USAGE DES PRONOMS PERSONNELS
Le pronom personnel est souvent supprimé comme sujet. Ex. : Nos forts sont mis à bas. Nos guerriez égorgez, et ne le voyons pas (Lép.). Et jamais n'envoyras (II, Imp.). Un rigoureux hiver tous ses membres secoue. Et sur le champ herbu tout de son long tombé, Devient en un moment pâle, rouge, plombé (II, Pères). L'oisiveté les gaste, et, traistres à leur roy. Sous le prétexte saint d'une nouvelle loy Brassent une révolte (II, Loy). 0 Dieu, Il te souvient des tiens, et, quoi qu'il tarde, jettes, Sur les cruels tyrans tes flammeuses sagettes (II, Troph.).
Du Bartas ne répète pas le pronom personnel devant le relatif çut lorsqu'il a déjà été exprimé; soit explicitement. Ex.: 0 belle qui es-tu, qui du feu de tes yeux Enflammes. . . (II, Magn.) ; soit
même implicitement. Ex. : En quel coin, o Samson, ne s'oit ta renommée. Qui desfis (Jud. 2).
Le pronom personnel s'omet dans des propositions interrogatives où il est aujourd'hui nécessaire par pléonasme. Cette omission était déjà blâmée par Malherbe chez Desportes. Ex. : Mais pourquoy nos prudens devanciers ont escrit '? (II, Cap.V Mais par où, diras-tu, tout ce monde nouveau Receut ses habitans '? (II, C"'*). Pourquoy le Tout-beau imprima?... (II, C'°*). Dans d'autres cas, avec cette omission du pronom, le sujet se met après le verbe : Ex. : Pourquoy semble ton cœur de deuil tant abattu '? (Jud. 2).
Le pronom de la 3" personne se retranche parfois comme complément direct. Ex. : Et pensant réformer perdre les Républiques (II, Cap.). Ce que l'un a jà fait, l'autre défait soudain (II, Bab.). Nous lisons dans Vaugelas (I, 16) que d'excellents écrivains supprimaient encore de son temps le pronom personnel ; il en donne cet exemple : Je le fais venir pour luy donner. Cf. La Bruyère : Comme les hommes ne se dégoûtent point du vice, il ne faut pas aussi se lasser de leur reprocher (I, 105).
Au contraire, le pronom personnel est souvent mis dans des cas où nous l'omettons. Ex : Qui, bien qu'il ait sauté du matin jusqu'au soir, La nuit il recommence (II, Ed.). Quiconque a remai^qué. . . ., il comprend (I, 2). Ils te diront que Dieu, dès lors qu'il respondit..., il destina pour toy (Il Loy). La terre qui cognoit . . . , elle mesle (II, Fur.). Vaugelas (II, 4), remarque qu' n ai^rès quiconque, il ne faut pas dire il, quelque distance qu'il y ait entre deux ». Mais cette règle et la règle générale que transgressent les exemples précédents, sont bien souvent violées par les écrivains de l'époque classique. Cf. Labruyère : Ceux qui commencent à le goûter... ils le jettent (I, 221). Massillon : Quiconque s'éloigne de la sagesse, il s'éloigne du seul bonheur.
L'impersonnel il est ordinairement supprimé. Ex. : Et n'y a moucheron que (II, Fur.). Et semble que ce tout. . . (II, Artif.), etc. Cette omission est d'un fréquent usage au XVIP siècle. Cf. Corneille : Pour ne plus en douter, suffit que je la nomme (Oth., 974). Nous disons encore cans le langage familier : Tant y a que... Faut que. . . M'est avis, etc.
Une construction plus remarquable est la suivante, dans laquelle le verbe s'exprime une fois avec un pronom personnel au féminin
pour sujet, et se sous-entcnd dans la proposition qui suit avec l'impersonnel il. Ex. : Elle semble courir. . . et que sa teste (II, Cap.). De même : Bien qu'elle n'ait pas. . . ains semble = mais qu'il semble (II, Imp.).
// neutre est employé pour cela. Ex. : Il me plaît = cela me plait (II, Dec). Cette construction se conserve au XVII" siècle. M""" de SéMigné et Corneille en offrent de nombreux exemples. Cf. La Bruj'ère : Goûtez bien cela, il est de Léandre (I, 194). Je le dirais s'il n'avait été dit (I, 330) .
Soi est employé où nous mettons lui, eux. Ex. : Bourrelles de soy-mesme (I, 2). A soymesme il commande (I, 6). L'âme en soy plus ne voit Le caractère sainct (II, Imp.). Cf. Racine: Charmant, jeune, traînant tous les coeurs après soi ; Boileau : Le courtisan n'eut plus de sentiments à soi.
On trouve en formant pléonasme. Ex. : De semblables peaux s'en fait des brodequins (II, Artif.). De toutes les beautez. . . Elle en est la matrice (Ibid.). Cf. Racine : Quatre grands fossés dont il y en avait deux (Camp, de Louis XIV); La Bruyère : De ces divers traits. . . j'en ai fait des peintures (II, 450).