‹ La vie et les œuvres de Honoré d'UrféChapitre 2 sur 78 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Né au pied du même clocher que Diane de Châteaumorand, petit-fils d'humbles laboureurs qui pendant des siècles ont creusé obscurément leur sillon à l'ombre du château où Honoré d'Urfé a écrit une partie de VAstrée, longtemps cependant l'histoire de Châteaumorand a été pour moi un mystère. On parlait dans le pays d'une race féodale jadis venue du Bourbonnais, à laquelle avait succédé la famille de Lévis, d'un duel sanglant entre un seigneur de Châteaumorand et un gentilhomme du voisinage, de la mort tragique d'une de nos marquises, d'un Lévis exécuté sous la Terreur. C'était à peu près tout ce que la mémoire populaire avait gardé du passé, non sans y joindre des légendes.

Toutefois, de ces vagues souvenirs émergeait le nom moins effacé de Diane de Châteaumorand. Mais comment elle se rattachait à la maison de Lévis, quelle avait été son histoire, quel rapport elle pouvait avoir avec un écrivain célèbre, ni je ne le savais, ni je ne me souciais de le savoir.

Peu à peu ma curiosité s'éveilla et il se fit des éclaircies dans ces ténèbres. En 1888, je publiai dans une revue

locale une Esquisse historique de Châteaumorand (1), plutôt mal que bien, avec beaucoup d'inexpérience. Mais j'avais rencontré sur ma route Anne et Honoré d'Urfé, les deux maris de Diane.

Une première vue sommaire des belles archives de Châteaumorand; échappées par grand hasard à la destruction révolutionnaire; me démontra que là dormait, pour une bonne part; l'histoire d'Honoré d'Urfé, absolument inconnue. Je pris la copie ou je fis l'analyse de ces pièces que j'avais la chance d'avoir à ma portée; sous la main, et que l'obligeance de M. Sigisbert Maridet, aujourd'hui propriétaire de Châteaumorand; livrait, sans aucune réserve, à ma discrétion et à ma loyauté.

Puis le cercle de ces recherches s'élargissant, les notes se sont accumulées depuis vingt ans, enrichies de loin en loin de documents nouveaux, biographiques ou littéraires. Cependant, sauf des aperçus sur l'action d'Honoré d'Urfé pendant les guerres de la Ligue, sur la complicité dont il fut soupçonné dans l'affaire de Biron, et sur un conflit avec le maréchal de Saint-Geran, rien encore n'était sorti de ce dossier patiemment recueilli.

Survint l'érection du monument d'Honoré d'Urfé à Virieule-Grand, le 20 septembre 1908. Ce petit événement littéraire ayant donné un certain renouveau au nom d'Honoré d'Urfé, rappelé l'attention sur son œuvre capitale, et un instant occupé la presse, des sollicitations amicales, à cette occasion, me sont venues de divers côtés... Et ainsi s'est fait le présent livre, que nous présentons au public avec quelque confiance; car nous savons qu'il a été construit sur de solides assiseS; sinon avec art; du moins avec soin; avec plaisir aussi.

(i) Tirée à part, à un petit nombre d'exemplaires, sous ce nouveau titre : Histoire du château et des seigneurs de Châteaumorand.

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