‹ La vie et les œuvres de Du BartasChapitre 23 sur 29 · USAGE DES CONJONCTIONS · texte numérisé non relu

USAGE DES CONJONCTIONS

AiNS. — A quelquefois le sens de ou plutôt. Ex. : Pour vivre en ceste terre, ains dans ce bas cercueil (II, Fur.). Se présente un géant, ains un colosse (II, Trophées). Ainçois s'emploie de même, Vaugelas (II, 426) remarque que le mot ains n'est plus en usage parmi les bons auteurs.

Ainsi. — S'emploie à la façon du sic latin, en tête d'un vœu. Ex.: Ainsi puisses-tu!... (II, Ed.). Ainsi puissé-je !.. . (Ibid.). Corneille en offre beaucoup d'exemples. Cf. Racine : Ainsi puisse sous toi trembler la terre entière ! (Esth. 1006) ; Bossuet : Ainsi

(1) Adverbes déjà cités dans le chap. sur le vocabulaire.

puisse la postérité ! Ainsi puisse la discipline ecclésiastique être entièrement rétablie! (Or. fun. Le Tellier).

Comme. — Est usité au lieu de que après certains termes servant à exprimer la comparaison. Ex. : Autant esgale comme (Jud., 1). Autant aisé. . . comme (Ibid). Cf. Corneille : Tendresse dangereuse autant comme importune !

Encore que. — A le sens de quand môme. Ex. : Encor que que l'autan fist venir... (Jud. 2); ou de quoique. Ex.: Encore qu'elle fust la mesme modestie (Jud. 4). Cf. Molière: Encor que son retour En un grand embarras jette ici mon amour (Ec. des F. III, 41 ; Voltaire : Encore que les Hollandais eussenl pris Pondichéry (L XIV 29).

Pour. . . que. — On rencontre pour séparé de que par un adjectif ou un adverbe, avec le sens de si... que. Ex. : Pour bien qu'on les desguise (II, Bab.). Cf. Corneille : Pour grands que soient les rois (Cid.). Bossuet : Un seul péché, pour petit qu'il fCit (Or. de Mar. Thér.). Voltaire regrettait que cette locution fût tombée en désuétude.

Quand bien. — Equivaut à quand bien même. Ex. : Quand bien ce fait En faveur de Jacob plairait au Tout-Parfait (Jud. 3). Quand bien il eust eu le beau don d'éloq^uence (II, Imp.).

Que. — Peut se supprimer après soit. Ex. : Soit avec grand travail en cent façons diverses Les lettres de ses mots curieux tu renverses (II, Bab.).

Il équivaut à la locution autre chose que précédée de la préposition ou de l'adverbe qu'on exprime après lui. Ex. : Tiens-tu la libre volonté que pour libre obéir = pour autre chose que pour obéir (II, Imp.). Ployez-vous le genou que devant ma tiare = devant autre chose que devant ma tiare (II, Loy). Cf. Corneille : Ai-je employé mes soins, mes amis, que pour vous (Pulch. 903).

Il est quelquefois explétif. Ex. : Que puissé-je toujours! (Ivry). Cf. Molière : Et que puisse l'envie en crever de dépit (Tart.).

Il peut être employé par pléonasme. Ex. : Et que, quand bien ce fait En faveur de Jacob plairait au Tout parfait, Qu'il requiert un bras masle(Jud.3).Cf. La Bruyère: Qui peut concevoir... que certains abbés. . . qui. . ., qu'eux-mêmes soient. . . les chefs des saints moines (II, 170).

Gouvernant plusieurs propositions, il peut ne s'exi)rimer qu'une

fois en des cas où nous devrions le répéter devant chacune. Ex. : Lorsqu'elle est tout à soy et par si douce mort Entre. . . (II, Ed.). Avant que le Grégeois logeast en ville close . . . , le Latin eust des bourgs (II, C'*^'^). Cf. Corneille : Puisque mon teint se fane et ma beauté se passe (Illus. 1497).

L'ellipse peut avoir lieu dans ces constructions quand il y a changement do sujet: Ex. : Dieu ne veut qu'ici-bas Tu traines en langueur, qu'un païen coutelas Hache de tes beaux ans la vigoureuse trame, Ains rendes ton esprit (II, Pères).

On trouve q>ie avec l'adjectif semblable. Ex. : D'une façon semblable Que la poudre à canon (11, Voc). C'est ainsi que Corneille dit : Lis un livre dévot, simple et sans éloquence Avec plaisir pareil Que ceux où se produit l'orgueil de la science (Imit. I).

Si. — Se trouve avec un sens adversatif. Ex. : Et si n'est-il pourtant (II, Imp.) (1).

Il a quelquefois le sens de si bien. Ex. : Si que je porte encor (II, Fur.). Vaugelas (II, 160) dit que cette façon de parler, quoique tout à fait barbare, est encore très familière « à plusieurs personnes qui sont en réputation d'une haute éloquence ».

Si s'emploie, selon l'usage de la langue latine, dans les locutions suivantes : Et vous, Myrrhes encor, Canaces, Semirames, Et si l'on peut trouver des plus infâmes femmes. Venez (Jud. 5). Où luit maint diamant, maint rubis, maint saphir, Et si ça bas rien plus l'esprit avare prise (Tri, 1).

Si gouvernant plusieurs propositions de suite peut ne s'exprimer qu'une fois. Ex. : Yeu qu'il ne sçait si l'œil trouve plus de couleurs. L'oreille oit plus d'accords, le nez sent plus d'odeurs (II, Ed.).

Soit que. — S'emploie répété comme la conjonction latine sive dans les constructions suivantes : Soit que tu restes vive, Je m'esgaye que l'eau n'ait pas tout ravagé, Soit que, baissé le flot, la verdeur rebourgeonne. J'admire la bonté de Dieu (II, Archej.

Tant plus que. . . tant plus, ou plus. — Se rencontre souvent au lieu de notre plus. . . plus. Ex. : Et tant plus qu'en nos âmes Se desbonde orgueilleux le flot d'iniquité, L'Eternel enfle plus de sa

(1) Corneille a employé si de celte façon dans ses premières pièces. Mais il en a corrigé tous les exemples dans les éditions ultérieures.

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nier la bonté (II, Seliis.). La locution usuelle est tant plus-. . . lanl plus, que l'on retrouve dans Corneille, et que Yaugelas condamne comme de vieille mode.

On rencontre aussi la construction suivante: Qui misérable croist, tant plus croist sa richesse (II Fur.).

Il faut encore noter l'emploi des anciennes conjonctions : Soudain que pour dès que (II, Imp.), des lors que pour depuis que (II, Voc). etc.

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