comme à l'invention de vocables nouveaux. Il le dit quelque part :

Il n'y a point danger

De naturaliser quelque mot estranger.

Et mesme en ces discours où la gauloise phrase

N'en a pas de son cru qui soit de telle emphase (3).

Mais pourtant, les mots savants sont en somme fort rares chez lui. Il peut même dire : « Je n'ay point souvenance d'avoir en toute ceste œuvre dernière (4) donné leLtres de naturallité à pas un mot estranger » (5). Les vocables grecs et latins dont il se sert sont ceux que tous les poètes emploient autour de lui. Il faut seulement y ajouter un certain nombre de termes techniques, indispensables aux matières qu'il traite.

Nous donnons ci-dessous la liste des principaux mots savants que nous avons relevés dans ses œuvres.

(1) V. A. Darmesteter et Hatzfeld. Tahl. de la lin. et de la lang. fr. au XVh siècle, (2! Préf. aux Semaines.

(3) y™ Sem., ch. II.

(4) La 2« Semaine.

(5) Préf. aux Semaines.

Adultérer, c. (II, Dec). — Allégorique, c. (II, Ed.). — Aime, n. c. (I, 1). — Anagramme, n. c. (II, Bab.). — Anatomique, c. (II, Troph.). — Angi)ie, c. (II, Ed.). — Anthropopathie, c. (II, Arche). — Anthropophage (II, Bab.). — Antichthons (I, 3). — Antidote, n. c. (II, Ed.). — Anlipéristase, c. (I, 2). — Apostume, n. c. (I, 6). — Archétype, c. (I, 1). — Athéisme, c. (II, Arche). — Aure, c. (II, Magn.). — Austre, c. (I, 5). — Blandice, c. (II, Sch.). — Bradypepsie, c. (II, Fur.) (1). — Biiccine, n. c. (Jud.).

— Cacochyme {II, Cap.); cacocAî/w^e est dans Cotgrave. — Carme, n. c. (I, 2). — Cataplasme, n. c. (I, 5). — Cautèle, n. c. (Lép.).

— Caver, n. c. (II, Loj). — Chyle, c. (I, 2). — Clepsydre, c. (I, 1). — Collyre, c. (II, Voc). — Contemptible, n. c. (II, O"^]. Mot qui s'est conservé jusqu'au milieu du XVII" siècle (2). — Coulpe, n. c. (II, Sch.j; s'emploie encore comme terme de dogme. — Crimineux, c. (II, Arche). — Cylindre, n. c. (C''"). — Débiliter, n. c. (II, Loy). — Déité, n. c. (I, 1). — Dépopider, c, (Jud.). — Diafane, n. c. (I, 2). — Diamètre, n. c. (II, Arche). — Disert, n.' c. (I, 1). — Dodechedron, c. (II, G'®*). — Eleuthère {11, Sch.), épithète d'un Dieu. — Embryon, c. (I, 1). — Éphémérides (I, 1).

— Épidémique, c. (II, Ed.). — Epitome, n. c. (II, Bab.). — Exercite, n. c. (I, 1). Vaugelas déclare ce mot fort bon (3). — Facond, n. c. (I, 1). — Fénestrer (II, Troph.). Fenestré se trouve dans le Dict. de rsicot. — Fére, n. c. (II, Bab.), bête fauve. — Frénésie, n. c. (II, Ed.). — Frénétique, n. c. (I, 4). — Hectique^ c. (I, 2). — Horizon, c. (II, Arche). — Hyade (II, Voc), foule.

— Ilydrargyre, c. (II, Fur.). — Impétrer, n. c. (II, C'°*). — Impollu, n. c. (II, Loy). Employé par Corneille. — Indisert, n. c. (II, Imp.). — Indocte, n. c. (II, Fur.). — lot (II, Loy), iota. — Ire, n. c. (Lép.). — Jacter (se), c. (II, Cap.). — Létal, c. (II, Fur.). — Létargie, n. c. (II, Imp.). — Lubrique, n. c. (I, 2). — Manie, n. c. (I, 1). — Matricide, c. (II, Loy). — Métaphysique (II, Imp.). — Ministrer, n. c. (II, Gap.). — Mystique, n. c. (II, Ed.). — Novale, c. (II, C''^*). — Not, c. (II, Pères), vent (notus).

— Oblation, n. c. (II, Magn.). — Ocieux, n. c. (I, 2). — Odo-

1) Et beaucoup d'autres noms de maladies dans le même chant. (2) V. Vaugelas, tome II, p. 2-//.

(3j Tome II, p. 445.

rer, n. c. (I, 1). — Opiler, c. (I, 3). — Organique, c. (I, 4). — Onn, c. (II, Magn.). — Panomphée (II,Sch.), épithète d'un dieu. — Paralytique, n. c. (I, 3). — Pédagogie, c. (I, 7). — Perpétrer, n. c. (II, Pères). — Pestiféré, n. c. (I, 4). — Pigre (II, Voc). — Plagiaire, c. (II, Magn.). — Plinthe, n. c. (II, Bab.). — Poilu, c. (II, Arche); employé par Corneille. — Postposer, n. c. (II, Voc). — Priste, c. (II, Loy).— Provident (I, 6). — Pyrausie, (II, Magn.). — Quereleux, n. c. (II, Fur.). — Sagette, n. c. (II, Tropli.). — Sagetter, n. c. (II, Col.). — Sanguisorbe, c. (I, 3). — Sapience, c. (II, Magn.). — Sciatique, c. (I, 3). — Scintille, n. c. (II, Troph.), étincelle. — Séréner, n. c. (1,6) — Sophie, c. (I, 3). — Spasme, n. c. (II, Ed.). — Sperme, n. c. (II, Fur.). — Sphérique, c. (I, 2). Sphère est dans Nicot. — Symmétrie n. c. (I, 4). — Sympathie, n. c. (I, 6). — Syndérése, n. c. (I, 1). — Taciturne, n. c. (I, 4). — Tergiverser, c. (II, Dec). — Trine, c (Lép.), trinus deus.

On peut voir par cette liste que du Bartas a été fort discret dans l'emploi des mots savants. Parmi ceux dont il use, la plupart sont restés dans la langue, comme manie, disert, lubrique, rustique, sphérique, etc.; un grand nombre y étaient déjà dès le moyen âge, comme buccine, employé par J. de Meung, blandice, par E. Deschamps, ire (XI° siècle), embryon (XIV^ s.), hdjrique (XV" s.), fenestrer (XII" s.), paralytique (XIIP s.), organique (XIV° s.), frénétique (XIIP s.), apostume (XIIPs.), inique {XV° s.), métaphysique (XIV--' s.), léthargie (XV° s.), poilu (XIP s.), diamètre (XIIP s.), impétrer (XIIP s.), collyre fXIP s.), débiliter {XIY^ s.), oblation (XII" s.), adultérer (XV»^ s.), etc. D'ailleurs, on ne rencontre chez notre poète qu'un très petit nombre de ces mots pédantesqueS; en usage au XVI" siècle, que Fontaine reprend chez du Bellay, et dont la plupart des poètes contemporains avaient usé sans scrupule : tels hiulque, le manque flanc, aliène, molestie, oblivieux, spelunque, strideur, queruleux, ratiociner, ignave, tremeur, etc. (1). Les seuls termes savants dont on peut lui reprocher l'abus sont des vocables techniques ; mais comment les éviter dans cette sorte d'encyclopédie que l'on appelle les deux Semaines? Ils

(1) Fontaine. Quintil censeur (édit. de 15.5.5, fol. 97,".

valent assurément mieux que des périphrases, et c'est ce que fait remarquer le poète lui-même à propos de quelques mots qu'il a à\\ emprunter à la langue des Arabes :

Muse, pardonne-mo3% si de mots barbaresques Je souille mon discours, veu qu'en cest argument 11 faut, pour bien parler, parler barbarement (1).

Si du Bartas emploie avec mesure, sauf quand il traite de médecine, d'astronomie ou de telle autre science, les mots que les langues grecque et latine avaient déjà fournis ou pouvaient fournir à la nôtre, il n'a pas la même discrétion en appliquant les procédés divers que la Pléiade avait mis en honneur pour l'enrichir. Nous avons vu avec quelle intempérance il use du provignement : mais on lui a reproché plus sévèrement encore ses compositions de mots. L'emploi des termes composés servant d'épithètes, déjà si fréquent dans Ronsard et chez ses premiers disciples, l'est bien plus encore chez du Bartas (2). Le chef de la Pléiade affirme qu'il s'est inspiré des vieilles traditions de la langue dans la formation des mots tels que donnevie, oste-soin, porte-laine, etc. (3). Ce mode de composition est, à vrai dire, éminemment français, et l'on peut en suivre la trace de siècle en siècle (4). Ronsard, en usant de ce procédé, resta donc fidèle à sa méthode d'illustrer la langue par les ressources mêmes qu'elle mettait à sa disposition. Il ne fut réellement novateur qu'en faisant des épithètes avec les mots composés qui avaient été jusqu'alors employés comme noms. « Notre langue, dit Henri Estienne, a de toute ancienneté imité la liberté des Grecs en ce qui concerne la composition des mots, voire jusqu'à faire cette imitation en aucuns de même signification: 7:p6opoiJ.cç, avant-coureur, •/.r/.oixf;Xavoç,

songe-maUce Nos ancêtres nous ont montré comment il fallait

imiter les composés grecs : je dis que nous aurions faute de cœur, si nous ne poursuivions notre pointe. Pourquoi ne dirait-on pas porteciel, porte-labeur, etc.?. . . » (5). Personne, au XVI° siècle, ne songe à

(1) Colomnes.

(2) Fr. Meunier a donné la liste complète des mots composés qu'on trouve dans ses poèmes.

(3) Préf. de la Franciade.

(4) Voir A. Darmesteter. De la formation des mots composés.

(5) Précellence, etc., édit. Feugère, p. 160.

blâmer l'emploi fait par Ronsard des mots ainsi composés. Il fallut que Malherbe vint pour qu'ils fussent bannis de la langue poétique. Pourtant, vingt années avant que Malherbe n'imposât à la langue sa rigoureuse discipline, le poète des Semaines fut en butte à la critique de ses contemporains eux-mêmes pour n'avoir pas fait preuve de la discrétion que Henri Estienne était le première recommander, quand il rappelait à ce propos le mot de Corinne :

T^ ys'.cî zv. ~~t'.pi':/, x/S/.x ;j.y; z'/m tw OjAr/.o) (1).

Du Bartas n'hésite point à reconnaître qu'il a abusé des mots composés ; mais il ne laisse pas de se défendre contre les critiques parfois injustes qu'on lui avait adressées. « Je confesse, dit-il, que, dans ma première Semaine, ils sont fort espais et que bien souvent on en lit sept ou huit à la file. Toutefois je pense ne l'avoir pas fait sans cause ; car, avant à traiter, par occasion, de la nature de toutes les choses qui sont au monde, afin qu'avecque le plus grand ravissement le lecteur appréhendât l'infinie sagesse de l'ouvrier, mon livre eust été aussi grand que le monde, si je n'eusse trouvé adresses et sentiers pour parvenir bientost où je vouloj. Or, qui est celuy qui ne cognoit bien qu'un épithète composé m'épargne tout un vers et même quelquefois deux? (2). » — L'excuse du poète est assez spécieuse. Il est certain que les mots composés ont le mérite de présenter les idées d'une façon plus syntnétique; c'est là peut-être une des raisons pour lesquelles ces épithètes furent si promptement rejetées par notre langue, dont les tendances étaient de plus en plus analytiques. Du Bartas proteste d'ailleurs qu'il n'a pas fait un aussi fréquent usage des composés dans sa seconde Semaine, et que l'on peut bien souvent « courir trois cents vers sans en rencontrer un seul » (3). Cependant il avoue que, même dans ce poème, il lui est arrivé d'en employer cinq ou six de rang ; mais c'est, suivant lui, « en certains endroits où le genre démonstratif a plus de lieu » ; et il se réclame d'Orphée, d'Homère et de Marulle « les hymnes desquels en sont tout pleins. » « D'ailleurs, ajoute-t-il, ce qui plus me contente, c'est que les sçavans me font entendre que si on les veut

(1) Il faut semer avec la main, et non à plein sac. (2; Préf. aux Semaines.

(3) Ibid.

bien et soigneusement examiner, on en remarque fort peu d'oisifs, de quoj tous les poètes qui sont renommés ne se peuvent pas vanter. » Enfin, il y a pour lui, dans l'emploi des composés, comme une question de patriotisme: on sait combien la langue française avait pour lors à lutter contre sa rivale la langue italienne ; les traités d'Henri Estienne suffisent à le montrer. Or, en faisant usage des procédés de composition que le français lui off're, du Bartas sait que l'italien n'a pas cette ressource, et il est d'autant plus aise de façonner ses épithètes. « Ha! dit-il, que les Italiens qui plaident avec nous le prix de l'éloquence voudroient que nostre langue se passast de ce riche parement duquel la leur ne se peut accommoder avec grâce! Quoi? Voulons-nous céder aux Alemans, la langue desquels ne se glorifie à peu près d'autre chose? » (1).

Telles sont les raisons par lesquelles du Bartas essaie de justifier le fréquent emploi qu'il fait des adjectifs composés. C'est à lui sans doute que Boileau aurait dû adresser les vers où il critique le faste pédantesque des grands mots de Ronsard. Toutefois, il ne faut pas faire de notre poète, comme c'est trop souvent l'usage, je ne sais quel bouc émissaire de l'école poétique du XVI'^siècIe. A force d'entendre parler de ses exagérations, on arrive à les exagérer. L'auteur des Semaines ne renchérit pas sur Ronsard autant qu'on veut bien le dire. Au reste, il suffit pour s'en convaincre de compter les épithètes composées qu'on rencontre dans ses oeuvres. C'est ce que nous avons fait pour la l""" Semaine, c'est-à-dire pour le poème où l'auteur luimême avoue qu'il a abusé de la composition. Le P"" jour renferme huit expressions de ce genre; le 2°, une vingtaine; le 3°, une vingtaine aussi; le 4°, près de trente; le 5°, seize; le 6<^, une quinzaine; le 7°, un peu plus de dix. Il va sans dire que nous ne comptons pas ici des mots formés par juxtaposition comme clair-voyant, malavisé, mi-hruslé, triplement-un, morte-vive, etc.; d'ailleurs, parmi les épithètes dont nous avons fait le compte, beaucoup sont les mêmes dans plusieurs chants ; ajoutons encore que toutes les compositions du poète sont formées d'éléments français. Peut-être est-il permis de regretter qu'un grand nombre d'entre elles n'aient pas définitivement passé dans la langue poétique ; elles étaient faites pour lui donner beaucoup d'éclat et de couleur, sans compter com-

(1) Préf. aux Semaines.

bien de circonlocutions elles éviteraient aux poètes et de quel secours elles seraient pour traduire un Homère ou un Eschyle. Fénelon sentait bien quel tort Malherbe avait fait à la langue en les proscrivant ; il voudrait que l'on eût conservé « ces expressions qui servaient à abréger, et à faciliter la magnificence des vers » (1). Ce sont là justement les mêmes raisons que fait valoir du Bartas.

La Fontaine, qui puise aux sources anciennes, a employé quelques adjectifs composés: une périphrase quelconque pourrait-elle valoir celui qu'il applique aux souris, la genl trotie-menu? N'est-ce pas là un mot bien pittoresque, et en même temps un de ceux qui, suivant l'expresssion de notre poète, peuvent épargner tout un vers ou même deux » (2) ? On citerait encore de loin en loin une épithète composée chez les auteurs modernes : nous trouvons dans Lesage, « un serviteur fei>re-mule, » dans Voltaire, « une plante gobemouche, » dans Saint-Simon, « un vaisseau garde-côte, un conseiller garde-note » (3). Mais c'est là bien peu de chose. Au reste, il n'est pas à espérer que notre langue revienne jamais sur la décision de Malherbe. Et pourtant, si Ronsard et du Bartas, ce dernier surtout, compromirent l'emploi des adjectifs composés par l'abus qu'ils en avaient fait, la langue française, au moins celle de la poésie, aurait pu, tout en condamnant leurs excès, recueillir les mots de ce genre heureusement formés par les poètes du XYP siècle.

La composition des épithètes est un procédé que du Bartas hérita directement de ses devanciers immédiats ; mais il en applique un autre qui, sans lui appartenir en propre, était avant lui presque inconnu dans notre langue. « Pour augmenter la signification et représenter plus au vif la chose, dit-il lui-même, j'ay répété la première syllabe du mot : ainsi pé pétiller , babattre. » Fabri, dans son Art poétique (4), signale ces redoublements comme « un vice d'escripture, » et il en donne l'exemple suivant : un bon concompaignon. Cette bizarre pratique, du Bartas est certes mal venu à s'enorgueiUir de l'avoir remise en usage. D'ailleurs, sauf les rares imitations de quelques méchants écrivains, elle devait lui rester pour compte. Il y a là sans doute une induction tirée de la langue grecque

(1) Lettre à VAcacL, cliap. III.

(2) Préf. aux Semaines.

(3) V. Darmesteter, op. cit.

(4) Page XLIV.

où ce genre do redoublement est quelquefois usité en poésie pour donner à certains mots plus de force. Ex.: 7:pczpsy.jX'.voiij,£voç (Iliade, ch. XXII, v. 221, éd. Picrron). Peut-être, dans notre langue, cette étrangeté n'est-elle pas trop choquante en certains cas ; mais c'est seulement lorsque le mot, n'ayant qu'une syllabe sonore, est redoublé tout entier :

... Le cœur de Judith qui sans cesse babat (1).

La pierre du moulin

Qu'un flot impétueux tourne-tourne sans fin (2).

Le lecteur croit alors à une simple répétition.

Les redoublements de notre poète sont d'ailleurs très rares. En voici la liste complète :

l™ Semaine : Ch. IV, Sousouflantes. — Ch. Y, Floflottant, c. Babranlante, Babat (3). — Ch. VI, Babatant. — Ch. VII, Borbatement. — 2° Semaine: Eden, Pépétillante, c; Bouhouillantes.

— Arche, Boubouillant . — Colonies, Boubouillant ; Floflottant.

— Colomnes, Floflot. — Pères, Bouboust. — Loy, Bonbouillonnement; Cracraquetans. — Trophées, Babate. — Magnificence, Drvtrdru ; Tourne-tourne. — Schisme, Sousoufîans. — Décadence, Boubourdonne; Loin-loin. - Jonas, Boubourdonnans. Judith, Babat. — Lépanthe, Boubouffant ; Loin-loin; Ton-tonnant.

C'est là, sans doute, trop d'exemples encore. Mais, en tenant compte des répétitions et en négligeant les monosyllabes, nous ne trouvons en tout que dix mots ainsi redoublés : souffler, flotter, branler, battre, bouillir, craqueter, bourdonner, bouffer, pétiller, tonner. Aussi faut-il encore savoir gré au poète de n'avoir pas usé plus fréquemment d'un procédé dont il était presque en droit do revendiquer l'invention.

(1) Judith, \l.

(2) Magnificence.

(3) Ce redoublement se trouve dans Cotgrave avec le substantif babatement, cité plus bas.

l'usage syxtactique dans du bartas

L'usage syntactique dans du Bartas est, sauf çpielques gasconismes, à peu près le même que celui de ses contemporains. — Emploi de l'article. — Emploi du substantif commun ; substantifs qui ont changé de genre. — Noms propres. — Adjectifs. — Déterminatifs. — Relatifs. — Interrogatifs. — Indéfinis. — Pronoms personnels. — Possessifs. — Emploi des verbes : formes ; modes ; temps ; nombres.— Prépositions. — Adverbes. — Conjonctions. — Négations. — Ordre des mots isolés. — Ordre des éléments de la proposition. — Rapprochements perpétuels avec l'usage de nos auteurs classiques — Conclusion générale sur la langue de du Bartas : moins franche et moins pure que celle de Ronsard, elle est pourtant bien française dans ses éléments et dans sa syntaxe.

L'usage syntactique chez du Bartas, comme son vocabulaire, est à peu près le même que celui de ses contemporains. Les différences qu'on peut y constater sont dues en grande partie à l'isolement du poète dans une province où la langue avait conservé bien des formes et des tours particuliers. Mais, si Ton trouve chez lui quelques gasconismes, il ne faut pas oublier que Ronsard lui-même avait recommandé de puiser, pour enrichir notre idiome, à toutes les sources nationales. Jacques Pelletier du Mans, qui publia son Ai-t poétique en 1555, engage les écrivains à employer même les expressions provençales et gasconnes; « tout est français, ajoute-t-il, puisqu'elles sont du pays du roy » (1) ; et il ne fait là que s'associer aux idées de la Pléiade et de son chef.

EMPLOI DE l'article (2)

Avec les noms propres. — L'article s'omet toujours avant les noms de personnes, sauf quand ils sont accompagnés d'un adjectif. C'est l'usage moderne.

Les noms de montagnes s'en passent d'ordinaire. Ex. : L'eschole d'Oreb (l""" Sem., I), Caucase (I, 4), Parnasse (Id.), Hymette (I, 7), etc. De même pour ceux de villes.

(1 ) Livre I".

(9) Nous avons suivi dans ce chapitre le plan général adopté par M. A. Darmesteter dans son Tableau de la langue au XVI' siècle.

11 s'emploie avec les noms de rivières dans la plupart des cas. Ex.: Elle luy doit le Tane, Le Nil, thrésor d'Egypte, elle luy doit le Rhin, Le Danube, l'Eufrate (I, 3). La Gimono, le Sarrapin (I, 3), Le Tibre, le Pô (I, 5). Le Tigre (II, Voc). Quelquefois, cependant, l'article est retranché. Ex.: Se campe sur Vistule (II, C'"**). Qui rend par son tribut Garone navigable (sonnet III). Garone (I, 3), Mardignon (Ibid,), Permesse (I, 5). Cet usage se conserva jusqu'au milieu du XVIP siècle concurremment avec l'usage moderne. Corneille a dit : Que sert de disputer le passage de Loire ? (Poés. div.), et Racine : Entre Sambre et Meuse (Siège de Namur) ; Les bords d'Asopus (Liv. ann.).

Avec les noms de pays, l'article se met ou se retranche indifféremment. Ex. : L'Afrique (I, 2), l'Inde, l'Espagne (Ibid.), etc. Mais, avec omission de l'article : A l'entour de Mésopotamie (II, C'°') ; Carinthie (I, 2), Inde (I, 4), etc. Corneille a dit de même : Suze ouvre enfin la porte au bonheur d'Italie (Poés. div.) ; et Racine : Le commerce d'Espagne (Notes hist.).

Avec les noms de mois, l'usage ordinaire de du Bartas semble être d'employer l'article. Ex : Le février est sans pluie et le may sans rosée (II, Schis.).

Avec les noms communs. — L'article est supprimé lorsque le nom commun se prend dans un sens général et indéfini. Ex. : Tu ne trouves quartier dont la beauté responde (II. Ed.). Les monts les mieux fondez bondissent comme agneaux (Ibid.). Et jamais n'enverras dans tes rameuses veines Morceau qu'estant acquis... (II, Imp.). Corneille a dit de même : Collines, qui servez de ceinture aux campagnes, Qui vous fit bondir comme agneaux ? (Vêp.et Comp.).

11 est encore supprimé lorsque le nom est abstrait. Ex. : Où par grâce conduit d'où banni par péché (II, Ed.) ; Ennemi de tristesse (Ibid.) ; Par oisiveté l'innocence se mine (Ibid.) ; Vivant en innocence (II, Imp.). Cette suppression de l'article est encore assez fréquente au XVIP siècle. Cf. Corneille : Que ce vieillard confie et gloire et liberté (Nie. 1177). Racine: Vaincre par justice plutôt que par force (Livr. ann.) ; La Bruyère : Celui qui a pénétré la cour sait ce que c'est que vertu (éd. Régn. II, 251). Cependant, même avec les noms abstraits, Tarticle se met lorsque ces noms ont pour compléments des substantifs concrets. Ex. : De Dieu la puissance (I, 1). Du grand roy de la mer et la force de la gloire (1,5).

On trouve chez du Bartas une foule de locutions où le substantif s'unit au verbe sans article pour former une sorte de verbe composé. Ex. : Donner frein à désir (II, C'"^^). Il tourne visage (II, Artif.). Tubal ne perd point temps (Ibid.). Donner fin (II, Cap.). Couper chemin (II, Ed.). C'est ainsi que nous disons aujourd'hui : rendre grâce, donner prise, perdre courage, lâcher pied, tourner bride, etc. Il j a dans Corneille une foule d'expressions de ce genre, comme perdre temps, etc. Racine écrit : Le vicomte de Turenne lui coupa chemin. Yaugelas (Rem. II, 554) reproche même à Malherbe d'avoir dit : « Vous tourniez le visage vers la Provence ».

Les substantifs joints aux adjectifs mesrne, tout, autre, tel, ne prennent généralement pas l'aiiicle. Ex. : En mesme heure (I, 2) ; Entre tous animaux (II, Imp.). Sous autre nom (Ibid). Par le canal tortu de telle serbatane (Ibid.). Cette construction se retrouve fréquemment dans les écrivains de l'époque classique. Corneille dit : La fleurette pour toi prend encor même stjle (Ment. 945) ; Racine : Je n'avais autre dessein que de vous témoigner (Brit.Ep.); Nous sommes de telle nature, que. . . (Alex. 2®préf.) ; La Bruyère : Il est de tous métiers. . . (I, 46, Ed. Régnier).

Notons encore les expressions suivantes : Contre espoir (II, Bab.). Franchir un fleuve à nage (II, Magn.). Presque en demijour (Jud. 2). Et le jour (prestoit) à la nuit moitié de sa lumière (II, Ed.). C'est ainsi que Racine a dit : Il se mit à nage (Rem. sur Odyssée).

Du Bartas omet parfois l'article lors même que le substantif est suivi du relatif cpii. Ex. : A faute d'union, Qui du gouvernement est l'humeur radicale (II, Cap.). Vaugelas (II, p. 103) établit la règle moderne, encore très contestée à son époque, notamment par La Mothe le Vayer.

L'article est souvent employé où nous ne le mettrions plus, par exemple dans les constructions suivantes : Isaac, jeune de poil, mais de l'esprit chenu (II, Pères). L'enfant marcher au sec (II, Loy). Ayant pour la bannière l'Arche (II, Cap.). Ne baille plus le mot (Jud. 5). Sa bouche A pour les riches bords deux coraux (Jud. 4). Don Jean, vrai foudre de la guerre (Lép.). De même dans La Bruyère : D'autres livres sont sous la clef (II, 155); Les ouvrages des mœurs qui réussissent (II, 444).

On trouve, suivant l'usage moderne : De vrais fruits pendillent

(II, Ed.); mais en général l'article partitif est employé devant les noms pluriels précédés de l'adjectif. Ex : Dieu fait des beaux cabinets (II, Ed.). Portent des grands forests (Ibid.). Bastir des nouveaux toits (II, Imp.). Par des belles promesses (II, Bab.). — Vaugelas (II, 6) établit notre régie actuelle, que l'on viole, dit-il, dans la plupart des provinces. D'après Th. Corneille, la plus grande partie des Gascons y manque ; et l'Académie confirme cette observation, kn reste, les meilleurs écrivains du XVIP siècle y contreviennent eux-mêmes. On trouve dans M"'° de Sévigné : Des grosses larmes lui tombent des yeux ; dans Racine : N'accuse point le ciel qui le laisse outrager, Et des indignes fils qui .... ; dans La Bruyère : Tant qu'il y aura un Dieu et des éternelles vérités (II, 25^).

L'article peut servir pour plusieurs substantifs de suite. Ex. : L'angine et frénésie (II, Ed.). Même quand les genres ou les nombres diffèrent. Ex. : Le fréquent commei^ce et hantise sacrée (Ibid.). Abusent du loisir et bonté du lecteur (II, C'*^*). L'origine et progrès de la race d'Isaac (Jud. 2). Vaugelas (II, 253) reconnaît que cette construction n'est pas rare. « Il y a faute, ajoute-t-il, quand les substantifs sont de même genre, mais bien plus grande et grossière quand les genres diffèrent ». Racine a dit cependant : La hardiesse et confiance (Liv. ann.), et même : L'Orient, Perse, Bithy nie (Notes hist.). On trouve dans Mohère : Les querelles, procès, faim, soif et maladie.

Avec le superlatif, du Bartas supprime d'ordinaire l'article. Ex : L'herbe plus amère (II, Ed.). Les exemples de cette construction sont innombrables. L'usage est le même pour les adverbes. Ex. : L'air, quand moins il s'en doute, impiteux le poursuit (II, Fur.). Vaugelas (I, 154) donne la règle moderne, que Th. Corneille et l'Académie française confirment. Mais bien des écrivains postérieurs y manquent encore. Racine dit : Chargeant de mon débris les reliques plus chères ; La Bruyère : Dans le temps qu'il est le plus appliqué et d'un meilleur commerce (II, 14).

Page 1