RUE GARANCIÈRE — 6« I9IO
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A DIANE DE CHASTEAUMORAND
Vous souvenez-vous qu'en Van de grâce 1577 y le 16' de février, par devant malstre Loys Rougier, notaire royal en votre bourg de Saint-Martin-d'Estreaux, un accord fut passé entre haute et puissante dame Madame Diane de Chasteaumorand, et Gilbert et Claude Reure, autrement dits du Coux. Ce Claude Reure était un petit paysan qui, avec sa charrue de bois, déchirait quelques mauvais arpents rocailleux tout là-haut, du côté de Montgardin. Mais cette prédestination secrète, dont le berger Sylvandre nous parle dans /'Astrée, a voulu que de lui descendît, après bien des générations, celui qui un jour écrirait votre vie.
Vous étiez toute Jeune alors — seize ans — depuis peu mariée à Monseigneur Anne d'Utfé, bailli de Eorez, mais déjà rayonnante d'une chaste beauté. Vous étiez très riche, ce qui, dit-on, est une grande vertu; d'ailleurs sage, intelligente, un peu lettrée, ferme en vos desseins, libérale, et un de nos beaux esprits foréziens vous appelait « une perle de votre temps, en élégance de perfections désirables aux dames d'honneur ».
// paraît cependant. Madame, que vous aviez des défauts : après trois siècles et plus, on peut sans doute vous dire la vérité. On vous trouvait volontaire, fantasque, sujette à des coups de tête, et follement idolâtre de votre beauté.
Malgré tout on vous aimait, et les bonnes gens disaient : « Notre chère dame Diane. » De ce lointain passé, vous êtes
la seule dont le peuple de chez nous ait retenu le nom. Quand le dimanche, parée comme une reine, vous assistiez à l'Office devotre paroisse, un murmure discret de sympathique admiration vous suivait jusqu'à la chapelle seigneuriale oà vous veniez vous agenouiller, sous le vieux vitrail qui représentait votre sainte aïeule Anne de Chasteaumorand en prières.
Ce livre, quel qu'il soit, je le dois en grande partie aux belles archives oà vous rangiez avec tant de soin les documents de votre histoire; il est donc bien juste que je vous en renvoie l'hommage.